L’INDE, LES PROBLÈMES DU SOUS-CONTINENT, LEURS RÉPERCUTIONS SUR LE PLAN MONDIAL

Thèmes: Art, Civilisation, Economie, Géographie, Géopolitique, Histoire

Conférence du mardi 21 mai 1985

Madame DEVIENNE est venue faire une conférence sur l’Inde.

L’Inde  : un monde extrêmement complexe où le présent et le passé s’imbriquent, créant à la fois une cohérence culturelle, et une situation de conflit latent permanente. Si l’Inde est le pays des préoccupations spirituelles, si l’Inde est le pays d’une grande richesse culturelle et intellectuelle, c’est aussi celui qui a su faire de la non‑violence peut‑être la valeur suprême parce que la violence en raison des différentes communautés était en permanence présente.

I.- GÉNÉRALITES SUR L’INDE.-

1.- Données géographiques (carte 1).-

L’Inde a une superficie de 3  280  000  km2 (6 fois la France), divisée en 22 états de tailles très inégales, auxquels s’ajoutent 9 territoires de l’Union (dont Goa, Pondichéry, Delhi, et les Îles Laquédives).

L’ancien empire des Indes comptait 950  000  km2 de plus avec le Pakistan, le Bangladesh et le Sri Lanka. L’Inde mesure 3  200  km dans sa plus grande longueur.

Elle regroupe 15% de la population mondiale sur 2,5% des terres émergées, d’où une densité rurale élevée.

L’Inde a un climat tropical dominé par la mousson qui concentre en 3 mois 90% des précipitations annuelles. La mousson humide dure de juin à septembre et permet l’agriculture mais entraîne fréquemment des inondations.

L’hiver est frais, la mousson est précédée d’une saison chaude qui dure de mars à juin. Un décalage dans la mousson implique des pertes agricoles considérables malgré les travaux d’irrigation entrepris depuis l’indépendance.

Carte 1

L’Inde se partage en 3 grandes régions géographiques  :

-  l’Himalaya (provinces du Kachmir, Himachal Pradesh, le Nord de l’Uttar Pradesh, le Sikkim et l’Arunachal Pradesh).

-  le bassin du Gange. Le Gange a 2  500 km de long. À 500 km de sa source, il n’est plus qu’à 330  m d’altitude, d’où des méandres qui irriguent un bassin considérable. Les terres sont très fertiles (2 récoltes par an) grâce aux alluvions. Les densités rurales de cette région sont supérieures à 400 habitants au km2.

-  le Deccan (1) est le grand plateau central de l’Inde, qui va de Bombay (2) à l’Orissa (3), jusqu’à l’extrême sud des Indes. Les côtes sont très peuplées, le centre est plus sec et plus vide.

Il y a une région un peu particulière  : le Pendjab (4) où les Sikhs revendiquent un état indépendant. C’est la région la plus riche de l’Inde au niveau du blé.

Au Gujerat (5), on cultive du coton et plus au sud du riz.

Le Madhya Pradesh (6) est plus sec et encore très boisé (40% du territoire de l’État).

2.-  Données économiques.-

La population actuelle est de l’ordre de 750 millions d’Indiens avec la répartition ethno‑linguistique suivante  :

-  indo‑européens 72% (dont Sikhs 3%) (cf. ci‑après),

-  dravidiens (Tamouls, Telugu, Malayalam, Kanada) 25%,

-  tribus montagnardes (thibéto‑birmans) 2%.

Le taux de croissance démographique est de 2%, qu’on espère réduire à 1,7%. Il y a environ 13 millions d’indiens de plus par an. 118 millions d’indiens sont des « hors castes », dont 80 millions d’intouchables. Les intouchables n’ont pas accès aux temples et ont leurs puits particuliers. Ils vivent à l’écart des autres communautés, bien que toute discrimination ait été abolie en 1947. Ils ont encore un niveau de vie inférieur au niveau de vie indien moyen.

3.-  Données historiques.-

L’Inde présente un schéma historique simple dans les grandes lignes, mais rendu compliqué par l’existence simultanée de nombreuses dynasties locales. La grande force de la culture indienne est d’avoir toujours pu assimiler les influences étrangères en renouvelant ainsi son expression littéraire ou artistique.

