SORTIE-VISITE : musée d’Orsay

Thèmes : art, peinture, sculpture, visite.
Visites des mardi 31 mars 1987 et vendredi 3 avril 1987.

 

Mardi 31 mars et vendredi 3 avril, plus de 200 membres du C.D.I. ont visité le Musée d’Orsay.

A peine le parvis franchi, c’est le choc. Avec sa verrière en arc de cercle qui plafonne à 32 mètres de hauteur, le Musée d’Orsay est une cathédrale de lumière.

D’un seul coup d’œil, on découvre l’allée centrale de la nef qui, découpée en paliers successifs, est peuplée de statues.

 

 

Notre conférencière nous amène au sous-sol où devant des maquettes elle nous raconte l’histoire de la gare.

 

HISTOIRE DE LA GARE.

A la fin du XIXe siècle, la compagnie Paris-Orléans, défavorisée par la situation excentrique de la gare d’Austerlitz, acquiert les terrains de l’ancien Palais d’Orsay, pour y construire son nouveau terminus. On y trouve, laissées à l’abandon durant 30 ans, les ruines de la Cour des Comptes, incendiée en 1871 par la Commune.

Le 14 juillet 1900, 2 ans après l’adoption du projet de Victor Laloux, la nouvelle gare est inaugurée deux mois après l’ouverture de l’Exposition Universelle.

Conçu autour de structures métalliques, l’édifice se veut décoratif autant que fonctionnel.

Pour répondre à ses détracteurs, indisposés par autant de métal face aux Tuileries, Victor Laloux masque ses structures par une façade en pierre de taille sur le quai et déploie la façade de l’hôtel sur la rue de Bellechasse.

16 voies de chemin de fer en sous-sol, de vastes services d’accueil au rez-de-chaussée ; pendant près de 40 ans, la gare d’Orsay, tête de ligne vers tout le sud-ouest de la France, a vu le départ de près de 200 trains par jour.

Moderne dans sa conception et ses équipements, elle dispose d’installations sophistiquées pour la gestion mécanique des bagages et elle est la première gare conçue pour la traction électrique.

Le 23 novembre 1939 la gare doit mettre fin à son trafic grandes lignes et limiter ses activités à la banlieue parisienne : l’électrification progressive du réseau a permis la mise en circulation de trains plus longs et les quais de la gare d’Orsay sont devenus trop courts.

Privée d’une grande part de ses activités, la gare devient bien vite trop vaste.

Choisi par le Général de Gaulle qui, le 19 mai 1958, vient y annoncer le processus de son retour au pouvoir, l’hôtel du Palais d’Orsay garde un peu de son prestige.

Mais le bâtiment de la gare, successivement transformé, en centre d’expédition de colis pour les prisonniers de guerre puis, à la Libération, en centre d’accueil des prisonniers, semble déjà, dans les années 50, abandonné.

Étrange et majestueux, l’immense hall fait songer à un décor et attire les cinéastes. En 1962, Orson Welles y tourne « Le Procès » d’après Kafka, et en 1970, Bertolucci situe quelques scènes du « Conformiste » dans une chambre de l’hôtel du Palais d’Orsay.

En 1961, la S.N.C.F. décide de vendre le bâtiment.

Imaginés pour remplacer la gare inutile, des projets d’aména­gement prévoient alors sa disparition et la construction, sur son emplacement, d’un grand hôtel moderne.

La démolition de l’œuvre de Laloux, prévue pour 1971, sera pourtant évitée par l’intervention du ministre des Affaires Culturelles de l’époque : Jacques Duhamel, sensible à la disparition des témoignages de l’architecture de fer avec la démolition des Halles de Baltard.

En 1973, la gare d’Orsay, sauvée de justesse, est inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

Le théâtre Renaud-Barrault en 1974 et la Compagnie des Commissaires-Priseurs en 1976 s’installent dans la grande nef, tandis que s’élabore le projet d’utilisation à long terme de l’édifice.

La décision de construire le musée est prise en Conseil Interministériel le 20 octobre 1977, à l’initiative de Valéry Giscard d’Estaing.

Par décret du 20 mars 1978 est créé l’Établissement Public du musée d’Orsay, chargé de la construction et la mise en œuvre du musée.

Le concours d’architecte est aussitôt lancé. Parmi les 6 équipes candidates, Valéry Giscard d’Estaing choisit A.C.T. architecture.

Les premiers travaux commencent en 1980.

 

LES COLLECTIONS.

En se promenant de salle en salle, nous avons découvert trop rapidement – tellement les œuvres sont nombreuses – les collections.

 

 

Elles proviennent :

  • des collections qui étaient exposées au Jeu de Paume,
  • de certains éléments des collections du Palais de Tokyo (ancien musée d’Art moderne), lui-même héritier du musée du Luxembourg,
  • d’œuvres postérieures à l’époque romantique du musée du Louvre,
  • de quelques dépôts de l’État rentrés de Musées de province,
  • de dépôts provenant d’autres musées ou administrations (Versailles, Fontainebleau …).
  • de donations,
  • de dations (œuvres offertes en paiement de droits de succession).
  • de campagnes d’achats depuis 1978.

