Thèmes : histoire, visite.
Visite du mardi 16 juin 1987.
Le mardi 16 juin, tôt le matin, une centaine de courageux C.D.Istes partent pour un long voyage … Vézelay.

Trois heures et demie de route et nous arrivons sous une pluie battante au restaurant « Le Relais Fleuri », près d’Avallon.
Monsieur Laurent, Maire d’Avallon, accompagné de l’une de ses adjointes nous accueille. Il prononce une allocution de bienvenue, vantant les beautés de la région. Madame Day, maire adjointe à Garches, lui répond en le remerciant de son très aimable accueil. Et tout le monde lève son verre …

Après un déjeuner gastronomique, chacun regagne les cars, l’un allant directement à la Basilique Sainte-Madeleine, l’autre aux Fontaines Salées à St-Père-sous-Vézelay.
Les deux groupes passent par la vallée du Cousin. Séduisante vallée où la route longe la petite rivière sous les voûtes de feuillages.
BASILIQUE SAINTE-MADELEINE.
Escorté par une voiture de la gendarmerie, le car nous dépose près de la Basilique qu’un père Franciscain nous présente.
Historique :
C’est à Girard de Roussillon, héros de la Chanson de Geste, que l’on doit la fondation de l’Abbaye de Vézelay. Il établit vers 858, un groupe de moniales sur les bords de la Cure, à Visiliacum, emplacement actuel du bourg de Saint-Père. Les Normands ayant incendié le monastère, Girard reprit son œuvre, établit un nouveau monastère, sur l’emplacement d’un ancien castrum, au sommet de la colline voisine, et le confia à des moines bénédictins. En 878, le Pape Jean VIII célébrait lui-même la dédicace de la nouvelle église : l’Abbaye de Vézelay était fondée.
Ce monastère, qui fut placé au XIe s. sous l’obédience de Cluny, demeura humble parmi les humbles jusqu’au jour où le bruit se répandit, vers l’an 1050, que le corps de Sainte-Marie-Madeleine s’y trouvait enseveli et opérait des miracles.
Vézelay devint le point de départ d’une des 4 routes qui, à travers la France, menaient les pèlerins jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle.
L’afflux des offrandes, les revenus des marchés et des foires donnèrent aux abbés les moyens de rebâtir l’église carolingienne devenue trop petite ; vers 1096 l’Abbé Artaud construisit un chœur et un transept romans. Le feu consuma la vieille nef carolingienne et en 1120 on fit construire une nouvelle façade avec ses trois portails (ceux que l’on voit actuellement à l’intérieur du Narthex) et la nef.
Vers 1140 on ajouta à l’édifice la grande avant-nef. A la fin du XIIe s., le chœur roman est démoli et on lui substitue l’œuvre gothique que l’on peut encore admirer. Vézelay est alors à l’apogée de sa prospérité.
Cependant, le XIIIe s. voit commencer le déclin de l’Abbaye. En 1279, on découvrait à l’Abbaye de Saint-Maximin en Provence, d’autres reliques de Sainte-Madeleine. Des doutes s’élevèrent alors sur l’authenticité de celles de Vézelay.
Pillée et profanée lors des guerres de religion au XVIe s., elle passe alors aux mains d’abbés « commendataires » entourés d’un chapitre de chanoines, pour finir par être rattachée au XVIIIe s. à l’évêché d’Autun. La Révolution lui porte les derniers coups : vendue en 1796 comme bien national, l ‘abbaye est tout entière rasée.
Prosper Mérimée attira sur elle l’attention des pouvoirs publics. La restauration fut décidée en 1837. Viollet-le-Duc, jeune architecte de trente ans, s’en occupa.

Depuis la fin du XIXe s, les pèlerinages ont repris.
La visite :
Et maintenant pénétrons dans la Basilique par la galerie du cloître et arrêtons-nous quelques instants dans le narthex.

Le narthex est un profond vestibule clos de toutes parts. Il apparaît comme une première église.
Quelle est la destination du narthex ? Une destination liturgique, même si d’autres utilisations ne sont pas à exclure : par exemple, être un refuge offert aux pèlerins les nuits de trop grande affluence ou être une « église de catéchumènes » candidats au baptême, ou une « église de pénitents » momentanément exclus de l’assemblée. Certes on a pu procéder en ce lieu aux cérémonies préliminaires au baptême, à des exorcismes, à la réconciliation des pénitents, mais ces rites ne pouvaient justifier à eux seuls une aussi prestigieuse préface à l’église. Les documents du XIIe siècle nomment « galilée » le narthex attenant aux églises monastiques. La station précédant l’office comportait un rite de purification qui se déroulait dans le « galilée ». « Lieu de passage », tel est aussi le sens du mot araméen pour l’endroit où Jean-Baptiste baptisait. Notre guide nous indique que le galilée est bien « le lieu privilégié du passage du profane au sacré, le lieu de remise en ordre spirituelle et physique, où le fidèle se laisse dépouiller de la pesanteur qui l’attache à la terre : sa fatigue, son souci, sa peine, son angoisse, son péché, avant d’accueillir la purification du ciel ».
Trois portails font communiquer le narthex avec la nef et les bas-côtés.
Le père Jean-Baptiste, avec une grande émotion, nous ouvre le portail central et l’on peut découvrir avec émerveillement l’église enveloppée d’une douce lumière.
Il nous explique le secret de cette clarté.
En effet, la position, le nombre et la dimension des fenêtres ne suffisent pas à expliquer la qualité de cette lumière. On a découvert récemment que non seulement l’église est orientée, mais encore que son implantation tient compte de la position de la terre par rapport au soleil de façon telle que chaque année, à l’époque du solstice d’été et spécialement le 24 juin, fête de Saint-Jean-Baptiste, des taches lumineuses se forment à midi (solaire) au milieu exact de la nef, de travée en travée, comme les pierres d’un gué, les bornes d’une route, dont le but serait le chœur.
Équilibre, rythme, clarté, ces trois termes définissent l’impression d’ensemble donnée à la nef.
Longue de 64 mètres, large de 12, haute de 18, elle s’orne d’une centaine de chapiteaux historiés. D’éblouissantes saynètes, évocatrices le plus souvent de la Bible, mais aussi de la vie des Saints et même de la mythologie païenne, s’y déroulent.

