SORTIE-VISITE : Jean de la Fontaine

Thèmes : art, histoire littérature, visite.
Conférence du mardi 7 novembre 1995 par Christine Bournel et
visite du 10 novembre 1995.

 

Conférence du mardi 7 novembre 1995

Compte-rendu par Hubert Lohner

 

Qui est La Fontaine ? Il est né à Château-Thierry sous Louis XIII. Il est mort à Paris sous Louis XIV. Il est fils d’un maître des Eaux et Forêts. Il a traversé plusieurs mouvements intellectuels : le Piétisme, le Jansénisme, la Contre-Réforme catholique lancée par Louis XIV et les jésuites. S’il a sauvé sa tête, c’est grâce à ses fables et à son habileté à utiliser hypothèse et antithèse. On peut distinguer trois périodes dans sa vie : le fabuliste, le conteur, le penseur philosophico-religieux.

La Fontaine est célèbre grâce à ses fables. Le genre n’est pas nouveau. Ésope, Homère avec son Odyssée, s’y sont illustrés. Où trouve-t-on ces fables ? Elles ornent les murs de l’Hôtel de la Païva (demi-mondaine du temps de Napoléon III), les livres de classe, les fauteuils Régence, les toiles de Jouy, les fonds d’assiette, la publicité, le labyrinthe de Versailles. Elles sont le symbole de l’esprit français si spirituel comme du moralisme le plus sûr, de la sagesse populaire comme du classicisme le plus élitiste. La Fontaine n’inventait pas, il s’inscrivait dans une tradition dont le XVIIème siècle était bien conscient. Mais il allait lui faire subir une mutation décisive. Son talent fut d’avoir fait oublier ses illustres prédécesseurs.

A cette époque, la particule « de » était une marque de noblesse. Elle était indispensable pour réussir en société. La Fontaine n’était pas noble, il était bourgeois. En 1662, il fut condamné à une forte amende pour usurpation de noblesse : il avait pris abusivement, dans deux contrats, le titre d’écuyer.

Saint-Evremond, Chapelain, Chapelle qui sont poètes, vont introduire La Fontaine à la cour de Vaux. Vaux est la seconde résidence de Fouquet qui a été ministre de Mazarin. Celui-ci a été l’un des plus fidèles soutiens du Jansénisme. Fouquet n’a pas été prévaricateur. Le Masque de fer, ce n’est pas lui. Il a été emprisonné pour avoir déplu au roi et à son ministre Colbert. Il anime un mouvement janséniste. Le cercle de Vaux a été le premier salon politique. Dès 1660, Louis XIV manifeste sa volonté de pouvoir personnel. Il se forme une expression d’architecture d’État.

L’entourage de Fouquet, où figurent des académiciens, marque une sorte d’opposition. L’Académie française veut la réconciliation entre catholiques et protestants. Ceux-ci sont nombreux à l’Académie. La Fontaine est pensionné, mais il ne renonce pas à son œuvre. Il est diplomate et ferme de caractère.

Il y a trois cours : celle de Versailles, c’est-à-dire du Louvre (Versailles étant loin d’être achevé), Vaux dans la vallée de Chevreuse, et Vaux-le-Vicomte, beaucoup plus beau que Versailles, avec le salon de Madame Fouquet.

En plus des théologiens, s’y réunissaient des sculpteurs, des architectes, des peintres (Poussin), des subventionnés comme Le Brun, Le Nôtre, Mlle de Scudéry, auteur de la Carte du Tendre, Ménage, Voiture (dont La Fontaine se réclame pour justifier l’originalité de son œuvre).

Il y avait aussi Jean Racine, lointain cousin par les femmes de La Fontaine, et qui sut toujours manier le balancier de la célébrité. Il se rattache à la tradition janséniste. Qu’on se rappelle le scandale de la première représentation d’Esther !

Les protestants sont également nombreux à la petite cour de Fouquet. Madame Fouquet a pris ainsi d’énormes risques en invitant ces gens dans son salon.

A l’époque, il y a deux types d’éducation qui s’affrontent, ce qui provoque un débat qui sera repris par le 19ème siècle : c’est la querelle des anciens et des modernes. La Fontaine en récolte beaucoup d’amitiés, mais aussi beaucoup d’inimitiés. La tradition classique s’adresse à un public lettré. Il est de bon ton d’écrire en latin ou en une langue tellement sophistiquée que seuls les lettrés la comprennent. Les éditions comptent 50 ou 100 exemplaires.

