SORTIE-VISITE : le Grand Louvre – l’Aile Richelieu

 

Thèmes : art, histoire, peinture, sculpture, visite.
Visite du vendredi 11 mars 1994.

 

Historique

Le « grand dessein » du Louvre fut d’abord l’affaire des rois. François 1er et son architecte Pierre Lescot ont engagé une aventure qui ne sera achevée que par Napoléon III. Et la récente mise à jour, sous la Cour Carrée, des fondations du Louvre médiéval, forteresse construite par Philippe-Auguste vers 1190, rappelle une fois de plus que le musée s’est installé dans une demeure conçue de longue date pour représenter la puissance royale.

Mais les rois avaient aussi cette façon d’affirmer leur pouvoir : la collection des œuvres d’art. Le Louvre serait bien pauvre si les monarques n’avaient pas eu ce goût, et surtout la bonne idée de commanditer des peintres ou d’acheter des tableaux.

A commencer par François 1er, mécène et ardent collectionneur, à qui nous devons de posséder « La Joconde » de Léonard de Vinci, et qui vénérait le peintre italien plus que ses contemporains français.

Si le règne d’Henri IV est marqué par l’enrichissement des collections royales, celui de Louis XIV est déterminant dans l’histoire de ces collections. Le roi reprend la politique d’acquisitions amorcée par François Ier et augmente considérablement le nombre des œuvres. Ce souverain, très soucieux de son prestige, n’achète pas un tableau mais des collections entières.

Aux achats s’ajoutent les saisies, les dons gracieux (car la mode est aux cadeaux diplomatiques), les biens confisqués, etc. La plus grande partie de ce trésor royal est traditionnellement entreposée au Louvre, un palais que les rois n’habitent plus depuis que Louis XIV a déménagé à Versailles et a nommé le peintre Charles Le Brun garde de ses tableaux.

Louis XV reprend le flambeau laissé par ses prédécesseurs. Il commande des œuvres et développe la collection royale. Ce trésor ne sort du Louvre que pour gagner Versailles ou le palais du Luxembourg où le public peut venir le contempler entre 1750 et 1777.

Des artistes vivaient au Louvre depuis que Henri IV les avait autorisés à s’y installer. Outre les ateliers et les collections royales, le Louvre abritait aussi l’Académie de peinture depuis 1692. L’idée d’y aménager un musée, comme en Allemagne ou en Italie, apparut timidement sous le règne de Louis XV, puis sous celui de Louis XVI.

En 1774, le comte d’Angivillier, surintendant des bâtiments et administrateur des collections du roi, avait compris le rôle d’un musée pour la France : rôle politique d’abord pour renforcer le prestige de la royauté, non seulement en France, mais surtout à l’étranger et rôle pédagogique ensuite, pour favoriser le renouveau de la peinture française en permettant aux jeunes artistes d’approcher des chefs-d’œuvre.

II entreprend des travaux dans la Grande Galerie. Le mauvais état des finances du royaume l’oblige à y renoncer. C’est la Révolution qui réalisera son rêve. Une première commission est chargée de rechercher tout ce que la nation possède comme tableaux, statues, ou objets de curiosités, et de les rassembler dans des dépôts. Une seconde commission choisit et place ces œuvres dans la Grande Galerie du Louvre. Ce « Muséum des arts », pourvu de 537 tableaux et de 124 sculptures et objets d’art, est inauguré le 18 novembre 1793.

Dès la création du musée, on opte pour un accrochage esthétique, mais on s’avise rapidement qu’un musée n’est pas destiné uniquement aux peintres. Pour séduire le public et l’instruire, l’espace se doit d’être organisé et les œuvres regroupées de façon logique.

En 1801, la Grande Galerie, qui était fermée depuis trois ans pour travaux, ouvre à nouveau ses portes. Le Louvre, dont les collections se sont considérablement enrichies grâce aux saisies des guerres napoléoniennes, inaugure une présentation « écoles » (française, flamande, italienne). Les sculptures sont regroupées à part.

En 1806, Napoléon expulse les artistes logés au rez-de-chaussée de la Grande Galerie. Ce sont désormais des conservateurs qui vont diriger le musée.

La conception d’un musée destiné au grand public mettra nettement plus de temps à s’imposer. Il faudra attendre 1855 pour que l’accès au musée ouvre à tous. L’entrée est gratuite. Elle ne deviendra payante qu’en 1922.

La présentation des collections a beaucoup varié au cours de ces 200 ans : le nombre d’œuvres n’a cessé d’augmenter. Au considérable trésor royal, se sont ajoutées les réquisitions de la Révolution et de l’Empire, dont une bonne partie (plus de 2000 tableaux) sera restituée en 1815 à la chute de Napoléon.