Nous nous arrêtons devant l’un d’entre eux : « Le moulin mystique ». C’est le plus beau chapiteau symbolique de l’église, nous explique le père Jean-Baptiste. Un homme, court-vêtu et chaussé, verse du grain dans un moulin, tandis qu’un autre, le front dégarni, pieds nus et vêtu d’une ample toge, recueille la farine. En fait, il faut voir dans le premier personnage, le prophète Moise, dans le grain qu’il verse, l’ancienne loi reçue au Mont Sinaï, dans le moulin qui broie le grain, le Christ (roue marquée d’une croix), dans l’homme qui recueille la farine, l’apôtre Paul et dans la farine elle-même, la Nouvelle Loi. La loi de Moise contenait la vérité, mais une vérité obscure, cachée comme dans le grain, la farine.
Par le sacrifice du Christ sur la Croix, elle a été transformée en cette farine assimilable à la loi nouvelle de l’Évangile que Saint-Paul a reçu mission de recueillir pour la distribuer. La profondeur théologique et la beauté de ce chapiteau le font attribuer à l’auteur du grand tympan du narthex.
Nous descendons par un étroit escalier dans la crypte. La crypte carolingienne a été complètement remaniée dans la seconde moitié du 12ème s. Elle abritait le tombeau de Sainte-Madeleine lors des grands pèlerinages médiévaux et contient actuellement une partie des reliques. Sur la voûte nous pouvons voir des peintures du 13ème s.
Pressés par le temps, nous devons quitter la Basilique. Les plus courageux descendront à pied à travers la ruelle principale, les autres reprendront directement le car.
Et nous voici en route pour le site thermal gallo-romain des Fontaines-Salées.
Les Fontaines Salées :
Assis sur des bancs nous écoutons notre guide.
Avant les travaux de nivellement exécutés par les moines de Vézelay au XIVe siècle, on voyait sur le site les pans de murs ruinés et calcinés de plusieurs édifices antiques, pillés et incendiés par les envahisseurs germaniques des IIIe et IVe siècles. Au XIIe siècle, la chanson de geste bourguignonne de Girart de Roussillon faisait de ces ruines le cadre et le décor de la bataille de Valbeton, livrée au roi Charles le Chauve par le comte Girart, celui-là même qui fonda l’Abbaye de Vézelay vers 859. C’est pour vérifier certains détails topographiques de ce récit épique que des fouilles méthodiques furent entreprises en 1934.
Ces fouilles ont amené la découverte d’un établissement thermal double, des deux premiers siècles de notre ère, d’une enceinte sacrée en plein air de la mème époque, d’un temple circulaire de la divinité des eaux, daté du 1er ou du IIe siècle avant J.-C., d’un groupe de 19 puits d’eau chlorurée sodique dans des cuvelages en chêne, vieux de 3000 ans, et d’une nécropole à incinération de l’époque des champs d’urnes, vers 900 av. J.-C.

Les établissements qui ont occupé successivement le site des Fontaines-Salées ont eu pour but l’utilisation de sources permanentes d’eau chlorurée sodique et radioactive avec dégagement gazeux, intermittent d’azote et de gaz rares.
Cette eau a été utilisée au cours des siècles à des fins pratiques (extraction du sel), religieuses (vénération des divinités des sources), thérapeutiques (valeur médicale reconnue dès l’antiquité).
Entre deux averses nous déambulons à travers le site. Quelques rares curieux ou assoiffés ne peuvent résister à l’envie de goûter l’eau. Ce n’est pas un grand succès. Un verre d’eau salée ne désaltère pas vraiment.
Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons au petit musée de Saint-Père-sous-Vézelay installé dans le presbytère de l’église.
Dans la première salle, on trouve un cuvelage en bois de chêne du début du 1er millénaire avant notre ère, provenant des Fontaines-Salées, des urnes cinéraires et des objets de bronze, une statuette votive en bronze d’un homme nu apportée d’Étrurie au VIIe siècle av. J. C., trouvée à Vézelay, un chenet gaulois en terre cuite à tête de bélier … Dans la salle qui abrite en son centre la maquette des fouilles des Fontaines-Salées, sont exposés des objets de parure et de toilette provenant des thermes des femmes, des céramiques … Cette salle communique avec la salle de numismatique et la salle médiévale où se trouve un sarcophage mérovingien provenant du cimetière de Vaudonjon près de Vézelay.
A côté du musée, l’église bien sûr, surprenante par ses dimensions par rapport la taille du village. Ce bel édifice gothique « joue » la petite cathédrale en façade, mais demeure tout intime à l’intérieur.
Mais il est déjà 17 heures. La route est encore longue jusqu’à Garches !

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