La Fontaine pioche dans la tradition orale et dans l’héritage classique, il les réunit. Les changements de rythme flattent l’oreille. Les thèmes « amour, fidélité ou infidélité, amitié » plaisent. Il y règne une certaine sensualité. A un moment donné, La Fontaine subit l’influence du Jansénisme, ce qui le rapproche de Pascal, de Descartes. Les conclusions morales le rapprochent de La Bruyère et de La Rochefoucauld. On peut difficilement le rattacher à un courant littéraire. Il est inclassable.

Il est aussi libertin. Jean Racine, les princes de Condé et de Coucy, Messieurs de Sévigné (père et fils), etc. sont des libertins dans la mesure où ils aiment fréquenter les dames. Ils sont également libertaires par l’originalité de la pensée, par la distance qu’ils s’imposent avec le pouvoir royal. Ils se rattachent aux libres-penseurs. Ils préfigurent ceux que Molière, dans Tartuffe ou le Misanthrope, appelle « gentilshommes », qui sont animés par une « vertu » plus haute que celle liée au sexe.

La vertu, c’est le respect, la fidélité aux valeurs philosophiques, religieuses, culturelles, sociales qu’ils se sont forgés par l’éducation d’une part et par l’imprégnation sociale d’autre part. Ils sont mondains, ils ne sont pas courtisans. Ce sont des hommes de religion, la plupart marqués par des courants : épicurisme, aristotélisme ou platonisme, jansénisme. Celui-ci prône un retour à la rigueur morale et religieuse qui animait les premiers chrétiens, autrement dit, le retour sur soi, le respect de soi et des autres, et surtout, le respect des premières épîtres qui sont celles du Christ.

La Fontaine et Racine, qui se sont toujours considérés comme des libres-penseurs, ont procédé à la fin de leur vie à un examen de conscience et ont abjuré leur libre-arbitre. Ils sont rentrés dans le sein de la religion romaine traditionnelle. Il y a là une abjuration fort douloureuse de l’originalité de leur talent. On peut le regretter.

Connu aussi pour « Les amours de Psyché », un écrit malicieux qui lui coûte une petite mise en quarantaine, La Fontaine débute fort tard dans la carrière littéraire. Mais les fables ont du succès, elles se lisent et se disent, ce qui fait la grande différence avec les ouvrages scientifiques, littéraires et philosophiques des 16ème et 17ème siècles. C’est un récit qui s’achève sur une courte morale. La Fontaine se livre, par le biais de la fable, à une tentative d’anthropomorphisme, aux personnages animaliers. Il veut nous instruire – en nous divertissant – sur les qualités et les perversions humaines qu’il nous rend sensibles à travers le règne animal. Il échappe ainsi à la censure. Les fables, primitivement, n’étaient pas destinées à un public d’enfants, mais à un public d’adultes. Elles renferment un message politique et social. Elles étaient dédiées au futur Dauphin de France âgé de neuf ans, mais l’enfant était considéré comme un adulte, d’où l’ambiguïté de la dédicace.

La Fontaine est un auteur populaire, mais aussi classique dans la mesure où, dans des textes comme « Psyché » ou « Adonis », il se réclame des auteurs antiques. Ce que ses ennemis littéraires lui reprochent, c’est d’être un auteur populaire.

 

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Les Contes sont licencieux. Il les écrit pratiquement en même temps que les fables. C’est un auteur relativement prolixe. Il fut condamné pour ses Contes qui, aujourd’hui, paraissent plutôt gentillets. C’est fort bien troussé – sans jeu de mots, c’est bien écrit, c’est innocent. Un enfant de 12, 13 ans pourra lire les Contes, ils ne lui tourneront pas l’esprit. Certains films qui passent aujourd’hui à la télévision sont nettement plus dangereux.

Molière aussi épingle les travers et les rend comiques. Il puise son inspiration dans ses propres déboires. Molière et La Fontaine connaissent les mêmes difficultés vis-à-vis du pouvoir. Le Tartuffe et le Misanthrope auront du mal à se faire jouer. Don Juan se dit athée et nous propose un modèle d’honnête homme. La pièce a fait l’objet de multiples condamnations. Les Contes de La Fontaine sont une version optimiste de ce que Molière met en scène dans son théâtre.

En ce qui concerne la grivoiserie, qui est généralement accolée aux Contes, on peut considérer que les deux grands prédécesseurs sont Clément Marot et François Rabelais. Il ne faut pas oublier la richesse de cet héritage. Comparativement aux Mémoires de Brantôme, les Contes de La Fontaine sont très sages.

