Thèmes : histoire, peinture, visite.
Visite des jeudi 21 mai 1987 et lundi 25 mai 1987.
Jeudi 21 mai et lundi 25 mai, les adhérents du Cercle sont partis passer la journée à Milly-Ia-Forêt et Moret-sur-Loing.
Après un départ matinal, le premier groupe arrive au :
Château de Courances.
Le temps de garer le car et l’on voit au loin arriver à bicyclette notre guide, ancienne blanchisseuse au château lorsqu’il comptait près de 50 employés.

Le château de Courances (« Eaux courantes »). Le château central, l’aile basse de droite et les 2 petits pavillons ont été construits au 17ème siècle par Gilles Le Breton. Le perron, copie de celui du château de Fontainebleau, a été rajouté bien plus tard.
Dès le 13ème siècle, il est question d’un Jean de Courances, fils de Guillaume de Milly. Puis l’endroit passe à Jean Lapitte, aux familles de Cosme-Clause, de Claude Galard, des Pottier de Novion et enfin aux Nicolay.
C’est aux Nicolay qu’un ancêtre du propriétaire actuel achètera la propriété en 1872.
L’endroit était en piteux état, ayant été abandonné pendant 42 ans. Un arbre poussait dans la salle à manger, les balustres et statues étaient écroulés, le parc était à l’abandon.
Depuis plus de 100 ans, la famille Ganay a remis en état, a entretenu et a habité ce château. C’est une propriété qu’elle habite encore de nos jours.
Nous commencerons la visite par le Grand vestibule nommé « Salle de Marbre ». Il est à double exposition. Sur les murs sont accrochés, le profil du roi Louis XIV en médaillon de marbre blanc, un centre de tapis de la Savonnerie avec l’emblème de Colbert (le serpent), Le mobilier est Louis XIII, Louis XIV et Régence.
Sur le piano se trouvent des photos dédicacées de personnalités venues à Courances le Duc de Windsor, 3 rois d’Espagne, la reine Alexandra et le roi Édouard VII d’Angleterre, le Maréchal Montgomery, la Reine-mère d’Angleterre.
Nous entrons dans la salle de jeux où trône un très beau billard fait d’un seul morceau d’ardoise (2 tonnes) offert à la famille Ganay par le Maréchal Montgomery. Le Maréchal habita le château quand l’état-major de l’O.T.A.N. se trouvait à Fontainebleau de 1947 à 1955. C’est à cette époque que tout le Haut Commandement de l’O.T.A.N. vint à Courances, notamment le Général Eisenhower.
Nous pénétrons dans la salle à manger. Superbe pièce dont les murs sont recouverts de boiseries en noyer. Des dessertes se replient dans le mur. Tout autour de la pièce se trouve une collection de plats et assiettes toute en bleu et blanc.
De chaque pièce nous voyons le parc. Il est attribué à Lenôtre et fut créé à la fin du 17ème siècle.
Il est exceptionnel par la quantité et la qualité de ses eaux. 10 sources débitent de l’eau. Notre guide nous cite les célébrités venues dans ce parc : Sisley, Corot, Proust, Valéry, Cocteau, Dior, Louise de Vilmorin. Jean Marais, Jean Rochefort, Marina Vlady, Philippe Noiret … y tournèrent des séquences de films.
En face de nous, le Miroir appelé ainsi car lorsqu’on se trouve à son extrémité, le château s’y reflète.
Nous sortons pour emprunter l’escalier et descendre dans le Hall d’entrée où des trophées de chasse sont accrochés aux murs. Une belle cheminée sculptée Renaissance se trouve sur la droite.
Sur notre gauche, on pénètre dans la bibliothèque ou Galerie des Singes appelée ainsi à cause des étonnantes tapisseries qui y figurent. Elles sont du 16ème siècle. Des singes déguisés en hommes y sont représentés.
Nous terminons la visite par la petite chapelle en boiseries datant de Louis XVI. Cette chapelle ne sert que rarement à l’occasion de baptêmes familiaux.
Avant de rejoindre le car nous passons devant le jardin japonais aux superbes couleurs.
Nous quittons le parc un peu à regret pour aller à l’I.T.P.M.A.I. (Institut technique des plantes médicinales, aromatiques et industrielles) où Monsieur Pasqué nous attend.
Cet institut se trouve juste à la sortie de Milly-la-Forêt sur la route de Nemours.
Nous nous divisons en deux groupes, l’un suit notre guide dans la serre tandis que l’autre, muni d’un dossier complet sur les plantes, se promène à son gré.
Malheureusement il fait froid, ce qui ralentit les ardeurs des promeneurs.
I.T.P.M.A.I.
L’Institut Technique des Plantes Médicinales, Aromatiques et Industrielles existe depuis plus de 30 ans. A sa création, en tant que Service Technique du Syndicat National des Producteurs, il avait pour dénomination « Centre National d’Expérimentation ». De 1952 à 1968, il avait une très faible activité basée sur des observations. Au fil des ans, le Centre épaule la production des principales régions productrices : Milly-la-Forêt (Essonne) et Chemillé (Maine-et -Loire) ainsi qu’un noyau de producteurs de tilleul de Carpentras à Buis-les-Baronnies (Drôme). Milly est alors spécialisé dans la production de menthe, angélique, digitale, petite absinthe et mélisse. En 1970, une troisième région structurée voit le jour autour de La Garde-Adhémar (Drôme) spécialisée dans la production des plantes aromatiques : thym, basilic, marjolaine, sauge, hysope …
L’année 1980 est un tournant. Les organisations professionnelles de producteurs créent l’Institut et le dotent de statuts propres.
Le conservatoire botanique de Milly-la-Forêt ne compte pas moins de 600 espèces, sous-espèces et variétés de plantes médicinales, aromatiques et industrielles.
Ces plantes sont présentées en serre pour les plus exigeantes (tropicales ou méditerranéennes strictes) ou en plein air pour la plupart, sur des parcelles élémentaires d’au moins 1m2.
Une centaine d’espèces sont acquises annuellement : 1/3 prélevé directement à l’état sauvage, le reste résultant des nombreux échanges effectués avec des Jardins Botaniques français ou étrangers.
Ces échanges sont rendus possibles par la réalisation d’un Index Seminum envoyé à plus de 120 correspondants dans le monde entier. Le comportement (développement, floraison, fructification, …) est chaque année étudié en vue d’une éventuelle mise en culture. Toutes les graines sont également récoltées.
Qu’est-ce qu’une plante médicinale ?
C’est une plante utilisée pour prévenir, soulager ou guérir certaines troubles, en raison de ses propriétés particulières.
Quelques plantes sont utilisables à l’état frais, mais la plupart doivent faire l’objet d’une préparation particulière en vue de leur conservation. Il s’agit notamment du séchage soigneux appelé dessiccation.
Monsieur Pasqué nous fait visiter le bâtiment où sont testées les méthodes modernes de séchage et où l’on peut voir également les anciens instruments de séchage.
On utilise soit la plante entière, soit le plus souvent uniquement la partie de celle-ci où se trouvent concentrés les principes actifs. C’est cette partie utilisée en thérapeutique que l’on appelle « drogue végétale ».
Les principes actifs
Parmi les nombreuses substances qua les plantes élaborent lors de leur métabolisme, certaines sont à l’origine de leur activité thérapeutique, d’où l’appellation de « principes actifs ». Mais l’action d’une plante ne se limite généralement pas à celle de son principe actif principal, tel que la quinine du Quinquina ou la codéine du Pavot. Il existe également des substances qui peuvent en modifier l’action thérapeutique.
Hétérosides :
Ce sont des composés formés par l’association d’un ou plusieurs sucres ou de dérivés avec une substance non glucidique de structure chimique plus ou moins complexe :
- salicoside de l’écorce de Saule.
- digitaline des feuilles de Digitale.
- glycyrrhizine de la racine de Réglisse …
Alcaloïdes :
Ce sont des substances azotées qui se comportent comme des bases et fournissent des sels avec les acides. Elles peuvent se trouver dans les divers organes des plantes :
- atropine dans les feuilles de Belladone,
- boldine dans les feuilles de Boldo,
- quinine dans l’écorce de Quinquina,
- …