Entre 1600 ‑ 1000 av. J.C., les Aryens, indo‑européens, venus des bords de la Caspienne envahissent l’Inde. Ils apportent avec eux une langue  : le sanscrit, une organisation sociale  : le système des castes, et également le brahmanisme devenu l’hindouisme. Les dravidiens du sud étaient des commerçants. Peu à peu, le sud a adopté les structures sociales et politiques du nord tout en restant très différent sur le plan linguistique et ethnique. Ainsi le mot indien qui signifie la caste Varna veut dire en fait la couleur. Le teint clair des conquérants aryens s’opposant au teint sombre des vaincus.

6ème siècle av. J.C.  : c’est l’époque où vivent le Bouddha et Mahavira, le fondateur du Jaïnisme. Si le bouddhisme a pratiquement disparu de l’Inde actuelle, le Jaïnisme est encore présent et les Jaïns sont une des communautés les plus prospères sur le plan économique de l’Union indienne.

4ème siècle av. J.C.  ‑  2ème siècle av. J.C.  : Fondation de l’Empire Maurya. C’est la première fois et la seule pendant près de 1000  ans que sera unifiée l’Inde.

L’Inde n’a connu d’unité politique qu’à 2 reprises avant la tutelle britannique. À cette époque et au 16ème siècle avec la dynastie des Mogho1s.

8ème siècle  : apparition de l’Islam. I1 pénètre par le Pakistan actuel. [‘islamsation concernera les états du Nord.

16ème siècle  : 15261857  : Empire Mogho  !, Babur (15061530), Humayun 15301556), Akbar (15561606), Jahangir (16061627), Shah Jaham (16271658), etc…

1803  : Prise de Delhi par les Britanniques.

1858  : Fin de l’Empire Mogho1. L’Inde est administrée par la couronne britannique.

1869  : Naissance de Gandhi.

1877  : La reine Victoria est proclamée Impératrice des Indes.

1947  : Indépendance et partition de l’Inde divisée entre République Indienne et Pakistan.

1948  : Assassinat de Gandhi.

1950  : Nehru au pouvoir.

1966  : Arrivée au pouvoir d’Indira Gandhi (fille de Nehru). 1974  : Troubles séparatistes.

1975  : Élection d’Indira Gandhi au Parlement en 71 annulée.

23.6  : état d’urgence. Milliers d’arrestations.
6.8     : parlement an0nule les accusations d’irrégularités contre I. Gandhi.
7.11  : élection d’I. Gandhi en 71 validée.

 1977  : Indira Gandhi démissionne. Morarji Desai lui succède. Levée de l’état de siège.

 1978  : Indira Gandhi est arrêtée.

1980  : Victoire du parti du Congrès d’Indira Gandhi. Attentat manqué contre Indira Gandhi.

1984  : Assassinat d’Indira Gandhi par 2 Sikhs de son escorte (octobre) Décembre  : fuite de gaz toxique de l’usine Union Carbide à Bhopal (plus de 2000 morts)

1985  : Election de Rajiv Gandhi.

II-  LES GRANDES AGGLOMÉRATIONS URBAINES.- (carte 2)

Carte 2

DELHI.

Le monument le plus frappant à Delhi est le Kutab Minar, minaret de la mosquée Qouvvat al Islam, construit en 1193. L’impact de l’Islam fut très important sur le plan politique, par contre l’Islam n’a vraiment touché la population indienne par des conversions massives qu’à partir de la deuxième moitié du 19ème siècle. Auparavant, il était réservé à une élite  : les conquérants.

En 1638, Shah Jaham transféra sa capitale d’Agra à Delhi, et dès lors Delhi resta la capitale de l’empire moghol. Il construisit le Fort Rouge (Lal Quila) (photo 3), entouré de grès rouge.

Cette dynastie d’origine mipersanne, miafghane, à partir de 1526, et ce officiellement jusqu’en 1856, a gouverné l’Inde.

L’histoire de cette dynastie reste importante aujourd’hui, non seulement par la richesse des monuments qu’elle a laissés mais également parce que les premiers souverains, dont le très grand empereur Akbar, ont essayé de réussir tant sur le plan culturel que spirituel et architectural, la synthèse entre les composantes de la culture indienne et de la culture islamique, synthèse qui, si elle avait été réussie, au

TalL pPEutELreé épargne a l’Inde une partie de ses affrontements entre communautés qui ont lieu de nos jours.

