LA LEÇON DE MUSIQUE- LE ROMANTISME DANS TOUS LES ÉTATS

Thèmes : Art, Histoire, Musique.
Conférence du mardi 8 février 1994 au théâtre du Vésinet.

 

 

Vers le milieu du 19ème siècle, les guerres répétées inclinent les peuples opprimés à prendre en charge leur destin. Au même titre que la politique, la musique devient alors un instrument privilégié de ces revendications populaires.

En cette période d’exaltation des nationalismes, les peuples de l’Europe sont à la recherche de leurs racines. Les musiciens, comme les poètes et les écrivains, participent à ce mouvement. Mais ces idées restent trop souvent étouffées par les réalités politiques : à cette époque, les Polonais, les Finlandais, les Tchèques, les Croates sont encore privés de patrie.

Cette idée de nationalisme musical n’a pas cours en France. Retardées par la Révolution, les idées romantiques s’imposent aux arts dans la première moitié du 19ème siècle. Le mouvement gagne lentement la musique jusqu’au moment où le romantisme musical atteindra son apogée alors que les grands poètes romantiques auront disparu. L’élan romantique est partagé par une première génération de musiciens dont, Chopin et Liszt en France et Schumann en Allemagne.

Partout ailleurs en Europe, on voit éclore des écoles nationales. Les musiciens, s’inspirant du folklore et des mélodies traditionnelles, créent des œuvres d’une grande ferveur patriotique.

La musique scandinave, longtemps sous l’influence de l’art italien et du romantisme allemand, se découvre, en la personne de Edvard Grieg, un authentique style nordique, coloré et nostalgique.

Dans les pays slaves, la musique devient le vecteur indispensable à cet espoir de liberté et d’indépendance culturelle. Au 18ème siècle, les Italiens parviennent intéresser la famille impériale au répertoire théâtral et, très vite, imposent dans toute la Russie une musique « à la mode italienne ».

Au 19ème siècle, la musique russe se libère des influences passées par un rejet des valeurs occidentales. Vers la fin du siècle, après la récente éclosion d’une musique nationale, la Révolution d’Octobre (1905) « brouille le cartes ».

Soumise à l’extrême vigilance des censeurs culturels, la création musicale s’appauvrit. Accusés de déviations antidémocratiques, les plus célèbres compositeurs russes émigrent en Europe et aux États-Unis. Ceux qui restent doivent se plier aux règles strictes du Comité Central du Parti. A cette époque, de nombreux compositeurs contribuent à la vie musicale russe, avec entre autres, Serge Rachmaninov.

 

Frédéric Chopin (1810-1849)

« Nous ne cessons de regretter », écrit à Chopin Marie Wodzinska, « que vous ne vous appeliez pas Chopinski, ou qu’il n’y ait pas d’autres marques que vous êtes Polonais, car, de cette manière, les Français ne pourraient nous disputer la gloire d’être vos compatriotes ». C’est une aventure en effet bien étrange qu’un artiste devenu le « symbole de la Pologne » ait passé en France presque toute son existence.

Né le 1er mars 1810 en Pologne, d’un Français, originaire de Lorraine, il est considéré comme le représentant le plus actif d’un certain romantisme, à fois passionné et mièvre, tumultueux et efféminé. Il affirme très jeune les qualités d’un enfant prodige. Après avoir reçu une instruction solide au lycée de Varsovie, il se consacre à la musique. Il est encore élève du conservatoire lorsqu’il connait ses premiers succès de virtuose et compose ses premiers chefs d’œuvre. Après un séjour à Berlin puis à Vienne, où il donne deux concerts, il quitte définitivement la Pologne (1830).

L’insurrection nationale qui suit de peu son départ est violemment réprimée par le tsar quelques mois plus tard. Cette épreuve l’attache davantage encore à sa terre natale dont il conservera toute sa vie la nostalgie. Installé à Paris, il connait des débuts difficiles, mais soutenu par un groupe d’amis dont Liszt, et bientôt adopté par la haute société parisienne, il mène une existence mondaine. Professeur très recherché par les femmes de l’aristocratie européenne, il poursuit son activité de compositeur.

L’échec d’un projet de mariage avec Marie Wodzinska, rencontrée lors d’un séjour à Dresde, l’affecte profondément. C’est alors qu’il tombe malade, ressentant les premières atteintes d’une phtisie laryngée.

