Marguerite Gautier – La Dame aux Camélias

Thèmes : art, histoire, littérature, musique.
Conférence du mardi 7 mai 1996 par Sylvie Gazannoix

 

 

Compte-rendu par Emile Brichard

 

Madame Gazannoix est venue nous parler ce jour de quatre personnages et nous faire entendre des airs d’opéra, c’est dire que l’après-midi s’annonçait très riche. Et d’autant plus riche que chacun pourrait y ajouter ses propres souvenirs, littéraires, musicaux ou même cinématographiques.

Le fil conducteur était Marguerite Gautier, la Dame aux Camélias, et nous devons rencontrer ses diverses images : Alphonsine Plessis – qui allait être Marie Duplessis, puis Marie du Plessis – Marguerite Gautier, l’héroïne des romans, puis la vedette des drames bourgeois au théâtre et au cinéma, et enfin Violetta, la Traviata de Verdi.

Je les reprends dans l’ordre inverse.

Verdi et la Traviata, c’est l’exubérance du romantisme italien avec ses airs célèbres et ses chœurs dont l’émotion est inséparable des passions politiques de l’auteur. C’est le « grand spectacle » incorporé au drame bourgeois. Faut-il voir dans le titre « Traviata » une allusion aux « filles des rues » ? Je ne sais, mais on ne peut pas séparer Verdi de ses airs qui deviendront populaires et traverseront les décennies, notamment les chœurs célèbres. Nous en eûmes quelques exemples avec quatre extraits de l’opéra et revinrent vite à nos lèvres les fameuses « Trompettes » d’Aïda ou le chœur des esclaves de Nabucco (lisons dans le titre original, Nabuchodonosor). Si nous délaissions Verdi et Dumas, nous retrouvions vite Verdi et Victor Hugo avec Rigoletto – le Roi s’amuse et son air célèbre « Comme la plume au vent ».

Verdi mériterait peut-être qu’une conférence entière lui soit consacrée car, musicien et homme d’action à la vie très longue et très bien remplie, il fut un temps l’emblème des nationalistes à l’époque de la domination autrichienne, époque où la police découvrait sur les murs : V. VERDI, Vive VERDI bien sûr, mais aussi Vive Victor Emmanuel Roi D’Italie. (Je vois ici un de mes professeurs inscrivant en marge « hors du sujet »).

Reprenons, nous voici au drame qu’Alexandre Dumas fils tira de son roman « La Dame aux Camélias », Marguerite Gautier. Là aussi, comme pour la Traviata, des images de films accompagneront les propos de Madame Gazannoix. Ce ne sont plus les joyeux propos du premier acte de l’opéra « Buvons … buvons à l’amour de la vie … », mais les silhouettes toujours élégantes et souvent émouvantes de Greta Garbo ou de Micheline Presle qui passaient dans notre tête, les silhouettes mais aussi et surtout leurs visages et leurs regards. A « notre » époque (celle du cinéma), l’expression des visages et celle des regards avaient plus d’importance que les rondeurs …

Je préfère revoir ces silhouettes plutôt que l’avis de certain critique de théâtre à propos de « La Dame aux Camélias » d’Alexandre Dumas fils. Je cite le critique mais ne le nomme pas. Allons-y, attachez vos ceintures :

« Encore Augier est-il un aigle auprès du plus démodé de nos auteurs dramatiques, Alexandre Dumas fils ».

« S’il eut une vocation, ce fut celle de prêcher beaucoup plus que celle d’écrire des pièces de théâtre ».

« Il écrivit d’abord un roman, la Dame aux Camélias en 1848. Il en tira une pièce en 1852 qui alla aux nues. Il avait trouvé sa voie. Un fond romantique, un cadre moderne pour faire réaliste et un sujet de prêche ».

« A part Diderot, on ne voit pas grand-chose d’aussi faux dans l’art dramatique. On aimait mieux encore les bons fous romantiques ».

Nous arrivons alors à la véritable Marie Duplessis et à sa liaison avec Alexandre Dumas fils qui devait servir de trame au roman d’abord, à la pièce ensuite.

Évoquons d’abord le climat de l’époque et la rencontre.