Bien que dégarni, le musée est considéré comme une grande institution nationale : ses collections vont, dès lors, affirmer une vocation plus française. La plupart des œuvres vont ensuite être achetées par l’État. La politique d’acquisitions se porte sur des œuvres contemporaines, comme celles de David, Girodet et Guérin.

Les immenses salles de peintures, qui constituent une des originalités du Louvre, sont construites sous le Second Empire. A partir de cette époque, les collections ne cessent de s’enrichir. Le XIXème siècle est l’époque des grandes donations et legs privés.

Le plus beau legs jamais reçu par le Louvre est la collection La Caze, en 1869, qui vient combler une énorme lacune car jusqu’à cette date, les peintres français du XVIIIème siècle sont presque absents du Louvre.

 

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Les travaux du Grand Louvre

Il faudra attendre l’aménagement du Grand Louvre, la création des 39 salles au deuxième étage de la Cour carrée et l’espace gagné sur l’aile Richelieu pour donner toute sa mesure à la collection du Louvre.

Mais si la peinture française est particulièrement bien traitée, ce n’est pas la seule lacune que le Grand Louvre s’est donné le moyen de corriger. Les objets d’art, sculptures et tapisseries sont redéployés dans l’aile Richelieu, et retrouvent un lieu digne de leur prestige.

La sculpture monumentale de plein air, qui ornait jadis les jardins royaux, revient aussi à l’honneur grâce à l’aménagement des deux grandes cours intérieures de l’aile Richelieu.

Autre grande réhabilitation : l’art islamique, qui occupe toujours dans l’aile Richelieu un espace de 1 250 m2. Depuis plus d’un siècle, le Louvre possède de magnifiques pièces qui étaient présentées dans des locaux exigus. D’autres œuvres déposées à l’Institut du Monde Arabe retournent aujourd’hui au Louvre.

S’il fallait résumer la politique muséologique du Grand Louvre, ce serait sans doute : « tout montrer ». Ainsi, 12 000 œuvres dans l’aile Richelieu, dont 250 tableaux, 1250 sculptures et 5 500 objets d’art, sont présentés dans de bonnes conditions.

Tout montrer, mais comment l’exposer ? La contrainte des bâtiments, le format de certaines œuvres intransportables sont autant de raisons qui ne permettent pas de tout faire. La volonté de certains donateurs, qui n’ont pas voulu que les œuvres de leur collection soient séparées, a également compliqué la tâche.

S’y ajoutent d’autres contraintes techniques : les conditions optimales d’éclairage, de conservation, de présentation sont différentes pour les sculptures, les toiles et les dessins. Il faut savoir que, même sous une lumière atténuée, un dessin ne peut être exposé plus de trois mois d’affilée, et une fois tous les cinq ans.

Quant à la présentation et à l’accrochage, ils doivent répondre au goût du jour. Au XIXème siècle, l’usage était alors d’accrocher « cadre contre cadre ». La nouvelle réorganisation s’est attachée à desserrer l’accrochage et à « donner de l’air » aux œuvres. On a pris garde de varier les volumes afin de ne pas lasser le visiteur et de présenter au mieux les grands et les petits formats.

On a également innové dans le choix des couleurs des cimaises. Rompant avec les murs blancs, le Louvre a tenté de créer des atmosphères en harmonie avec la peinture : beige clair pour les œuvres françaises du XVIIème siècle, vert pâle et caramel pour le XVIIIème siècle, vert et rouge foncé pour les Romantiques, etc.

Les peintures mineures sont accrochées sur deux rangs, les moins remarquables vers le haut. Les tableaux majeurs sont isolés et accrochés à hauteur d’homme.

Le nouveau Louvre privilégie l’éclairage « vivant », indirect, diffus et homogène, grâce à un système de filtrage de la lumière provenant des verrières.

« La lumière du jour ne peut pas être la seule source de luminosité, en particulier en hiver », explique l’architecte Pei. Il a donc conçu un système d’écrans fixes utilisables en toute saison. La lumière qui pénètre par ces écrans est déviée sur les murs au moyen de lames en staff servant de réflecteurs, spécialement conçues et disposées au plafond.

La réouverture des fenêtres, obstruées depuis 1936, offre une lumière latérale qui complète le dispositif et ouvre les salles du musée vers l’extérieur.

Coiffées de verrières, les trois cours aménagées dans l’aile Richelieu permettent de mettre en valeur les sculptures monumentales.

