Mozart génie populaire et méconnu

Thèmes :  art, histoire, musique.
Conférence du dimanche 17 mars 1991 par Richard Flahaut.

 

Dimanche 17 mars, Richard Flahaut, conférencier, est venu nous parler, pour ouvrir le « Cycle Mozart », de « Mozart : génie populaire et méconnu ».

Les grands-parents de Mozart étaient dans le bâtiment. Léopold, son père, est le premier musicien de la famille. C’est à travers les mathématiques qu’il a le goût de l’écriture musicale. A 20 ans, Léopold Mozart devient violoniste du Prince de Thurn et Taxis, puis violoniste de la chambre du Prince-Archevêque de Salzbourg, Von Schrattenbach. Il rencontre la jeune Maria-Anna Pertl, fille de juge, et l’épouse. II a laissé une œuvre volumineuse et a publié une méthode de violon.

Salzbourg appartient à l’Empire, mais c’est une principauté indépendante ayant à sa tête un Prince ecclésiastique. C’est un grand centre de la musique. Le Prince est passionné de musique et souhaite avoir un meilleur orchestre que celui de l’Empereur à Vienne. C’est une lutte intellectuelle. C’est donc dans une atmosphère très musicale que vont baigner les enfants de ce jeune couple.

Mozart naît le 27 janvier 1756. C’est le dernier de 7 enfants. Deux seulement survivent : Anna Maria et Johanes Chrysostamus Wolfgang Theophilius. Dès 5 ans, Anna-Maria est capable de jouer du clavecin, elle sera la douce Nannerl.

Theophilius et Nannerl

 

Dès sa plus tendre enfance, Wolfgang se blottit sous le clavecin familial. Il écoute jouer sa sœur de 5 ans son aînée. A 3 ans, on le met à son tour au clavecin. A 4 ans, il joue parfaitement et à 5 ans, il peut se présenter en concert. Il forme un trio avec son père et sa sœur. On germanise son prénom en Gottlieb. C’est ce prénom qu’il italianisera plus tard en Amadeus (aimé de Dieu, retrouvé dans les trois prénoms).

Le trio se produit à la Cour de Munich puis à Vienne en 1762. Gottlieb a 6 ans.

Mozart est reçu par le représentant de Salzbourg auprès de la Cour d’Autriche. L’Impératrice Marie-Thérèse en personne accueille Mozart. Elle est fascinée par cet enfant et lui demande de jouer avec sa sœur devant la famille impériale à Schönbrunn. Il joue des œuvres, le clavier caché avec un mouchoir, il déchiffre une œuvre, etc. Et puis, l’enfant en a assez et se jette au cou de l’Impératrice.

Ils rentrent comme des héros à Salzbourg et partent en 1763 pour une tournée à travers l’Europe.

Mozart joue du violon et du clavecin. Le voyage commence par Munich puis Stuttgart, Cologne, Heidelberg, Aix-la-Chapelle, Bruxelles, et enfin Paris où ils descendent dans la résidence de l’Ambassadeur d’Autriche à Paris.

Un long article du Baron Grimm précède leur entrée à Paris. Mozart se produit devant le Roi Louis XV, à Versailles, le jour de la Saint-Sylvestre. La Reine est émue. On demande à Mozart de composer de petites œuvres. A 5 ans il avait déjà composé. A 7 ans, il produit ses 4 sonates pour clavecin et violon qu’il dédie à Madame Victoire, fille de Louis XV. Elle les fait imprimer et jouer dans son appartement de Versailles.

La famille part à Londres en avril 1767. Elle est reçue à Buckingham. Mozart a 11 ans et garde de ses 18 mois à Londres un souvenir merveilleux. A cette époque, la vie musicale y est très intense. C’est Jean-Chrétien Bach, dernier fils du grand Bach, qui est chargé de la musique royale. Londres est encore sous la marque de Haendel.

Mozart entend pour la première fois des opéras. Il se familiarise avec la musique italienne. Après ce séjour, ils retournent vers Salzbourg en passant par Calais et Lille. Là, Mozart tombe malade pendant un mois. Il est atteint de fièvre rhumatismale.