Le musée comprend, nous dit la guide :

  • 2300 peintures et 250 pastels,
  • 1500 sculptures,
  • 1100 objets d’art,
  • 13000 photographies.

 

Peintures et pastels.

La période couverte par le musée d’Orsay se divise en deux grandes parties :

  • de la fin des années 1840 au début des années 1870 marquées par l’éclosion de la peinture impressionniste.

Pendant cette période, deux courants se distinguent :

    • le premier courant qui part de l’héritage des grands ainés du néo-classicisme (Ingres et ingresques) et du romantisme (Delacroix et Chassériau), pour profiter à des artistes comme Gustave Moreau, le premier Degas, Cabanel …

 

« Naissance de Vénus » par Alexandre Cabanel (1863).

 

    • le deuxième courant réaliste qui va de Daumier et des peintres de Barbizon au début des futurs impressionnistes, en passant par Millet, Courbet et Manet.

 

« Olympia », par Edouard Manet (1863) : le face-à-face esquivé

 

  • de l’impressionnisme à la naissance de l’art moderne autour de 1905 avec deux courants également :

 

    • le premier après 1870 et de ce que l’on nomme le « post-impressionnisme » : Cézanne, Van Gogh, Lautrec ... et le néo-impressionnisme, Gauguin et l’École de Pont-Aven, les Nabis, y compris leur développement ultérieur.

 

 

    • les diverses tendances de la peinture des Salons ; éclectisme officiel de la Troisième République qui prolonge celui du Second Empire (Bouguereau), mais aussi exploite de nouveaux sujets naturalistes (Cormon, Bastien-Lepage) ; peinture brillante des portraitistes fin de siècle ; les sources variées des écoles étrangères, belges, ita­liennes, américaines, espagnoles, symbolisme enfin.

Une salle présente des œuvres exécutées autour de 1905 par Derain, Dufy, Klimt, Matisse, etc. ... ouvrant les perspectives de l’art du XXe siècle.

 

Sculpture.

Tout le musée est jalonné de sculptures. Outre des œuvres de Rodin, on peut admirer celles de Maillol, Bourdelle, Claudel (photo), etc. auxquelles s’ajoutent les peintres sculpteurs que sont Daumier, Degas, Gauguin, Renoir, etc…

 

 

 

Objets d’art.

Le temps nous est compté ; nous avons cependant le temps de voir quelques objets d’art.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, on peut distinguer 3 directions principales :

  • l’éclectisme où tous les styles se côtoient et se mélangent kitsch …).
  • les tendances nouvelles, apparues dès 1859 avec le mouvement anglais « Arts and Crafts » qui naît en réaction la mécanisation industrielle. Ce mouvement avait été précédé en France par Viollet-le-Duc.
  • l’art Nouveau avec les motifs décoratifs et le mobilier urbain de Guimard, les ameublements de Van de Velde, de Wright ou les produc­tions de la Wiener Werkstatte et de l’atelier Thonet.

 

Photographie.

La photographie encore naissante explore le champ de ses possibilités.

Nadar donne au portrait photographique ses lettres de noblesse ainsi que les travaux de Petit ou Feuardent. Le reportage d’actualité apparaît ainsi que l’observation sociale.

La fiction, héritée de la peinture académique, s’exprime dans la tendance pictorialiste de Rejlander et de Robinson, cependant que les tableaux vivants de Julia Margaret Cameron annoncent la prochaine ouverture sur l’imaginaire cinématographique. Le paysage est également urbain et monumental, grâce à la mission héliographique de 1851, au travail de Atget et aux images aériennes de Nadar.

 

Architecture.

La période couverte par le Musée d’Orsay s’ouvre avec les plus importants chantiers que Paris ait jamais connus : l’urbanisme conduit par le préfet Haussmann et les grands chantiers impériaux dont l’aména­gement du Louvre par Visconti et, la bibliothèque de Labrouste, l’Opéra de Garnier. Elle se distingue également par le développement de nouvelles techniques de construction liées à l’apparition de matériaux nouveaux, fonte et acier en particulier : Halles de Baltard, Tour Eiffel.

Les collections du musée comportent en particulier :

  • un ensemble permettant de présenter l’urbanisme, l’architecture, la décoration et la scénographie de l’Opéra de Garnier.
  • un ensemble descriptif du « langage décoratif  » des constructions urbaines de 1850 à 1900.
  • un ensemble sur Viollet-le-Duc.
  • un ensemble d’éléments architecturaux et de fontes ornementales de Guimard.
  • l’ensemble des peintures, sculptures, dessins, gravures, manuscrits, livres, objets, films ayant appartenu à Eiffel.
  • des collections d’œuvres graphiques.
  • des maquettes de façades et d’urbanisme.

