Thèmes : art, histoire.
Visite du mercredi 15 mai 1991.

Dans le cycle « Paris, quartier par quartier », une centaine de membres du C.D.I. ont visité le quartier du Marais, accompagnés de trois conférencières.
Le car nous dépose au coin de la rue de Birague et de la rue Saint -Antoine.

Rue de Birague
En deux heures nous n’avons parcouru qu’une toute petite partie de ce vaste quartier, de la rue de Birague jusqu’à la rue Pavée. Il y a tellement de monuments, d’hôtels à découvrir ! La rue de Birague reçut son nom en 1804, en l’honneur du cardinal de Birague (1507-1583), chancelier de France.
Dès l’époque romaine, l’actuelle rue Saint-Antoine, surélevée et protégée des crues, relie Paris à Melun. Au 13ème siècle, quelques couvents s’installent sur ses bords : moines et Templiers défrichent et mettent le Marais en culture.
Protection militaire et ouvrage d’endiguement, le rempart de Philippe-Auguste est 150 ans plus tard doublé par l’enceinte de Charles V que ferme à l’Est, la Bastille. Charles V avait en effet quitté son palais (actuel Palais de Justice) pour se fixer à l’hôtel Saint-Paul, entre la rue Saint-Antoine et le quai.
La Bastille n’est que la porte d’entrée fortifiée. Elle va changer d’utilisation par la suite car on ne trouvait pas pratique de passer au milieu de ce bâtiment moyenâgeux. On construisit à côté une porte à qui l’on donnera au 17ème siècle l’aspect d’un arc de triomphe : la Porte Saint-Antoine.

Rue Saint-Antoine.
A droite la Visitation, à gauche la Bastille.

Porte Saint-Antoine
Au 17ème siècle, la Place Royale (actuelle Place des Vosges) est créée sur ordre de Henri IV, devant le cœur du Marais.
Rue Saint-Antoine, on aperçoit le dôme de Sainte-Marie de la Visitation (1626). C’est là que le mari de Madame de Sévigné sera enterré.
Au 16ème siècle, les maisons étaient construites en brique, mais par la suite à l’époque classique, la brique a souvent été recouverte de crépi (enlevé au cours des restaurations actuelles). A la base du toit, la corniche était complète, tandis qu’à l’époque de Louis XIII, on coupait la corniche pour que la lucarne ait une plus grande hauteur.
Nous passons par l’hôtel Sully situé au 62 de la rue Saint-Antoine. Il fut construit en 1624 pour le compte de Mesme-Gallet, contrôleur des finances, qui le perdit au jeu sur un seul coup de dés. Ce fut le principal créancier de Gallet, un certain Hubert de Mesnil, qui l’acquit en 1627. Sept ans plus tard, l’immeuble devenait propriété de Sully qui en fit, selon la chronique, un lieu de rendez-vous galants où l’on ne rencontrait guère que des femmes de mauvaises mœurs.
L’hôtel qui communiquait avec le petit hôtel du 7 Place des Vosges, passa de la famille Sully à une branche de la famille Turgot en 1752. Entre temps, Voltaire s’y était fait rosser un soir de 1725 par des valets du chevalier de Rohan-Chabot. Les complications qui s’ensuivirent conduisirent le célèbre écrivain pour la deuxième fois à la Bastille.
Sur la rue, l’hôtel de Sully présente deux pavillons d’un étage réunis par une aile basse en terrasse, percée d’une porte cochère encadrée de deux colonnes. Les toits de chaque pavillon sont amortis par un large fronton cintré percé d’une fenêtre encadrée de chérubins assis sur les consoles.

Hôtel Sully – façade sur rue
Du côté cour, les frontons et les lucarnes sont décorés. Une série de figures représente les éléments et les saisons. Dans l’ancienne orangerie, un décor de jardin à la française est remis en état.
On arrive directement Place des Vosges.