Après trois ans de périple, ils arrivent à Salzbourg. Mozart écrit ses 3 symphonies.

Michel Haydn, frère de Joseph Haydn, est le nouveau directeur de la musique. Mozart travaille auprès de lui. Michel Haydn propose que soit représenté à la Cour, à l’occasion du mariage de l’Archiduc, un oratorio sur le Premier Commandement. Mozart écrit le premier mouvement, alors que les deux autres seront écrits par Michel Haydn.

Mozart écrit un opéra « la Finta Semplice » et désire le présenter à Vienne au théâtre de la Cour. Il part en 1767 avec son père. Mais l’opéra ne sera pas présenté. A Vienne, on se désintéresse de lui. La commande et l’exécution de « Bastien et Bastienne » rachètent à peine cet échec.

Cherchant toujours à établir son fils, Léopold ne cesse d’envoyer des lettres au Prince-Archevêque de Salzbourg. Dès qu’un poste est vacant, il propose la candidature de son fils. Au moment où « Bastien et Bastienne » est présenté, Léopold reçoit une réponse : Mozart est nommé Maître de Chapelle Honoraire. Il a le poste et reçoit une pension.

Il commence un second voyage en 1769 vers l’Italie, Mozart a 13 ans : Vérone, Milan … Il compose son premier quatuor.

Florence, Naples… Il découvre l’écriture des chants des castrats.

Rome. Il est reçu par les plus hautes personnalités car il est recommandé par le Prince-Archevêque de Salzbourg. Il retranscrit de mémoire le « Miserere » d’Allegri, propriété exclusive de la Chapelle Sixtine, et interdite de copie (huit voix de mémoire). Le Pape Grégoire XIV remet à Mozart la Croix de l’Éperon d’Or.

 

Bologne… Là, il travaille pendant six mois avec le Padre Martini, grand théoricien de la musique qui ne comprend rien au jeune Mozart. Il lui fait travailler les règles de la composition. Or, Mozart le dépasse largement dans ce domaine.

« Mithridate » est présenté à Milan. C’est un succès.

Venise… Le Prince-Archevêque vient de mourir.

Un nouveau Prince-Archevêque est nommé : Colloredo,

Il est ouvert, cultivé. Il souhaite avoir auprès de lui l’ensemble de ses domestiques. Un musicien appartient à cet univers. Il exige le retour de la famille Mozart. Mozart est nommé titulaire de l’orgue de la Cathédrale Saint-Peter et devient l’organiste officiel de Salzbourg.

Devant le succès du « Mithridate » à Milan, on donne en 1772 un nouvel opéra « Lucio SilIa » écrit pour un castrat. Il aura un succès éblouissant. L’homme qui chante le rôle s’appelle Rauzzini. Mozart en est enchanté et lui offre en cadeau « l’Exultate Jubilate ». Mozart se rend auprès de l’Archiduc, fils de Marie-Thérèse, qui dirige le Milanais. Il souhaite être nommé, soit à la tête de la Musique de Milan, soit obtenir un poste à Vienne.

Il existe une correspondance très intéressante entre Marie-Thérèse et son fils l’Archiduc Maximilien, où Marie-Thérèse conseille à son fils de ne pas donner de place officielle à Mozart. Mozart obtient une audience de Marie-Thérèse mais cela n’aboutit à rien.

La famille est obligée de séjourner à Salzbourg où elle s’ennuie et ne pense qu’à partir. L’Électeur de Bavière, Charles Théodore, commande à Mozart un opéra pour sa chapelle (ensemble des musiciens de la Cour). Mozart compose « Idoménée ». C’est un succès.

 

Il quitte Salzbourg pour Paris avec sa mère. Il est persuadé d’obtenir une faveur. Le Roi Louis XV est mort. Marie-Antoinette est sur le trône. Il s’arrête à Augsbourg où il fait la connaissance de sa cousine Basel avec laquelle il aura une correspondance jusqu’à la fin de ses jours.

