SORTIE-VISITE : exposition Vermeer

Thèmes : art, géographie, histoire, peinture, visite.
Visite du 1er au 3 mars 1996

 

D’abord présentée à Washington, l’exposition Vermeer rejoint l’Europe du 1er mars au 2 juin 1996. L’importance du maître dans l’histoire de la peinture, le lyrisme avec lequel les critiques en parlent, la rareté de ses toiles, la présence de la quasi-totalité de son œuvre, et surtout le plaisir et l’émotion que ressent chacun face à son art font de cette présentation un évènement exceptionnel auquel une vingtaine d’adhérents du C.D.I. ont pu assister.

 

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Les Pays-Bas

Le territoire des Pays-Bas (Nederland) comprenant d’immenses plans d’eau, s’étend sur 41 863 km’ dont 33 937 de terres émergées. La plus grande distance d’une extrémité à l’autre est de 310 km. Le pays est habité par 15 010 445 Néerlandais. La densité de 442 habitants au km’ est l’une des plus fortes du monde (102 h en France). L’usage a consacré en français le nom de Hollande pour désigner l’ensemble des Pays-Bas. Le pays porte bien son nom « land » = pays et « neder » = bas. En effet, près du tiers de sa superficie, résultat d’une opiniâtre lutte contre les eaux, se trouve au-dessous du niveau de la mer. Sans la protection des digues et des dunes, au moment des plus fortes marées, plus de la moitié du pays se trouverait sous l’eau.

Langue officielle, le néerlandais appartient, avec le frison et l’allemand, à la branche linguistique germanique occidentale. Le proverbe protestant qui dit « Un Hollandais, un théologien ; deux Hollandais, une église ; trois Hollandais, un schisme » s’est vérifié au cours des siècles et explique la prolifération de nombreuses formes de croyances et de groupements religieux divers. Les catholiques représentaient 38 % de la population en 1985.

 

Amsterdam

Capitale des Pays-Bas, Amsterdam n’est pas le siège du gouvernement. Les souverains y sont intronisés mais n’y résident pas. La ville est construite sur les rives de l’Ij et de l’Amstel. La légende raconte qu’Amsterdam fut fondée par deux pêcheurs frisons qui avaient abordé en barque sur les rives de l’Amstel. Ils étaient accompagnés d’un chien. Construite sur près de cent îles reliées par mille ponts, Amsterdam est une grande place internationale et un des plus grands centres diamantaires du monde.

La visite rapide de la ville a fait découvrir à nos Garchois la Nouvelle Eglise de culte protestant, lieu d’intronisation des souverains, la Tour de la Monnaie, vestige d’une porte du 17ème siècle pourvue d’un carillon, le Béguinage, havre de paix au cœur de la ville, se présentant comme un enclos entouré de hautes façades du 17ème et 18ème siècles avec au centre, l’ancienne Eglise des Béguines, le Palais Royal, ancien hôtel de ville, lourde construction classique, les vieux quartiers, leurs commerces et marchés.

 

Delft

Ses faïences ont donné à Delft une réputation mondiale. Ses vieux canaux aux quais ombragés, ses monuments, ses musées, en font l’une des cités hollandaises qui a conservé le plus de caractère.

Delft et ses habitants furent l’univers de Vermeer, qui, né dans cette ville, y est mort pratiquement inconnu. Le Musée Princehof qui organise une petite exposition des contemporains de Vermeer qui ont peint Delft et une faïencerie qui prépare des objets ayant Vermeer pour thème.

 

La Haye

Siège du Gouvernement, du Parlement, Centre diplomatique, La Haye, dont le nom officiel est ‘s-Gravenhage (généralement abrégé en Den Haag), n’est cependant qu’une capitale de province. Pourvue d’une multitude de places, de parcs (plus de 700 jardins publics), elle est sillonnée par des canaux et bien que sa grande étendue et sa faible densité de population lui aient valu le titre de « plus grand village de l’Europe », La Haye est empreinte d’un certain charme aristocratique et passe pour être la plus mondaine et élégante ville des Pays-Bas.

Le musée royal de peinture est appelé Mauritshuis du nom du prince Jean Maurice de Nassau qui fit édifier cette élégante demeure au 17ème siècle. Une importante restauration, terminée en 1987, a permis d’adapter le bâtiment aux exigences techniques d’un musée moderne.

 

Vermeer

Ce n’est qu’à partir de 1866, que les recherches de Théophile Thoré, alias William Bürger, homme politique de la gauche française et critique d’art en exil, donneront une vraie dignité à l’œuvre de l’artiste flamand. Des recherches qui feront découvrir au public le nom de Johannes Vermeer après deux siècles de silence.

