LA BEAUTÉ A TRAVERS LES ÂGES

Thèmes : Art, Histoire.
Conférence du mardi 25 mars 1997 par Vincent Philippe.
Compte-rendu par Émile Brichard.

 

Je viens d’écouter à nouveau la conférence de Monsieur Philippe. La cassette sans les diapos, cela modifie évidemment l’intérêt du texte. Les mots sans les images perdent singulièrement de leur pouvoir. La notion de restriction de la beauté qui existe à l’image fut alors moins ressentie et le « Penseur » de Rodin reste aussi beau que le discobole des jeux grecs.

La beauté apparaissait dans un sens très étroit. Il s’agissait exclusivement de la beauté des corps féminins surtout, mais aussi masculins, à l’exception de tout autre éventuelle beauté de l’être humain. Du geste, du regard, de l’expression, du sourire, il n’en fut guère question, cette beauté ne devait être valorisée que par la parure.

« La mode et ses ornements », c’était alors un titre qui restreignait l’intérêt de la question évoquée et l’on se retrouva parfois au niveau des magazines de mode ou de la publicité pour tel ou telle régime ou fanfreluche.

Je suivis donc à nouveau, mais uniquement par l’oreille, les débuts de la culture exprimée en chaque époque et chaque peuple par les « Arts premiers », appellation heureuse qui se démarque du jugement péjoratif des « Arts primitifs », d’autant plus qu’on la retrouve encore chez des populations actuelles d’Afrique ou de Mélanésie.

Les parures, les tatouages, montrent d’abord leur but guerrier : effrayer l’adversaire. Ces signes d’autorité et de puissance étant visibles dans tous leurs moyens d’expression moins évidents : plumes, couleurs, coquilles, scarifications. Ils témoignent dès l’origine et en tous lieux, de la même exigence : paraître, donc être. Comme apparaît immédiatement un souci dans la représentation du corps humain, un hommage à la fécondité, alors même que l’origine de cette fécondité restait souvent encore obscure – n’oublions pas qu’à ces époques, les chasseurs paléolithiques ou néolithiques pratiquaient la chasse, ignorant l’élevage. On comprend alors ces représentations de la femme aux formes généreuses, mais je regrette qu’on n’ait pas laissé une petite place pour notre délicate dame de Brassempouy dont le visage reflète la délicatesse de la jeune fille, plus émouvante que la lourdeur des « Vénus » présentées.

Le complément des bijoux s’avère bientôt nécessaire et dès l’ancienne Egypte, la notion de parure, donc de richesse, donc de pouvoir, s’ajoute à la reproduction fidèle du corps de la femme et de l’homme. Retenons surtout le pur et inoubliable profil de Néfertiti. Je n’ai pas d’image pour illustrer mon propos, mais puisque Monsieur Philippe n’a jamais oublié le côté érotique qui animait les images, permettez-moi de citer quelques lignes d’un poète égyptien de cette époque :

« O mon aimé, qu’il est doux d’aller à l’étang »
« de me baigner sous tes yeux, de te montrer ma beauté »
« quand ma robe du lin le plus fin »
« d’un lin digne d’une reine »
« se mouille pour épouser chaque courbe de mon corps ».

Quelques diapos nous ont montré que la femme idéale répondait à une autre esthétique. Des commentaires nous donnent des conseils de beauté ou nous indiquent des produits ou moyens de contraception. La Déesse-Mère était alors oubliée.

Puis, nous nous arrêtons longuement sur les fouilles. Pas de corps cette fois, mais une profusion de bijoux et de pierres précieuses. Apparaissent aussi à cette époque les techniques de l’or venues avec les Scythes, d’où l’abondance de bracelets, de pendentifs, et dans l’ordre des pierres précieuses, des lapis lazuli.

Et nous arrivons à la Grèce et à la grande découverte d’une nouvelle beauté, celle du corps masculin dans sa simple nudité puis dans son effort sportif. Nous sommes chez les créateurs du sport olympique. Bien sûr, encore une fois, je n’ai rien contre la beauté du lanceur de disque, mais me revient en mémoire un autre geste de lanceur, celui qui jette d’un geste large « la moisson future aux sillons » et qui ainsi :

« semble élargir jusqu’aux étoiles »
« le geste auguste du semeur »

Je dois avouer que je suis plus sensible à la beauté de ce geste qu’à celle toute plastique du discobole.

Et nous retrouvons, après qu’elles soient passées par la Crète, toutes les recettes classiques de mise en valeur des corps. Leur énumération vous rappellera peut-être quelques images : parfums, épilation, contraception, avortement, ainsi que le rôle des courtisanes, images qui restreignent néanmoins la notion de beauté, même si les énumérations sont soutenues par des arguments plus nobles, la notion de proportions mathématiques… ou pratiques.

Bonne – ou mauvaise – nouvelle, qu’en pensez-vous mesdames, Rome va voir le retour des « formes » qui reviennent à la mode en même temps que l’apologie de la gastronomie, en même temps aussi que le goût du luxe entraîne la pratique de la luxure. Pour mémoire, rappelons cependant que ces mêmes cultures, l’égyptienne, la grecque et la romaine, avaient dans le même temps, mais dans une autre acception du mot beauté, construit les Pyramides, le Parthénon et le Colisée.

Puis, la « beauté » disparut de l’expression artistique et quand elle réapparut au temps des cathédrales, le culte de la Vierge Marie avait remplacé celui des Eves antiques et le corps humain n’apparut plus que drapé. Y perdit-il en en beauté ? Je vous laisse répondre mais à mon avis il y gagna surtout en émotion et en expression.

Les gestes, les regards, les sourires des Vierges à l’Enfant, qu’elles soient italiennes, flamandes, françaises, du Moyen-Age ou de la Renaissance, valent pour moi toute la perfection des formes antiques.

Je laisse défiler devant vous quelques images qui vous reviennent en mémoire, chacun a les siennes mais si je devais n’en conserver qu’une, ce serait celle de la Vierge à l’Enfant de Georges de la Tour, dont l’illumination intérieure est traduite par la douce lumière de la bougie sur le visage de Marie.

Des œuvres de la Renaissance, de l’âge classique, du Romantisme, nous sont montrées, puis viennent le XIXème et le XXème siècle avec leurs propres techniques qui furent évoquées à propos de la parure féminine : corsets, faux-appâts, soutien-gorge, mini-jupe, collants.

Mais nous ne sûmes pas si le geste du « Penseur » de Rodin était beau, ni si celui de la paysanne de Millet tendant la cuiller de soupe à son enfant était beau et même s’il n’est traduit qu’en musique, le geste qu’évoque Yves Duteil : « Prendre un enfant par la main » participe également à la beauté.

Bref, Gustave Eiffel a construit la Tour Eiffel (entre autres) et inventé le porte-jarretelles … je vous laisse méditer.

Comme je vous laisse méditer sur d’autres beautés, celle du ciel étoilé, celle d’une humble toile d’araignée emperlée de rosée, celle d’un simple film récent « Microcosmos », même si ces beautés relèvent autant de la méditation que de la description formelle.

Mais cela serait aussi le sujet d’une autre conférence.

 

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