 

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La Fontaine a traduit, adapté, commenté des écrits religieux ou du moins théologiques liés à Port-Royal. Cette partie de la production littéraire est moins connue. Il l’a faite sous le patronage de Maître de Sacy, un proche de la famille du grand Arnauld. Celui-ci se trouvait être à l’origine de la fondation de Port-Royal. Ce courant janséniste comprend deux grandes références : Descartes et Pascal (celui-ci inventa à 16 ans la première machine à calculer), références auxquelles se rattache la pensée religieuse ou du moins théologique de La Fontaine.

C’est donc un esprit relativement vaste, très développé, très souple, très perméable à la pensée du temps. Ce n’est pas un idéologue rigoureux, mais plutôt un philosophe curieux. Par ailleurs, c’est un lexicographe remarquable. On lui doit, en partie, le renouvellement, l’enrichissement de la langue française qui était, jusqu’au 17ème siècle, soit un vulgaire patois dans les campagnes les plus reculées, soit un français extrêmement précieux, raffiné, tel qu’on peut le percevoir dans les « Précieuses ridicules » ou dans « L’école des femmes » de Molière.

Le grand mérite de La Fontaine est d’avoir enrichi la langue française d’expressions populaires qui l’ont fortement adoucie et qui collent à merveille à chacune des situations que nous pouvons traverser. Finalement, elles s’appliquent à chacun d’entre nous, c’est ce qui facilite notre identification à l’une ou à l’autre de ces fables.

Parmi les ennemis de La Fontaine, il faut mentionner Bossuet, c’est un ennemi acharné, furieux, parce que La Fontaine est un censeur de la monarchie et que Bossuet en est un inconditionnel. C’est un serviteur de la monarchie, il la sert et s’en sert.

Le 17ème siècle a servi d’alibi au développement de la pensée absolutiste, mais c’est aussi le creuset philosophique, dogmatique, politique, social, culturel de la pensée libérale, telle qu’elle trouve à s’épanouir aujourd’hui et telle qu’elle s’annonçait déjà au 18ème siècle chez Voltaire et Rousseau qui, tous les deux, revendiquent l’héritage de La Fontaine sur ce plan-là.

Ce dernier, dans ses Contes et ses Fables, fait lui-même constamment référence à l’héritage lointain et à l’héritage oriental. Depuis le 15ème siècle, on commence à découvrir le monde, on découvre des modes de pensée, des cultures qui sont aussi élaborées que les nôtres, avec des religions différentes.

Il va se développer, au cours des 17ème et 18ème siècles, grâce en particulier à la Compagnie des Indes orientales et occidentales – l’une française, l’autre hollandaise – une connaissance de ces cultures que La Fontaine déjà, à travers ses fables, va tenter de nous faire découvrir Voltaire (dans Zadig par exemple) va utiliser les contes orientaux pour saisir la rigueur, l’âpreté, l’ostracisme du pouvoir politique absolutiste.

 

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Tel est l’aperçu de l’œuvre de La Fontaine que notre conférencière voulait nous donner aujourd’hui, il sort un peu des sentiers battus. Nous sommes à une époque agitée par l’intolérance, par l’absence de philosophie religieuse ou politique, en tout cas dans les sociétés libérales. Peut-être avons-nous besoin de nous replonger dans ces courants philosophiques qui ont forgé des décennies humanistes.

 

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EXPOSITION « LA FONTAINE ET LES ARTS »

Visite du vendredi 10 novembre 1995

 

Fiche de visite par Madeleine Netter

 

C’est à l’occasion du tricentenaire de la mort de Jean de la Fontaine que la Bibliothèque nationale propose une intéressante découverte du fabuliste à travers les arts.

Jean de la Fontaine est né à Château-Thierry en 1621 et mort à Paris en 1695. Son père, maître des eaux et forêts, l’envoie au collège, puis à l’Oratoire, mais l’élève ne se sent pas de vocation ecclésiastique. Il va abandonner très vite ses études et mener une vie facile et insouciante.

En 1647, pour le fixer, son père le marie. Il a 26 ans – mariage de raison -. En 1656, il est introduit, par un oncle de sa femme, chez le surintendant des Finances, Nicolas Fouquet, qui, à ce moment-là, est le maître incontesté du château de Vaux, centre d’une cour brillante, où écrivains et artistes de renom se côtoient.

Celui qui écrivait : « J’aime le feu, l’amour, les livres, la musique, la ville et la campagne, enfin tout … », sûrement influencé par l’atmosphère de liberté et de plaisirs qu’il connait à Vaux, chez son ami et mécène Fouquet, commence par composer des poésies galantes, des contes libertins – illustrations de Fragonard.

