SORTIE-VISITE : deux jours dans l’Aisne – Laon et sa région

Thèmes : art, histoire, visite.
Visite des jeudi 13 et vendredi 14 juin 1991.

 

Dernière sortie de l’année !

Deux jours dans l’Aisne avec du soleil ; nous étions une cinquantaine. Curieusement l’annonce du voyage à Laon ne semblait pas enthousiasmer nos chers adhérents. Peut-être parce qu’habitués à visiter des lieux renommés. Or la découverte de cette Picardie peu visitée nous a tous séduits et étonnés, non seulement par la beauté des lieux, mais aussi par la richesse du passé historique.

 

JEUDI 13 JUIN

A 9 h 00, tout le monde est dans le car. Madame Fourreau notre conférencière nous accompagne pendant tout le voyage.

Nous passons par Villers-Cotterêts et croisons le château de Vez. Les maisons de la région ont des pignons à escalier.

Première étape, le château et l’église de Septmonts.

 

Le château de Septmonts :

 

Le château construit à la fin du 12ème siècle par Jacques de Bazoches, comme maison de campagne pour les évêques de Soissons, fut remplacé, à la fin du 14ème siècle par les constructeurs de Simon de Bucy, nouvel évêque de Soissons. L’enceinte et le donjon datent de cette époque.

Un nouveau logis, édifié au 16ème Siècle fut restauré au 19ème siècle, mais définitivement abandonné après la Première Guerre Mondiale. Il fut bombardé en 1918.

La faible position stratégique du château nécessite une enceinte Importante, entourée d’eau et flanquée de portes et de tourelles dont quelques vestiges demeurent. A l’angle Est de l’enceinte, la Tour Carrée (photo) a conservé ses corniches d’encorbellement, lesquelles, côté extérieur, sont percées de mâchicoulis. La muraille à cet endroit est très épaisse au niveau de la cour car le chemin de ronde qu’elle supporte est large de 3,90 m.

 

 

Vers 1930, Miss Gleason Kate (fille de l’inventeur de l’engrenage de ce nom) rendit les pièces habitables et installa même un ascenseur.

Nous entrons dans la salle dite « Saint-Louis ». Elle est le vestige d’un logis qui doit dater du début du 14ème siècle et qui comportait deux étages. C’est un carré de 8 m de côté, à quatre compartiments voûtés supportés par une colonne centrale.

 

 

Le donjon est le morceau capital de l’œuvre de Simon de Bucy. Les rangées successives de larmiers à chaque étage scindent la hauteur du bâtiment.

Nous descendons dans la cave qui se trouve au cœur des fondations du donjon, mais ne communique qu’avec la cour. Elle est voûtée sous quatre branches d’ogives reposant sur des culots. On peut remarquer la descente de cave avec un « escalier à l’envers » sur la voûte qui servait d’appui pour se tenir.

 

 

Par l’unique porte d’origine du donjon, on pénètre dans la Tour. La cheminée est du 15ème siècle flamboyant. Les courageux commencent l’ascension (7 étages – 152 marches) jusqu’à la Tourelle de guet d’où l’on découvre une très belle vue sur la région.

Un promeneur allant à l’aventure sut découvrir Septmonts, c’était Victor Hugo au cours d’une de ses escapades annuelles, cet évènement passa inaperçu ; il ne sera révélé que par la publication posthume de sa correspondance : « Dans une charmante vallée (écrivait-il à sa femme), repliée loin de la route, il y a un admirable châtelet du XVème siècle encore parfaitement habitable. J’ai prié M. de Bonneau de me donner avis si jamais on voulait vendre ce château une dizaine de mille francs. Je te l’achèterais mon Adèle. C’est la plus ravissante habitation que tu puisses te figurer. Une ancienne maison de plaisance des évêques de Soissons ».

 

 

Ce que ne dit pas le poète, c’est qu’il n’est pas seul à jouir de la révélation, il a Mademoiselle Drouet au bras. Toujours est-il qu’à Septmonts, les amants gravirent l’escalier du donjon. A la hauteur du cinquième étage, leur graffite : « Victor Hugo Juliette – 29 juillet 1835 » qui est assez dissimulé, est intact.

En entrant à droite, se trouve le logis Renaissance en ruine que l’on est en train de restaurer.

 

 

Il nous reste un peu de temps pour visiter l’église.

 

L’église de Septmonts

 

C’est une église très simple du 15ème siècle. Elle se compose d’une nef de 4 travées, d’un chœur à 5 pans, avec un clocher à l’Ouest.

Deux chapelles de l’église, avant la Révolution, étaient dédiées à Notre-Dame et à Saint-Pierre, elles étaient à la collation de l’évêque, c’est à dire qu’elles faisaient partie de ses bénéfices ecclésiastiques.

L’église possède en outre deux statues de bois peintes : un Saint-Pierre avec le coq à ses pieds et un évêque qu’on dit être Saint-Hubert accompagné d’une biche.