Le Grand Louvre propose des circuits longs ou courts, car il faut bien choisir tant il est inconcevable de prétendre tout faire. Visiter le Louvre reviendrait à arpenter 60 000 m2 de surface d’exposition pour admirer 30 000 pièces en une seule fois.

 

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La visite

 

La cour Marly a été aménagée pour présenter la statuaire monumentale qui ornait jadis les jardins royaux. L’espace est organisé d’une manière symétrique, avec des emmarchements pour recevoir six sculptures principales : les deux « Chevaux de Marly » de Guillaume Coustou, les deux chevaux ailés d’Antoine Coysevox ainsi que les deux sculptures du jardin des Tuileries, « La Dordogne » et « La Garonne », dues à Coysevox.

Les Chevaux de Marly, jugés trop petits, quittèrent dès 1719 l’abreuvoir du château Marly-le-Roi pour le palais Tuileries. Leur célébrité amena leur installation en 1795, sur Concorde, à l’entrée des Champs-Élysées. Ils y resteront presque deux siècles, jusqu’à ce que les outrages de pluie, du vent et des gaz d’échappement des voitures commandent d’urgence leur mise en lieu sûr, au Louvre, en 1983.

La cour Khorsabad est consacrée à l’art assyrien. Ici est suggéré le palais du roi Sargon II, avec ses cinq taureaux géants à tête d’homme et ses reliefs qui courent le long des murs.

La cour Puget, faute de sculptures de l’envergure des Chevaux de Marly, semble écrasée sous le poids des terrasses monumentales, des larges escaliers, des bancs de pierre sur son pourtour. Consacrée aux statues du XVIIème au XIXème siècle, elle rassemble des artistes aussi divers que Desjardins, Puget, Clodion ou Pigalle.

 

L’aile Richelieu

L’aile Richelieu, pièce majeure de la création du Grand Louvre, consacre désormais 21 500 m2 d’espaces d’exposition aux quelques 12 000 œuvres rassemblées dans 165 salles.

Au premier étage, le département des objets d’art présente 8000 objets, du plus petit (la « Bulle de l’impératrice Maria », un pendentif byzantin en or de 10 mm) au plus grand (les tapisseries de Maximilien de 8 m x 4 m).

La galerie médiévale réunit des œuvres du début du Vème au début du XVème siècle. Là se succèdent les vitrines contenant les objets d’art médiévaux les plus importants et les plus célèbres, du petit Charlemagne de Bronze, au sceptre de Charles V en passant par l’Aigle de Suger, le Vase d’Aliénor, le manteau de l’ordre du Saint-Esprit, etc.

 

La galerie Renaissance réunit pour la première lois deux séries de tentures : les douze tapisseries des chasses de l’Empereur Maximilien 1er, chefs-d’œuvre du XVIème siècle, et les huit tentures de l’histoire de Scipion (réalisées aux Gobelins), dont quatre n’avaient jamais été exposées.

 

Donnant sur la rue de Rivoli, la chambre de Madame Récamier, intégralement reconstituée avec son lit en acajou et tout le mobilier, récemment vendu aux enchères et offert au Louvre.

Les appartements de Napoléon III occupent tout l’angle de l’aile Richelieu, le Grand Salon, somptueux, avec le mobilier de style Louis XIV, les fauteuils et rideaux de velours cramoisi, les décors sculptés de Tranchant, l’énorme lustre de cristal, les bronzes dorés et le plafond peint par Maréchal qui illustre la réunion du Louvre et des Tuileries.

Le Grand Salon

 

L’école du Nord regroupe les plus prestigieux chefs-d’œuvre des peintres hollandais, flamands et allemands dont Dürer, Vermeer, Ruysdael, Rembrandt, Jordaens et ses grandes peintures d’église … qui ouvrent sur l’impressionnante galerie de 40 mètres (elle relie les deux façades de l’aile Richelieu) qui présente pour la première fois les 24 toiles de Rubens évoquant la vie de Marie de Médicis, épouse de Henri IV.

Les bienfaits du règne de Marie de Médicis (détail)

 

L’école française offre une découverte de l’art français à travers les siècles (du XVème au XVIIème siècle), notamment « La piéta de Villeneuve-lès-Avignon » d’Enguerrand Quarton.

 

Avec ce redéploiement des collections et leur remarquable mise en valeur, le Grand Louvre nous montre sa prodigieuse richesse et se retrouve, deux cents ans après sa création, entièrement consacré aux œuvres d’art.