L’enceinte percée de deux portes contient de nombreux palais en marbre blanc.

Parmi les autres monuments de Delhi, le tombeau d’Humayun, construit de 1556 à 1572 par sa veuve, est l’un des plus anciens monuments moghols. Son architecture est encore très influencée par l’architecture iranienne, mais donne une impression de plus grande légèreté. La grande Mosquée de Delhi fut construite en 1648 par Shàh Jahân. C’est la plus grande des mosquées mogholes.

AGRA.

Agra fut la capitale de plusieurs empereurs moghols et principalement celle de Shah Jahan.

Le monument le plus connu de toute l’Inde est le Taj Mahâl, dont la construction dura de 1630 à 1652, I1 fut élevé à la mémoïre de Mumtaz Mahàl, l’épouse favorite de Shah Jahân, au milieu d’un grand jardin à la persane. Le mausolée de marbre blanc repose sur une plateforme basse avec 4 minarets aux angles, au centre d’une esplanade (photo 4).

= Le Fort d’Agra fut construit en 1569 par Akbar. La plupart des bâtiments intérieurs sont disposés dans un ensemble complexe de cours, jardins et de fontaines. Le plus imposant est la Moti Masjid (Mosquée de Perle), l’un des exemples les plus purs de l’architecture moghole classique.

Le dernier monument important d’Agra est le tombeau d’Itimad al Daoula construit en 1628, à la mémoire du père de Nour Djaham,

épouse principale de Djahangir.

Aux environs d’Agra, à Sikandra, se trouve un dernier monument funéraire  : le Mausolée d’Akbar. Dans un jardin carré entouré de murs, c’est un édifice de grès et de marbre de 5 étages décroissants. Le dernier est en marbre, et contient à ciel ouvert le cénotaphe de l’empereur, ce qui reste exceptionnel dans l’architecture indoislamique.

FATHPUR SIKRI.

Cette ville se trouve à 40 km d’Agra.

Fathpur Sikri est l’une des plus belles créations urbaines de l’Inde musulmane. Elle constitue sur le plan architectural le symbole de l’union politique d’Akbar. Akbar devient le troisième empereur de la dynastie moghole en 1556, et règne jusqu’en 1605. Son règne fut l’apogée politique de l’empire. Il comprit que pour gouverner véritablement l’Inde, il fallait abolir toute différence sociale et économique entre l’aristocratie militaire musulmane et les hindous. 11 supprime toute discrimination fiscale, contrairement au droit islamique et le système féodal tout en centralisant le pouvoir. Il ouvrit les plus hautes charges de l’Etat aux princes hindouistes, et particuliërement aux Rajpouts. Symboliquement il choisit ses épouses parmi les religions de l’empire (son épouse hindouiste était une princesse d’AmberJaïpur) et chercha à unifier spirituellement l’Inde. Akbar lança une école de peinture de caractère original, se détachant des stéréotypes persans. Parmi ses peintres les plus célèbres, plusieurs furent hindouistes. Sur le plan linguistique se manifeste également un syncrétisme  : l’urdu, langue mixte à grammaire et racines indiennes, enrichi de nombreux termes arabopersans, et écrite en caractères arabes, devint la langue véhiculaire de l’Empire, le persan restant la langue de la cour. C’est actuellement la langue officielle du Pakistan.

La construction de Fathpur Sikri (la ville de la Victoire) commença en 1558 et la cité fut pendant 17 ans la capitale de l’empire avant d’être abandonnée au profit de Lahore, en raison des difficultés de l’approvisionnement en eau. L’emplacement fut choisi pour des raisons religieuses  : dans le petit village de Sikri vivait un ascète musulman d’origine indienne, Salim Tchisti, dont l’intercession donna un héritier à l’empereur, Jahangir, fils de la princesse de Jaïpur.

Le plan général des palais s’inspire des plans iraniens, mais leur ornementation composée de piliers, consoles, architraves, coupoles (tchattris) et balcons est typiquement hindoue. La décoration murale proprement dite (fleurs, grenades, basreliefs, peintures) offre une synthèse des influences persane, rajpout, et même chinoise.

JAIPUR.

