Thèmes : Sciences.
Conférence du Mardi 2 avril 1996 par Bernard Courtin
Compte-rendu par Emile Brichard
La conférence de Bernard Courtin et l’exposition qu’il anima toute la semaine, fort efficacement secondé par Madame Courtin, laissent en nous les souvenirs de découvertes, de révélations ou simplement de confirmations que pouvaient nous laisser espérer nos diverses curiosités devant les mystères et les merveilles de la nature. Mystères et découvertes, nous les attendions souvent du dépaysement, de la démesure, de l’extraordinaire, mais elles vinrent là – conférence et exposition – quotidiennes, familières, et s’offrirent à nous à portée de la main comme elles peuvent s’offrir à nous dans les allées de nos jardins et de nos parcs ou dans les refuges que peuvent leur offrir coins et recoins de nos demeures.
Nous pûmes à loisir regarder les affreuses mygales, les dévoreuses mantes religieuses ou non, les étonnants phasmes, véritables rameaux ambulants, ou l’efficace système de défense des phyllies. Ainsi nous furent révélés quelques mystères du mimétisme animal. Mimétisme et accord mutuel d’ailleurs car si insectes et autres animaux peuvent se camoufler derrière des formes et des couleurs végétales, nous connaissions aussi des végétaux qui se protègent derrière des formes animales ou celles de matériaux inertes.
Alors, Monsieur et Madame Courtin, comme l’avait fait Monsieur Dupont, – d’ailleurs présent à la conférence – il y a quatre ou cinq ans, nous ont donné l’envie de les suivre un peu sur leur chemin, à défaut de pouvoir les imiter, les suivre au moins sur les sentiers qu’ils ont pu tracer dans notre environnement immédiat. Cherchons d’abord parmi les amies du jardin et de la maison, la « bête à Bon Dieu », la coccinelle, celle qui enchanta nos comptines enfantines « Bête à Bon Dieu ! Fera-t-il beau dimanche ? ».
Et comparons ce qu’en disent :
| L’amateur | Le scientifique |
| L’autre hiver j’en hébergeais plusieurs. Celle de mon bureau avait adopté une étagère remplie de livres. Elle était d’une grosse espèce, jaune avec sept points noirs. Arrive le printemps. Les mamans coccinelles savent ce qu’elles font en pondant sur des végétaux qui hébergent des colonies de pucerons : leurs enfants n’auraient pas à se disperser pour chercher pâture. Ils voient le jour au milieu même de leur garde-manger. | Elles pratiquent un groupement social sans s’élever à la vie sociale. Il ne s’agit que de groupements saisonniers d’hibernation sans coordination des mouvements, ni participation à une réalisation collective. Ce n’est qu’un phénomène d’interattraction sans but, ni importance, ni conséquence. |
| Vers la mi-juillet je recueillis quelques larves et les installai dans des vases de verre … Le 13 juillet … le 4 août elle se dépouilla de sa peau une dernière fois et ma bête à Bon Dieu sortit peu à peu à reculons. |
Trouvons maintenant la cicadelle entre « Brétigny et Montlhéry sur cette route imbécile et toute droite qui vient de Corbeil en traversant les débris d’une forêt jadis superbe où l’on chassait à courre … Enfin, atteignant quelques friches comme je les aime, réserves à bestioles pour le naturaliste … »
A première vue c’était un simple champ de salsifis des prés, barbes-de-boucs ou tartiboulotes, mais on eût dit qu’un troupeau d’agnelets bien blancs avait accroché partout à leur feuillage des bribes de toison. Ces flocons n’étaient pas de laine, c’étaient des amas de bulles, petites sphères creuses, chatoyantes, peintes aux couleurs de l’arc-en-ciel. Ces houppettes d’écume, que les gens de la campagne appellent « crachat de coucou » ou « salive de grenouille », livrèrent leur contenu : une bestiole verte tout engluée de cette salive où elle marinait à l’abri. C’est l’aphrophore, de la famille des cicadelles ou petites cigales, qui, comme Aphrodite naissant de l’écume de la mer, naissait « portant l’écume » : aphrophore.
Forçons un peu notre répugnance et prenons quelques leçons des araignées noires des jardins. Armés d’une bonne loupe nous pouvons imaginer les frayeurs que nous donneraient les énormes mygales de Monsieur Courtin.
| L’amateur | Le scientifique |
| J’avais mis mes araignées dans un bocal assez large, garni au fond de petits cailloux, de sable et de quelques touffes de gazon. Les jours suivants, je donnai s à mes araignées de menus insectes. Je pensais les régaler, mais en vain. Par contre les mouches que je leur offris eurent un franc succès. Les araignées les paralysèrent dès les premières piqûres avant que les victimes puissent s’envoler. Elles étaient saisies au bon endroit puis entraînées dans un creux du sol où elles étaient dévorées. | On serait tenté de prendre l’araignée pour un animal solitaire, tant on est habitué à la voir suspendue seule au centre de sa toile géométrique. Et pourtant les jeunes frères, issus d’une même ponte, vivent ensemble dans une toile qu’ils construisent en commun. Mais il y a mieux, dans les régions tropicales, plusieurs centaines d’individus vivent groupés dans une toile immense filée entre les arbres. Dans son réseau central s’opèrent les accouplements, les femelles y pondent et assurent la garde des cocons, évoquant bien ainsi une véritable nurserie. |
Après l’araignée noire, une autre terreur de notre enfance, le perce-oreille. C’est le plus redoutable, mais moins mystérieux que la forficule. Donc, après les « mygales » de notre jardin, apprêtons-nous a affronter les « scorpions » de notre boite aux lettres.
