SORTIE-VISITE : de Saint-Germain-des-Prés à l’Institut

Thèmes : art, histoire.
Visite du mercredi 29 mai 1991.

 

Une centaine d’adhérents du C.D.I. ont visité le quartier de Saint-Germain-des-Prés accompagnés par trois conférencières.

 

Église Saint-Germain-des-Prés

1 – Le monastère :

Sa fondation remonte à Childebert désireux de confier à des moines – ce n’était pas encore des Bénédictins – la garde de deux précieuses reliques rapportées par lui d’Espagne : un fragment de la Vraie Croix, enfermé dans une croix d’or et de pierreries, et la tunique de Saint-Vincent, martyr et protecteur de Saragosse. D’où le premier vocable du monastère dit de Sainte-Croix et Saint-Vincent. Mais à partir de 576 ce titre fit progressivement place à celui de Saint-Germain et Saint-Vincent, à cause de la célébrité du tombeau de l’évêque de Paris, Germain. Celui-ci avait tenu à être enterré tout près de l’église consacrée par lui le 23 décembre 558.

Vers l’an 800, au moment du changement de dynastie, l’état officiel des biens de Saint-Germain-des-Prés dénombrait un territoire englobant environ 17 000 hectares de bois, de forêts et de terres cultivables éparpillées de la Bretagne aux bords de la Moselle mais en majorité situés à côté de Paris. Sur ce domaine monastique, dont les ressources étaient destinées surtout à l’entretien des moines et des serviteurs, vivait une population de 20 000 âmes.

Le monastère est dévasté quatre fois en ans par les Normands. L’église actuelle est reconstruite de 990 à 1021. Au 14ème siècle, le monastère reçut des murailles sur l’ordre de Charles V. Elles subsistèrent jusqu’au 17ème siècle. A ce moment-là, tout le quartier environnant le couvent s’était couvert de demeures, quelques-unes princières, et, des « prés » de Saint-Germain, il ne restait plus rien, sinon quelques jardins à la française.

La période des guerres de religion ne fut pas bénéfique pour la vie des moines. Mais avec le renouveau spirituel apporté dans l’église par le Concile de Trente, le monastère parisien connut une époque d’intensité religieuse importante.

En devenant en 1631 le centre d’une nouvelle congrégation bénédictine, dite de Saint-Maur, Saint-Germain-des-Prés fut plus qu’un foyer d’austérités monastiques. Il fut le point de ralliement d’une équipe de savants doués d’un esprit de collaboration et d’une abnégation qui expliquent le succès remporté par leurs travaux.

Les moines de Saint-Germain mirent sur pied un programme de recherches appliquées à l’histoire de l’antiquité et du Moyen-Age, tant dans le domaine religieux que profane. Ainsi fut écrite au cours de deux siècles, toute l’histoire religieuse de la France et de l’Ordre des Bénédictins (Mabillon, Montfaucon, Clément, Lobineau).

 

 

En 1789, l’abbaye fut supprimée. Au moment de cette suppression elle occupait une vaste superficie : son domaine s’étendait à l’Ouest jusqu’à la rue Saint-Benoît, à l’Est jusqu’au carrefour de Buci, au Sud par-delà la rue des Ciseaux, tandis que la rue Jacob formait sa frontière Nord.

Pendant la Révolution, la plus grande partie de sa bibliothèque passa à l’État avant que les bâtiments ne soient brûlés.

Aujourd’hui, à part quelques édifices, comme le palais abbatial, le logement du prieur qui sert de presbytère, il ne reste plus rien, sauf l’église.

 

2 – L’église :

L’église abbatiale romane a beaucoup changé d’aspect depuis le 11ème siècle. Des trois clochers qui la coiffaient il ne reste plus que la massive tour de la façade, l’une des plus anciennes de France.

Son dernier étage en arcades, refait au 12ème siècle et restauré par Baltard, a reçu sa flèche actuelle au siècle dernier. Son porche d’origine est caché par le portail extérieur de 1607.

Mabillon a sa statue à droite du porche.

 

Pénétrons dans l’église en passant la porte en fer forgé due à R. Subes (1958). Le premier regard subit un choc déplaisant provoqué en partie par le bariolage et la tristesse de l’ensemble. L’intérieur de l’église étonne par sa petite taille : elle était destinée aux moines et non à une paroisse (65 m de long, 21 m de large, 19 m de haut).

 

 

Pendant la Révolution elle est devenue, jusqu’aux voûtes, réserve de salpêtre, puis entrepôt de poudre. A la suite d’une explosion, le feu prit et de nombreux livres furent brûlés.

En 1819, elle est complètement restaurée, la base même des colonnes doit être reprise car tout avait été rongé par le salpêtre. C’est à cette époque que l’on a repeint comme on pensait que cela l’était au Moyen-Age.

La nef à cinq travées, flanquée de deux bas-côtés, est tout ce qui reste avec le transept, de l’église du 11ème siècle. Son caractère roman considérablement modifié par l’adjonction des voûtes gothiques, apparaît dans les arcs en plein cintre.

Saint-Germain-des-Prés présente le premier exemple de chapiteaux « historiés » dans l’église. Les originaux sont conservés au Musée de Cluny.

