SORTIE-VISITE : Château de Pierrefonds – Forêt de Compiègne

Thèmes : art, histoire, sculpture, visite.
Visite du mercredi 18 avril 1984.

 

Le mercredi 18 avril, 104 personnes ont visité le château de Pierrefonds et ses environs.

La journée s’est déroulée de la façon suivante :

  • Départ vers 8 heures de la mairie de Garches,
  • Arrivée vers 10 heures au château de Pierrefonds où 2 guides attendent le groupe.
  • Déjeuner vers 12 h 30 à l’Auberge du Mont-St-Marc. Le cadre y est sympathique et le repas très bon.
  • Visite de la Clairière de l’Armistice, des futaies et des étangs environnants.
  • Retour à Garches vers 20 heures.

 

I. – VISITE DU CHÂTEAU DE PIERREFONDS.

 

 

Pierrefonds se trouve dans le Comté de Valois, fondé sous Philippe III en 1282. Ce comté rassemble de nombreux autres châteaux : Coucy, Crépy, La Ferté-Milon, …

Louis d’Orléans, fils de Charles V et frère de Charles VI, le roi fou, hérita de ce comté en 1371 à sa naissance.

Il fit construire le château de Pierrefonds pour fortifier sa puissance militaire et pour mieux surveiller Paris. Cela demanda 16 années de travail (1390-1406).

Louis d’Orléans n’en profita pas. Un an après sa construction, il mourut assassiné (à 36 ans) par ordre de son cousin Jean-sans-peur, fils de Philippe le Hardi.

Son fils, Charles d’Orléans (Le Poète) est encore trop jeune pour s’occuper des affaires du royaume.

Le Comte de Saint-Pol est nommé gouverneur.

Mais il ne s’occupe guère des affaires de son jeune maître. Quelques années plus tard, il refuse de lui restituer ses biens et préfère incendier le château. Les bâtiments habitables furent détruits, l’enceinte seule résista.

Le nouveau Duc d’Orléans entreprit sa restauration.

Au moment où il allait habiter son château, ce fut le désastre d’Azincourt, le 25 octobre 1415 et Charles, blessé, fut fait prisonnier. Il partit pour Londres où il connut une captivité qui dura 25 années (captivité ne signifiant d’ailleurs pas emprisonnement …).

Le château subit ensuite toutes les vicissitudes des guerres : Guerre de 100 ans, de religion … Il fut attaqué de nombreuses fois, mais ne fut jamais pris, sauf en avril 1617 où Richelieu ordonna qu’on le démantèle. A cette époque, il était à 85% en état de ruine.

Le domaine fut racheté en 1813 par Napoléon dont le désir était de sauvegarder les traces de la gloire de ses prédécesseurs.

C’est Napoléon III, sur la suggestion de Mérimée, qui entreprit de restaurer le château de Pierrefonds. Viollet-le-Duc le connaissait parfaitement. Il en avait fait une monographie en 1857. L’année suivante les travaux commencèrent par une restauration fidèle mais partielle du donjon et du logis de Louis d’Orléans.

Au début de 1862, la grande décision fut prise : tout rebâtir pour faire de Pierrefonds une résidence complète et recréer un château médiéval.

En 1880, l’architecte Ouradou, gendre de Viollet-le-Duc, continua les travaux qui furent terminés en 1885.

L’énorme château dominant le village nous rend l’aspect que connût le Moyen-Age.

La cour intérieure (photo 2) fait peut-être penser à une reconstitution digne d’Hollywood : débordement de sculptures, de gargouilles, d’arcades, magnifique décor de théâtre un peu insolite dans une forteresse militaire.

Cette cour se trouve au deuxième étage du château.

En-dessous se trouvent deux niveaux de caves (25 mètres de profondeur, 7000 m2 par étage). On y entreposait des vivres et des munitions.

 

Photo 2. Cour d’honneur et entrée de la Chapelle.

 

La Chapelle, après sa restauration, n’a jamais servi au culte. C’est une belle réussite de Viollet-le-Duc.

Devant les voûtes de l’abside, qui sont authentiques, il a élevé un vaisseau élancé, à double étage de tribunes, particulièrement lumineux. Quant à la façade, elle n’est pas sans allure. Sur le trumeau, une statue où Saint-Jacques le Majeur est présenté sous les traits de Viollet-le-Duc, à sa droite Louis d’Orléans et à sa gauche Valentine de Milan, sa femme. L’abside est construite dans la tour Judas Macchabée (photo 3).

 

Photo 3. Portail de la Chapelle, Louis d’Orléans  et à droite, Valentine de Milan

 

A côté du Donjon nous arrivons à la Cour des Provisions par une poterne qui servait pour l’approvisionnement. Pour introduire les vivres dans la forteresse, un tablier de bois à forte pente était rabattu. On hissait les provisions sur ce plan incliné.