Construite en 1728, elle offre la synthèse de conceptions d’urbanisme importées d’occident et d’impératifs dûs à une structure sociale typiquement indienne.

On y voit une foule hétérogène, composite, qui révèle les contradictions de l’Inde moderne où coexistent des niveaux de développement très divers, du traditionnel aux secteurs de pointe.

Le Palais du Maharadjah de Jaïpur comprend une série de cours successives protégeant le zénana À Le Maharadjah de Jaïpur est un très bon exemple de reconversion d’une activité traditionnelle en une activité plus moderne.

En 1947 avec l’indépendance de l’Inde, les Princes se sont vus privés de leurs pouvoirs politiques et de l’essentiel de leurs revenus. Certains ont alors converti une partie de leur palais en hôtel de luxe.

A côté du palais, se trouve un observatoire qui permet des mesures astronomiques.

Des petits monuments funéraires ont été étals à l’endroit où l’on brûle les morts. En effet l’hindouisme admet la crémation. Les corps sont brûlés sur des bûchers de bois plus ou moins précieux. Le fils ainé du défunt fait sept fois le tour du bûcher en récitant des prières, en y

versant de l’eau et des huiles parfumées. 1  ! ent  !amme  !€ DUCNET, UPE 1V7> le corps consumé, les cendres sont jetées dans la rivière et de préférence dans le Gange.

Toutes les rivières sont considérées comme sacrées, mais la plus sacrée est le Gange. Certaines des épouses des princes pratiquaient le rituel qui consistait à monter sur le bûcher, à mettre la tête de leur mari sur leurs genoux et à brûler avec lui.

k La zénana  : appartement des femmes.

UDAIPUR.On y voit un magnifique palais du XVIIIe siècle transformé en hôtel.

KAJURAHO.

Kajuraho est un ensemble de temples exceptionnels, construits par la dynastie des Chandella, du Xe au XIIIe siècle. A l’origine, la capitale comprenait 89 temples, dont une vingtaine sont encore debout .

Ils sont répartis en trois groupes  :

le groupe de l’ouest (10 temples hindouistes)

le groupe de l’est (3 temples hindouistes et des temples

jaïns)

le groupe du sud (quelques temples hindouistes)

Devant tant de splendeur, on a peine à croire qu’un siècle a suffi pour les ériger.

Les murs y sont décorés de reliefs érotiques traités avec une infinie délicatesse.

BENARES.

Bénares est la plus grande ville sainte de l’Inde. C’est la ville où les plus riches cherchent à mourir.

Si l’on meurt à Bénares, alors le dieu Shîva vous murmure à l’oreille le mot magique qui permet d’échapper au cycle des réincarnations.

C’est pour cela qu’il y a beaucoup de palais où les membres les plus âgés de la famille princière se retiraient pour mourir.

C’est le siège d’une université littéraire réputée pour ses études de sanskrit.

L’enchevêtrement des ruelles qui mènent au Gange débouche sur les ghâts, escaliers qui descendent jusqu’à la rivière sacrée.

Le Gange et les fleuves sacrés.

Contrairement à l’idée occidentale, le Gange n’est pas le seul fleuve sacré de l’Inde. Rivières et fleuves sont tous sacrés. Les cendres d’une crémation sont toujours jetées dans le courant, symbole de purification, de renaissance et de l’infini du temps.

Si Gangâ a néanmoins une place particulière, la première des trois grandes déesses fleuves, Gangà, Yamouna et Sarasvati, c’est en raison des mythes qui la rattachent à Shiva et à Vishnu. Les principaux rites accomplis à Bénarés.

L’esprit humain est enchaîné à la forme. L’idée du culte des images divines est de vénérer l’invisible à travers le visible. L’image du dieu est donc la forme utilisée pour se concentrer sur une abstraction. Plus l’image est complexe, plus le Dieu est multiforme.

. la purification.

Avant tout rite, il faut purifier l’adorateur et les accessoires du culte.

la purification de la personne est un bain, complété par un exercice de contrôle du souffle, et par l’offrande aux dieux de six parties du corps.

purification des lieux  : on les nettoie, et on les décore de dessins de couleurs, en allumant des lumières, en répandant des fleurs et des guirlandes, et en brûlant de l’encens

purification du mental  : répétition de formules sacrées.

purification des accessoires du culte  : on les asperge de gouttes d’eau.

purification de l’image du dieu  : on évoque sa présence devant son image au moyen d’une formule.