La partie pleine entre les arcs et les baies vitrées, séparées par de fausses niches abritant des personnages de l’Ancien Testament, est remplie par une suite de grands tableaux peints par Hippolyte Flandrin (1809-1864), élève d’Ingres. Une grande statue de la Vierge à l’Enfant du 15ème siècle proviendrait de Notre-Dame-de-Paris.

 

On peut voir de nombreux tombeaux dont celui de Casimir, Roi de Pologne.

Neuf chapelles donnent sur le déambulatoire.

Les dalles funéraires de Boileau exhumé de la Sainte-Chapelle et transféré à Saint-Germain, celle de Descartes et des savants bénédictins Mabillon et Montfaucon se côtoient.

 

*

***

 

Nous sortons et contournons l’église par la rue de l’Abbaye.

 

Le palais abbatial, belle demeure de pierre et brique de la fin du 16ème siècle, s’élève au coin de la rue de l’abbaye et du passage de la Petite boucherie.

Au bout de la rue de l’Échaudé se trouvait la prison de l’abbaye qui fut le lieu des massacres de septembre 92.

Nous empruntons la rue Cardinale, baptisée ainsi car elle fut construite à l’intérieur de l’abbaye de Saint-Germain par le comte de Furstenberg, que Louis XIV nomma cardinal. Dans le tournant de cette petite rue se situe une maison dont le balcon a une jolie ferronnerie.

Rue de Furstenberg, à l’angle de la rue et de la place, nous découvrons un pilier de pierre : c’est le seul vestige de la grande arcade qui constituait autrefois l’entrée de l’abbaye. Au 17ème siècle, la place Furstenberg était la cour d’honneur de l’abbaye. Sur cette place, le numéro 6 était l’ancien commun de l’abbaye dont la cour présente une voûte à grande arcade charretière et dont les écuries et les remises de l’ancien palais abbatial sont encore visibles.

Au premier étage se situe l’ancien appartement et atelier d’Eugène Delacroix, aujourd’hui transformé en Musée.

 

 

Nous prenons la rue Jacob puis la rue de l’Échaudé. Le mot « échaudé » semble être une déformation du mot « échauguette ». L’échauguette était une sorte de guérite, munie d’ouvertures permettant de voir de tous les côtés. Elle faisait partie des fortifications du Moyen-Age et était construite en encorbellement sur certains points des murailles des places fortes. Ce fut le cas à la fin du XIVème siècle, quand on construisit des remparts pour protéger l’abbaye de Saint-Germain.

Nous arrivons dans la rue de Seine. Au numéro 57, avec un certain recul, on peut admirer le bel hôtel du l8ème siècle où vécut le poète Baudelaire. Les fenêtres sont à balcons et mascarons. L’une d’elles possède un fronton triangulaire. A côté, une maison à pignon date du milieu du l8ème siècle.

Au numéro 63, une plaque indique que le poète polonais Adam Mickiewicz résida en 1834.

 

 

Nous prenons la rue de Buci. A l’emplacement du numéro 12 se trouvait en 1628 le Jeu de Paume de la Diligence, baptisé plus tard Jeu de Paume de l’étoile, quand les comédiens, qui donnaient leur représentation au marché Saint-Germain, sont obligés de quitter ce dernier et de s’installer ici à plusieurs reprises. Favart, auteur dramatique (directeur du théâtre qui porte actuellement son nom) y joue sa première pièce en 1734.

Rue de Seine. rue Callot. De cette rue nous voyons la rue Guénégaud. Nous continuons notre chemin. Sur la gauche, rue Visconti. C’est une rue étroite, bordée presque entièrement de maisons et d’hôtels du 16ème siècle. Percée en 1540, y vivait une majorité de protestants, ce qui lui avait valu le nom de Petite Genève. Au numéro 16, habita Adrienne Lecouvreur, la grande tragédienne, au 17, Balzac avait créé une petite imprimerie, Racine mourut au numéro 24.

 

 

Nous passons devant la rue des Beaux-Arts. La Reine Margot avait dans cette rue un hôtel particulier. Au bout de la rue de Seine et de la rue Mazarine, se trouve le bâtiment de l’Institut et sa fameuse coupole. Il abrite la bibliothèque.

Notre visite prend fin Quai Malaquais.

Cette visite clôt notre cycle « Paris, quartier par quartier » de la saison 1991.

 

*

* * *

 

FICHE DE VISITE

DE SAINT-GERMAIN-DES-PRES A L’INSTITUT

 

 

C’est au 6ème siècle, à la demande de Saint-Germain, évêque de Paris, que Childebert, de Clovis, fit construire une église pour y abriter la Tunique de Saint-Vincent, prise par le Roi à Saragosse. Elle fut consacrée sous deux noms : Saint-Vincent et Sainte-Croix. Après que Saint-Germain y ait été inhumé, elle fut rebaptisée Saint-Germain-des-Prés, car située au voisinage des Grand et Petit Prés aux Clercs.