 

Les Appartements de Napoléon III.

Le plafond de la salle de réception (photo 4) est à caissons, la cheminée possède un blason où figurent les fleurs de lys et que présentent deux petits animaux. Les murs sont recouverts d’aigles stylisés ; dans les niches et les embrasures se trouve le porc-épic (emblème de Louis XII). Les murs épais et le peu de fenêtres rendent la salle assez obscure ; des flambeaux devaient éclairer les soirs de réception et animer les animaux fantastiques des boiseries et des lambris.

Photo 4. La Salle de réception.

 

Plus sombre encore est le cabinet de travail de l’Empereur avec sa cheminée couverte d’abeilles impériales peintes.

Dans la tour Jules César, la chambre à coucher de l’Empereur (photo 5) ; le linteau de la cheminée s’enrichit d’abeilles non stylisées et sculptées tandis que la partie haute représente une scène de chasse avec des chevaux privés de jambes à l’arrière. Une frise assez médiocre retrace les principales scènes de la vie d’un seigneur au Moyen-âge.

Photo 5. Chambre de l’Empereur, la cheminée au triple rang d’abeilles
à la devise huit fois répétée : qui veult, peut.

 

Entre les fenêtres dont il reste les rideaux, une sorte de vestiaire entouré de boiseries ; sur les murs les aigles ont une allure très germanique.

Nous arrivons dans le vestibule de la Salle des Preux (photos 6-7) entre les deux grandes portes : un lion devant une tour.

 

Photos 6-7. Salle des Preux, l’entrée, au centre Charlemagne
entouré de Turpin, Roland, Guillaume d’Orange et Olivier,
statues de Gondran d’après dessins de Viollet-le-Duc.

 

Ci-dessous, l’autre côté :

 

Viollet-le-Duc avait comme projet : restaurer le donjon, refaire seulement les tours Godefroy de Bouillon et Hector, laisser le vieux mur d’enceinte ébréché à l’Ouest et dessiner des jardins sur cet emplacement.

Au lieu de jardins, nous sommes en présence d’une grande salle qui mesure 52 m de longueur, 9,50 m de largeur et 12 m de hauteur dans sa partie médiane.

L’entrée, surmontée d’une tribune pour les musiciens, est décorée au centre d’une statue de Charlemagne surmontée par l’aigle impérial que présentent deux anges (l’aigle de Charlemagne que Napoléon III avait faite sienne), des statues de Roland, Turpin, Guillaume le Grand et Olivier. A l’opposé, le manteau de la cheminée est orné des statues des neufs preuses : héroïnes des romans de chevalerie. Celle du milieu, Sémiramis, est représentée sous les traits de l’impératrice Eugénie, les autres preuses sont des portraits de dames de la Cour, entre autres la duchesse de Malakoff, la princesse Murat et la maréchale de Canrobert.

 

Photo 8. Cheminée aux neuf preuses, dans la salle des Preux

 

Une porte située presque au milieu de la salle conduit au chemin couvert et à la tour Alexandre. C’était la défense extérieure. Les officiers du seigneur pouvaient se rendre à toutes les tours de défense, mais les mercenaires n’y avaient pas accès. Ils se tenaient eux, dans la Salle des Gardes où ils étaient surveillés par des officiers postés dans la galerie de surveillance.

En se promenant le long du chemin de ronde, on découvre par les créneaux un panorama sur la région environnante, et l’on visite les casernements des officiers (il y en a 16 dans le château qui compte 132 pièces).

Pour descendre, on emprunte un escalier à double révolution. On peut monter d’un côté et descendre de l’autre sans jamais se rencontrer.

L’escalier mène à la Salle des gardes. Elle semblait être un musée où se retrouvent la Vierge qui devait faire partie de la représentation de l’Annonciation, Saint-Michel avec son bras levé, Charlemagne un globe à la main, Jules César en armure où figure l’aigle impériale.

Il existe 3 oubliettes dans le château (tour Artus, tour Alexandre, tour Hector) constituées de 2 cellules et d’un puits.

On mettait dans la première cellule les petits condamnés qui pouvaient sortir une fois leur peine purgée, dans la deuxième, les personnes que l’on voulait faire parler. On les descendait alors à l’aide d’une corde. Le prisonnier avait 2 solutions : soit il avouait et on le libérait, soit il refusait et pouvait, par désespoir, éventuellement se suicider en se jetant au fond du puits (14 mètres de profondeur) (photo 9).

 

Photo 9.-Les oubliettes.