. la puja.

Elle est pratiquée dans les temples, ou à domicile.

salutation des dieux des portes (est, sud, ouest, nord).

glorification du dieu.

méditation et concentration.

répétition de formules mentales.

offrande d’eau (bain de l’idole).

ornements placés sur l’image (vêtements, guirlandes).

offrande de parfum, de nourriture, d’encens, de lumière.

« balancement » de lumière et louanges.

prosternation.

BOMBAY .

Bombay s’est développée autour d’un ancien comptoir créé par les Portugais. S’étendant initialement sur une série d’ilôts, la ville a récupéré depuis une partie de ses terrains sur la mer

La présence portugaise puis la mainmise anglaise ont contribué à étendre considérablement le port initial, accentuant la vocation maritime du site  : Bombay est en effet axée sur le négoce, et particulièrement sur les échanges avec les pays du golfe Persique et l’Arabie (Oman et le Yemen). Elle constitue historiquement une étape importante dans les réseaux d’échange des cotonnades, du poivre et des autres épices asiatiques.

C’est l’exploitation intensive des richesses indiennes par les colonisateurs britanniques, qui fera de Bombay le pivot du commerce indien avec la GrandeBretagne, Delhi restant un pôle stratégique et Calcutta un pôle politique. Actuellement 46% du commerce extérieur indien transite par Bombay. La taille de la ville (8 millions d’habitants, la deuxiëme ville de l’Inde après Calcutta, sa concurrente) s’explique également par les problèmes spécifiques du TiersMonde. Bombay reste sur ce plan un microcosme des problèmes sociaux et économiques de l’Inde.

III.L’AGRICULTURE.

L’Inde est un pays à dominante agricole.

70% des indiens vivent plus ou moins directement de l’agricul

ture. C’est une agriculture basée sur les céréales  : le blé au nord, le riz à l’est et au sud. C’est une agriculture qui peut apparaître comme une agriculture de subsistance. En effet, l’Inde est un pays qui a une économie dualiste  : à côté d’un secteur traditionnel, coexiste un secteur agricole plus moderne avec des plantations de jute par exemple. L’Inde est depuis quelques années autosuffisante sur le plan alimentaire  ; par contre l’agriculture de haute technologie est vouée à l’exportation soit directement, soit après être passée par les manufactures indiennes.

L’Inde a le premier cheptel bovin du monde, souvent sousemployé. IV.CIVILISATION ET CULTURE DE L’INDE.

1.Les grandes religions  :

Traditionnellement l’Inde a connu trois grands courants spirituels qui subsistent encore de nos jours  :

l’Hindouïsme ou Brahmanisme,

le Jaïnisme,

le Boudhisme.

a.L’Hindouisme. Il y a environ 640 millions d’Hindouistes sur une population de 750 millions d’habitants.

La caractéristique de cette religion est la recherche de la libération individuelle par la méditation.

C’est à ce type de préoccupation que s’adonnent les ascètes itinérants qui vont de ville en ville délivrer leur sagesse tout en vivant d’aumônes.

Comment atteindre le salut  ?

Tout d’abord en essayant de mener une vie juste, en se contentant de sa condition, en essayant de faire le bien autour de soi, en méditant, en priant.

Si vous menez une vie juste, à la mort, l’âme (âtman) se réincarne dans un enfant qui aura une existence dans un niveau social supérieur à celui qui était le vôtre. Ainsi d’existence en existence, de l’animal à l’intouchable, de l’intouchable au marchand, du marchand au brahmane, on arrive à améliorer par ses actes présents la qualité de la renaissance future. La base du système est donc la réincarnation  ;

L’idéal, le but de la méditation hindouiste est de sortir de ce cycle des réincarnations qui vous enchaîne dans le temps d’existence en existence pour atteindre l’absolu, se fondre avec le principe divin à l’o

rigine du monde et sortir du temps. C’est cet idéal que prêche nt les ascètes.

La perception de l’univers est produite par Màyà, l’illusion cosmique. L’univers est l’être cosmique, totalité des êtres et être luimême. Il se manifeste dans le temps, dans l’espace et à des degrès de perception différents.

