Thèmes : Pasteur, médecine, biologie, vaccination
Conférence du jeudi 3 mai 1979
Les assistants sont moins nombreux que d’habitude ; Monsieur SIRE le regrette beaucoup ; il en est même surpris, car plus de 80 % des adhérents au Cercle avaient réclamé une conférence sur l’Institut Pasteur. Monsieur SIRE accuse d’une part le changement de jour (jeudi au lieu du mardi), et le mauvais temps de froid, de pluie et de neige.
Les Garchois sont fiers d’avoir un Institut célèbre qui s’appelle Institut Pasteur ; on devrait l’appeler « annexe de Garches de l’Institut Pasteur » et mieux encore « annexe de Marnes-la-Coquette de l’Institut Pasteur ». Les bâtiments sont en effet installés dans le domaine de Villeneuve-l’Étang de la commune de Marnes-la-Coquette. Il s’étend sur une surface de70 hectares : ce domaine, d’origine impériale, a été pris par la République après la chute de Napoléon III.
Les Garchois des environs de 1880 étaient hostiles à l’installation d’une annexe de l’Institut Pasteur dans un terrain limitrophe de leur commune ; deux tentatives d’implantation, avant de songer à Villeneuve-l’Étang, avaient auparavant échoué, l’une à Meudon (les habitants ne voulaient pas voir de chiens enragés et le Directeur de l’Observatoire a manifesté son opposition), l’autre au Butard.
Le domaine de Villeneuve-l’Étang offrait deux commodités : la proximité de Paris, qui facilitait les déplacements de Pasteur déjà fatigué ; l’existence d’écuries qui servaient aux cent chevaux de la Garde de Napoléon III.
Les habitants de Garches, de Saint-Cloud, de Marnes-la-Coquette, de Vaucresson, les pensionnaires de l’Hospice Brézin signèrent des pétitions. Pasteur dut demander un rendez-vous au Maire de Garches, pour lui affirmer que dans l’Institut projeté, il n’y aurait jamais de chiens enragés, mais des chiens traités pour être réfractaires à la rage. Finalement, la Chambre des Députés et le gouvernement prirent une décision d’autorité. C’est ainsi que l’Institut Pasteur fut créé en 1884. Pasteur vint habiter « son Institut » ; il y mourut dans l’après-midi du 28 septembre 1895.
Après ces rappels historiques, Monsieur SIRE présente le conférencier, le docteur DELAUNAY, professeur à l’Institut Pasteur pendant plus de quarante ans, aujourd’hui à la retraite, mais s’occupant toujours de diverses manières de l’Institut, qu’il porte dans son cœur. Monsieur SIRE conseille la lecture d’un beau livre, richement documenté, sur l’Institut Pasteur qui se trouve à la bibliothèque du Centre Culturel.
Monsieur SIRE remercie le Docteur DELAUNAY qui a réservé au Cercle tout un après-midi et lui donne la parole.
Le Docteur DELAUNAY ouvre son exposé en rappelant l’acte, inouï d’autant plus que Pasteur n’était pas médecin, d’inoculer au jeune alsacien Meister, neuf ans, quatorze morsures d’un chien enragé, les virus de la rage, de moins en moins atténués, traitement qui avait réussi constamment sur les chiens.
Mais passer des chiens à l’homme, quelle responsabilité ! Meister fut sauvé… Victoire éclatante, pleine de promesses. Meister devint gardien à l’Institut Pasteur ; en juin 1940, alors que les Allemands entraient dans Paris, Meister se suicida.
La première inoculation sur Meister eut lieu en 1885 ; en mars 1886, Pasteur avait opéré trois cent cinquante-six vaccinations. Pasteur se décide alors à présenter ses résultats devant l’Académie des Sciences et demande la création d’un Institut de vaccination contre la rage.
C’est en avril 1886 que fut décidée la création de l’Institut Pasteur de Paris, soit deux ans après son annexe de Garches.
