SORTIE-VISITE : château de Vincennes

Thèmes : art, histoire.
Visite du vendredi 5 mai 1995.

 

Fiche de visite de Émile Brichard

 

Parmi les sites et monuments historiques français, Vincennes n’est certes pas le plus riche, pas le plus grandiose, mais à coup sûr celui qui connut l’existence la plus diverse et la plus mouvementée.

C’est d’abord Vilcena où les moines de Saint-Maur-sur-Loire, fuyant les pirates normands sont venus se réfugier et 200 ans plus tard, la forêt devint « Domaine de la Couronne ».

Philippe Auguste (XIIIème siècle) fit construire au milieu des bois, un manoir où son petit-fils Saint-Louis aimera à résider et qu’il rendra populaire par l’image du roi rendant à ses sujets la justice sous les chênes et par la construction d’une Sainte Chapelle, reliquaire de la Sainte Couronne.

Cent ans plus tard, au début de la Guerre de Cent Ans, à la place du manoir de Philippe Auguste, sera élevé le château qui subsiste encore de nos jours, Charles V voulant en faire une cité résidentielle où seraient installés ses seigneurs « les mieux aimés ». Mais le projet n’était pas mûr et il faudra attendre 300 ans pour que la cour se presse à Versailles.

Le séjour royal se poursuivra malgré les infidélités des rois au cours du XVIème siècle et Mazarin, devenu gouverneur de Vincennes, y fera élever par Le Vau un nouveau pavillon du Roi et le pavillon de la Reine. Louis XIV, jeune marié, y séjournera en 1660 et Mazarin y mourra l’année suivante.

Le donjon sera prison d’État où séjourneront des personnages aussi différents que le Grand Condé, Fouquet (gardé par d’Artagnan), le Marquis de Sade ou Mirabeau.

Il sera temps alors d’installer à Vincennes un atelier industriel appelé à un grand avenir. En 1738, deux ouvriers, transfuges de la Manufacture de Porcelaine de Chantilly, y reçoivent asile. Ils arrivent avec leurs secrets de fabrication et Madame de Pompadour, qui résidait à Champs-sur-Marne, voulant se rapprocher de Louis XV, fait construire le château de Bellevue à Meudon, et pour les porcelainiers, ce qui deviendra la Manufacture de Sèvres. Nous sommes alors en 1756.

Fin 1874, Louis XVI supprime la prison de Vincennes. Son projet prévoyait aussi de supprimer la Bastille.

Mais Vincennes nous réserve encore quelques surprises et sera, sous le Consulat et l’Empire, transformé en Arsenal. C’est là que l’officier Choderlos de Laclos, laissant ses « Liaisons dangereuses », expérimentera les nouvelles découvertes – canons et poudres – dont bénéficiera l’artillerie impériale.

Les progrès de l’artillerie furent insuffisants pour arrêter les troupes alliées en 1814 et 1815, mais il restait le général Daumesnil dit « Jambe de Bois » parce qu’amputé à la bataille de Wagram. Il évita l’occupation du Fort en 1814 comme en 1815.

Entre-temps avait eu lieu dans les fossés du Fort, en 1804, l’exécution du duc d’Enghien, enlevé, jugé et exécuté en quelques heures. « Plus qu’un crime, une faute » aurait jugé Fouché de l’acte de Napoléon.

Louis-Philippe et Napoléon III conservèrent à Vincennes sa vocation militaire, Viollet-le-Duc travaillera à sa restauration.

Et c’est tout l’ensemble de ces travaux que nous aurons à découvrir cet après-midi.

Nous tirons du « Figaroscope » – Semaine du 23 au 29 novembre 1994 – l’état actuel du monument et les possibilités de visite.

 

Le château de Vincennes

Propriété publique aux époques gallo-romaine et mérovingienne, le bois de Vincennes abrite, au VIème siècle, une résidence royale importante. Lors de leurs séjours à Paris, les rois capétiens pratiquent beaucoup la chasse. Il leur faut un lieu réservé à cet usage.

En 1162, Louis VII fait clore de murs une partie du bois. Il est vraisemblable qu’il dispose alors d’un pavillon de chasse dans ce secteur. Cette présence royale est renforcée par la création, en 1158, d’un important prieuré de moines grandmontains.

Avec Philippe Auguste, le site du château entre dans l’histoire. Il fait bâtir un manoir d’une soixantaine de mètres de côté, défendu par des tours. Louis IX fait à Vincennes de longs séjours. Il adjoint au manoir un donjon carré, une grande salle de réunions et surtout une chapelle dédiée à Saint-Martin et destinée à abriter les reliques de la Passion achetées par Saint-Louis à l’empereur de Constantinople.