Le corps physique de l’être cosmique est gouvemé par Brahma, le seigneur de l’immensité.

Le corps « subtil » de l’être cosmique est gouverné par Vishnu, l’immanent.

Le corps « causal » est gouverné par Shiva, le seigneur du sommeil.

Le cosmos nait d’un sacrifice. La nature même du monde est un sacrifice permanent, d’où l’importance des rituels.

Il y a deux voies vers le salut, c’estàdire la nonréincarnation  :

. la voie de la connaissance où l’aspirant à la délivrance doit réaliser en luimême son identité avec l’absolu, à partir de l’enseignement donné par son maître,

. la voie du sacrifice qui porte le nom de yogà (ce qui établit un lien). Par le yogà l’homme sort progressivement de son individualité pour atteindre la « délivrance ».

b.Le Jaïnisme.

A la fin du VIème siècle avant notre êre, Mahavira, fils de Rajah, naît dans la région du Bihar. A vingtcinq ans, comme Bouddha, il se retire loin des siens pour partir à la recherche du salut. Sa réponse va être radicale et donner naissance au jaïnisme, religion des vainqueurs. Chaque être humain doit réaliser luimême son salut. Il doit renoncer à tout désir, à toute jouissance et faire pénitence, dans la chasteté et la pauvreté.

D’autre part, il faut s’abstenir de toute violence à l’égard des êtres vivants. D’où une nourriture strictement végétarienne, sans viande, ni oeufs, ni poisson, ni légumes poussant dans la terre. La caste n’a guêre d’importance pour les jaïns. C’est le sacrifice personnel qui compte.

La communauté jaïn (3 millions actuellement) est organisée en deux groupes  :

les religieux qui observent strictement la règle,

les laïcs qui n’ont plus l’obligation de la chasteté et de la pauvreté.

Les moines mènent une vie errante et ne restent jamais à la même place. Les moines jaîns se sont scindés en deux ordres au ler siècle, les vêtus d’espace vont nus, et les Suetambara (vêtus de blanc).

c.Le Bouddhisme.

L’Homme est constitué de cinq composants  : le corps, les sentiments, les perceptions, les émotionsimpulsions, les actes de conscience. Pour éteindre la souffrance, il faut arriver à l’extinction du soi, et au nonsoi.

L’attitude envers le monde est donc négative. Pour arriver au nirvana, Bouddha propose la loi bouddhique, 1e dharma.

La perspective spirituelle du Bouddha historique n’est pas le résultat d’une seule vie, mais d’une longue série d’incarnations. Le Bouddha historique a eu entre autres six prédécesseurs célèbres. Le Bouddha est en fait un prince spirituel suprême.

Selon les Bouddhistes, il y a 5 niveaux de vie  :

les dieux qui ne sont pas immortels, mais vivent très longtemps,

les Asura (démons) qui luttent contre les dieux,

les hommes ,

les animaux,

les enfers où les méchants sont tourmentés sans répit, pendant une durée déterminée (équivalent du purgatoire).

Le niveau homme est privilégié dans la conquête du Nirvana. La communauté est organisée en 2 groupes  : moines (sangha) et laïcs. Les moines respectent la pauvreté, le célibat et la non violence. Ils vivent d’aumônes.

Les laïcs peuvent s’acquérir des mérites, par l’aumône ou par l’adoration des images qui symbolisent une force.

Les laïcs ont cinq devoirs  :

s’abstenir de prendre la vie,

s’abstenir de voler,

s’abstenir de mal agir au sujet des plaisirs sensuels,

s’abstenir de fausses paroles,

s’abstenir de produits intoxiquants.

2.Les rites du bord du Gange  :

Vénération du fleuve  : le fidèle se purifie, prononce la « mantra de Gangâ ». Puis il boit l’eau de la main droite, salue le solei et les quatre points cardinaux, entre dans l’eau et s’y plonge trois fois entièrement.

Bûchers et crémation. La mort n’est pas une fin, ni le contraire de la vie. Le contraire de la vie, c’est la libération (moksa) du cycle des renaissances. Les morts sont brûlés sur un bûcher proportionnel à leur statut social. Le fils aîné purifie le bûcher avec de l’eau, on verse dessus du beurre clarifié (ghee), et les cendres sont dispersées dans les fleuves, l’idéal étant le Gange.

