SORTIE-VISITE : le Musée National des Arts et Traditions Populaires

Thèmes : art, civilisation, histoire, société, visite.
Visite du vendredi 17 mars 1995

 

 

Fiche de visite de Émile Brichard

 

A chacun son musée, à chacun son voyage

 

Au Musée des Arts et Traditions populaires, on est d’abord frappé par sa ressemblance – conception, structures et présentation – avec le Musée de l’Homme et c’est bien ainsi qu’il faut l’aborder, avec l’intérêt de l’ethnologue et pas seulement avec le point de vue plus étroit de l’intérêt folklorique.

Sans préjuger de ce que nous diront et montreront les conférencières, sans négliger l’apport de nos souvenirs personnels et les souvenirs des visites précédentes ou de nos lectures, nous saurons garder l’esprit de synthèse qui, comme on l’a vu au Musée de l’Homme, nous plonge d’emblée dans l’ethnographie, c’est-à-dire dans l’histoire globale des cultures et des civilisations.

 

Souvenirs personnels

Ils reviendront vite à notre esprit devant l’exposition des coiffes régionales, des outils retrouvés et conservés, dans certains métiers disparus avec leurs gestes, leur vocabulaire et leurs bruits. Ainsi ont pratiquement disparu ou restent confinés les métiers du cheval et de son équipement, les métiers du nourrissage et dans notre région les métiers de la vigne. Bon nombre d’entre nous verront des souvenirs personnels leur revenir en mémoire.

 

Souvenirs de nos visites

Ce sont des mondes disparus qui surgissaient :

  • lorsque nous avons vu les métiers de la marine de Seine à Conflans-Sainte-Honorine (on aurait pu en voir un autre à Caudebec),
  • lorsque nous avons visité à Paris (rue des Eaux), le Musée du Vin – nous n’avons dans nos banlieues que des chemins des Vignes ou des Bons-Raisins,
  • lorsque nous avons visité la boulangerie Poilâne.

 

Souvenirs de nos lectures

C’est une riche mine où nous aimons puiser. Il n’est que de constater, sur les ouvrages que nous empruntons à la bibliothèque municipale, le rythme rapide de successions des prêts pour les auteurs tels que Claude Michelet (Des grives aux Loups), qui, en plusieurs volumes souvent, nous content les aventures de nos ancêtres immédiats dans leurs provinces ou sur le chemin de Paris.

Plus récemment, à la télé, « Les maîtres du pain » ou « Le fils du cordonnier » ont ravivé notre intérêt. Nous retrouvons le même esprit dans les ouvrages groupés sous le nom de Terre humaine avec « L’accent de ma mère », « Toinou le cri d’un enfant auvergnat », « Gaston Lucas, serrurier », les ouvrages de Jean Anglade sur ses enfances auvergnates et même, bien qu’un peu plus « savant », « Montaillou, village occitan ». Du roman à l’étude ethnographique, toute l’histoire de nos mœurs, de nos cultures, défile devant nous.

La vie quotidienne s’exprime également dans les fêtes et chaque région apporte son originalité dans la permanence de l’idée de fête. Puisque nous sommes en période de carême, nous retrouverons la notion de Carnaval, de Mardi-Gras, du Bœuf Gras qui, même en région parisienne, ont survécu jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale. On retrouvera la trace des fêtes des métiers regroupés autour de leur Saint-Patron, les harmonies et les fanfares municipales à la Sainte-Barbe pour les pompiers, à la Sainte-Cécile pour les musiciens qui sont peut-être encore prétexte à des banquets amicaux. Il doit bien en rester quelques souvenirs chez d’anciens Garchois, et je suis sûr que certains d’entre vous trouveront matière à des illustrations personnalisées pour notre prochain compte-rendu de visite.

Donc finalement, chacun à sa guise pourra choisir ou reconstruire son musée et certains trouveront peut-être l’occasion de remettre en valeur, sinon en usage, des objets un instant délaissés. Le succès que remportent régulièrement les brocantes à Garches, comme ailleurs, montre bien que la curiosité des uns et des autres n’est pas qu’un engouement passager, mais l’expression d’un véritable besoin culturel.

Après l’idée de synthèse, la seconde idée forte qui nous vient à l’esprit est l’idée de maîtrise de techniques dont nous pourrons observer les spécialisations les plus fines dans chaque métier. La panoplie complète des outils dans chaque campagne, dans quelque métier que ce soit, nous frappe aussi par sa diversité et sa précision, par son adaptation au plus perfectionné des outils, la main humaine, qui atteint sa perfection dans l’expression populaire « avoir le tour de main ».

La main du charron comme celle du tailleur, la main du menuisier comme celle du forgeron – sans parler même de celle de l’ébéniste ou du ferronnier, du graveur ou de l’imprimeur -, ne trouve pas sa place dans les métiers « presse-bouton » d’aujourd’hui. Et ce n’est pas le paysan assis sur son tracteur qui nous fera revivre « le geste auguste du semeur » suivant le vers de Victor-Hugo.