Et puis, sur le chemin, une surprise est réservée aux visiteurs. Marchant sur une immense plaque de verre, on découvre sous nos pieds le quartier de l’Opéra avec le Palais Garnier reconstitué par une maquette d’une rigoureuse exactitude, qui a nécessité 3 ans de travail et est installée dans une fosse de 7 mètres de côté.

Une autre maquette de 6 mètres sur 4 en coupe longitudinale représente l’intérieur du Palais Garnier.

Une intéressante visite, rapide certes, mais qui a donné à tous l’envie d’y retourner, chacun à son rythme et selon ses goûts.

 

ANNEXE

 

Le premier sentiment que j’ai éprouvé, ce 31 mars 1987, en arrivant au niveau parvis de l’ancienne gare d’Orsay, ne fut pas de la surprise, mais plutôt de l’ébahissement. Le parvis était occupé par toute une foule dessinant, dans le désordre, de vagues files d’at­tente. Je n’étais pourtant pas en retard au rendez-vous fixé mais comment allais-je m’y prendre pour rejoindre le groupe des Garchois ?

Ces difficultés enfin vaincues, notre guide nous prenait en mains et nous lançait à l’assaut de ce que nous étions venus voir. Pour moi, ce fut un nouveau choc. Certes, depuis mon arrivée dans la capitale en 1936, je n’avais eu que bien rarement l’occasion de pénétrer dans ce qui fut la gare du P.O. (mon train venait de Nantes). Tout de même, quelle surprise en découvrant brusquement l’immense nef centrale inondant de lumière la voie centra le Jalonnée d’œuvres sculpturales elles-mêmes éblouissantes de blancheur. Le choc à peine surmonté, la visite commençait et de longues stations avaient lieu dans les petites salles réparties de chaque côté et réservées, elles, à des tableaux. Naturelle ment, le premier long arrêt se faisait devant un regroupement d’œuvres impressionnistes.

Je n’ai pas à rappeler ici comment la marche du temps a conduit à faire d’une ancienne gare un musée très moderne, quelle part ont pris, dans la confection de l’ensemble, trois Présidents de la République, des spécialistes éminents et, pendant des années, des légions d’ouvriers. On nous dit que rien n’a été oublié d’une période qui s’étend de 1848 à 1914 (en complément du Louvre et de Beaubourg) de la peinture, de la sculpture mais encore de l’histoire de la musique, de l’architecture, de la photographie, du cinématographe, des arts décoratifs, etc. Il suffit à chacun, pour s’en convaincre, de se reporter aux articles parus au moment de l’inauguration du musée et encore aujourd’hui, à différents guides. Moi-même, à l’époque et sans que le do­maine artistique me touche particulièrement, j’avais tenu à me faire un petit dossier et je l’avais lu sans ennui.

Avec curiosité aussi car, si ce qui relève de la sculpture et des arts modernes n’avait guère soulevé de passion, il n’en allait pas de même pour tout ce qui concernait la peinture. Ici, on peut même dire que certaines opinions (exprimées notamment par des Académiciens) avaient été acerbes. Et on le comprend assez bien. Nul ne peut ignorer en effet s’il a un brin de culture – que le XIXe siècle a donné naissance à des œuvres picturales d’une originalité et d’une fraicheur toutes nouvelles, que ces œuvres, dans un premier temps, ont été rejetées avec dédain par les maîtres les plus officie ls mais que, peu à peu, les mêmes œuvres ont trouvé leur revanche si bien que, finalement, il était devenu de bon ton de se gausser de ce qu’on avait appelé les œuvres académiques ou « pompiers ». Je dis finalement, après tout, le terme n’est peut-être pas exact car il semble que, sous nos yeux, il se fait un petit retour à ces dernières. Avec raison ou non ? je ne sais pas. Mais il est évident qu’il y avait là, en 1987, un beau sujet de discussion. Était-il sensé de réunir sous un même toit des œuvres nées d’un esprit aussi dif­férent ?

Je sais bien que ma réponse n’a pas grande importance. Tant pis, je la donne. Oui, j’ai retrouvé avec plaisir, parfois même avec émotion, la plupart des to iles qui appartiennent à la nouvelle Ecole (je n’ai à parler que de l’impressionnisme) mais, dans le temps, je n’ai pas été tellement choqué par ce qui relevait de ce qu’on tendrait encore à rejeter aujourd’hui.

Oh ! certes, pas tout, non, je n’ai pas pris plaisir et intérêt à tout ce que je voyais mais, je l’avouerai sans rougir, je me suis attardé parfois dans mes contemplations. Mon Dieu, quel « fini » Trop proche de la photographie ? Bien sûr, mais ... Après tout, il ne faut pas trop manichéen.

Les expressions de l’art se succèdent. Nécessairement, elles seront différentes. Mais au beau ne succède pas forcément le laid. Tout le monde n’est pas Pasteur qui fut à la fois un « académique » et le modèle des créateurs !

Albert Delaunay

 

 

 

 

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