Thèmes : art, sculpture.
Visite des mardi 25 et jeudi 27 février 1992.

Une centaine de membres du C.D.I. ont visité, les 25 et 27 février, le musée Bourdelle à Paris (15ème).
Le musée, inauguré en 1949, est composé d’anciens ateliers, autrefois occupés par Antoine Bourdelle.
Antoine Bourdelle naquit à Montauban, le 30 octobre 1861. Son père avait quitté la campagne pour s’établir d’abord à Marseille, ensuite à Montauban, comme menuisier-ébéniste. Il avait épousé en secondes noces, à l’âge de quarante ans, Émilie Reille, fille d’un tisserand albigeois, « une belle et timide paysanne sauvageonne » de vingt ans plus jeune que lui. Ce fut elle qui lui donna cet enfant.
Le grand-père paternel « était chevrier, du Tarn-et-Garonne, un homme très bon, très familial, très attaché aussi à ses chèvres, vêtu la plupart du temps de larges pantalons blancs… Des oncles aussi étaient chevriers ».
Les premiers souvenirs de Bourdelle sont attachés à son terroir : « Le Quercy est le plus beau pays du monde. J’y allais passer mes vacances, courant après les chèvres,·sculptant des bois rustiques et parfois m’amusant à cuire au four, avec le pain, des bonshommes d’argile. »
Enfant doué d’une riche fantaisie, il ne voulut guère apprendre à l’école que le dessin. Son maître, Monsieur Rousset, lui laissa toute liberté à cet égard se rendant bien compte qu’il était inutile de contrarier sa vocation. Ainsi, Bourdelle « installé tout à part des classes, dans une sorte de vestibule de l’école » passa-t-il son temps à dessiner, à barbouiller ou à tracer sur le tableau noir des modèles que les autres élèves copiaient. Plus tard, par son propre effort, par la lecture et l’expérience de la vie, il devait rattraper tout ce qu’il n’avait pas appris à l’école.
Il abandonna l’école à l’âge de treize ans pour aider son père qui, « travaillant en artiste au tarif commercial », n’arrivait pas à joindre les deux bouts.
Le soir, il suivait les cours de l’École municipale de dessin, à Montauban où Achille Bouis, ancien photographe, lui apprit à modeler en argile des copies d’après les plâtres antiques.
Les sculpteurs sur bois toulousains, qui empruntaient souvent l’établi de son père, lui transmirent les secrets de leur métier et bientôt les meubles décorés par le jeune ébéniste furent appréciés par les amateurs.
Il réussit en 1876, à 15 ans, le concours d’admission à l’École des Beaux-Arts de Toulouse, mais il ne tarda pas à effrayer ses professeurs par ses audaces dans son travail. Il acheva ses études à Toulouse en 1884 et, pourvu d’une bourse accordée par la municipalité de Montauban, se dirigea sur Paris où il allait tenter sa chance. Reçu deuxième au concours d’admission à l’École des Beaux-Arts de Paris, il entra à l’atelier de Falguière où il s’avéra plus avancé que ses camarades.
Il trouva, Impasse du Maine, un atelier qui fut pendant quarante-cinq ans sa demeure et son lieu de travail et qui abrite, de nos jours, le musée.
Il expose au Salon des Artistes Français en 1884, à 23 ans, et à partir de 1891 au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts et au Salon du Champ de Mars. Le succès est cependant lent à venir.
Trois évènements vont changer le cours de sa vie à cette époque. Ému par la musique de Beethoven, il commence en 1888 la série de portraits, bustes et statues (45 compositions) de ce grand compositeur, qui ne s’achève qu’en 1929.

« Beethoven aux grands cheveux »
1890 – Bronze
En 1893, il exécute les premières études pour le Monument aux Morts de Montauban et la même année, il devient le « praticien » (celui qui exécute un travail sur les indications de l’artiste) de Rodin, inaugurant une collaboration qui devait marquer toute sa carrière artistique.
Le Comité des Combattants de Montauban l’avait invité à participer à un concours où son projet fut admis. Il avait dépassé l’âge de trente ans et la chance lui offrait l’occasion de « donner sa mesure » en exécutant son premier monument pour sa ville natale.
Au cours des études qu’il accumule pendant plusieurs années, il arrive à améliorer son projet et en 1896 il présente au Comité des Combattants la maquette du monument, qui rencontre des oppositions violentes. Rodin intervient en 1897 par une lettre adressée à Osmin Millenet, Président du Comité, pour soutenir le projet de son collaborateur et entraîner une décision favorable.
Bourdelle mène la lutte sans accepter aucun compromis et finit par imposer sa vision romantique d’un monument qui ne devait ressembler à aucun de ceux déjà vus sur les places publiques. Ses ennemis ne cessèrent pas leurs attaques.