L’automne commençait à peine. « Les deux garçons – Alexandre Dumas et Eugène Dejazet – en quête de bonnes fortunes, lorgnèrent les gracieuses filles qui occupaient les avant-scènes et les loges des Variétés, … ressemblant à s’y méprendre aux femmes dites « du monde ». Peu nombreuses, connues de tout Paris, les « hautes coquines » formaient une aristocratie de la galanterie distincte des Lorettes et des Grisettes. »

« Il y avait ce soir-là une femme, alors très célèbre pour sa beauté et pour son goût pour les fortunes qu’elle dévorait. Elle se nommait Alphonsine Plessis, mais avait choisi de s’appeler Marie Duplessis. »

Laissons parler « Adet » (comme l’appellera Marie, d’après ses initiales A.D.) :

« Elle était grande, très mince, noire de cheveux, blanche et rose de visage. Elle avait la tête petite, de longs yeux d’émail comme une Japonaise, mais vifs et fiers, les lèvres du rouge des cerises, les plus belles dents du monde, on eût dit une figurine de Saxe ».

Alexandre Dumas fréquenta bientôt l’hôtel où l’ancien ambassadeur de Russie, le Comte de Stackelberg, avait installé Marie, et qui deviendra dans le roman « le vieux duc ». Il l’avait installée boulevard de la Madeleine, n°11 et lui avait donné un coupé bleu et deux chevaux pur-sang. Par lui, et par d’autres admirateurs, l’entresol de Marie Duplessis était toujours fleuri, non seulement de camélias, mais de toutes les fleurs de saison. « On l’emprisonnait » dira Arsène Houssaye « dans une forteresse de camélias ».

Le climat médical est rapidement créé, A.D. se met en scène.

« Nous passons presque toutes nos soirées ensemble ou lorsqu’elle rentre, elle m’appelle. Elle ne se couche jamais avant deux heures du matin. Elle ne peut pas dormir plutôt – Pourquoi – Parce qu’elle est malade de la poitrine et qu’elle a presque toujours de la fièvre ».

Plus loin, Maurois enchaîne « Vers la fin du souper, prise d’une quinte de toux, elle s’enfuit. Qu’a-t-elle ? demanda Eugène Dejazet. Elle a trop ri, et elle crache le sang » dit Clémence Prat. Dumas alla rejoindre la malade. Il la trouva renversée sur un canapé. Sur la table dans une cuvette d’argent, il y avait des filets de sang.

Laissons parler Marie (Marguerite au cours de la scène qui suit) : « Une femme qui crache le sang et qui dépense cent mille francs par an ! c’est bon pour un vieux richard, mais c’est bien ennuyeux pour un jeune homme comme vous … Tous les jeunes amants que j’ai eus m’ont quittée ».

Leur liaison continuera quelque temps … Chaque matin Marie écrivait à Alexandre « Cher Adet … » et elle organisait la journée : sorties, diner, spectacle. Enfin Alexandre reconnut la liaison : « Un matin, je ne m’en allai qu’à huit heures et il arriva qu’un jour je ne m’en allai qu’à midi ».

Et puis, il arriva que les visites s’espacèrent. La lettre de rupture vint à Adet : « Vous avez trop de cœur pour ne pas comprendre la cause de ma lettre et trop d’esprit pour ne pas me pardonner. Mille souvenirs.

30 août 1945 (Minuit)

 

***

 

« L’automne » dont je parlais au début de mon propos – et « qui commençait à peine » -, était celui de 1844. La belle histoire avait duré à peine un an.

Ainsi voilà résumée l’histoire de nos quatre héroïnes, trois qui nous étaient restées en mémoire et la première, sur laquelle André Maurois nous a livré quelques détails … sur la vie de Marie et sur celle d’A.D. Mais pour cette dernière, je dois vous livrer un dernier détail qui nous ramènera à des souvenirs garchois.

Nous sommes à la fin des années 1870, dans l’hôtel que Dumas fils habite au 98, avenue de Villiers. « Le cabinet de travail éclairé par deux fenêtres ouvrant sur le jardin, un immense bureau Louis XV en occupe le centre et près de la grande bibliothèque on admire le modèle en terre cuite, grandeur nature, du tombeau… d’Henri Regnault. Eh oui ! « notre » Henri Regnault mort sur les pentes de Buzenval un certain 19 janvier.

 

 

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