Thèmes : histoire, visite.
Visite des mardi 20 et mercredi 21 juin 1989.
A 13 h, un autocar à double étage, heureusement climatisé car il faisait très chaud, quitte Garches pour Le Lude. A son bord, 70 passagers.
L’horaire nous permet d’aborder Le Mans par le nord donc de traverser la ville. Nous avons ainsi pu apercevoir à notre droite, en traversant la Sarthe, quelques hôtels Renaissance, puis à gauche, les restes de l’enceinte gallo-romaine dominés par la cathédrale qui, bâtie du XIème au XVème siècle, constitue un excellent témoin de l’évolution architecturale en France.
Nous sommes alors passés sous quelques ponts fastueusement décorés (mais ce n’était pas en notre honneur et les curieux ont pu alors remarquer le nom de rues mancelles qui rappellent que Le Mans fut un centre de recherches et d’exploits techniques :
- Sous les ponts, rue Wilbur Wright qui en 1908 accomplissait ses premiers vols en France et gagnait le 31 décembre la Coupe Michelin (124 km en circuit fermé couverts en 2 h 20 mn au Mans).
- Puis, nous conduisant à l’hôtel, l’avenue Léon Bollée, hommage à trois pionniers de l’automobile. Amédée le père, créateur d’une voiture à vapeur « l’Obéissante », puis Amédée le fils, qui la perfectionna et Léon, qui fabriqua une voiturette à 3 roues dotée d’un moteur à essence.
Nous déposons nos valises à l’hôtel au Mans. Et, de là, direction Vaas, petit bourg au bord du Loir, tout près du Lude. Nous nous arrêtons pour voir un moulin qui tournait déjà au XVIème siècle : le moulin de Rotrou.

Là, nous sommes attendus et partagés en plusieurs groupes. L’un verra un film, tandis qu’un autre visitera un petit musée et le troisième verra le moulin tourner.
Ce moulin a été très récemment ouvert au public. En effet, « Ginette », femme de « Robert » le meunier, a ouvert les portes de son moulin, quelque temps après la mort de son mari, il y a trois ans, afin que la vie de son moulin ne s’éteigne pas avec la mort du meunier.
Sur un vaste tableau peint d’après une carte de 1763, celle de Cassini que vous connaissez, on peut observer qu’il y avait à cette époque 68 moulins dans la région. Actuellement il en reste 6 en fonctionnement. Dans le musée, se trouvent un tarare qui servait à vanner le grain et une meule.
Du temps des romains, on la tournait à la main.

L’existence du moulin à eau est attestée, peu avant l’ère chrétienne, en Illyrie. Sa roue à palettes, en position horizontale dans le courant qui l’entraîne, est surmontée d’un axe vertical. Ce dernier, soumis à un mouvement de rotation, traverse une meule inférieure gisante et fait tourner la meule supérieure dont il est solidaire.
Les Romains devaient adopter un moulin à eau dont le mécanisme, décrit par Vitruve, est tout différent : la roue hydraulique, disposée verticalement tourne sur un arbre horizontal portant une roue à chevilles. Celles-ci, perpendiculaires au plan de la roue, s’engrènent sur la lanterne d’un axe vertical actionnant la meule extérieure. Le moulin hydraulique aurait été connu en Chine au Vème siècle.
Alimenté par aqueduc, le moulin prend une forme insolite au VIème siècle. Les Ostrogoths assiègent Rome et coupent l’eau pour affamer la ville. Bélisaire fait alors construire sur bateaux, des moulins flottants dont les roues sont entraînées par le courant du Tibre.