La rencontre avec George Sand (1837) va l’arracher, pour une dizaine d’années à la tumultueuse société parisienne. Cette période, où cependant il ne retrouve pas la santé, correspond à une époque d’intense activité créatrice. Après sa séparation avec George Sand et à l’issue d’un épuisant voyage à Londres et en Écosse, il revient à Paris où il meurt en 1849.

Antonio Rosado nous interprète « Souhait de jeune fille ».

 

Franz Liszt (1811-1886)

L’éducation musicale du jeune Liszt est assurée par son père, régisseur et violoncelliste du prince Esterhazy en Hongrie. Il le produit très jeune en public.

Après une tournée triomphale à travers l’Allemagne, Liszt vient à Paris pour y parfaire son éducation musicale et connait aussitôt la faveur du public parisien. Fêté dans les salons et introduit dans le cercle de Chopin et de ses amis, c’est dans ce milieu qui rassemble l’élite du romantisme européen qu’il reçoit sa formation artistique et littéraire.

Il rencontre la comtesse Marie d’Agoult, qui, pour une dizaine d’années, devient sa compagne et lui donne trois enfants (dont Cosima qui épousera Richard Wagner).

Au cours ces années, il reçoit l’hommage de l’Europe pour son incomparable génie de virtuose. Il est acclamé comme le plus grand pianiste de son temps.

En 1847, séparé de Marie Agoult qui deviendra l’une de ses ennemies, Liszt s’installe à Weimar chez la princesse Wittgenstein, avec laquelle débute une nouvelle idylle. Nommé chef de la chapelle du Grand-Duché de Weimar, il connait une exceptionnelle activité créatrice.

Sans cesser parcourir l’Europe, il renonce à la gloire de pianiste virtuose pour imposer son génie de compositeur. Mais sous l’influence de la princesse de Wittgenstein, sa musique s’oriente vers des idées plus mystiques. Une cabale menée contre lui l’amène à démissionner de son poste. Devant l’impossibilité de régulariser son union avec la princesse, Liszt reçoit chez les Franciscains les ordres mineurs (1865).

Désormais, et jusqu’à sa mort, il partage son temps entre Rome où il se consacre à la méditation, la cour de Weimar et Budapest. Il meurt à Bayreuth en 1886, dans les bras de sa fille Cosima, le lendemain d’une représentation triomphale de Tristan.

Antonio Rosado interprète « Harmonies poétiques et religieuses : Invocation ».

 

Robert Schumann (1810-1856)

Son père, libraire et traducteur de Byron et de Walter Scott, souffre de troubles mentaux. Dernier né d’une famille de cinq enfants, Robert est le préféré de sa mère, elle-même de sensibilité morbide. A l’issue d’un accès de folie, l’une de ses sœurs se donne la mort. Cette hérédité a lourdement pesé sur lui.

L’audition du pianiste Moscheles, lors d’un concert à Karlsbad, détermine sa vocation. Après des études de droit, il prend des cours de piano. La révélation des lieder de Schubert et l’audition de Paganini le confirme dans sa volonté de suivre une carrière de compositeur, celle de virtuose le tente également. Il complète seul sa formation et demeure ainsi un autodidacte. Mais son impatience et son acharnement à perfectionner son doigté ont des conséquences funestes : l’habitude de se ligaturer le médius de la main droite pour s’entraîner à une plus grande dextérité lui provoque finalement une paralysie du doigt. Ses ambitions de virtuose sont ruinées. Une violente dépression nerveuse s’ensuit, premiers symptômes d’un mal qui emportera sa raison quelques années plus tard.

La demande en mariage qu’il fait à Clara Wieck, accueillie par un refus farouche du père, marque le début d’une période tourmentée où il produit quelques-uns de ses plus grands chefs d’œuvre. A l’issue d’une campagne de diffamation menée par l’intraitable Wieck, il est sommé par décision de justice de rendre la liberté à Clara. En 1840, le mariage a enfin lieu et les années qui suivent apportent au jeune couple une plénitude de bonheur dont l’œuvre de Schumann porte témoignage. Le couple voyage souvent à travers l’Europe, allant même jusqu’en Russie. Mais Schumann traverse de nombreuses crises dépressives. L’échec de ses tentatives d’installation à Dresde, Vienne puis Berlin, et la mort de son ami Mendelssohn aggravent son état mental. En 1850, il accepte de diriger l’orchestre de Düsseldorf, mais bientôt ses insuffisances à la direction sont si évidentes qu’il entre en conflit avec les administrateurs de la Société musicale.