 

La visite du château est terminée et nous nous dirigeons vers les cars qui vont nous mener à l’auberge Saint-Marc où nous attend un bon repas.

 

II. – COMPIÈGNE

Après la signature de l’Armistice en 1940, Hitler regarda Compiègne brûler. Il avait été soldat pendant la guerre de 1914 et avait fait partie de la fraction de l’armée qui n’avait pas accepté la défaite de 1918. Il avait écrit dans son livre « Mein Kempf » que Compiègne était la ville de la honte et qu’elle devait disparaître de la carte. Dès qu’il eut gagné la bataille de France en mai 1940, il décida que l’armistice serait signé à Compiègne et fit brûler la rue principale qui va de l’Hôtel de Ville à la gare, actuellement appelée rue Solférino.

Compiègne n’entre dans l’histoire qu’au 6ème siècle avec le « Compendium palatium ».

Charles le Chauve fait bâtir un palais sur le modèle de celui de Charlemagne à Aix-la-Chapelle, échu à son frère Lothaire lors du partage de l’empire carolingien en 843.

Charles fonde aussi une abbaye qui conserve, à partir du 10e siècle, les reliques de Saint-Corneille. Compiègne se développe autour de cette communauté et, au 13e siècle, s’entoure de remparts. Charles V les renforce et leur ajoute, en 1374, un château qui est à l’origine du palais.

Tous les rois se plaisent à Compiègne bien que le château soit très inconfortable. Louis XIV avait dit « A Versailles, je suis logé en roi, à Fontainebleau en prince, à Compiègne en paysan ».

Louis XV confie à son architecte Gabriel la transformation du château et en mème temps modifie complètement la ville : il démolit les remparts le long de la rivière, utilise les pierres pour créer une chaussée qui réunit la ville à une île qui se trouvait sur l’Oise. Il sort des remparts et crée des haras.

Lorsqu’il venait il emmenait ses ministres, aussi construisit-il des hôtels ministériels.

Sous Napoléon III, les grandes familles de Compiègne qui possédaient leurs chasses à courre, leurs écuries … construisent des maisons à la lisière de la forêt.

Ces grandes demeures occupées pendant les guerres de 1914 et 1940 seront très abimées.

La municipalité de Compiègne les a achetées pour y installer les écoles. Ainsi l’ensemble est conservé.

 

 

Elle existe depuis la plus haute antiquité.

Les Romains se sont installés sur ses hauteurs.

De nombreuses routes sillonnent la forêt. François 1er, Louis XIV et Louis XV ont particulièrement contribué à la création de ce réseau routier facilitant la traversée de la forêt et permettant de suivre aisément les chasses.

A l’époque de Vauban, la marine se développa, surtout la marine de guerre. On planta alors dans toutes les forêts des chênes pour fabriquer des mâts. Dès lors, les forêts deviennent utiles pour l’industrie (chênes, hêtres, peupliers, sapins).

Les chênes présentent une qualité maximum à l’âge de 250 ans et les hêtres à l’âge de 150 ans. Au-delà, ils ne sont plus utilisés en menuiserie mais uniquement comme bois à brûler.

Au mois de février 1984 une tornade abattit environ 15000 arbres en un quart d’heure. Une couche de calcaire empêche, en effet, les arbres de s’enraciner profondément.

Dans la partie de la forêt appelée « touristique », les arbres poussent librement. Ils sont enlevés uniquement lorsqu’ils deviennent dangereux.

Dans les parties « exploitation », ceux qui sont trop serrés ou tordus sont coupés régulièrement.

Les futaies sont formées d’arbres de même qualité et de même grosseur.

En été peu de végétation recouvre le sol car les feuillages empêchent la lumière de pénétrer.

La forêt occupe une sorte de cuvette ouverte sur les vallées de l’Oise ou de l’Aisne. Au nord, à l’est et au sud, une suite de buttes dessine un croissant aux pentes abruptes.

Nous arrivons aux étangs de Saint-Pierre (photo 10).

 

Photo 10. Les Étangs de St Pierre.

 

Ce sont les plus pittoresques des étangs formés par le ru de Berne (qui se jette dans l’Aisne). Ils sont artificiels. Sur un des sommets à côté du mont St Pierre, se trouvait une abbaye habitée par des Célestins. Ils créèrent ces étangs pour s’en servir comme vivier, car ils ne mangeaient pas de viande. Sur le bord du plus vaste se trouve le chalet de l’Impératrice Eugénie devenu maison forestière.

Nous passons près des pentes du mont St Mard (vient de St Médard).

Nous arrivons au village de Vieux Moulin. Dans les archives de l’Abbaye de Royaumont se trouve une charte signée par Saint-Louis « En mon village de Moulin Vieux ».