Mozart écrit comme il a l’habitude de le voir faire dans sa famille. Toute la critique de scatologie qu’on a voulu lui attribuer dans son écriture et dans sa vie ne vient pas de lui. Sa mère, au cours de ce voyage écrit elle-même à son mari :

« Adieu, caro mio, porte-toi très bien, porte-toi au mieux, je t’en supplie, mets ton cul à ta bouche. Je te souhaite une bonne, bonne nuit, mais surtout chie bien au lit et que cela craque bien ».

A Mannheim, ils résident chez la famille Weber. Mozart tombe amoureux d’Aloysia, une chanteuse. Mais elle préfère épouser un peintre.

A Paris, les portes lui sont ouvertes par l’intermédiaire de Gluck. Mozart est introduit auprès du Duc de Guines qui est l’oreille de la Reine. Le Duc de Guines est un flutiste qui a besoin de partitions. Mozart lui écrit les deux seuls concertos pour flûte qu’il ait écrits dans sa vie. Il détestait la flûte. Il donne des cours de musique et de harpe à la fille du Duc de Guines. Mais il ne sera jamais payé et ne verra pas la Reine.

Il compose des concerts spirituels joués à la Chapelle du Palais des Tuileries. Il écrit une concertante puis la fameuse symphonie dite « Parisienne » (1778).

Il reçoit une commande importante de Novert, Directeur de la danse de l’Académie Royale de Musique et de Danse de l’Opéra. Il écrit le ballet « Les petits riens ».

Une proposition importante est faite à Mozart : devenir organiste officiel de Versailles.

Mais sa mère meurt dans l’auberge où ils étaient descendus. Mozart est bouleversé. Il n’a pas le courage d’apprendre cette nouvelle à son père. Il lui écrit trois lettres. Il lui dit dans la première que sa mère ne va pas très bien, dans la deuxième que le mal s’est accentué et dans la troisième qu’elle est morte.

Il écrit aussi très vite au directeur de conscience de son père une autre lettre apprenant à celui-ci la mort de sa mère afin qu’il prépare son père.

On voit là la cohésion et l’amour familial. La mère de Mozart est enterrée à Paris, dans le cimetière de l’église Saint-Eustache à l’emplacement des Halles de Paris.

A Salzbourg, Mozart reprend sa place d’organiste. Il se plaint car il n’y a pas de théâtre. Il s’aperçoit qu’il perd son temps à Salzbourg. Il s’entend de moins en moins bien avec le Prince-Archevêque.

En 1781, Mozart décide alors de donner sa démission car on lui refuse l’autorisation de voyager.

Il se réfugie chez ses amis, les Weber. Mozart badine avec Josepha, Constance et Sophie Weber. Constance gagne son affection. Ils se marient en 1782. A cette époque, il compose la « Symphonie Haffner » et « l’Enlèvement au Sérail ».

Mozart et Constance

 

Il écrit à son père à propos de Constance : « Elle n’est pas laide mais rien moins que belle. Toute sa beauté tient en ses deux petits yeux noirs et en une belle allure ». Leur mariage va se transformer en une extraordinaire passion. On la retrouve à travers les lettres qu’ils s’envoient.

Constance donne six enfants à Mozart dont deux seulement survivent : Carl qui mourra en 1858 et qui sera entrepreneur de commerce et François Xavier. Mozart, depuis cette époque, vit à Vienne et vit très largement.

Le succès de « l’Enlèvement au Sérail » est très grand bien que Joseph II ait dit à Mozart : »Trop de notes, mon cher Mozart » ! « Sire, pas une de trop ».

C’est l’époque où il commence à flirter avec la franc-maçonnerie. Mozart rencontre Da Ponte, prêtre et débauché. Il propose un livret sur « le Mariage de Figaro » de Beaumarchais. Il avait été interdit à la représentation par Louis XVI. En 1784, il est autorisé.

Cette œuvre donnée, Mozart compose « l’Impresario ». « Les Noces de Figaro » sont montées à Prague en 1789. Le succès est étonnant. Il est heureux dans cette ville et crée « Don Giovanni », puis « Cosi Fan Tutte », tous deux écrits sur le livret de Da Ponte.