En 1854, dans une crise de désespoir, Schumann tente de se suicider en se jetant dans le Rhin. Il passe les deux dernières années de sa vie à l’asile d’Endenich.

Antonio Rosado nous interprète « Fantaisie en ut majeur, opus 17 ».

 

Edvard Grieg (1843-1907)

De tous les pays scandinaves, c’est en Norvège que l’on trouve la musique populaire la plus vivante. Le peuple norvégien est le seul à être privé d’une indépendance totale. Uni au Danemark, il en a été séparé contre son gré et annexé à la Suède. Rompant avec la Suède, la Norvège appellera au trône un prince danois (1905).

En attendant, ne voulant pas être suédoise, ne pouvant plus être danoise, la Norvège cherche son identité culturelle et c’est au monde germanique qu’elle ira en demander les moyens. Sur le plan musical, l’homme de la situation sera Grieg.

D’origine écossaise par son père, il est le fils d’une bonne pianiste norvégienne, nourrie du romantisme allemand. Elle est son premier professeur.

Ses études au conservatoire de Leipzig ne lui inspirent qu’une durable hostilité pour la musique romantique allemande. A 24 ans, il s’engage résolument dans le romantisme nationaliste.

Il cherche les thèmes de son inspiration dans la vie quotidienne des hommes de son pays, dans la nature et le folklore norvégien, thèmes que l’on retrouve en particulier dans « Peer Gynt ».

En 1866, il s’installe à Christiana, future capitale de la Norvège (aujourd’hui Oslo) pour y diriger les concerts de la Société Philharmonique.

En 1874, il se consacre à la composition de musique de scène, mais piètre orchestrateur, il n’est pas à l’aise dans l’univers symphonique.

Il interprète ses œuvres à travers toute l’Europe avant de renoncer à ses tournées en 1885 et s’installe définitivement près de Bergen dans une maison qu’il a bâtie lui-même.

Antonio Rosado interprète « Jour de noces ».

 

Serghei Vassillievitch Rachmaninov (1873-1943)

Descendant d’une lignée de seigneurs moldaves, Rachmaninov fait ses études aux conservatoires de Moscou et de Saint-Pétersbourg.

Dès 1892, Il commence une carrière de pianiste et se fait connaître dans toute l’Europe comme un virtuose éblouissant. Il se consacre en même temps à la composition sous l’influence de Tchaïkovski à laquelle il devait rester fidèle sa vie durant.

Remarquable chef d’orchestre, il se voit confier la direction de l’Opéra impérial de Moscou de 1904 à 1906.

Lorsqu’en 1917, il s’installe aux États-Unis, fuyant la Révolution, il a déjà composé l’essentiel de son œuvre.

Supportant mal le déracinement, il écrit peu mais poursuit sa carrière de pianiste.

Esprit nostalgique et tourmenté, Rachmaninov est l’un des derniers représentants d’une musique romantique et brillante qui garde les faveurs du public.

Antonio Rosado interprète « Sonate n° 2 ».

 

FICHE DE VISITE

LA LEÇON DE MUSIQUE

LE ROMANTISME DANS TOUS SES ÉTATS

 

Au XVIIIème siècle, certains tentent d’opposer les États par leur musique. Après la Révolution française, paradoxalement, la France ne développe pas cette idée qui fleurit dans le reste de l’Europe : le nationalisme musical.

Au programme :

Chopin et la France
Souhait de jeune fille

Liszt et la Hongrie
Harmonies poétiques et religieuses : invocations

Schumann et l’Allemagne
Fantaisie en ut majeur opus 17

Grieg et la Norvège
Jour de noces

Rachmaninov et la Russie
Sonate n° 2

 

Vincent Beurtheret, titulaire d’un Prix d’Esthétique du Conservatoire de Paris, a suivi des études scientifiques et littéraires, et les cours de l’Ecole du Louvre. Producteur délégué de Radio-France à France-Culture de 1973 à 1982, il a été directeur artistique du Festival lyrique des Milelli et conseiller de nombreuses productions culturelles et musicales. Son activité de conférencier l’a déjà conduit dans plusieurs pays d’Europe.