D’ailleurs, comment la chronique pouvait-elle s’intéresser à la biographie bien maigre d’un artiste qui avait conduit une existence médiocre, la plupart du temps assombrie par des difficultés financières, sans voyages ni aventures sur lesquelles broder ou rêver, ni éléments écrits ou non qui permettent de la rattacher à un personnage célèbre en mesure de le tirer de l’ombre ? Et quel plaisir auraient donc pu procurer ses tableaux aux tons paisibles, totalement dépourvus de contenus symboliques, aux esprits ardents des romantiques du XIXème siècle ?

Vermeer est né le 31 octobre 1632, son père, hôtelier et marchand d’art, possède une auberge assez florissante sur la place du marché de Delft. A 20 ans, il se marie avec la fille de notables catholiques aisés. Lorsque son père meurt en 1652, Johannes hérite de son auberge et de son négoce de tableaux, activité très fréquemment associée en Hollande au métier de peintre.

Dix ans plus tard, un aristocrate français, Balthazar de Monconys, en voyage aux Pays-Bas, affirme avoir rencontré Vermeer à Delft et qu’il n’avait aucune œuvre à lui montrer. Il en vit tout de même une chez un boulanger mais qui lui parut excessivement chère. Que s’était-il donc passé ? Le peintre n’avait-il aucun tableau à montrer chez lui parce qu’il n’avait pas de commandes, ou bien au contraire parce qu’il les avait déjà tous vendus ?

Il est probable que les tableaux de Vermeer avaient été simplement mis en dépôt chez l’imprimeur Dissius qui deviendra plus tard propriétaire des 19 toiles de l’artiste. Quoiqu’il en soit, le 16 mai 1696, 21 tableaux de Vermeer sont mis en vente aux enchères à Amsterdam.

Après l’invasion française, comme le soutiendra son épouse : « Vermeer n’avait rien gagné et avait dû se débarrasser des œuvres d’art qu’il avait achetées et dont il faisait commerce ».

Vermeer meurt à 43 ans. Il fut enterré le 15 décembre 1675 dans l’Eglise-Vieille de Delft, laissant huit enfants, tous mineurs. Contrainte par de graves difficultés financières, sa veuve rembourse avec des toiles les dettes contractées. Il semblerait donc que la peinture de Vermeer était connue et appréciée de ses contemporains.

Tout ce que l’on raconte et que l’on put lire sur la vie de Vermeer est pure supposition. Nous ne savons rien de précis, par exemple sur son apprentissage. Vermeer reste « le peintre à jamais inconnu » que Proust admirait tant.

De Vermeer, nous connaissons trente-cinq tableaux. Pas un de plus. Et jamais ils n’ont été exposés ensemble. Il y a trente ans, la France parvint à en montrer onze côte-à-côte (à l’Orangerie). Ce fut la seule fois. Depuis, plus rien, nulle part.

Rajoutons, pour l’anecdote, que curieusement Vermeer a fait deux fois l’objet de vols pour raisons politiques : « La joueuse de guitare » et la « Femme écrivant une lettre », ont été dérobées par des militants de l’IRA avant d’être retrouvées dans un cimetière pour l’une, sur une plage pour l’autre.

Pour nos adhérents qui n’ont pas eu la chance de participer à ce « week­end » à Amsterdam, la guide qui accompagna le groupe viendra le 16 avril prochain nous faire une conférence sur l’œuvre de Vermeer, dont vous trouverez le compte-rendu dans notre prochain fascicule.

 

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ANNEXE

UN PEU D’HISTOIRE

Par Emile Brichard

 

Vous partirez peut-être en fredonnant une vieille chanson populaire évoquant de lointains rapports avec les Pays-Bas : « … Il est dans la Hollande, les Hollandais l’ont pris » (Auprès de ma blonde).