Il compose toute une série de danses pour la salle de la Redoute à Vienne avec une très grande facilité.

Il part en Prusse où il est invité à se produire à l’occasion de la première représentation de « l’Enlèvement au Sérail » devant le Roi Guillaume II.

Revenu à Vienne, il écrit « La Flûte Enchantée » (1791). Joseph II meurt et tous les théâtres sont fermés. La Flûte doit être retardée. Il faut préparer les fêtes de couronnement du nouvel Empereur Léopold II à Prague. Salieri est nommé à la tête des fêtes.

Salieri

 

Mozart écrit « La Clémence de Titus » en trois semaines. Au même moment, Vienne lui a commandé un Requiem. Son dernier fils naît et il écrit « l’Ave Verum ». Il est en pleine période de création, mais le Requiem ne l’inspire pas et il le laisse de côté.

A Prague « La Clémence de Titus » est un succès.

Pendant la cérémonie du couronnement de Léopold II, on joue « La Messe du Couronnement » écrite dix ans plus tôt. Mozart est au faîte de la gloire, mais il est malade, exténué.

Au retour de Prague, il doit se coucher et là il compose la dernière partie de la Flûte. Elle est présentée le 30 septembre 1791. Elle aura un succès éblouissant. Jusqu’à la mort de Mozart, on donnera plus de 30 représentations (du 30 septembre au 5 décembre).

Josepha Weber, sa belle-sœur, y chante « La Reine de la Nuit ».

Le 15 novembre, on inaugure la loge de l’Espérance. Il offre sa « Cantate à l’Amitié ».

Il rentre chez lui, s’alite définitivement et meurt dans la nuit du au 5 décembre 1791.

Constance est aussi malade, ce qui explique qu’elle n’assistait pas à la cérémonie funèbre, le 6 décembre à la Cathédrale Saint-Étienne. Il est enterré dans le nouveau cimetière à 6 km de Vienne.

Comme le cimetière est loin, la tradition veut que les corbillards ne partent qu’une fois par jour. On réunit donc le soir tous les cercueils de la ville et le corbillard part le 6 décembre. C’est la nuit, fait froid. Il est naturel que les gens ne se soient pas déplacés. Cela explique la légende de Mozart, seul sur le corbillard des pauvres.

On ne le met pas dans une fosse commune, mais dans une tranchée ou l’on dépose tous les cercueils de la journée.

Quinze ans plus tard, Constance, poussée par son second mari, fera construire un monument.

C’est le romantisme qui a transformé l’histoire de Mozart.

Constance vivra dans la mémoire de son mari. Elle va défendre ses œuvres. Elle se remariera en 1809 avec un diplomate danois passionné par Mozart, venu pour lui demander des renseignements sur Mozart. Il publiera 20 ans plus tard une biographie sur Mozart.

La mort n’était pas angoissante pour Mozart. Il a un irrespect pour le clergé, mais une foi très solide.

Mozart, c’est toute une série de jugements de ses contemporains. Grimm disait qu’il était « trop candide et assez peu actif et que par son tempérament, il était aisé à ce qu’on se moque de lui, à se faire attraper. Pour réussir, il fallait être plus retors ».

Haydn disait « je vous le dis devant Dieu, votre fils est le plus grand compositeur que je connaisse en personne ou de nom. Il a du goût et qui plus est, la plus profonde connaissance de la musique que je connaisse ».

Mozart porte des jugements sur les gens qui l’entourent. Il écrit sur les Français : « Les Français sont et restent de vrais ânes, ils appellent chanter, ce qui est crier sur une scène ».

Berlioz quant à lui écrit sur Mozart : « Mozart dont tous les opéras se ressemblent et dont le sang-froid fatigue et impatiente ».

Richard Flahaut nous rappelle que Mozart fut l’un des premiers compositeurs à écrire pour les cylindres et pour les orgues mécaniques.

 

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Richard Flahaut termine sa conférence en nous faisant écouter une partie de la « Symphonie concertante ».

 

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