Après la disgrâce de son protecteur, auquel il reste fidèle, il reçoit le soutien de la duchesse d’Orléans. Il fréquente à Paris les salons les plus brillants.

C’est en 1668 que les six premiers livres de ses fables paraissent. On va en admirer la première édition.

Par la suite, c’est Madame de la Sablière qui lui offrira l’hospitalité pendant plus de vingt ans. Après l’ambiance du somptueux château de Vaux, il participera aux fêtes fastueuses données à Versailles par Louis XIV. Ce sont là des lieux où il a puisé une grande partie de son inspiration.

En 1684, il est reçu à l’Académie.

A travers cette exposition de 350 manuscrits, œuvres d’art, tableaux, dessins, aquarelles, gravures, tapisseries, mobilier ou porcelaines du 17ème au 20ème siècle, nous ferons une vaste promenade autour de l’art de vivre au 17ème siècle et nous apprendrons à mieux connaitre notre grand fabuliste.

Depuis une traduction des « Métamorphoses » d’Ovide, jusqu’à une aquarelle de Chagall, nous verrons exposées des œuvres qui ont inspiré Jean de La Fontaine, ses œuvres propres et celles qu’il a suscitées.

L’exposition consacre bien sûr une large place aux fables : « Cette comédie à 100 actes divers et dont la scène est l’univers »,

A travers ses fables, il a créé un genre neuf, tout ensemble drame, comédie, satire, élégie… Son œuvre a traversé trois siècles sans prendre une ride.

 

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Compte-rendu de la visite par Madeleine Netter

 

C’est à la Bibliothèque nationale de France (ancienne bibliothèque royale), réalisatrice de l’exposition « La Fontaine et les Arts », que nous nous rendons pour notre visite.

Exposé dans un ordre chronologique, chaque ouvrage du poète, sans doute le mieux connu au monde, est présenté de manière à bien mettre en lumière la relation qui unit les arts graphiques aux textes, qu’ils en soient la source ou la postérité inspirée.

Notre visite commence au premier étage, Galerie Mazarine, où nous suivons notre guide.

Le manuscrit « Adonis » ouvre l’exposition.

« Adonis », que son auteur qualifie d’idylle héroïque, joue avec les métamorphoses : une déesse se transforme en arbre, des chiens de chasse en combattants épiques, un héros se transforme en renoncule rouge sang, l’amour en mort.

A côté de ce premier manuscrit se trouvent les « Métamorphoses d’Ovide », et « l’Adone » de Giambatista Marino (publié en 1623), textes qui sont sans nul doute à la source de l’Adonis.

Sur ce thème des métamorphoses, on peut voir des dessins de Le Pautre (Vénus pleurant la mort d’Adonis), de Chauveau et de Charles Le Brun.

A la demande de Fouquet qui, après « Adonis », lui verse une pension, La Fontaine va travailler à un poème à la gloire du domaine de Vaux, alors en chantier.

Il va en chanter les splendeurs imaginées à travers les plans de Le Nôtre, Le Vau, des dessins de Le Brun, des cartons de tapisseries.

Ce sera « Le songe de Vaux » inspiré sans doute du « Songe de Poliphile » de Francesco Coloma, paru en 1499.

Une tapisserie flamande de Mortlake est là pour témoigner de la richesse de la décoration intérieure du château de Vaux.

Dans cette galerie, parmi de nombreux dessins et estampes, sont exposés des portraits : La Fontaine peint par Rigaud, Madame de Sévigné, Mademoiselle de Lavallière, son oncle Jannart, ses amis Maucroix, Pellisson, etc.

Après la disgrâce de Fouquet, le poète part en voyage en Limousin, avec son oncle Jannart. De ce voyage, il reste 6 lettres adressées à sa femme, lettres où il relate anecdotes et visites, celle entre autres du château de Richelieu, aujourd’hui détruit.

« Les amours de Psyché et de Cupidon » sont présentés à Louis XIV en 1669. Dans cette histoire de Psyché, empruntée aux « Métamorphoses ou l’Asne d’or » d’Apulée, La Fontaine décrit la beauté des jardins de Versailles, évoque les fastes des fêtes offertes à la cour par le roi. Les artistes vont trouver là de nombreux sujets d’inspiration.

Puis, La Fontaine va s’essayer aux contes.

En 1663, il propose sa propre version de « L’histoire de la Joconde » adaptée de l’Arioste. En 1665, encouragé par ce succès, puisant dans les œuvres d’auteurs anciens, Boccace, l’Arioste, s’inspirant de Marot, Rabelais, il va publier une première édition des Contes. Le deuxième recueil succède vite (1666). En 1671 parait une troisième partie.

