SORTIE-VISITE : La Villette – Cité des Sciences et de l’Industrie

Thèmes : histoire, sciences, visite.
Visite des mercredi 11 mars 1987, jeudi 12 mars 1987 et vendredi 13 mars 1987

 

Mercredi 11, jeudi 12 et vendredi 13 mars, 230 adhérents du C.D.I. ont visité La Villette et ont assisté au spectacle de la Géode.

 

Après un déjeuner rapide mais fort convenable au restaurant universitaire de Clignancourt, nous avons gagné la Villette.

 

LA GÉODE.

Conçue par l’architecte Adrien Fainsilber, la Géode est un espace de spectacle multimédia unique en France. Implantée devant la façade sud de la Cité des Sciences et de l’Industrie, cette sphère, d’un diamètre de 36 m, recouverte d’acier inoxydable poli, crée un premier plan étonnant. Véritable miroir, elle reflète l’image changeante du ciel.

 

 

La salle de spectacle occupe la partie supérieure du bâtiment. Elle offre une capacité de 370 sièges enveloppants, plus ou moins inclinables selon l’emplacement. L’écran hémisphérique, d’un diamètre de 26 mètres et d’une surface de 1000 m2 est composé de minces tôles d’aluminium perforées afin de laisser diffuser le son sans parasites. Le son est spatialisé par 12 haut-parleurs répartis derrière l’écran, ce qui intensifie la sensation de relief et l’impact psychologique de l’image.

Par ailleurs, l’écran et la salle sont inclinés à 30° par rapport à l’horizon, cette disposition accentue encore l’impression de dépaysement et de voyage spatio-temporel.

Le projecteur est équipé d’une lanterne très puissante de 15 kWh (celui d’une salle classique fait 1,5 kWh) et refroidi par eau.

Une console d’ordinateur gère l’ensemble des fonctions audiovisuelles de la salle, différentes techni­ques de pointe notamment des lasers et projecteurs avec miroir qui se promènent sur le dôme.

 

 

Le film : Il était une fois (Genesis).

Pourquoi des fossiles identiques sur des continents séparés ?

Pourquoi des empreintes de glacier au Sahara, du pétrole en Arctique, du charbon en Antarctique ?

Pourquoi d’anciens fonds marins sont-ils devenus des montagnes ?

Le film, en tentant de trouver des réponses à ces questions, nous guide dans l’exploration de la croûte terrestre et de ses entrailles.

Les images suivent la dérive des continents qui glissent sur les plaques tectoniques entraînant dans leur sillage l’éruption des volcans, les tremblements de terre et les transformations climatiques qui ont sou­vent modifié brutalement l’évolution des espèces.

Témoins de ces mouvements de notre histoire géologique : Knossos en Crète, l’île de Santorin en Grèce, les Alpes, la cassure de San Francisco, l’Islande …

Accrochez-vous à vos sièges, les sensations fortes sont garanties !

 

LES EXPOSITIONS.

Chacun après le spectacle a visité librement à son rythme et selon ses goûts la Cité.

Nous vous proposons ici un compte rendu de quelques expositions.

 

 

a) – De la Terre à l’Univers

Océan milieu extrême :

  • le Nautile : une maquette grandeur nature du plus récent sous-marin français, capable d’explorer 97% des fonds en descendant à -6000 mètres.

 

 

  • présentation du Centre expérimental hyperbare.
    Hyperbare : haute pression (un plongeur androïde répond aux questions des visiteurs sur son travail, sa vie…)
  • respirer sous l’eau : un mannequin animé et un pupitre interactif permettent de sélectionner différentes situa­tions de respiration et d’observer les réactions et adap­tations du corps humain.

Cet espace est animé par de nombreux jeux et diverses mani­pulations interactives.

 

Vaisseau Terre :

Composée de 4 blocs recouverts de dal les d’ardoise, cette structure propose une approche globale des ressources de la terre.

 

Espace, milieu extrême :

  • la coiffe de la fusée Ariane surmontée de la case à équipement du Sylda contenant une maquette de satellite.
  • élément de station orbitale.

On y trouve également des jeux.

 

Mathématiques et Univers :

  • le manège inertiel.
  • fresque : un grand panneau illustre l’histoire des mathématiques à travers les civilisations.

Ces éléments sont complétés par des jeux.

 

Machine Terre :

L’histoire géologique de la terre.

  • le théâtre de l’Ardèche : spectacle multimédia sur l’histoire géologique d’un paysage depuis 300 millions d’années.

 

Laboratoire Univers :

  • le stellarium : le visiteur peut reconnaître des étoiles à partir de la reconstitution d’un ciel de Paris en les visant avec un pistolet électronique.
  • le théâtre des galaxies : voyage de la terre aux origines de l’Univers en remontant le temps de notre galaxie jusqu’au Big-Bang.
  • le théâtre du soleil : espace de repos et de spectacle où, sur un écran composé de miroirs, des images racon­tent notre étroite relation avec le soleil.