« Guerrier au casque »
Étude pour le Monument aux Morts de Montauban
1893-1896 – Bronze
Son besoin d’ordre s’affirme davantage à partir de 1900 avec la tête d’Apollon qui inaugure une nouvelle étape. Le temps de la pauvreté est révolu. Sans connaître encore l’aisance, il gagne assez pour suffire aux besoins de ceux dont il a la charge. Les commandes ne se font plus attendre.
Gabriel Thomas lui demande en 1900 d’exécuter la décoration du Théâtre du Musée Grévin : ce sont des masques, des figures décoratives, des « têtes de Rieuses », un bas-relief pour un dessus de scène.
La même année il exécute dans les ateliers de porcelaine de Théodore Haviland et Cie de Limoges cinq biscuits : le buste et le masque de Jane Avril, le Baiser, Violettes et Roses, Aphrodite émergeant des flots. Dans la finesse du modelage, dans le jeu subtil d’ombres et de lumières on retrouve l’influence de Rodin.
Il épouse Stéphanie Van Parys. Il connaît la joie d’être père. Dans « Jeune sculpteur », dans « Pierre Bourdelle enfant », exprime sa tendresse pour son fils.
Le fondeur Hébrard lui propose en 1905 de présenter un ensemble de ses œuvres à la galerie qu’il possède rue Royale. La première exposition Bourdelle réunit 38 sculptures, 18 peintures et 21 dessins.

« Les Pommes »
1907 – Bronze
Les années 1909-1914 sont les plus fécondes dans la création de Bourdelle. En une seule nuit, il exécute les projets pour la façade du Théâtre des Champs-Élysées. II réalise les sculptures de cette façade, celles de l’entrée, les fresques de l’atrium et du pourtour des loges. En même temps, il crée « Le centaure mourant », ou bien « la statue de Carpeaux », « le Monument à Auguste Quercy », « le buste de Madame Simu » poursuivant ainsi la série des grands portraits inaugurée par « les bustes d’Ingres » (1908) et de « Rodin » (1909). La décoration du Théâtre des Champs-Élysées est le couronnement du cycle mythologique de Bourdelle.
Présenté au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts de 1910, l »‘Héraclès Archer » suscite l’enthousiasme de la critique.
Le cycle mythologique se poursuit par la sculpture du « Centaure mourant » présentée au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts en 1914.

« Héraclès Archer »
1909 – Bronze

« Le Centaure mourant »
1911 – Bronze
Il exécute de nombreux portraits, il faut rappeler ceux d’Anatole France, d’Anastase Simu, d’Auguste Perret, de Sir James Frazer, de Daumier et de Mickiewicz. Il ne faut pas oublier non plus ses portraits de femmes tels « La Chilienne, « La jeune Roumaine », « Ruth la glaneuse », « La Reine de Saba », « La belle Américaine », …

« Anatole France »
1919 – Bronze
A Saint-Antonin (Tarn), en 1912, il commença les études pour la commande la plus importante qu’il avait jamais reçue : « Le Monument du Général Alvear » qui devait être érigé sur une place publique à Buenos Aires.
Bourdelle présenta une maquette qui fut acceptée. Elle comportait, selon le programme établi, la statue équestre du Général Alvear et « quatre figures représentant en symboles des actions et qualités du Général : la Force, la Victoire, la Liberté et l’Éloquence ».
Le travail pour ce monument dura environ dix ans. Cinquante-sept sculptures – études, variantes, fragments et détails – furent nécessaires pour aboutir à la version finale, sans compter les croquis et les dessins préparatoires.