La trabe ou « poutre de gloire » est le seul reste du mobilier ancien ; elle a retrouvé sa place primitive et supporte les personnages du calvaire. Sur l’intéressante poutre (15ème siècle), le Christ et ses douze apôtres figurent dans des médaillons, sculptés et réhaussés de polychromie.

 

 

Nous quittons Septmonts vers 12 h 30 pour aller déjeuner à Cuffies près de Soissons. Après le repas, nous partons pour Coucy, les vestiges de son château et de son donjon.

 

Le château de Coucy

Plan du château-de Coucy.

 

De 1079 à 1395, la dynastie des sires de Coucy, issue d’Enguerrand 1er de Boves, et dont la devise était : « Roy ne suis, ne prince, ne duc, ne comte aussy, je suis le sire de Coucy » comptera parmi les plus puissantes de la féodalité.

Ses illustres représentants seront : l’ambitieux Enguerrand III qui construira à partir de 1225 le château et son donjon ; Enguerrand VI, époux de Catherine d’Autriche, mort à la bataille de Crécy ; Enguerrand VII, le dernier des Coucy, époux d’Isabelle d’Angleterre. Sa fille Marie dut vendre en Coucy au duc d’Orléans. Après la fronde, la forteresse sera démantelée. Devenu propriété de l’État en 1856, Coucy sera alors restauré par Viollet-le-Duc. En 1917, les Allemands le firent sauter.

 

 

Nous débutons notre visite dans la tour de Soissons où est présentée une maquette de Coucy avant 1917. Bâti sur un promontoire surveillant les vallées de l’Oise et de l’Ailette, Coucy est formé de 3 enceintes successives de près de 2,5 km et flanquées de 28 tours :

  • la première enceinte enserre la ville et ouvre par 3 portes dont celle de Laon est la mieux conservée.
  • la deuxième enceinte enserre la basse-cour, vaste esplanade qui conserve les ruines d’une chapelle du XIème siècle et de nombreuses tours.
  • la dernière enceinte constitue le château lui-même : c’est un quadrilatère fortifié aux angles par tours rondes de 35 m de haut, et doté d’un donjon fabuleux au centre de la courtine tournée vers la basse-cour ; ce dernier, avant son dynamitage en 1917 avait 54 m de haut, 32 m de diamètre et 7 m d’épaisseur de mur à la base. A l’intérieur 3 salles se superposaient et finissaient par une plate-forme.

 

 

Dans la cour subsistent encore parmi les ruines de beaux vestiges : ceux de la gothique du XIIIème siècle, et ceux posés sur des structures du 13ème siècle des salles des Preux et des Preuses construites au 14ème siècle par Enguerrand VII.

La salle des Preux était l’une des salles d’apparat les plus vastes de l’époque.

 

 

On espère trouver sous l’amas de pierres du donjon des vestiges des murs.

Nous quittons Coucy pour rejoindre le Centre hospitalier de Prémontré.

Dans la forêt de Saint-Gobain, entre Coucy et Prémontré se trouvaient plusieurs établissements religieux sur le diocèse de Laon (Les Prémontrés, Saint-Nicolas du-Bois, Saint-Bernard).

Norbert, né dans le duché de Clèves en 1080 d’une famille noble et riche, entre dans les ordres et dépend de son parent l’empereur d’Allemagne Henri IV. Il vécut une vie de dissipation peu en relation avec l’obligation de son ordre, jusqu’au jour où à la chasse, surpris par un violent orage, il est frappé par la foudre. Il transforme alors sa vie, pratique l’abstinence et s’élève contre les vanités du monde. Après avoir vendu son patrimoine et distribué son argent aux pauvres, il prêche l’esprit d’abnégation dans les villes et les campagnes.

Il va attirer des disciples, adopter la règle de Saint-Augustin qu’il trouvait mieux adaptée à la vie active. Il prend l’habit blanc des anciens chanoines. Il souhaitait des abbayes « doubles » (hommes et femmes dans des bâtiments différents).

En 1119, il rencontrera le Pape lors d’un Concile à Reims. Il est habillé si pauvrement qu’on lui refuse d’approcher. Grâce à l’Évêque de Laon, il peut passer la porte et rencontrer le Pape afin qu’il reconnaisse l’Ordre qu’il désire fonder : « Les Prémontrés ». Il fonde en 1120 l’abbaye. Trente ans après sa fondation l’Ordre comptera jusqu’à 1000 abbayes.

En 1127, Norbert quitte la région car il est obligé d’accepter l’évêché de Magdebourg. Il décède en 1134. Le dernier abbé de Prémontré meurt en 1834.

En 1982, le dernier chapitre de l’Ordre s’est tenu en Belgique. Il regroupe 20 000 religieux en 26 monastères et 250 religieuses en 8 monastères.

Les bâtiments actuels datent du 17ème siècle. Tour à tour verrerie et orphelinat, ils abritent aujourd’hui un hôpital psychiatrique.

 

 

Les parties centrales des trois anciens pavillons sont avancées. Les fenêtres se terminent par des sommets cintrés avec des clés de voûte au milieu. On retrouve l’ordre « colossal ». Nous entrons dans la chapelle. C’est un ancien vestibule. Elle est simple et très chaleureuse. Nous avons plutôt l’impression de voir un château qu’une ancienne abbaye.