 

b) – L’aventure de la vie

Milieux de vie :

  • Découverte de la capacité de l’Homme à comprendre et à maîtriser son milieu.
  • Météovision : on peut identifier les principaux outils d’observation et de travail du météorologiste.
  • Écosphère : démonstration du fonctionnement global des écosystèmes.
  • Aquaculture : une éclose rie piscicole, des truites, des jacinthes et des lentilles d’eau expliquent la complémen­tarité des espèces utilisées dans l’aquaculture moderne.

 

Terres humaines :

Les rapports de l’Homme et de son environnement.

  • La forêt : un spectacle d’automates mettant en scène les acteurs de la forêt raconte l’histoire des usages fores­tiers et souligne les enjeux économiques autour de la forêt.
  • Agriscope : des éléments de présentation ludiques et didactiques racontent l’histoire de l’agriculture et son industrialisation.

 

Présentation d’une serre du futur montrant les biotechnologies agricoles : cultures hors-sol et in vitro.

 

Questions de vie :

  • L’homme en question : ses origines (l’hominisation, les rites), son cerveau (le fonctionnement, les représentations), son corps (les mesures, l’imagerie médicale).
  • Le Tramvie : un véhicule conduit le visiteur dans un voyage-spectacle sur ce qui fait la trame de notre vie.

 

Les secrets du vivant :

  • Le cellularium : on assiste à la rencontre d’un spermatozoïde et d’un ovule et aux différentes étapes du mystérieux développement d’un embryon humain.
  • Le biomètre : c’est le passage de l’observation macrosco­pique de l’organisme jusqu’à l’observation microscopique des molécules au niveau des structures et des fonctions.
  • L’évoloto : un jeu de boules de tailles et d’aspects différents illustre l’évolution de la population.
  • Échange de femmes : les systèmes d’échanges dans différentes sociétés humaines traités sous forme d’un dessin animé.

On voit également d’autres éléments tels que le stress, gênes et caractères, microzoo, le génie génétique.

 

c) – La Matière et le travail de l’homme

Énergies :

  1. – Le dispatcher : reconstitution d’une salle de distribution de l’électricité provenant des centrales hydrauliques, nucléaires…
  2. – Les shadocks : des machines perpétuelles à la machine à vapeur, deux concepts pour comprendre l’énergie et l’entropie.

 

Le jardin des particules :

  • La vallée des isotopes : une représentation en trois dimensions de la stabilité et de l’instabilité des 2500 noyaux atomiques connus.
  • L’accélérateur de particules : une réaction nucléaire en direct avec un véritable accélérateur de 800 000 volts.

 

Matériaux :

  • Une Renault 25, produit en grande série est présentée en éclaté.
  • L’avion de chasse, le Rafale (photo) illustre l’usage des matériaux nouveaux.

 

Routes et stratégies :

 

  • La salle des cartes : les routes et les voies empruntées par les hommes et les marchandises.
  • Le transtocker : 18 mini-expositions sur le transport maritime.

 

Le zoo des robots :

Le robot : élément de 7 m de haut, composé d’une sphère en altuglas et qui réagit aux bruits et aux mouvements de son environnement par des bruits et des clignotants.

On voit également la chouette et le robot ainsi que de nom­breux robots industriel s en mouvement.

 

Economia :

– Le théâtre des colosses : l’histoire de l’humanité à travers les grandes étapes de son évolution idéologique, politique et économique du néolithique à l’ère industrielle.

– Le supermarché : les produits dans les rayonnages sont l’aboutissement de filières agro-alimentaires, de fabrications d’emballages, de stratégies de commercialisation.

 

Aventures industrielles :

Sont présentés les acteurs, les produits, les outils qui ont transformé et marqué l’aventure industrielle contemporaine.

 

d) – Langages et communication

Mondes sonores :

  • La bulle de son : une grosse bulle de permet de compren­dre la réfraction et la propagation du
  • Deux oreilles dans l’espace : on découvre la différenciation d’écoute de l’oreille droite et de l’oreille gauche.
  • L’oreille cassée : les conditions de surdité dues au vieillissement ou à l’exposition prolongée aux bruits intenses sont mises en évidence.

 

Expressions et comportements :

  • Le suiveur de regard : une machine qui enregistre tous les mouvements des yeux et les restitue sous forme de « trajets oculaires ».
  • L’odorama : associer à volonté les images d’un film à une gamme d’odeurs diffusées dans la pièce.
  • Le théâtre du Bonjour : à chaque culture, à chaque situation correspondent de multiples bonjours, variant en fonction des individus, du lieu et de la cause de leur rencontre.

 

Images :

  • Les écrans du réel : tous les aspects de la photographie, du cinématographe et de la vidéoscopie.
  • Le petit théâtre de l’imagerie scientifique : un regard nouveau sur le monde grâce aux techniques d’investigations scientifiques.