 

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FICHE DE VISITE

LE GRAND LOUVRE

L’AILE RICHELIEU

 

Le Louvre, tel que nous le voyons aujourd’hui, agrandi, restauré, modernisé, est beaucoup plus qu’un musée, c’est aussi un lieu de mémoire unique, qui n’existe nulle part ailleurs.

En effet, le Louvre, forteresse moyenâgeuse à l’origine (vers 1190), est devenu palais royal, cité d’artistes, lieu de fêtes somptueuses, de bals, de représentations théâtrales, de fastes impériaux, mais aussi, suivant les évènements de notre histoire, lieu d’émeutes et de massacres.

Pendant huit siècles, chaque souverain, chaque chef d’état voudra y laisser son empreinte.

C’est au Louvre, que le roi François 1er (1494-1547), protecteur des lettres et des arts, va commencer l’embryon d’une collection.

Les collections royales deviennent de plus en plus riches au fur et à mesure des règnes.

Tout ce que l’on appelait alors au 17ème siècle les « raretés » : tableaux, manuscrits rares, vélins, tous objets de curiosité, vont continuer à être précieusement exposés au Louvre. Mais nul ne songera alors à dévoiler à un quelconque public, cette riche et magnifique collection d’art.

C’est le 18 novembre 1793, par décision de l’Assemblée Constituante, qu’une galerie du palais du Louvre, la Galerie du Muséum Central des Arts, va devenir accessible au grand public – le Musée National des Arts est né.

L’augmentation des richesses, leur infinie diversité, leur origine des plus diverses (dons, cadeaux diplomatiques, acquisitions, etc.) va nécessiter de nouvelles salles d’exposition.

Mais il faudra attendre le 18 novembre 1993, à l’occasion des fêtes du bicentenaire de la création du Musée des Arts, pour que la totalité du palais, avec l’inauguration de l’aile Richelieu, devienne « le Grand Louvre », sans doute un des plus grands et des plus beaux musées du monde.

Le déménagement du Ministère des Finances, qui occupait cette aile depuis cent vingt ans, a ouvert aux rénovateurs des perspectives infinies.

Mieux présenter les collections, valoriser les trésors artistiques, faciliter la circulation du public, mieux guider celui-ci, développer la surface muséographique, voilà le programme ambitieux que les conservateurs du musée, les architectes Jeoh Ming Pei et Jean-Michel Wilmotte, les nombreux artisans et ouvriers, ont entrepris de réaliser à l’occasion de ce réaménagement.

La récupération de 22 000 m2 offre au public pas moins de 10 000 œuvres d’art, dans un espace entièrement remodelé.

A l’exception des murs et des parties historiques – les salons Napoléon III, l’escalier Lefuel et l’escalier Colbert -, le bâtiment de cette aile Richelieu a été transformé de fond en comble.

Que va-t-on voir dans ce nouvel espace ?

A l’entresol sont exposées des collections de la section islamique.

Au rez-de-chaussée, dans les deux cours encombrées jusque-là par des véhicules de l’administration, se dressent dorénavant des statues aussi célèbres que les chevaux de Marly ou Milon de Crotone.

Autour de ces deux cours rebaptisées « cour Marly » et « Cour Puget », reliées entre elles par un souterrain imaginé par Pei, sont exposées, à cause de leur poids, les sculptures françaises du Moyen-Age au 19ème siècle.

Au même niveau, des antiquités orientales (Mésopotamie, Anatolie, Iran) sont réparties autour de la célèbre cour du palais de Khorsabad (magnifiques taureaux androcéphales venus du palais de Sargon II, palais assyrien du 8ème siècle avant Jésus-Christ).

Au premier étage, on pourra admirer des objets d’art, en particulier les grandes tapisseries de la Renaissance, le trésor de Saint-Denis et les appartements de réception de Napoléon III.

Au deuxième et dernier étage, sont exposées les peintures des écoles du Nord (Hollande, Flandre, Allemagne) et les peintures françaises du 15ème au 17ème siècle.

Cette exposition de peintures bénéficie de l’éclairage zénithal mis au point par l’architecte Pei. Ce système sophistiqué permet de faire tomber la lumière naturelle indirectement sur les murs, grâce à des lamelles installées sous une verrière, équipée d’un filtre ultra-violet et doublée d’une grille métallique permettant le filtrage et la réflexion des rayons du soleil.

En 1997, quand l’opération « Grand Louvre » sera menée à son terme, les surfaces d’exposition auront doublé, les espaces d’accueil seront multipliés par dix, quant aux surfaces nouvelles, créées en sous-sol, elles seront aussi vastes que celles du palais.

Madeleine Netter

 

 

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