Le bûcher évoque Shiva, dieu de la destruction et KalïDurga, ou contrepartie. Le bûcher est donc un des moyens de la rencontre avec les

dieux, et l’un des instruments de l’accès à la délivrance. D’où l’importance des rituels funèbres. Ils doivent être célébrés par le fils aîné. Ne pas avoir de fils, c’est mal renaître, bien que l’adoption ait été fréquemment pratiquée dans les familles princières.

V.L’INDE CONTEMPORAINE.

L’Inde actuellement est par le P.N.B. (produit national brut), la 1lème puissance du monde, par contre, par le P.N.B. par tête elle n’arrive qu’au 105 rang.

11 y a donc un grand décalage entre la croissance de la production agricole et industrielle et la croissance démographique.

L’Inde se veut être la plus grande démocratie du monde depuis 1947, C’est un état laïc qui veut préserver les droits de l’homme et admet la liberté de presse et le droit de grève. C’est un état fédéral, union de 22 états et de 9 territoires de l’union. Le président de la République élu pour 5 ans par les 2 chambres fédérales ne gouverne pas. Actuellement la Président de la République est un sikh. Le Premier Ministre tient la réalité du pouvoir. Il est élu par l’Assemblée législative.

L’Inde possède des réserves de fer et de charbon très importantes. Depuis 5 ans on a découvert un gisement de pétrole. D’après les estimations, l’Inde sera autosuffisante en pétrole aux alentours de l’an 2000.

Comment l’Inde atelle choisi de se développer  ?

L’Inde a choisi un développement basé sur l’indépendance, avec acceptation minimale de l’aide étrangère et également un développement axé sur le contrôle par l’Etat d’un certain nombre de secteurs économiques (industrie lourde).

A côté des grandes firmes publiques, existent de véritables trusts, fondés à la fin du XIXe par la bourgeoisie nationaliste indienne qui a voulu développer les richesses du pays. Ces familles ont mis en place un véritable empire industriel dont le plus connu est l’empire Tata.

Au total, la part du secteur privé dans le P.N.B. reste de 80% environ.

Les banques, les assurances et les transports aériens ont été nationalisés.

La fiscalité progressive très lourde de l’Inde a permis les investissements, mais pèse durement sur les classes moyennes (50% de la population n’est pas imposable).

La révolution verte aidée par la réforme agraire et par un début de mouvement coopératif, a permis d’augmenter la production agricole. Mais celleci reste encore insuffisante et très inégale selon les régions. Les paysans sont victimes d’un endettement chronique entraînant un exode rural qui alimente périodiquement les bidonvilles. L’agriculture reste très fragile.

Le commerce extérieur est contrôlé par l’Etat, par l’intermédiaire de la « State Trading Corporation » créée en 1956, qui doit orienter les exportations indiennes, les stimuler et limiter les importations aux denrées essentielles.

Les exportations les plus importantes (12%) sont les produits métallurgiques lourds et légers, suivis par les textiles, les produits artisanaux et les perles et pierres précieuses.

L’Inde détient la première place dans le monde en production d’arachides, de millet, sésame, thé, buffles et bovins.

ANNEXE LES SIKHS.

La religion Sikh (10 millions d’adeptes) tente une synthèse des conceptions hindoues et de la rigueur musulmane. Son fondateur fut Guru Nanak (14691539), issu d’une famille aristocratique, qui refusa l’opposition entre hindous et musulmans.

Il insista sur la charité et rejeta les distinctions entre castes. L’opposition des Moghos et des hindous amena les Sikhs à s’organiser à la fin du XVIIe siècle en une communauté guerrière qui par l’endogamie devint une véritable ethnie. Les sikhs (les purs) se reconnaissent à cinq signes  :

ne se couper ni barbe ni cheveux,

porter un peigne,

porter une épée,

porter un bracelet en acier

porter un caleçon court.

Ils portent tous le nom de Singh. Ils constituèrent au XVIIIe siècle un royaume au nordouest de l’Inde qui dura plus d’un demisiècle. Actuellement, ils sont majoritaires au Penjab (région d’Amritsar) où ils entretiennent une agitation en réclamant l’autonomie.

 

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