« Statue équestre du Général Alvear »
1913-1915 – Bronze
En 1919, on lui demande d’exécuter une statue monumentale de la « Vierge à l’Offrande ». Elle mesure six mètres de haut. Du sommet d’une colline en Alsace, elle domine toute la vallée, la bénissent du signe de la croix décrit par les bras et le corps de l’Enfant Jésus.

« Vierge à l’offrande »
1922 – Marbre
Il acheva deux autres monuments avant la fin de sa vie : « La France » et le « Monument à Mickiewicz ».
Bourdelle sculpta encore beaucoup d’autres œuvres. On ne pourrait toutes les nommer, mais regardons l’un des autoportraits que nous avons découvert dans le musée.

« Autoportrait » 1929
Bronze
Antoine Bourdelle s’éteignit le 1er octobre 1929.
Étonnant musée, par sa taille et la diversité des œuvres exposées. A voir absolument.
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FICHE DE VISITE MUSÉE BOURDELLE
Nous sommes devant le numéro 16 de la rue Antoine Bourdelle : nous entrons au musée Bourdelle, installé dans l’atelier que le sculpteur occupa de date de son entrée à l’École des Beaux-Arts de Paris -jusqu’à sa mort en 1929.
Il est rare de voir une telle unité de lieu dans la carrière d’un artiste.
Cet atelier, légué à la ville de Paris par Madame Antoine Blondelle, est devenu musée en 1949. C’est Madame Bufet-Bourdelle, fille de l’artiste, qui en est l’actuel conservateur.
Émile Antoine Bourdelle est né à Montauban en 1861.
Chez son père, menuisier en meubles, il apprit d’abord la sculpture sur bois. Par la suite, une bourse d’études lui permit d’entrer à l’école des Beaux-Arts de Toulouse.
En 1884, il est donc à Paris où il travaille à l’École des Beaux-Arts dans l’atelier de Falguière. Cette même année, il est reçu au salon des artistes français.
Antoine Bourdelle a été l’un des aides préférés de Rodin. Il a fait partie de « l’usine Rodin » où des dizaines de sculpteurs, plus ou moins connus par la suite, ont travaillé (Rodin 1840-1917).
Puis, il exposera au salon de la société nationale des Beaux-Arts et en 1923, il sera l’un des principaux fondateurs du salon des Tuileries.
Il a exécuté plus de 900 sculptures, plusieurs milliers de dessins, fresques, pastels…
Les collections rassemblées au musée permettent de suivre le travail de ce grand sculpteur, depuis les esquisses et les études jusqu’à l’œuvre achevée.
Dans son propre atelier de peinture, et dans l’ancienne échoppe d’ébéniste de son père, sont exposés des autoportraits, portraits de la famille, d’amis – un portrait de Cécile Sorel à 13 ans entre autres -.
Nous verrons la maquette du monument au Général Alvéar, libérateur de l’Argentine. Statue monumentale présentée au salon des Tuileries en 1923 et érigée à Buenos Aires en 1926. Le socle porte quatre admirables figures : la Force, l’Éloquence, la Liberté, la Victoire.
Quelques bustes d’hommes célèbres sont également exposés : Carpeaux, lngres, Rodin …
C’est dans ce musée que sont conservés les plâtres originaux des sculptures monumentales de Bourdelle. Ces grandes œuvres conçues pour de larges places publiques sont, sans doute, difficilement mises en valeur dans l’espace restreint d’un musée.
Nous retiendrons quelques réalisations célèbres :
- le décor du théâtre des Champs-Élysées (1910-1912), bas-reliefs d’inspiration mythologique,
- l’Épopée Polonaise,
- la statue d’Adam Mickiewicz 928) sur la place de l’Alma,
- Héraklès archer (1909) au Louvre, puis actuellement au musée d’Orsay,
- la France saluant l’Amérique (1923-1925), érigée en par l’association des Français libres dans la cour des musées du Palais de New York et de Tokyo,
- monument aux Morts de Montauban (1884-1902),
- fragments du monument aux Morts des Montceau-les-Mines, commandé en 1919.
Au cours de cette visite, nous nous familiariserons avec l’art de la sculpture, les techniques utilisées pour la réalisation définitive d’une œuvre (taille, modelage, moulage, etc.).
Antoine Bourdelle tient une place importante dans la sculpture française de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle. Il a laissé, par son enseignement, une profonde influence sur les sculpteurs modernes.
M.N.

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