La Place des Vosges, autrefois Place Royale, occupe en partie l’emplacement de l’ancien hôtel des Tournelles qui fut jadis une des demeures préférées des rois de France. Cet hôtel devait son nom aux petites tours que l’environnaient. Charles VI vint y habiter à plusieurs reprises. Les parcs et les jardins occupaient un espace considérable. On y voyait des ceps de vigne, des potages, des vergers …
Après la mort d’Henri II, Catherine de Médicis prit en horreur les Tournelles. Une partie des bâtiments était en mauvais état et Charles IX en ordonna la démolition en 1563. Le prix des matériaux devait servir à la construction d’un nouveau palais qui se trouva être celui des Tuileries. Les bâtiments de l’hôtel des Tournelles mirent 5 ans à disparaître. Pendant les guerres de religion, le lieu où il se trouvait devint une sorte de terrain vague.
Henri IV décida de construire une place royale. Le Roi se réservait le côté Sud et concédait les trois autres côtés à des particuliers.
Les concessionnaires devaient construire autour de la Place Royale des pavillons à arcades (influence italienne) sur un modèle uniforme. Le Roi fit en même temps percer quatre rues pour permettre d’y accéder.
Louis XIII l’inaugura.
C’est en 1800 qu’elle devint la Place des Vosges pour honorer ce département qui s’était acquitté le premier de ses contributions. La Place Royale a été la première place de Paris. Les pavillons y sont au nombre de 36. On peut citer : le pavillon du Roi, l’hôtel de Coulanges où naquit la future Madame de Sévigné, l’hôtel d’Estrades … Au numéro 6 se trouve l’hôtel où Victor Hugo a habité de 1832 à 1848. L’hôtel a été acquis par la Ville en 1873. Celle-ci y a installé le Musée Victor Hugo en 1902.
Nous passons sous un promenoir de la Place. Là se trouvaient dès le 17ème siècle des boutiques avec un entresol où logeait le boutiquier.

Nous avançons rue des Francs-Bourgeois. Au Moyen-Age, un « franc-bourgeois » était un indigent exempté de taxes et d’impositions. Une maison fondée en 1350 donnait asile à 48 francs-bourgeois de Paris. Cet établissement donna son nom à la rue. Une école installée dans l’hôtel de Mayenne s’appelle l’école des Francs-Bourgeois.
A la fin du Moyen-Age, ce qui allait devenir la rue de Turenne était un égout naturel. Nous sommes dans cette rue, du nom de Henri de la Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne, maréchal de France qui joua un rôle important dans la Fronde.
Rue de Sévigné se trouve l’hôtel Carnavalet qui s’appelait à l’origine « de Kernevenoy », nom difficile à prononcer. Le nom déformé devint « Carnavalet ». Madame de Sévigné habita l’hôtel vers 1667.

Entrée de l’hôtel Carnavalet
Tout près se trouve l’hôtel Lepeletier de Saint-Fargeau. Il fait partie du Musée Carnavalet.
Pénétrons dans la cour de l’hôtel Carnavalet. Les dômes en pierre ont été restaurés au 19ème siècle et l’on aperçoit la trace des arcades du 16ème siècle.
Une statue de Louis XIV a traversé la Révolution. C’était celle qui ornait la Place de l’Hôtel de Ville.
Nous contournons le musée pour jeter un coup d’œil sur le jardin.
L’hôtel de Marle, rue Payenne, abrite le Centre Culturel Suédois et l’Institut Tessin. Les travaux de réfection ont permis de retrouver des poutres peintes et la charpente due à Philibert Delorme.
L’hôtel de Vigny, rue du Parc Royal, abrite le Centre National de Documentation du Patrimoine.
L’hôtel de Bonneval se trouve un peu plus loin.
Maintenant nous sommes à l’arrière de l’hôtel de Rohan (Archives Nationales) au carrefour de la rue de Torigny et de la rue de la Perle.
Là se trouvent l’hôtel de Libéral Bruant, l’architecte des Invalides, et l’hôtel Salé, construit pour Pierre Aubert, fermier de la gabelle, d’où le nom d’hôtel Salé. Il a reçu la dation Picasso. A l’intérieur a pu être conservé un bel escalier à rampe de fer forgé et à plafond sculpté.
Nous passons devant l’hôtel d’Albret et admirons la finesse de sa façade.

Hôtel d’Albret – façade sur rue.
Nous nous arrêtons dans la cour de l’hôtel de Lamoignon. Anciennement appelé hôtel d’Angoulême, il a été élevé vers 1585 pour Diane de France, fille légitimée de Henri II. Le Président au Parlement Lamoignon s’y installa en 1658 et reçut Racine, Madame de Sévigné, Bourdaloue, Boileau qui, sur un défi, compose le « Lutrin », épopée héroïco-comique. Le défenseur de Louis XVI, Lamoignon de Malesherbes y est né, Alphonse Daudet y a habité.