Huiles essentielles ou essences :

Ce sont des mélanges de substances volatiles et odorantes.
Leur volatilité les différencie des huiles fixes ou corps gras.
- Badiane : stimulant, digestif.
- Eucalyptus antiseptique pulmonaire.
- Girofle : antiseptique et analgésique dentaire.
Les huiles essentielles sont concentrées en substances actives.
Tanins :
Ce sont des substances phénoliques complexes qui colorent en brun-rouge les organes qui les contiennent. Les tanins ont un pouvoir astringent.
- Racines de Bistorte, de Ratanhia,
- Feuilles de Ronce, d’Hamamélis …

D’autres composés de structure chimique diverses existent aussi à faible dose mais sont très actifs biologiquement enzymes, antibiotiques, hormones, vitamines.
Malgré l’intérêt que chacun portait aux explications de Monsieur Pasqué, nous retournons dans nos cars heureux de trouver un peu de chaleur.
Après être passé par Milly et avoir admiré les fameuses Halles, nous allons déjeuner au Coquibus. C’est un bon repas dans un cadre agréable qui nous attend.
La troisième étape de notre journée est la Chapelle St-Blaise-des-Simples décorée par Jean Cocteau.
Dès notre entrée dans la chapelle, une voix enregistrée nous explique son histoire.
Une antique chapelle du XIIe siècle où les lépreux venaient prier au Moyen-Age et invoquer Saint-Blaise, le Guérisseur … Une antique chapelle accroupie au bord de la route, qui mourait lentement, vide et abandonnée …
Revenant d’Orient, les Croisés avaient contracté et répandu la lèpre en France.
Au XIIe siècle, on dut construire une léproserie pour les soigner. Ainsi fût bâtie, en cet endroit, une importante maladrerie. On la plaça sous le vocable de Saint-Blaise parce qu’il avait la réputation de guérisseur et qu’il soignait les hommes et les animaux, par les « Simples », c’est-à-dire par les plantes et par des prières.