Vieux Moulin a été très longtemps habité par des bûcherons qui fabriquaient des jouets en bois et par des cordiers qui utilisaient les roseaux pour faire leurs cordages.

 

La Clairière de l’Armistice.

C’est en ce lieu que fut signé l’armistice du 11 novembre 1918 qui suspendait les hostilités entre les puissances alliées d’une part et l’Allemagne d’autre part.

Dès la fin des hostilités, on se préoccupa d’aménager ce qui devait s’appeler « La Clairière de l’Armistice », sous l’impulsion de Fournier Sarlovèze, Député-Maire de Compiègne, et de la Ligue des Chefs de Sections.

Une allée de 250 mètres fut percée et un rond-point de 100 mètres de diamètre fut tracé. L’inauguration eut lieu le 11 novembre 1922, sous la présidence de Messieurs Millerand et Raymond Poincaré. L’architecte de la clairière était Monsieur Magès.

Quant au wagon, il était d’abord redevenu wagon-restaurant, puis amené dans la Cour des Invalides où il était l’objet de la curiosité générale.

Grâce à l’initiative du Maire de Compiègne et à la générosité d’un américain, Monsieur Henry-Flemming, le wagon, remis en état de bureau, put être placé dans un abri (aujourd’hui détruit et remplacé).

La cérémonie d’inauguration eut lieu le 11 novembre 1927.

A l’entrée de l’avenue se dressait déjà un monument en grès d’Alsace, offert par une souscription publique ouverte par le journal « Le Matin ». Il symbolise « l’aigle abattu par l’épée » (photo 11). Ce monument fut démoli par les Allemands en 1940. La restitution des pierres emportées en Allemagne dans des caisses a permis une reconstitution intégrale.

Il en est de même pour la dalle centrale où figure la phrase de Binet-Valmer : « ICI, le 11 NOVEMBRE 1918, SUCCOMBA LE CRIMINEL ORGUEIL DE L’EMPIRE ALLEMAND VAINCU PAR LES PEUPLES LIBRES QU’IL PRÉTENDAIT ASSERVIR ».

 

Photo 11. Monument des Alsaciens-Lorrains

 

Enfin, le 26 septembre 1937, la statue du Maréchal Foch, due au statuaire Michelet, était inaugurée.

Un an après c’était l’alerte et en 1939, la guerre.

Pourquoi avoir choisi cette clairière pour signer l’armistice puisque le grand quartier général français était à Senlis ? En 1914, le Maire et plusieurs adjoints avaient été fusillés comme otages. Le Maréchal Foch avait peur de la réaction de la foule.

La reddition devait se passer, selon le vœu du Maréchal Foch, dans le calme et la dignité. De plus, à cet endroit, arrivaient des rails qui amenaient des canons pour protéger Compiègne.

On fait donc venir un wagon-lit dans lequel s’installe le Maréchal Foch. Les plénipotentiaires allemands eux prendront place dans le wagon-salon de Napoléon III.

 

Après la signature de l’Armistice, le 11 Novembre 1918
De gauche à droite : contre-amiral G. Hope, général Weygand, amiral Sir R. Wemiss, maréchal Foch, captain Marriot.
Sur les marches du wagon : général Desticker (tête nue), capitaine De Mierry, commandant Riedinger, lieutenant-interprète Laperche.

 

 

Juin 1940.

La bataille de France est perdue. Le 14 Juin, l’ennemi est à Paris. La moitié du territoire va être envahie. Une demande d’armistice est lancée. C’est dans la clairière de l’Armistice que se réunissent, le 21 juin, les délégations française et allemande. Le wagon avait été sorti de son abri et amené à sa place exacte de novembre 1918.

Le 22 Juin, les conditions étaient dictées aux Français avec autant de bruit et d’éclat (foule nombreuse, musique, cinéma), que la délégation française, le 11 novembre 1918, avait mis de ferme dignité à l’égard des vaincus.

Le carrefour de l’Armistice est complètement détruit, dévasté, les avenues sont défoncées, labourées, les plantations coupées, l’abri du wagon est rasé. Le wagon lui-même est emmené à Berlin. Il y sera, dit-on, détruit par un bombardement anglais qui le soustraira à la curiosité allemande.

Le 1er septembre 1944 Compiègne est libéré.

Le 11 novembre dans la matinée eut lieu une prise d’armes présidée par le Général Koenig.

Par les soins de la Municipalité de Compiègne, qui n’a cessé de s’intéresser à la restauration de la Clairière de l’Armistice, celle-ci sera, le 11 novembre 1950, complètement remise dans son état d’avant-guerre.

 

 

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