Les fonds, recueillis par des souscriptions nationales et internationales, permirent la construction de l’Institut Pasteur qui fut inauguré (rue Dutot, aujourd’hui rue du Dr Roux), le 4 novembre 1888.
Le Docteur DELAUNAY parle ensuite de PASTEUR lui-même.
Louis Pasteur vint au monde le 27 décembre 1822 à Dôle. La famille, après un court passage à Marmoz, vint s’établir à Arbois ; il fréquenta l’école primaire, puis le collège d’Arbois où il fut jugé « bon ordinaire » ; il fut reçu bachelier ès-lettres à Besançon le 29 août 1840 {18 ans), sans éclat. Le 13 août 1842, il devint, devant la Faculté de Dijon, bachelier es Sciences Mathématiques.
Il part à Paris, est élève au lycée Saint Louis, et entre, assez difficilement d’ailleurs, à l’École Normale Supérieure ; là, il conduit ses premiers travaux scientifiques sur les cristaux de l’acide tartrique et l’acide paratartrique. Il avait à peine 25 ans. On a pu dire que les premiers travaux de Pasteur sur les cristaux marquent les premiers pas des énormes recherches actuelles dites de biologie moléculaire. Le physicien BIOT, âgé de 74 ans, fit venir Pasteur et lui demanda de répéter ses expériences devant lui ; elles confirmèrent les résultats de Pasteur ; Biot le serra alors sur son cœur, et lui dit « mon cher, j’ai tant aimé les sciences dans ma vie que cela me fait battre le cœur ».
Pasteur entreprend alors des recherches sur les fermentations, en relation d’ailleurs avec celles concernant les cristaux, car dans un mélange des deux acides tartriques, seul l’acide tartrique droit fermente, le gauche reste dans la liqueur ; ainsi, la dissymétrie moléculaire entraîne des modifications dans des phénomènes d’ordre physiologique.
En septembre 1854, est nommé professeur à la Faculté des Sciences de Lille. Puis il revient l’Ecole Normale Supérieure comme directeur de recherches ; il étudie les fermentations, qu’il attribue à des micro-organismes, et aboutit nécessairement au problème de la génération spontanée. Il multiplie les expériences qui prouvent que, dans les conditions actuelles, il n’y a pas de génération spontanée, et que tout être vivant vient d’un autre être vivant. En vérité, aujourd’hui. La question est plus complexe que pouvait le penser Pasteur, et on peut s’interroger sur la nature et l’origine des virus, et sur l’origine de la vie sur notre planète, il y a plus de 3 milliards d’années.
Dès 1867, le chirurgien anglais LISTER, disciple de Pasteur, inaugurait une méthode de pansement des plaies en tentant d’y détruire les germes infectieux. Il créait l’antisepsie. Pasteur poursuivit les travaux, sinon la lutte, et voulut faire admettre le rôle des infiniment petits dans les infections des plaies, et tout particulièrement celui des staphylocoques et des streptocoques.
Ainsi commence ce que l’on pourrait appeler la carrière médicale du physicien et chimiste Pasteur ; on connaît les travaux de Pasteur sur les vaccins contre le charbon, le choléra des poules, la rage et ceux de ses disciples sur la diphtérie et la sérothérapie.
Le Docteur DELAUNAY parle avec enthousiasme de la patience, du talent, du génie de Pasteur, de son amour de l’humanité ; pour lui, « la plus belle figure de savant ».
Monsieur Delaunay poursuit sa causerie sur l’Institut Pasteur depuis Pasteur, des travaux qui s’y sont faits (par exemple phagocytose), et ceux qui se font actuellement, en particulier, sur la biologie moléculaire qui est du domaine de la recherche fondamentale. Mais il ne faut pas oublier les travaux sur la bactériologie, l’immunologie, la mise au point des vaccins contre la diphtérie, le tétanos, la tuberculose (BCG), le typhus, le choléra, la grippe, la poliomyélite (Lépine), les sérothérapies diverses, la sulfamidothérapie, etc.
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