De 1270 à 1350, Vincennes est la résidence principale des souverains. Tous les grands de l’entourage royal habitent près du roi. Un véritable complexe architectural et résidentiel, sans équivalent dans l’histoire de la monarchie capétienne, s’articule ainsi autour du manoir de Vincennes.

La défaite française de Poitiers en 1356 est suivie d’incursions anglaises autour de la capitale mal protégée par une enceinte du XIIIème siècle trop petite. Le roi Jean II le Bon a été fait prisonnier et la population parisienne, sous la conduite d’Étienne Marcel, conteste l’autorité du dauphin, le futur Charles V. Ces multiples dangers conduisent Charles à ordonner dans tout le royaume des travaux de mise en défense.

 

A Vincennes, les travaux commencent en 1361 et le donjon est achevé en 1369. Avec son enceinte particulière dotée d’un châtelet, il constitue une forteresse réservée au roi et à sa famille. Tel qu’il subsiste actuellement, avec ses 52 m de hauteur à partir des fossés, le donjon est le plus grand édifice de ce genre en Europe.

En 1370, le roi ordonne la construction d’une vaste enceinte destinée à protéger les constructions qui se développaient autour depuis le début du XIVème siècle. Longue de 378 m et large de 175 m, pourvue de fossés larges de 22 m, cette enceinte est défendue par neuf tours. Aujourd’hui une seule subsiste dans l’état initial.

Pour compléter cet ensemble fortifié, Charles V crée, en 1379, un collège de quinze chanoines chargés de desservir une Sainte Chapelle dédiée à la Trinité. Elle constitue un des rares témoins subsistants des Saintes Chapelles des Capétiens.

 

 

Avec son enceinte, le donjon, les résidences des chanoines, l’ancien manoir, les bâtiments réservés au service du roi dans l’enceinte, et la basse-cour, le château de Vincennes est à la fin du XIVème siècle l’une des plus vastes et des plus luxueuses résidences royales d’Europe. C’est aussi le produit de l’un des plus grands chantiers de construction du siècle, comparable au palais des Papes d’Avignon.

Le château joua un rôle militaire essentiel aux portes de Paris pendant la guerre de Cent Ans, à partir de 1405.

C’est de Louis XI que date un changement essentiel dans l’histoire du château. Abandonnant la chambre royale du donjon, il fait construire un pavillon de plain-pied qui sera refait sur ordre de François 1er par les artistes de l’école de Fontainebleau.

 

Lors des troubles des guerres de Religion, le château retrouve le rôle qu’il avait tenu pendant la Guerre de Cent Ans.

Le grand tournant de l’histoire monumentale du site se place peu après l’assassinat d’Henri IV en 1610. Soucieuse de la sécurité du tout jeune roi Louis XIII, Marie de Médicis fait entreprendre, à l’emplacement de l’ancien pavillon de François 1er, un nouveau bâtiment dans lequel Louis XIII passa sa jeunesse.

Après la Fronde, pour des raisons comparables à celles de Marie de Médicis, la Cour et Mazarin fréquentent le château mieux protégé que les résidences royales parisiennes. Mazarin, devenu gouverneur du château, ordonne d’importants travaux pour abriter ses immenses collections artistiques. Le chantier est confié à Le Vau. Mazarin et le jeune roi décident de faire du château une grande résidence. De nos jours, toutes les constructions de Le Vau ont disparu.

Premier chantier de Louis XIV avant Versailles, Vincennes est inséré dans un aménagement d’envergure : avenue monumentale, jardin à la française, petit parc dessiné par Le Nôtre. Mais dès 1670, le roi et la cour désertent Vincennes au profit d’un nouveau château : Versailles.

Quelques mois après la mort de Louis XIV et conformément à ses volontés, Louis XV et la cour reviennent à Vincennes. Ils n’y résident que quelques mois. La décadence de Vincennes comme résidence royale commence ensuite. Faute d’utilisations précises, les bâtiments sont affectés à diverses fonctions, manufactures ou prison.

Au XVIIIème siècle, le roi n’a plus que faire de ce vaste château et de ses dépendances. Il en attribue l’usage à quelques privilégiés qui, comme au Louvre, s’installent plus ou moins sans titre dans les appartements. L’École militaire est hébergée dans le pavillon du roi.

Plus intéressantes sont les implantations successives dans lesquelles le roi ou ses proches placèrent parfois des capitaux. Ces tentatives, caractéristiques des premiers essais d’industrialisation aux portes de Paris et dans la capitale même, commencent en 1740 par l’attribution de bâtiments à une manufacture de porcelaine. Elle fonctionnera jusqu’à son déménagement à Sèvres en 1756.

Après le départ de cette porcelainerie, les locaux sont affectés à une manufacture d’armes jusqu’en 1766, puis à une faïencerie qui survivra jusqu’à la Révolution.