Primitivement destiné au broyage du grain, le moulin à eau va connaître d’innombrables applications : broyage du malt, du pastel, des écorces (tan), des olives, des graines de moutarde ou d’œillette.
Une innovation importante apparaît au XIème siècle. On connaissait depuis Héron d’Alexandrie l’emploi des cames pour transmettre le mouvement. Équipé de ce dispositif, l’arbre à roue hydraulique transforme celle-ci en un véritable moteur industriel, le seul en usage jusqu’à l’invention de la machine à vapeur.
Mais, revenons au moulin de Robert et entrons : à droite, se trouve un régulateur. Lorsqu’il monte – accélération due à la force centrifuge – cela signifie que la roue tourne trop vite, lorsqu’il descend, il fait sonner une clochette, et cela indique au meunier que la roue tourne trop lentement.
Sur la gauche, se trouvent des sacs de grains. Le blé monte au 2ème étage, se fait mouiller, descend au premier, se déverse dans une trémie où sont évacués les impuretés, il remonte se faire mouiller. Il descend dans une chambre à farine où il reste 12 heures.
Des cylindres ensuite séparent le grain et la peau, puis broient le grain. Au premier, il est tamisé par un plan shister. Il monte enfin au blutoir pour faire la fleur de farine et est mis en sac.

Après toutes ces explications données avec grande gentillesse par une partie des membres de l’association, nous partons visiter le musée « La Sentinelle » au Lude.
Là, nous sommes accueillis par Monsieur Eyermann, fondateur et conservateur du musée. C’est sa collection personnelle qu’il nous présente.