Ne nous laissons pas envahir par la nostalgie, car ce qui est frappant dans toutes les images, dans tous les souvenirs qui reviendront à nous, c’est l’idée de pénurie, de fragilité, de précarité. Des descriptions pas tellement lointaines qu’on retrouve dans « Les creux de maisons » (E. Perochon), « l’orange de Noël » nous le démontrent sans que nous ayons besoin de remonter aux images de « Jacquou le Croquant » ou de « La vie d’un simple »,

Cette précarité permanente, cette fragilité devant les imprévus de l’existence, expliquent peut-être en partie le besoin et le secours du rêve, de l’imaginaire, de l’inconnu qui sous-tend, avec bien entendu la présence rassurante de l’espérance, l’ensemble de traditions qui se perpétuent dans ce Musée des Arts et Traditions Populaires.

 

***

 

Notre visite

 

Le Musée des Arts et Traditions Populaires s’efforce de donner un reflet global de la culture française préindustrielle et de faire revivre les objets présentés, de les situer dans un contexte tels qu’ils n’aient pas l’air d’être privés d’âme, voire de les intégrer aux ensembles dans lesquels ils se trouvaient et qui ont été reconstitués : le feu est allumé dans un foyer, l’oiseau est pris dans un piège, l’outil travaille la matière.

Le musée se divise en deux parties : l’univers dans lequel l’homme se trouve inséré et l’organisation sociale que la communauté se donne.

 

L’univers dans lequel l’homme se trouve inséré

 

Les vitrines de ce secteur nous font découvrir les données naturelles et culturelles qui ont servi de cadre à la civilisation française, ainsi que les grands jalons de cette évolution culturelle depuis l’âge du fer jusqu’à nos jours.

 

Les techniques

Ce secteur rend compte de la façon dont l’homme a pris possession des ressources naturelles et les a transformées à son usage : la cueillette et la chasse, la pêche (avec la présentation à marée basse, d’un authentique bateau de Berck du début du siècle), l’élevage des abeilles, des chevaux et des ovins, une séquence complète des opérations conduisant de la culture du blé à la consommation du pain, de même de la vigne au vin, de la toison à la vêture, de l’arbre à l’établi (avec la reconstitution d’un atelier de tourneur sur bois), de la terre au pot, de la carrière à l’édifice, la maréchalerie de village (avec l’animation et la reconstitution d’une forge du Queyras), un aperçu des types de l’habitat rural et des modes d’alimentation traditionnelle (complété par la reconstitution d’un intérieur de Basse-Bretagne), enfin des transports ruraux, terrestres et fluviaux.

 

Du berceau à la tombe

Avec le secteur des coutumes et des croyances, nous suivons le cycle de l’homme, les grandes coupures de l’existence, naissance, mariage, mort, ou les coupures mineures telles que la conscription ou la Sainte-Catherine pour les célibataires.


Char d’enterrement de la confrérie de Daubeuf-la-Campagne (Eure)

 

Les fêtes

D’une année à l’autre, les fêtes marquent le déroulement des saisons et des jours : les saisonnières soulignent les grands moments de la vie agricole et pastorale, les fêtes calendaires publiques marquent des cycles et des jours de l’année, les calendaires privées s’attachent à des personnes, des fêtes échappent aussi au calendrier.


Bouquet de moisson

 

La mythologie populaire

L’idée que l’homme s’est fait des êtres naturels (plantes, animaux…), des êtres surnaturels (géants, fées, animaux extraordinaires…) qu’il a imaginés, les légendes dont il auréole ses héros, les symboles qu’il a créés à partir de l’Univers, ont formé le fond d’une pensée mythique populaire cohérente.

 

Tradition chrétienne

A des degrés divers, selon les temps et les lieux, la religion chrétienne domine les autres croyances. En même temps que le dogme est accepté, le peuple l’adapte à ses propres besoins et à des traditions plus anciennes. Il en est ainsi de toute dévotion, qu’il s’agisse de la Croix, de la Vierge, des Saints.


Femme priant au pied d’une croix de village (assiette, Meurthe-et-Moselle)

 

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L’organisation sociale que la communauté humaine se donne

 

Le secteur des pratiques

Ce sont les gestes et les rites que l’homme accomplit pour assurer sa propre sécurité. Placée sous le signe d’un fer à cheval, cette section traite successivement des sorts et de la divination, de la prévention et de la guérison. L’un et l’autre thème sont approchés à la fois sous les aspects magico-religieux, magique, empirique et même savant.


Le Diable (bois sculpté -Savoie)

 

Le secteur des institutions

En occupant le sol, l’homme s’est donné des lois pour régir sa propre communauté. Outre un aperçu sur les foires et les marchés, un autre sur la famille, et un sur le compagnonnage, sont présentés deux grands ensembles d’économies et de techniques agro-pastorales.


Peigne à myrtilles

 

Le secteur des œuvres

Comment l’homme et la communauté humaine se sont forgés un langage pour s’exprimer dans les différents domaines culturels : le jeu, le spectacle, la littérature, la danse, la musique, le costume, les arts appliqués, les arts graphiques et plastiques.

 

 

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