II est 18 h 00, la journée a été bien remplie. Nous gagnons notre hôtel pour dîner et passer une bonne nuit bien méritée.

 

VENDREDI 14 JUIN

9 h – départ pour la visite de Laon.

Laon est érigée sur un promontoire au-dessus de la plaine champenoise, entourée par des remparts, elle est dominée par les 5 tours de la Cathédrale Notre-Dame.

Nous commençons notre promenade par l’église Saint-Martin.

L’ancienne abbatiale des religieux Prémontrés est un vaste édifice du 18eme siècle, d’aspect roman, mais ayant subi plusieurs influences architecturales : rhénane et cistercienne,

Au 14ème siècle, la façade fut dotée de 3 portes gothiques, d’une grande verrière de style rayonnant, deux clochetons y furent adjoints. Ornant le portail central on peut voir 4 statues décapitées : deux anges, Saint-Auguste et Saint-Martin. Au-dessus, le pignon retrace le geste de Saint-Martin coupant son manteau pour l’offrir au pauvre.

Derrière l’église, les nouveaux bâtiments ont été reconstruits au 19ème siècle. Restaurés, ils servent de bibliothèque municipale. Le logis abbatial en brique et en pierre de style Louis XIII masque un pavillon décoré de colonnettes et appelé « vide-bouteille ». On y recevait les invités.

 

 

Nous avançons vers la cathédrale par la rue Saint-Martin. Les maisons sont de style Louis XIII en brique et pierre. On croise un ancien passage très étroit qui rappelle les andrones du Sud de la France qui délimitaient les parcelles.

Nous nous arrêtons devant un logis du 15ème siècle, ancien refuge de l’abbaye Saint-Vincent.

Nous arrivons place Saint-Julien par la rue Saint-Jean. Il reste des maisons à pignons sur rue. Sur notre gauche, la rue du père Marquette. C’est lui qui a trouvé les sources du Mississipi.

Nous traversons la porte des Chenizelles. La rue Châtelaine, toujours avec de vieilles maisons, nous mène à la cathédrale.

 

La porte Chenizelles                                                                                                       La cathédrale

 

Sur un vieux site druidique fut construite au 5ème siècle une petite église.

A l’avènement des carolingiens, Pépin le Bref épousera Berthe, la fille du comte de Laon, la ville va prendre une importance considérable. Sous les Capétiens, une église romane qui abritera la deuxième Sacre de Philippe 1er en 1066, fut rebâtie. Incendiée en 1112, elle fut restaurée.

En 1155, le nouvel évêque, maître de l’École de Laon, commença la construction du chœur polygonal et du grand transept pour recevoir les pèlerins. La nef sera terminée en 1205. Vers 1240, les cinq tours sont achevées.

On transforme la façade du transept Sud au début du XIVème siècle. On ferme les chapelles de la nef et du chœur par des devantures Renaissances. Mais le temps lui fait subir des dégradations. Dans la deuxième moitié du XIXème siècle, elle sera restaurée.

L’architecture intérieure frappe par son unité, son équilibre et sa clarté. Le vaisseau mesure 110 m de long et se termine par un chevet plat. Son élévation est à 4 étages.

Au rez-de-chaussée, de grandes arcades séparent la nef centrale des bas-côtés ; au-dessus de vastes tribunes bien éclairées, un triforium, véritable galerie faisant le tour de l’édifice dans les hauteurs et enfin de grandes fenêtres déversant largement la lumière. Toute l’église est voûtée.

Un dernier coup d’œil sur la cathédrale et sur le rempart et nous regagnons notre car pour déjeuner dans la ville basse, un très bon déjeuner qui nous redonne des forces pour poursuivre notre voyage.

Nous empruntons le Chemin des Dames. Les « dames » sont les filles de Louis XV qui empruntaient ce chemin pour rendre visite à leur ancienne gouvernante. Ce chemin est lié aussi à la bataille de la Marne en 1917.

Nous voici devant les ruines de l’Abbaye de Vauclair.

 

 

L’abbaye a été fondé en 1134 par Saint-Bernard lui-même. L’église disparut dès le 19ème siècle et les combats de 1914 détruisirent le bâtiment des Convers. On voit de beaux restes de la salle capitulaire, des réfectoires, de l’ancien bâtiment des Convers et l’implantation des églises des 12ème et 13ème siècles. Ces ruines ne sont dégagées que depuis 1966.

Derrière les ruines, des chèvres nous accueillent. Nous les dérangeons pour atteindre le petit jardin de plantes médicinales. Il fait très beau et cet endroit est bien agréable.

Nous reprenons la route de Garches en passant par les imposantes ruines du château du l3ème siècle de la Ferté Milon.

 

 

Il est 20 h 00, nous sommes à Garches.

Cette expérience enrichissante nous amènera à découvrir l’année prochaine d’autres sites de la France méconnue.

 

 

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