A ce moment-là, il n’y a pas, ou très peu d’illustrations de ces ouvrages.

C’est au 18ème siècle que les Contes trouveront leurs meilleures illustrations : Fragonard, Boucher, Vleughels, Le Mesle, Leclerc.

Fragonard, Boucher, Lorrain participent à la suite dite « de Lamersin » (nom du graveur) et réalisent 38 pièces gravées. Le succès et la diffusion de ces gravures leur vaudront d’être copiées jusqu’en Extrême-Orient par des décorateurs de porcelaine chinoise de la Compagnie des Indes alors très prisée en Occident (1740).

A cette même époque, Pierre Subleyras compose six tableaux dont deux sont exposés : « Le Faucon » et « La courtisane amoureuse ».

Fragonard fera des dessins pour l’édition de 1795. C’est peut-être le peintre qui a le mieux saisi l’esprit de La Fontaine. Il suggère plus qu’il ne montre.

Puis au rez-de-chaussée, Galerie Mansart, nous découvrons enfin le fabuliste.

Le premier recueil des fables parait en 1668, le second en 1678.

La fable est un étrange genre littéraire : apologue composé de deux parties, l’une le corps qui est la fable, l’autre l’âme qui est la moralité.

La Fontaine renoue avec une tradition gréco-romaine et orientale. Mais il en renouvelle totalement l’ancien bestiaire et y apporte charme et légèreté piquante du trait.

La tradition dite « savante » est bien représentée : manuscrits du Sème siècle d’Ibn al Muqaffa « Kalila wa Dimna » et un manuscrit du 10ème siècle des fables d’Avinius.

Dans une tradition moins érudite, on passe par une littérature médiévale, celle des « Ysopets » et des « avionnets ».

La Fontaine s’appuie également sur deux autres genres littéraires, les livres d’emblèmes et les proverbes.

Inventés en 1531 par Alciat les livres d’emblèmes sont ainsi construits :

  1. – une devise ou « motto », illustrée par une gravure suivie d’un titre,
  2. – un commentaire ou épigramme qui développe le rapport de l’image et du texte.

On retrouve dans les fables un large usage de ces manages emblématiques du texte et de l’image.

La sagesse pragmatique des proverbes se retrouve également dans bon nombre de ses fables.

Au-delà de son utilisation morale, la fable, aux 16ème et 17ème siècles, va servir aux exercices de rhétorique et d’éloquence.

La Fontaine meurt en 1695, mais ses fables vont connaître d’inépuisables renaissances.

Son naturalisme séduit les contemporains de Buffon, Daubenton, Lacépède, … Ses emprunts au sage Indien Bilpay rejoignent le goût de l’époque pour le merveilleux oriental.

Les fables deviennent un modèle pour des écrivains tel que Houdar de la Motte, Richer, Grécourt, Pesselier et Florian.

L’édition des fables de 1755-1759 est illustrée de 275 dessins réalisés par Jean-Baptiste Oudry. C’est la plus importante édition du 18ème siècle. Ces dessins seront source d’innombrables copies dans les arts décoratifs, comme dans la gravure – sur canapés, tapisseries, portes de carrosses, fauteuils, etc.

Puis l’évolution dans l’inspiration artistique donne des interprétations plus libres des textes.

1838-1845, Grandville affuble ses animaux d’un déguisement humain.

1868, Gustave Doré partage sa vision entre drôlerie et tragi-comédie.

1880, Gustave Moreau choisit les fables au contexte exotique qui convient à sa personnalité.

Au 20ème siècle, André-Edouard Marty et Tigrane Polat ajoutent un peu d’érotisme élégant et discret dans leur interprétation.

Chagall, à sa manière, va en renouveler totalement l’interprétation.

Des satiristes comme Henri Monnier (1828), Cham (1850), Sennep (1927) reproduisent le texte avec des caricatures de personnages politiques ou opèrent des transpositions de scènes contemporaines.

Boutet de Montrel et surtout Benjamin Rabier vont réaliser des illustrations qui montrent un glissement de l’univers de La Fontaine vers l’enfance.

Nourries d’une longue tradition pédagogique, les fables sont largement utilisées : illustrations d’abécédaires, livres de prix, images d’Epinal, protège-cahiers, calendriers, jeux de l’Oie, etc.

Il sera fait également de nombreuses traductions en langues régionales, des adaptations en créole aux Antilles, en Haïti …, en Algérie …, en argot, etc.

Etrange destin de la fable qui ne cesse de fleurir sans fin dans la langue et dans l’image.

 

 

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