A l’aube du XVIII e siècle, la lèpre disparue, les bâtiments furent démolis ; seule la chapelle demeura.
Un jour, sollicité par quelques habitants de Milly, Jean Cocteau, touché par le charme de cette chapelle, résolut de lui rendre la vie. Il choisit les Simples comme thème de décoration.
Et la voix de nous dire : « Vous voyez : sur le mur de gauche, en regardant l’autel : la jusquiame, la belladone, la valériane et la guimauve.
Sur le mur opposé, en partant de l’autel : l’arnica, la renoncule, la colchique et l’aconit.
Regardez de chaque côté de la porte d’entrée, ces deux splendides gentianes qui encadrent la célèbre menthe de Milly …
Maintenant, retournez-vous :

Au fond de l’autel, dans un triangle qui rappelle la Sainte-Trinité, remarquez le Christ aux épines. La tête penchée sur son bras, il souffre toutes les douleurs des hommes …
Dans l’angle gauche, reliques de Saint-Blaise ; dans l’angle à droite de l’autel, sur une colonne de pierre, remarquable buste de Jean Cocteau par Arno Breker … Au-dessus de la porte d’entrée, dans le haut de la chapelle, vous voyez des vitraux modernes exécutés en cristaux taillés.
La signature de Jean Cocteau est près du vieux bénitier de pierre entre les pattes d’un chat médiéval représentant le démon au Moyen-Age qui veut défier l’ange aux ailes d’oiseau libérant le Christ ».
C’est avec émotion que l’on découvre à nos pieds une grande dalle portant le nom de Jean Cocteau et ces simples mots : « Je reste avec vous ».
En sortant de la chapelle, un petit jardin botanique nous invite à la promenade.
Dernière étape de cette journée bien remplie :
Moret-sur-Loing.

Un guide nous attend et nous emmène à pied à travers la ville.
Tout d’abord il nous montre une vue d’ensemble de Moret avec le pont où se trouvaient des moulins à blé et à tan brûlés en août 1944. Il reste des vestiges de moulin à tan et une roue à aubes.
Au milieu du pont, la vue sur la rivière et la vieille cité est très belle.

Dans la rue de la Tannerie, un passage couvert conduit au Quai des Laveuses où, récemment encore, le bruit des battoirs se mêlait au cancanage des lavandières.
Non loin de là se trouve une demeure, derrière de hauts murs c’est là que le grand peintre, Alfred Sisley, termina sa vie.
Sisley, de souche anglaise, né à Paris le 30 octobre 1839, mena une existence difficile consacrée à la peinture.
Sa peinture se distingua par la fraîcheur de sa palette. Maitre des jeux de lumière, il aimait les eaux transparentes et leurs bords aux feuillages colorés, les champs de fleurs … Malheureusement, toute sa vie, ses toiles se vendirent mal. Sisley survécut grâce à l’aide de quelques amis qui lui donnaient de la nourriture et à qui il faisait don de ses toiles. Sitôt après sa mort, on s’arrachait ses œuvres.
Nous continuons notre promenade.
Place Royale, la maison du bon Saint-Jacques, curieuse maison du XVe siècle, dont seul demeure d’époque le premier étage de sa façade. Cette maison abritait les Religieuses de Moret qui fabriquaient le réputé « sucre d’orge des religieuses de Moret » dont la création remonte à 1638.
Tout près, l’église gothique Notre-Dame. Sur le portail, les motifs évoquent la flore et la faune locales.
Dans la cour de l’Hôtel de Ville, notre guide s’arrête devant la maison dite « de François 1er« . Œuvre des « maîtres de pierres vives » de la Renaissance, cette galerie est une fantaisie architecturale que l’on doit à Nicolas Chabouillé, disciple d’Épicure et contrôleur des deniers communaux.
Cette galerie, datant de 1527, est ornée de motifs sculptés représentant alternativement des fleurs et des scènes tirées des travaux d’Hercule. Au cours des âges, la maison fut délaissée et finalement achetée par un tonnelier, lequel en fit une resserre pour son bois.
Et puis en 1822, en signe de galanterie et d’amour pour Mademoiselle Mars, mais aussi dans un but de spéculation financière, le colonel de Brack achète la demeure pour 2000 francs et, par voie d’eau, la fait transplanter à Paris, cours la Reine, quartier François 1er, entre Alma et Concorde.
Mademoiselle Mars et le colonel de Brack, qui avaient subi des revers de fortune, n’habitèrent jamais la maison.
Passée entre les mains de propriétaires successifs, la Maison de « François 1er » fut cédée, en 1956, à une société immobilière qui devait construire des bureaux, sous condition que la façade ferait retour, aux frais de l’acquéreur, à la ville de Moret.
Le séjour de Fouquet après son arrestation, le mystère d’une abbesse noire, une nuit de Napoléon au retour de l’Ile d’Elbe, ajoutent aux anecdotes que nous pouvons retenir sur Moret … que nous quittons par la porte de Samois au-delà de laquelle notre car nous attend.
Il est alors 17 heures 30. Une journée variée qui, malgré le mauvais temps, laissera un bon souvenir à tous.
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