Pillée et détruite par les Normands, elle fut reconstruite vers l’an 1000, puis enrichie au cours des siècles par de beaux bâtiments destinés à abriter des moines bénédictins : cloître, réfectoire, dortoirs, jardins et palais abbatial …

L’abbaye de Saint-Germain eut un rayonnement jusqu’au 18ème siècle. Elle est propriétaire des terres qui constituent aujourd’hui le 5ème et le 7ème arrondissements ainsi que des domaines s’étendant jusqu’aux abords de Saint-Cloud. Ses revenus étaient très importants, et ses abbés choisis parmi des personnages de haut rang.

Après avoir été fortement dégradée à la Révolution française, elle a été l’objet de plusieurs restaurations et transformations à partir de 1819. L’archéologue Lefevre-Pontalis a dit qu’elle est l’édifice le plus remanié de la Capitale. Son clocher roman, imposant mais sobre, contraste avec le chœur et le déambulatoire du pur style gothique des 12ème et 13ème siècles.

Elle est aussi la paroisse des philosophes, de Descartes, de Boileau, et l’un des berceaux de l’érudition avec Mabillon et les Grands Bénédictins de Saint-Maur.

La Place Saint-Germain-des-Prés, grouillante de piétons, occupe l’ancien parvis de l’église et s’unit au Boulevard Saint-Germain, aux abords du célèbre Café de Flore dans le fracas d’une intense circulation automobile. Fort heureusement, cette continuelle agitation respecte encore l’âme de vieilles rues étroites et pittoresques qui, par quelques détours, nous mènent du Boulevard jusqu’aux rives de la Seine.

Ainsi, quittant la Place Saint-Germain-des-Prés en longeant le côté nord de l’église, la rue de l’abbaye offre au regard du promeneur le palais abbatial, aux briques noircies alternant avec la pierre, dont la construction date de 1586. On y croise plusieurs ruelles percées au 17ème siècle : le passage de la Petite Boucherie, la rue de l’Échaudé qui occupe l’emplacement des anciens remparts de l’abbaye, ou encore la rue Cardinale qui conduit à la très charmante et provinciale Place Furstenberg, ancienne cour d’honneur du palais abbatial. On y voit la maison où le peintre Delacroix a habité alors qu’il réalisait les peintures murales de Saint-Sulpice.

En quittant la Place par la rue Jacob, on rejoint la rue de Seine, en évoquant le souvenir d’Ingres, de Racine, du Wagner de la période parisienne lorsqu’il transcrivait « La Favorite » et composait « Le Vaisseau Fantôme ».

Et voici la rue de Seine, droite, de fière allure, unissant « d’un trait » le boulevard Saint-Germain aux quais de Seine. Au croisement de la rue de Buci, une intense animation est créée par le marché Buci, qui, hélas, a perdu de son pittoresque depuis la disparition des voitures à bras des marchandes des saisons !

C’est dans la partie basse de la rue de Seine, construite à partir du 16ème siècle, que l’on peut voir de très belles maisons, d’élégantes ferronneries, des cours avec puits et jardins, des hôtels du 17ème et 18ème siècle, et parmi eux, l’Hôtel d’Arras ou Armande Béjart résida.

S’ouvrant sur la rue de Seine, la rue Visconti mérite que l’on aille y flâner … Y-a-t-il dans ce quartier un lieu aussi riche d’histoire que cette ruelle de quelques mètres de large, flanquée de quelques maisons défiant l’équilibre, et sillonnée par un ruisseau ? Fief des Huguenots au temps de la Réforme, dans l’ancienne « Petite Genève », elle abritait la demeure de Palissy. Bien d’autres célébrités y séjournèrent : La Clairon, le peintre Delacroix, Monnet, Sully, etc. Racine y est mort ainsi qu’Adrienne Lecouvreur. Là se trouvait également l’imprimerie de Balzac où Mme de Berny venait lui rendre visite …

Un peu plus bas dans la rue de Seine, on rejoint la rue des Beaux-Arts. La célèbre école évoque la Reine Margot qui en ce lieu avait fondé un couvent, mais les bâtiments actuels ne datent que du 19ème siècle. La plus belle vue en est celle que l’on découvre du quai, avec la Cour du Mûrier qui nous transporte chez quelque prince italien de la Renaissance.

Là, sur le quai Conti, nous sommes rendus au bruit de la circulation. Nous découvrons le Paris du « Petit Pierre » et de « Sylvestre Bouvard », le Paris des libraires et des marchands d’estampes.

La Seine glisse lentement entre le Louvre et l’Institut, notre étape finale. Ce superbe bâtiment, ancien collège des Quatre Nations, étale un majestueux décor romain. Nous sommes à l’emplacement de l’ancienne Porte et de l’ancienne Tour de Nesles.

J’imagine que les « Immortels » se plaisent en ces lieux ou le « Temps-qui-passe » n’efface pas les marques de l’Histoire.

P.R.

 

 

 

Découvrez + de 1100 textes des conférences du CDI sur le site du CDI de Garches 

Vos commentaires et vos conseils contribuent à l’amélioration de nos parutions.
Vous disposez de l’espace « COMMENTAIRES » ci-dessous pour les exprimer.
Merci  et à bientôt pour votre prochaine visite.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.