Hôtel de Lamoignon -côté jardin
Notre promenade se termine par la rue des Rosiers. Encore un quartier riche en souvenirs où il faudra revenir.
***
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FICHE DE VISITE
LE MARAIS AU TEMPS DE MADAME DE SEVIGNE
Un des quartiers les plus prestigieux de Paris….
Des marécages aux hôtels particuliers
… Il ne fut d’abord qu’une terre marécageuse comprise entre la Seine et un de ses bras, souvent inondé au moment des crues. Les eaux de la Seine sont à l’origine de la ville de Paris et annexèrent de nombreux ruisseaux, le ruisseau du Bac cité par… Madame de Sévigné.
Des institutions religieuses s’y Installèrent, puis la communauté juive. Les seigneurs y possédaient des maisons de campagne. Des logis royaux y furent construits, tel le Palais des Tournelles, résidence des rois, de Charles VII à Henri II.
La Place des Vosges

Une des plus belles, peut-être la plus belle place de Paris par son architecture harmonieuse. Victor Hugo ironisa : « Quand on pense qu’on la doit au coup de lame de Montgomery ».
Le 30 juin 1559, au cours d’un tournoi organisé rue Saint-Antoine, Henri II affronta Montgomery, le Capitaine de sa Garde. La lance brisée de ce dernier lui pénétra dans l’œil. Bien que soigné par le célèbre Ambroise Paré, Henri II mourut après dix jours d’agonie. Pour la petite histoire : on se hâta de décapiter les condamnés à mort pour récupérer leur tête et effectuer les expériences qui auraient pu servir à soigner le Roi.
La Reine Catherine de Médicis fit démolir l’hôtel des Tournelles et un marché aux chevaux y fut installé. Emplacement inespéré pour Henri IV dans un Paris à l’étroit : il commanda la construction de la Place Royale, vaste place carrée qui devait servir de « promenoir aux habitants fort pressez en leurs maisons ».
La Place Royale devint alors le centre de la vie élégante et des plaisirs, le cœur de Paris pendant le XVIIème siècle, le rendez-vous de la société brillante.
Madame de Sévigné dans le Marais du XVIIème siècle

Madame de Sévigné fut la Parisienne du Marais. Née Place Royale à l’hôtel de Coulanges, elle changea souvent de résidence qu’elle choisissait dans ce quartier avant de s’éprendre de la « Carnavalette ».
« Dieu merci, nous l’avons, nous y tiendrons tous et nous aurons le bel air, une belle cour, un beau jardin, un beau quartier et de bonnes petites filles bleues, fort commodes pour la proximité des offices. »
Dans ce quartier agréable, rendez-vous des esprits cultivés, Madame de Sévigné n’avait pas loin à aller pour rendre visite à ses amis : Lamoignon, la belle Ninon, les Coulanges, Turenne, Scarron. Elle pouvait rencontrer à la maison le père Jésuite Bourdaloue : vie littéraire brillante et souci religieux, ce que ses lettres ne cessaient d’évoquer.
Et la malice du destin veut que les hôtels aristocratiques soient très recherchés dans cette rue des Francs-Bourgeois qui doit son appellation à la gueuserie de ses habitants, si misérables qu’ils étaient exonérés de tout impôt.
Le quartier Juif, la Rue des Rosiers
Ancien chemin de ronde de l’enceinte Philippe-Auguste, avec des jardins plantés de rosiers, il fut l’un des quartiers où se concentra la Communauté juive au XIIème siècle. Comme au Moyen-Age, il leur était interdit de pratiquer les métiers et charges « nobles » (enseignants, avocats, etc.), Les Juifs comme les Lombards devinrent commerçants ou prêteurs sur gage.
Ce quartier est lui aussi chargé d’histoire, celle du peuple juif, communauté expulsée à la fin du XIVème siècle, reconstituée à la veille de la Révolution.
Au XXème siècle arrivèrent les Juifs (ashkénazes) d’URSS et de Pologne fuyant les pogroms puis le régime nazi. Une des pages noires de notre histoire est la nuit du 16 juillet 1942, la rafle du Vel-d’Hiv, l’arrestation des Juifs de la rue des Rosiers et de Saint-Paul.
Aujourd’hui, les Juifs séfarades, rapatriés d’Afrique du Nord, sont venus renforcer la vieille communauté ashkénaze. Les snacks à falafels (délicieux sandwiches) se mêlent aux vieilles boutiques ashkénazes avec inscriptions traditionnelles en Hébreu. En été, on y retrouve l’atmosphère d’une place méditerranéenne avec ses bonnes odeurs, ses montagnes de couleurs, un certain caractère populaire et villageois.
M.B.
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