Thèmes : art, histoire, peinture.
Conférence du mardi 5 novembre 1996 par Nicole Bianchina
Camille Corot voit le jour le 17 juillet 1796, à Paris. Sa mère tient un magasin de mode très réputé, dont la gestion journalière est assurée par son époux. Seules les grandes étapes de l’enfance et de l’adolescence de Camille sont connues.
Il passe les quatre premières années chez sa nourrice à Presles, près de l’Isle-Adam. Vers sept ou huit ans, il entre en pension chez Maître Letellier, à Paris, où il reste jusqu’à l’âge de 11 ans.
Il obtient en 1807, une bourse pour entrer dans un collège de Rouen. C’est dans cette région qu’il découvre son amour pour la nature.
Il achèvera ses études à Poissy. En 1817, ses parents achètent à Ville-d’Avray une propriété qui occupera une grande place dans l’œuvre de Corot.
***
On ignore à quel moment il commence à peindre et à dessiner. Ce n’est qu’en 1822 que ses parents l’autorisent à s’engager dans l’apprentissage de la peinture. Il entre dans l’atelier du peintre néoclassique Achille-Etna Michalon. Ce dernier, grand prix de Rome en 1817, l’incite à travailler en plein air et particulièrement à Saint-Cloud, dans la forêt de Fontainebleau et en Normandie. Il conseille à Corot de « peindre naïvement la nature », ce qui doit être compris au sens « fidèlement ». Mais son premier maître décède peu de temps après.
Très tôt, il a alors 28 ans, il produit ses premiers paysages en atelier et son premier paysage historique. Il se rend en Italie où durant presque trois ans, il peint Rome, la campagne environnante et ses premières figures.
Ces œuvres ne sont alors que de simples exercices comme en réalisent tous les peintres de son âge en Italie. Ce ne sont pas de véritables portraits mais plutôt des représentations de la personne humaine, qu’il s’attache à montrer dans une attitude particulière.
Depuis Rome, il envoie au Salon de 1827 ses deux premiers tableaux, dont Vue prise à Narni qui deviendra très célèbre par la suite. Le voyage de retour le fait passer par Capri, Venise et la Suisse (où il séjournera souvent). Il rentre à Paris dans le courant du mois de septembre 1828.
Ce long voyage, essentiel pour Corot, marque le début de sa carrière personnelle d’artiste. Il est surtout pour lui l’occasion de découvrir une nouvelle façon de traiter lumière et espace et d’être pleinement reconnu par ses pairs. Il en profite pour tisser un solide réseau d’amitiés qu’il entretiendra sa vie durant. De retour en France, il prolonge, dans la forêt de Fontainebleau, l’expérience acquise en Italie et, entre le printemps et l’automne, prend l’habitude de voyager dans toute la France pour peindre.
A travers de nombreuses diapositives, nous suivons l’évolution de l’œuvre de Corot.
Toute sa formation est orientée vers le paysage, mais la tentation du paysage historique est forte. Corot ne se qualifie-t-il pas lui-même de « peintre d’histoire » dans un acte officiel relatif au décès de son père ?
Il faut rappeler en deux mots la distinction faite, au moment où Corot entame sa carrière, entre paysage champêtre et peinture d’histoire. Le paysagiste recompose en atelier un paysage, réel ou non, le peintre d’histoire, quant à lui, utilise le paysage, recomposé en atelier, comme cadre pour une scène mythologique, historique ou religieuse. L’imagination a dans ce genre une place prépondérante qu’elle cède de plus en plus au souvenir de la réalité.
Corot se consacre donc essentiellement au paysage et ne produit son premier paysage historique qu’à l’occasion du Salon de 1835, avec Agar dans le désert. Cette date marque aussi le début de la reconnaissance de Corot comme véritable artiste.
Le peintre poursuit cette approche du paysage historique en exposant au Salon de 1836, une scène mythologique Diane surprise au bain par Actéon. Tout naturellement, la filiation entre Poussin – référence classique du paysage historique – et Corot est très perceptible dans Silène ou dans Homère et les Bergers.