| L’amateur | Le scientifique |
| … J’avais reconnu un de mes amis, ce brave perce-oreille qui est à la fois le fléau de nos jardins et l’une des plus charmantes bestioles que je connaisse. Je pus en capturer un (une), recueillir ses œufs fraichement pondus et déposer le tout dans un petit pot contenant de la terre. Quand la bestiole eut trouvé un coin convenable, elle y transporta un à un ses œufs qu’elle recouvrit de salive afin qu’ils adhérent les uns aux autres. | A leur naissance, les larves du perce-oreille portent sur le front une épine pointue que Riley a baptisé « ruptorovi » parce qu’elle leur sert à déchirer la membrane extérieure de l’œuf. Cette épine disparaît au premier changement de peau. |
Qu’avons-nous à apprendre de l’abeille … ou à craindre du collectivisme de la ruche.
| L’amateur | Le scientifique |
| C’est une abeille qui parle et après une longue description : « … Je t’épargnerai bien des détails dans ma machine, mais je ne puis le faire de mes pattes … Un vrai chef-d’œuvre … Nous avons six pattes disposées en trois paires. La première sert d’abord à la « toilette » de nos antennes, brosse, peigne, houppe, rien ne manque. Puis nous sortons de notre « bain de fleurs » … | Le nombre des espèces d’abeilles dépasse certainement 2000 dont les 9/10ème mènent une vie solitaire. On connaît tous les intermédiaires entre l’abeille absolument solitaire et l’abeille vraiment sociale. Nous avons dans l’ordre avant d’arriver à notre abeille mellifique, les Osmies, les Allodapes, les Halictes, les Bourdons, les Mélipones … enfin nos Abeilles. |
Et terminons cette visite par l’objet essentiel de la conférence : le papillon et ce que nous n’avons pas pu observer, les migrations.
| L’amateur | Le scientifique |
| « … Vous connaissez Nice, naturellement. J’étais monté faire une promenade à Gairault où la Vésubie dévale en cascades vers la ville étagée en dessous. Je le reconnus tout de suite. C’était une Vanesse Atalante dite Le Vulcain, dit l’Amiral à cause du rouge qui domine dans son uniforme. Je m’emparai d’un de ces messagers du printemps. Quelques mois plus tard, dans les galeries du Jardin des Plantes, j’engageai la conversation avec un visiteur passionné qui m’intriguait. « Vous en faites commerce ? » Nullement. – « Seriez-vous dans l’enseignement ? » – En aucune façon. – « Peintre peut- être ? » Pas davantage. – « J’ai compris, vous êtes tout simplement un poète. » | Voyons en détail, les migrations des Belles Dames (Vanessa Cardui). Elles quittent au printemps l’Afrique du Nord, leur pays d’origine, en bandes de plusieurs kilomètres de long. Elles se rassemblent au bord de la mer, traversent la Méditerranée, atteignent les côtes anglaises au début juin… Certaines échouent en juillet en Islande. Les œufs éclosent en juillet, les chrysalides éclatent en août … Vers la mi-octobre, elles ont disparu de nos territoires. Elles passeront l’hiver en Afrique à la lisière des régions désertiques. Une nouvelle génération apparaîtra et les migrations recommenceront. |
Je ne sais pas si Monsieur et Madame Courtin reconnaîtront leur « collaboration » mais je tiens à leur rendre hommage dans ce dialogue que j’ai monté. On retrouvait dans le rôle de l’amateur (éclairé) Marcel Roland et son ouvrage « Vues sur la monde animal – Amour, Harmonie, Beauté » et dans le rôle du scientifique, notre très regretté Marcel Sire, fondateur, sa retraite venue, du C.D.I. et son ouvrage « La vie sociale des insectes » …
Monsieur et Madame Courtin, avec compétences et complaisance, avaient été les remarquables metteurs en scène de cette semaine entomologique et je n’ai été qu’un curieux, parmi d’autres curieux, qui vient de découvrir une nouvelle comptine à la gloire de la coccinelle :
Poulette du Bon Dieu
Va-t-en dire au Bon Dieu
Qu’il nous envoie des cerises
Que nous prendrons par la queue
C’est Jean Anglade qui, d’Auvergne, nous envoie ce sourire. Nous ne sommes pas les seuls. En Allemagne on garde le souvenir d’une vieille chanson :
Vole, vole ma coccinelle
Papa est à la guerre
Maman est au pays
C’est en Poméranie
Tout à brûlé
Vole, vole ma coccinelle
(Cité par J. Duquesne dans Laura C.)
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