» on va dans les caves, dans les greniers, dans les marchés, et on fait le tour du monde. On a la grande chance de rencontrer le prince Rainier de Monaco qui gentiment m’a offert une coiffure… ». Et il nous décrit certaines de ses coiffures, celle des policiers britanniques, de Saint-Cyr, des aumôniers catholiques, protestants, des casques allemands, des coiffures du 1er Empire… Bref, une très belle collection de coiffures sur les armées, la gendarmerie, l’administration, les sapeurs-pompiers, les religions, etc.
Nous voyons aussi des costumes, documents, armes des époques de 1870-71, 1900 à 1918, 1939-45, Indochine, Afrique du Nord, les régiments avec toutes leurs couleurs et leurs panaches, tous aujourd’hui ont disparu.
Dans une salle, quelques gravures nous rappellent – et nous Garchois, nous y sommes sensibles – qu’en janvier 1871, la guerre franco-prussienne se passait aussi en province et que la dernière des trois armées, constituées par Gambetta après son célèbre départ de Paris en ballon, et commandée par Chanzy fut battue et désarmée au Mans.
Une salle est consacrée aux drapeaux, grande fierté de notre collectionneur.
Nous quittons le musée pour rejoindre à pied le restaurant « La Renaissance » où un très bon dîner nous est servi.
A 10 h 30 commence le Son et Lumière du Château du Lude.
La ville du Lude qui, vers le début du IXème siècle, souffrait beaucoup des invasions normandes, décida, sur la demande du roi Charles-le-Chauve, de se défendre en construisant le Fort de la Motte, sorte de tronc de cône, entouré de fossés profonds et surmonté d’un donjon.
A la fin du XIIIème siècle, les bases d’une forteresse en maçonnerie furent établies à une centaine de mètres de l’ancienne défense, devenue insuffisante pour tenir tête à un ennemi audacieux et muni d’armes offensives perfectionnées.
Pendant la Guerre de Cent Ans, le château fut occupé par les Anglais en 1425, puis repris deux ans plus tard par Ambroise de Loré, après un siège qui se termina par un assaut général au cours duquel la garnison fut taillée en pièces.
Au début du XVème siècle. Le Lude était devenu un château admirablement fortifié, protégé par de grands fossés, de hautes tours, des ouvrages militaires importants.
Après avoir appartenu, pendant cinq siècles, à divers Comtes d’Anjou, puis aux familles de Beaumont, de Brienne et de Vendôme, le Lude fut acheté, en 1457, par Jehan Daillon qui, ayant retrouvé toutes les faveurs du Roi Louis XI, entreprit, à partir de 1468, de transformer l’ancienne forteresse en demeure de plaisance.
Jean Gendrot, Maître des œuvres du Roi René d’Anjou, conduisit les travaux. Les meurtrières disparurent, les baies s’ouvrirent largement. La façade François 1er ne fut probablement décorée que vers 1520.
Pendant plus de deux siècles, les Daillon, de père en fils, donnèrent tous leurs soins à la restauration, puis à l’entretien du domaine. Les rois Henri IV, en 1598, et Louis XIII en 1619, la Marquise de Sévigné, en 1672, séjournèrent au Château.
Entre 1785 et 1787, La Marquise de Vieuville, héritière de Monsieur du Velaer, fit construire le portique à trois arcades de l’entrée et la façade sur le Loir. Mis sous séquestre, pendant la Révolution, le domaine fut rendu à sa propriétaire, moyennant l’abandon à la nation de divers autres biens. Héritiers et successeurs, les membres de la famille Talhouet-Roy poursuivirent, au XIXème siècle, les travaux de restauration du château et l’aménagement des jardins.
Le marquis René de Talhouet-Roy donna un grand éclat à cette demeure. Son petit-fils, le Comte René de Nicolay, étant décédé en 1954, Le Lude est aujourd’hui la propriété de son épouse, née Princesse Pia d’Orléans-Brangance.
Le spectacle
L’originalité du spectacle du Lude fut d’être le premier « Son et Lumière » à comporter une importante figuration animée, et d’avoir été conçu, préparé et présenté par les habitants de la localité, dont aucun n’est professionnel.
Tous les acteurs sont des Ludois : commerçants, employés, directeurs d’entreprises et artisans se transforment, chaque soir de représentation, en seigneurs, en cavaliers, en soldats ou en marquises. Les techniciens du Son et de l’Électricité sont des artisans du pays, et tous les postes annexes : guichetiers, habilleuses, machinistes, monteurs ou fontainiers, sont assurés par des autochtones, dont le grand mérite est d’être devenus des spécialistes.
L’histoire du spectacle commença en 1957, où, à l’occasion d’une banale kermesse dans le parc, quelqu’un eut l’idée de présenter, le soir, devant le château illuminé, les belles robes à crinolines qui constituaient le déguisement des vendeuses bénévoles. Ce fut le premier et modeste « Son et Lumière ».
Pour tout le monde, y compris le scénariste amateur, cette formule fut une révélation. Encouragé par la Châtelaine, chacun eut à cœur de devenir orfèvre dans la spécialité que le hasard ou le subconscient avait choisi pour lui, et cette mise en commun des dévouements, des talents et des enthousiasmes (surtout des enthousiasmes) engendra, en quelques années, le spectacle actuel.
Le scénario comporte plus de 300 rôles : certains figurants changent quatre fois de costumes au cours d’une seule représentation.
Mais, outre son caractère artistique, l’entreprise ludoise revêt un indéniable aspect social, culturel et économique. Elle est l’occasion de cours de danse, d’initiation musicale, de séances d’équitation, d’expériences techniques, et de multiples rencontres amicales. Elle anime en outre, chaque année pendant quatre mois, l’économie locale.
Le spectacle du Lude a obtenu, en 1963, « l’Oscar du Tourisme Français » et, en 1964, le diplôme du « Prestige de la France ».
1 h du matin, nous arrivons a notre hôtel. C’était une belle journée et un beau spectacle.
C’était aussi l’heure de dormir.
Le modeste Moulin de Rotrou, le pittoresque Musée de la Sentinelle, et le remarquable spectacle du Château du Lude nous délivrent un triple enseignement, nous le délivrent ? non, nous le rappellent.
A l’origine de toute action, de tout succès, il y a d’abord l’initiative.
A l’effort personnel de quelques hommes et femmes passionnés,
- Robert et Ginette perpétuent le Moulin,
- Monsieur Eyermann, en collectionnant tous ses souvenirs, rêve du drapeau de la paix mondiale,
- Tous les acteurs et artisans ludois ont bâti de leurs mains, de leurs idées, leur spectacle.
Mais Wilbur Wright, la famille Bollée n’avaient-ils pas déjà, il y a un siècle, ouvert la voie à de fabuleuses réalisations.
C’est en prenant acte de l’encouragement, que tacitement, mais par leur exemple, ils nous ont donné, que nous terminons l’année 1988-1989 de notre Cercle…
… et que nous entamons l’année 1989-1990.
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