Ainsi, le rythme est pris et Corot alterne durant toute sa vie paysages historiques et paysages simples. Ses recherches de paysagiste finissent, à partir de 1850 et singulièrement après 1860, par influencer très fortement les scènes historiques. Le genre sévère cède progressivement la place à un style où poésie bucolique et lyrisme puissant se mêlent aux paysages de Souvenir.
Parallèlement, vers 1830, Corot se lance dans le portrait, genre qu’il n’avait pas encore réellement abordé. Il faut en effet bien distinguer les figures et les portraits. Ces deux genres procèdent naturellement de la représentation du sentiment par le corps, sans aucune personnalisation du modèle choisi. Corot fait du reste appel pour cela à un « modèle d’atelier » parfaitement anonyme. Corot est véritablement un portraitiste, au sens artistique du terme, mais limitera toute sa vie ce genre aux amis de ses parents, à sa famille et à ses proches. Il cesse presque complètement cette activité entre 1850 et 1855 préférant sans doute ne se consacrer qu’aux figures. Dans toute son œuvre, on ne compte pas plus d’une cinquantaine de portraits.
Mais Corot donne très rapidement une réelle autonomie à ses figures au point d’en faire les objets de véritables tableaux dont elles sont la seule préoccupation esthétique. Ceci est parfaitement sensible dans La moissonneuse tenant sa faucille peinte en 1838.
De même, ses nus sont, à l’instar de ses figures, des archétypes dépersonnalisés et évoquent l’idéal féminin. Il s’exprime lui-même très clairement sur les moyens et les buts de sa recherche du nu :
« Vous voyez quel mal je me donne pour dissimuler ces attaches des clavicules et du sternum, pour fondre le modèle des côtes que l’on soupçonne à la naissance des seins. je cherche à procéder autrement qu’il est d’usage de faire, c’est-à-dire en prouvant avant tout que l’on sait. Puisqu’il ne s’agit pas ici d’une leçon d’anatomie…{...}… En un mot, je dois apporter, en peignant cette poitrine, la naïveté que je mettrais à peindre une boîte de lait ». Il parlait ainsi à propos de La Toilette.
Le succès du Salon de 1859 constitue le préambule du grand succès artistique et commercial de l’artiste, perceptible aujourd’hui encore. C’est le vrai début de sa grande période « ressouvenir » qu’inaugurent six tableaux considérés comme des chefs-d’œuvre : Dante et Virgile, paysage mythologique d’inspiration littéraire (L’Enfer de Dante) , tout comme Macbeth et les Sorcières, La Toilelle, Idylle ou Cache-cache, sorte de paysage lyrique et panthéiste, enfin, souvenir du Limousin et Etude à Ville-d’Avray.
Corot apparaît au sommet de sa carrière. Il est considéré comme l’un des plus importants paysagistes du XIXème siècle. Mais la critique ne ménage pas l’artiste et reste jusqu’à la fin partagée entre l’admiration et la raillerie. Alexandre Dumas résume assez clairement l’opinion générale de la presse. Il reproche à Corot une absence de maîtrise technique et une méconnaissance du métier, mais lui reconnaît un sentiment de la nature et une poésie de la composition :
« Corot est un poète à la manière d’André Chénier et de Théocrite, seulement il écrit avec un pinceau …{…}… C’est toujours la même idylle qu’il refait, mais c’est une idylle pleine de sentiment. Maintenant comme peinture, c’est maladroit, c’est malpropre, c’est saupoudré de farine, mais malgré tout cela, l’artiste y met tellement tout son cœur, toute son âme, toute son espérance, que cela fait plaisir à voir ».
Le succès commercial, la reconnaissance officielle, et, il faut bien le dire, la facilité quelquefois, n’empêchent pas Corot de poursuivre, presque parallèlement une véritable carrière d’artiste qui trouve un magnifique aboutissement dans les derniers paysages peints d’après nature tels que La route de Sin-le-Nobl, près de Douai, ou encore Le Beffroi de Douai pour ne citer que ceux-là. La fraîcheur de vue et la simplicité des moyens techniques mis en œuvre dans ces toiles montrent qu’à plus de 70 ans, Corot n’hésite pas à se remettre en question et à innover.
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