Vous aurez raison, car les rapports furent nombreux au cours des siècles quand les provinces n’étaient pas encore des nations. La Hollande fut en effet pendant de longues années « La grande arche des fugitifs ». Elle accueillit les protestants autant que les imprimeurs. Les philosophes et les chercheurs sillonnaient l’Europe sans trop s’occuper des États. « Notre » Descartes séjourna en Hollande comme en Suède tandis que « leur » Érasme étudiait dans toutes les universités d’Europe. Le physicien Huygens fondait en France, appelé par Colbert, l’Académie des Sciences, mais d’Artagnan mourait au siège de Maastricht. Au cours de la Révolution, Pichegru et ses hussards prendront la flotte hollandaise immobilisée par les glaces du Zuydersee, puis quelques années plus tard, Louis Bonaparte sera pour une courte période, roi de Hollande. En fin de siècle, Van Gogh fera en Provence, ou dans le Val d’Oise, flamboyer les soleils et les iris avant d’être foudroyé par les noirs corbeaux des champs de blé, mais, bien auparavant, les Hollandais étaient venus, dans notre marais poitevin, régulariser ce qui est encore « Le canal des Hollandais ». Nos liens ancestraux avec la famille d’Orange suffiraient à animer un prochain voyage, comme le fait que la première bataille de la Guerre de Cent Ans eut lieu à l’Écluse (Sluice) sur les boucles de l’Escaut.

Laissons un peu de place pour les marins hollandais qui, sur tous les océans, connurent, souvent aux dépens des Portugais, leur « Siècle d’Or ». Nous les rencontrerons encore sur les principaux points stratégiques du globe. Ils s’installent à l’île de Sumatra et fondent leur capitale Batavia, aujourd’hui Djakarta, en souvenir de leur ancêtres les Bataves. Ce sont eux aussi qui baptisèrent la « Nouvelle Zélande » (Terre de la Mer) de la même façon que les Calédoniens d’Écosse baptisèrent la « Nouvelle-Calédonie » et les marins normands, leur installation en Amérique la « Nouvelle France », aujourd’hui Canada. En Amérique du Sud, le Surinam ne rappelle plus la Guyane hollandaise. Si nous ajoutons que Hudson a fondé une ville qu’il nomme la « Nouvelle Amsterdam » sur une rivière qui porte son nom « Hudson », nous voyons comment est née la ville de New-York et ne sommes plus étonnés d’apprendre que la famille du Président Roosevelt était d’origine hollandaise.

Abandonnons les personnages célèbres pour nous occuper des « petits, des obscurs, des sans grades ». Celui que j’évoque est pourtant à l’origine du « commerce doré » et a sa statue dans un port hollandais – près de l’Écluse déjà citée -. C’est juste mesure pour Monsieur Benzelzoom qui fut le créateur du … hareng saur et ainsi, au cours des siècles de famines, sauva bien des vies … Quant au « commerce doré », il consistait à aller vendre des harengs ainsi conservés, en Espagne contre du sel, puis transporter ce sel dans les pays de la mer Baltique et en rapporter du bois et du blé.

Je n’aurai garde d’oublier les aventures des colons Hollandais d’Afrique du Sud, les Boers, à la fin du siècle dernier, refoulés lors de leur exode du Grand Treek par les nouveaux conquérants, les Anglais, parmi lesquels se trouvait un tout jeune officier… Winston Churchill.

Il vous reste à découvrir un personnage pittoresque, Jacqueline de Bavière (1400-1435). Sa courte vie mériterait pourtant d’inspirer les travaux d’un historien car un romancier n’oserait pas, on lui reprocherait une trop grande imagination. Situons donc notre personnage dans le temps et rapprochons-la d’une de ses contemporaines à la vie également écourtée : Jeanne d’Arc (1412-1431).

Maintenant, laissons leurs points communs. Jeanne, vous connaissez, voyons Jacqueline.

La voici donc fiancée dès ses cinq ans au dauphin de France, frère aîné du futur Charles VII, le roi de Bourges. Jacqueline – donc éventuelle future reine de France – devient veuve à 17 ans et le frère cadet Charles, deviendra Charles VII.

Qu’à cela ne tienne, la jeune veuve ne tarde pas à épouser Jean de Brabant qui l’entraîne dans ses guerres, la déçoit, puis l’abandonne.

Mais pour épouser ensuite Jean de Gloucester, elle doit faire évidemment annuler ce mariage par le Pape. Comme à l’époque il en existe un aussi en Avignon, la chose est plus aisée et Jacqueline peut alors connaître avec Gloucester la même existence de batailles, de prisons, d’évasions et de nouvelles batailles terminées par un traité signé à Delft.

C’est alors qu’apparaît un Hollandais, Monsieur de Borcelen, mais voilà encore un mariage – celui avec Gloucester – à annuler. Cette fois, ce sera l’affaire du pape de Rome. Une autre vie aussi aventureuse recommence et Jacqueline sera vaincue par le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, l’homme de la Toison d’Or.

… Jacqueline, épuisée, mourra de tuberculose à 35ans.

Si « le plat pays » de Jacques Brel vous semble long, vous voyez que vous pouvez laisser errer vos rêves ou faire travailler votre imagination.

 

 

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