Qu’est-ce que la Morphopsychologie ?

Thèmes : médecine, société, sciences.
Conférence du Mardi 16 janvier 1996 par Martine Boulart.

 

Compte-rendu par Claude Darras

Définition

« Étude des corrélations entre certaines caractéristiques structurales de la forme humaine et certaines caractéristiques psychiques fondamentales de la personnalité » (Larousse).

Martine Boulart précise que c’est une science humaine, clinique, basée principalement sur l’étude du visage à partir de lois issues de la biologie et de la dynamique. Ses limites sont celles de toute science humaine qui s’intéresse au comportement. Sous sa forme actuelle, la morphopsychologie a été élaborée par le Docteur Louis Corman en 1937. Il existe une Société française de Morphopsychologie, dont notre conférencière est Secrétaire générale.

 

Historique

La morphopsychologie représente une rupture méthodologique dans l’étude des comportements humains, mais elle s’inscrit dans une longue histoire dont les origines connues remontent aux Chaldéens, voilà près de 5 000 ans. L’approche de la connaissance était basée sur le « temps », elle passait alors par la mythologie et l’astronomie : les planètes étaient l’habitat des Dieux et leurs rythmes régissaient les rythmes psychologiques des humains.

Ainsi, Mercure, planète la plus rapide, Dieu des commerçants et des voleurs, suppose la mobilité, la faiblesse des racines et des sentiments.

La Terre caractérise le sens du concret et de la stabilité.

Mars impose un sens de l’activité et du défi : les sportifs sont marqués par cette planète.

Vénus représente les sentiments, l’altruisme et le sens de l’esthétique.

Le Soleil domine chez les idéalistes et chez ceux qui sont attirés par les associations caritatives.

La Lune est l’astre de rêveurs et des poètes qui ne cherchent pas à dominer le monde mais à s’en imprégner.

Jupiter, le roi des Dieux, est la planète la plus brillante et détermine des caractères sociables et communicatifs.

Enfin, Saturne, planète la plus lente (de celles connues à cette époque), s’implique dans le comportement des savants, des religieux et des hommes de culture.

Cette typologie a le mérite d’être synthétique, mais elle est irrationnelle, comme beaucoup de sciences de l’époque. Il y a 2 500 ans, les connaissances reposaient sur la compréhension de l’espace. Hippocrate, influencé par les théories de Pythagore, considérait que l’univers était régi par quatre grands principes : le froid et le chaud, le sec et l’humide. Ce qui se matérialisait par quatre éléments : la terre, le feu, l’air et l’eau. Par une correspondance animant tout le monde du vivant, les hommes étaient dominés par quatre « humeurs » déterminant quatre tempéraments : lymphatique, sanguin, bilieux et nerveux.

A peu près à la même époque, Aristote établissait une « physiognomie » sur des bases de comparaisons animales que nous retrouverons chez La Fontaine et Charles Le Brun. Toutes ces typologies influencèrent la philosophie jusqu’en 1588. A cette date, le pape Sixte V condamna la physiognomie au même titre que le protestantisme. Il faut attendre la fin du 19ème siècle pour que la relation morpho-psycho fasse l’objet de travaux sérieux. Cependant cette discipline reste encore souvent fantaisiste. Ainsi, la « phrénologie » fondée par Le Gall, reliait chaque fonction mentale à une « bosse » de la tête. Il ne reste de lui que l’imaginaire « bosse des math ». Mais la voie est ouverte vers une typologie plus solide.

Louis Corman (1901-1995), médecin spécialisé en psychiatrie enfantine à Nantes, allait donner à la morphopsychologie les lois biologiques qui lui manquaient. S’opposant au dualisme de Descartes, le docteur Corman, inspiré par Bergson, adoptait le monisme de Spinoza pour qui le corps et l’esprit sont les deux faces d’une même réalité, l’un reflétant l’autre. Nul ne peut aujourd’hui nier les liens qui unissent le « morpho » et le « psycho ».

 

Les lois

Loi de dilatation-rétraction

Ces deux forces sont nécessaires au dynamisme vital et au maintien de l’équilibre. La dilatation exprime la capacité d’assimilation, l’attention extravertie, l’esprit de synthèse et l’imagination pratique. Physiquement, elle correspond à un type morphologique osseux et musculaire large, les récepteurs sensoriels sont « ouverts ». La rétraction signe l’attention introvertie, la concentration sélective, l’esprit d’analyse, le jugement idéaliste. Les sujets de ce type ont un visage étroit, la peau sèche, une musculature fine, les récepteurs sensoriels sont « fermés ».

Loi de tonicité-atonie

Elle permet d’appréhender les processus énergétiques d’excitations externes liés au fonctionnement du système nerveux central et périphérique. La tonicité exprime la précision de l’attention, la logique de la compréhension et la rapidité du rappel détaillé des mémoires visuelles et auditives. Elle favorise l’activité perceptive et réalisatrice. La tête est courte, les masses musculaires saillantes et mobiles, les projections nettement marquées. L’atonie signe la réceptivité perceptive et contemplative, la compréhension intuitive et une mémoire globale des images mentales. La tête est longue, le modèle et les récepteurs affaissés.

D’autres lois interviennent pour une interprétation plus modulée de l’analyse morpho-psychologique :

Loi de l’équilibre

Elle étudie les antagonismes dilation-rétraction et tonicité-atonie. Un équilibre précaire entre ces mouvements traduit un conflit des forces vitales, source d’angoisse et d’instabilité. Les tensions assimilation-rationalisation entraînent une rigidité des processus cognitifs et des blocages divers. L’équilibre harmonieux exprime un fonctionnement homogène et souple, une bonne adaptabilité à l’environnement, un accord des forces vitales permettant la détente.

Loi d’évolution

Elle tient compte de l’âge, évidemment, mais aussi du milieu d’élection : il est souhaitable qu’il y ait adéquation entre le type et le secteur d’activité afin de mieux exprimer les « facilités naturelles ». Mais il faut favoriser aussi un milieu de correction qui, par les réactions et les adaptations qu’il provoque, fait évoluer le tempérament inné issu de l’hérédité et permet la création d’une « histoire personnelle ».

Méthodologie

L’analyse morpho-psychologique se fait sous forme d’un entretien pendant lequel le praticien observe les aspects morphologiques et les mouvements de dilatation et de rétraction, de tonicité et d’atonie. Il cherche d’une part les dominances et d’autre part les compensations qui sauvegardent l’équilibre. Il doit également s’intéresser au reste du corps, la posture, les gestes, … Il faut éviter les schémas trop définitifs et comme l’a dit le docteur Corman : « ne pas juger, mais essayer de comprendre ».

La morphopsychologie trouve son application dans de nombreux domaines. Madame Boulart nous en donne plusieurs exemples : l’analyse de la relation enfant/parent, celle de la relation du couple. L’orientation scolaire est un domaine privilégié pour lequel elle s’est spécialisée.

La conférence s’achève par l’analyse du visage de quelques personnages célèbres : François Mauriac, Franz Liszt, Claude Bernard, Louis Pasteur…

De nombreuses questions sont posées par les adhérents du C.D.I., prouvant ainsi combien ils avaient été intéressés par cet exposé sur un thème, jamais abordé lors de nos réunions, qui permet une meilleure compréhension des autres et de soi-même.

 

***

 

P.S. : Le rédacteur de ce compte-rendu remercie Martine Boulart pour l’aide qu’elle lui a apportée pour rédiger ce texte.

 

 

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