Dans les années 1777-1784, la création, par le comte d’Artois et son entourage, d’un hippodrome dans le bois est l’occasion d’animations de courte durée au château, fréquenté alors par certains membres de la Cour.

Pendant tout le XVIIIème siècle, le château se dégrade. En 1784, le roi décide la suppression du donjon comme prison d’État. Les premiers prisonniers étaient des proches de certains souverains, tombés en disgrâce. Les souverains n’hésitaient pas à garder près d’eux certains prisonniers. Louis XI, alors qu’il logeait régulièrement dans le donjon, y fit faire des travaux pour y installer des prisonniers. Divers grands personnages, prisonniers de guerre, adversaires religieux pendant les guerres de Religion, comploteurs ou frondeurs furent enfermés à Vincennes. Ainsi, Henri de Navarre, futur Henri IV, fut emprisonné dans le donjon.

 

D’autres encore : François de Vendôme, duc de Beaufort, qui eut un valet de chambre et un cuisinier à son service, Henri II de Condé qui obtint la faveur d’avoir sa femme près de lui (trois enfants naquirent au donjon), le cardinal de Retz, Henri de Gondi qui fit meubler le deuxième étage du donjon. Un médecin, attaché à sa personne, résidait dans une salle attenante, un chanoine venait dire la messe chaque jour dans son oratoire.

Sous Louis XIV, la nature des prisonniers et les conditions de détention changent. Le cas de Fouquet annonce certains des traits des emprisonnements de la fin de l’Ancien Régime : le secret, la justice rendue loin des tribunaux ordinaires dans la plus grande discrétion.

On retrouve certains traits de cette affaire dans la manière dont celle des poisons fut associée à Vincennes. Après l’arrestation de la Voisin et par souci de discrétion, plusieurs inculpés furent transportés à Vincennes et y furent interrogés.

Le Régent, dès son arrivée au château de Vincennes en 1715, supprime les lettres de cachet et libère les prisonniers.

Dans les années 1770, la situation politique s’étant dégradée, on constate une nouvelle utilisation du donjon comme prison d’État. Puis une catégorie nouvelle de prisonniers, inconnus aux siècles précédents, arriva. Ainsi, Diderot, Mirabeau, le marquis de Sade.

Après la suppression du donjon comme prison d’État, une boulangerie industrielle et une manufacture d’armes de précision s’installent au rez-de-chaussée du donjon et dans sa cour.

La Révolution hésite quelques années avant de trouver une affectation définitive au château menacé de disparition. Cependant, l’idée de raser le site est rapidement abandonnée au profit de deux usages : une prison et un arsenal. En raison de la surpopulation de prisonniers, le donjon est réutilisé, mais en 1794, la Convention décide la suppression de cette prison.

En 1796, le Directoire installe à Vincennes l’arsenal de Paris. Cette décision engage l’avenir du site qui devient un site militaire. Napoléon y ordonne de nombreux travaux. Pendant la Campagne de Russie (1812), Vincennes fut le plus grand arsenal d’Europe.

Le 20 mars 1904, le duc d’Enghien, émigré en Allemagne et enlevé par une petite troupe française, est jugé, condamné et exécuté la même nuit dans les fossés. En 1808, l’Empereur décide de réaffecter le donjon à l’usage de prison.

Sous la Restauration, l’arsenal est désaffecté, mais les bâtiments sont utilisés pour les troupes. D’importants travaux vont redonner au château une fonction de défense qu’il avait quelque peu perdue.

En 1848, les principaux dirigeants républicains sont emprisonnés dans le donjon : Raspail, Barbès, Blanqui.

Au début 1871, la garnison s’insurge et passe du côté des Communards. Elle se rend aux troupes versaillaises. Ses neuf officiers sont fusillés dans les fossés.

A partir de la Restauration se font jour des soucis de restauration du château. Viollet-le-Duc travaille à la Sainte Chapelle. En 1910, une société des amis de Vincennes accroit l’intérêt pour le monument, mais la Première Guerre Mondiale arrête tous les projets.

 

En 1936, le Ministère de la Guerre réalise un poste de commandement souterrain destiné au chef d’État-major de l’armée. C’est là que de 1939 à 1940, les généraux Gamelin puis Weygand exercent cette responsabilité.

Le 14 juin 1940, le château est occupé par les troupes allemandes. En août 1944, des Waffen SS y exécutent des prisonniers. En se retirant, les troupes allemandes détruisent des dépôts de munitions.

En 1948, le service historique de l’armée de terre, puis ceux de la marine et de l’armée de l’air s’installent dans le château et poursuivent ainsi une vocation militaire qui a désormais près de deux siècles d’existence.

 

 

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