Antonio Rosado s’est imposé à juste trente ans comme la plus marquante révélation portugaise du piano. Boursier de la Fondation Gulbenkian, ancien élève des Conservatoires de Lisbonne et de Paris, lauréat de l’Académie internationale Maurice Ravel, il a remporté en 1987 le concours Alfredo Casella de Naples.
Il a joué sous la direction notamment de Pierre Dervaux, Léon Fleischer, Michel Plasson et Ivo Cruz. Il a été choisi pour enregistrer trois heures de récital en ouverture de la série des « Jeunes interprètes européens » diffusée sur TF 1 en 1992.
« Antonio possède une chose que ni l’enseignement ni l’étude ne peuvent donner, le sens du clavier » (Aldo Ciccolini).

 

 

CONNAISSANCE DU VESINET

 

Cette modeste présentation est essentiellement inspirée d’un ouvrage qu’un de nos conférenciers, Monsieur Georges Poisson, a consacré au Vésinet : « La curieuse histoire du Vésinet ».

Inaugurations et bénédictions

Nous sommes au temps des fastes du Second Empire qu’éclairent les élégances et les initiatives caritatives de la princesse Mathilde et de l’Impératrice Eugénie. Le Vésinet aura la chance de trouver en la famille et la Société Pallu, un Haussmann rural et écologique. Pallu saura exiger, pour l’urbanisation qu’il fera de la forêt, un cahier des charges extrêmement sévère, voire coercitif. Citons seulement un article insolite : « Tout propriétaire ou locataire du lieu bénéficiera de la gratuité du trajet entre Paris et Le Vésinet durant trois ans. L’article V traite de clôtures et fut discuté : « Mais pour un pays où le sens de la propriété et surtout de la clôture est aussi implanté qu’en France, l’intention était louable et le résultat pas médiocre ».

 

Majeure après deux mille ans

Et d’abord l’acte de naissance du Journal Officiel du 8 juin 1875 : « L’Assemblée nationale a adopté la loi dont la teneur suit : Art. 1er -« Le territoire formant l’ancien bois du Vésinet et dépendant des communes de Chatou, de Croissy et du Pecq… formera à l’avenir une commune distincte sous le nom de « Le Vésinet ».

Là, je quitte le Journal Officiel pour reprendre l’ouvrage de Monsieur Poisson … avec un sourire que je ne vous interdis pas de partager. « Cette indépendance était obtenue de force, contre la mauvaise volonté des communes intéressées et il n’était évidemment pas question d’obtenir le moindre aménagement des limites. Les trois mères, malgré elles, de la jeune commune ne lui consentirent pas le moindre cadeau de baptême et manifestèrent longtemps leur mauvaise humeur ».

120 ans sont passés et sans oublier pour cela les travaux millénaires et les œuvres caritatives, il faut bien que nous passions au « Carnet mondain » que chaque ville est fière d’établir et qui est particulièrement riche au Vésinet où les maisons de Georges Bizet et de Guillaume Apollinaire existent toujours, où les peintures de Maurice Denis éclairent la chapelle Sainte-Croix, où, où, …

Je préfère terminer par un nom où chacun trouvera souvenirs et émotions : « Ma mère m’a mis au monde le 8 septembre 1910 à dix heures du matin, précise l’acte de la mairie. Cela se passait Il, rue de I‘Eglise au Vésinet. Mon père Jules, y était jeune pharmacien, son officine était modeste. Ma mère avait désiré une fille. Comme j’émergeais de mon embarcation placentaire, le docteur s’écria : « Le beau petit gars : ». Ma mère alors gémit, mi-sourire, mi-douleur : M…. », Tel est le premier mot que j’ai entendu sur la terre. En France, il a la réputation de porter bonheur. Ma vie jusqu’ici en est la preuve ! L’auteur de cette confidence est Jean-Louis Barrault.

Merci Monsieur Poisson.

Emile Brichard

 

 

Découvrez + de 1100 textes des conférences du CDI sur le site du CDI de Garches 

Vos commentaires et vos conseils contribuent à l’amélioration de nos parutions.
Vous disposez de l’espace « COMMENTAIRES » ci-dessous pour les exprimer.
Merci  et à bientôt pour votre prochaine visite.

 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.