 

Mutations informatiques :

  • Coloriage d’un graphe tester des algorithmes de résolu­tion d’un graphe sur une représentation tridimensionnelle.
  • Simulateur de vol : expérimenter la puissance de la simula­tion grâce aux technologies informatiques de haut niveau.
  • Dédale : l’intelligence artificielle comme préfiguration des modes de pensée humaine.
  • Espace sonore : processus de génération de sons par les mouvements et les déplacements de son propre corps.

 

Les expositions temporaires.

  • La télé a 50 ans :

C’est une exposition consacrée à l’histoire de la télévision française depuis sa naissance en 1936. L’importance prise aujourd’hui par la télévision nous incite à mieux comprendre ses enjeux.

  • La mode industrie de pointe :

A travers un parcours qui met en situation la préparation d’une saison, l’été 1987, le public découvre les étapes industrielles qui se succèdent sur 18 mois de la fibre aux tissus, pour arriver au vêtement.

  • La planète alimentaire :

Dans les coulisses de la production et de la consommation, le visiteur découvre comment les entreprises répondent aux mutations des habitudes alimentaires : les dernières recherches dans le domaine des biotechnologies, les procédés d’ionisation ou de déstructuration des aliments, les méthodes de gestion informatisée d’un hypermarché, les produits que l’on consommera demain.

 

ANNEXE 1

L’HISTOIRE DE LA VILLETTE.

 

Situé dans une vallée entre la Butte Montmartre et les Buttes Chaumont, le petit village de La Villette comptait, en 1750, 560 habitants.

A partir du XIXe siècle, La Villette va devenir le secteur privilégié d’implantation des grands équipements parisiens.

En 1812, par la volonté de Napoléon, était créé le Bassin de la Villette, importante pièce d’eau destinée à alimenter toutes les fontai­nes de Paris grâce aux eaux de l’Ourcq et aux affluents de la Marne.

Dès la fin de la Restauration, commerces et industries prospèrent. Tous les charbons tirés des Houillères du Nord et de la Belgique sont entreposés sur les bords du canal et attirent chaque jour de nouvelles industries. Ce territoire est également devenu l’entrepôt général des marchandises qui arrivent des colonies par la mer.

Le bassin n’en reste pas moins un but de promenade. Par grand froid, le plan d’eau se transforme en patinoire géante.

1860 sera l’année de l’annexion de « La Villette-Saint-Ladre-Lès-Parisis par la ville de Paris sur la volonté de Napoléon III et d’Haus­smann. Le Second Empire dota La Villette des deux équipements qui allaient la caractériser pendant un siècle : les abattoirs et le marché aux bestiaux (1er janvier et 21 octobre 1867).

Dans les années 50, un grand projet d’industrialisation prend corps. Une société d’économie mixte est constituée afin de procéder à la modernisation des abattoirs et à la création du Marché d’Intérêt National de la Viande, par le transfert de celui des Halles.

Dans le même temps, les progrès de l’industrie du froid modifiaient les conditions du marché de la viande. L’édification de bâtiments ultra- modernes pour l’abattage et la vente des viandes précède la décision de transférer le marché à Rungis. Le 15 mars 1974, le gouvernement décide de fermer les abattoirs.

 

LA CITE : LES GRANDES DATES DU PROJET.

Mi 1977 : Monsieur Taillibert, architecte, est chargé par le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, d’une étude sur la reconversion possible des bâtiments existants, notamment de la grande sal­le des ventes des abattoirs. Monsieur Taillibert conclut que ce bâtiment pourrait abriter un Musée des Sciences, des Techniques et des Industries.

Fin 1977 : Maurice Lévy, professeur de physique à Paris VI et ancien président du CNES, est chargé d’une étude sur l’intérêt pour la France de créer un Musée des Sciences, des Techniques et des Industries.

Ce sera « le rapport Lévy » remis en 1979 et la définition du contenu de la future cité des Sciences et de l’Industrie.

Juillet 1979 : Parution du décret portant création de l’Établissement Public du Parc de la Villette au Journal Officiel du 13 juillet 1979. Paul Delouvrier en est le président. L’Établissement est chargé de l’aménagement des cinquante-cinq hectares du site de la Villette.

Décembre 1979 : Un conseil restreint décide :

  • de programmer un Musée selon les orientations du Rapport Lévy,
  • de créer un Parc,
  • de réserver l’emplacement d’un auditorium.

Une consultation d’architectes sera organisée pour la création d’un Musée des Sciences, des Techniques et des Industries, dans l’ancienne salle des ventes des abattoirs.

Septembre 1980 : Après consultation de 27 architectes français, Adrien Fainsilber devient architecte du Musée.

Juillet 1981 : Monsieur François Mitterrand, président de la République, visite la Villette et confirme les missions de l’Établissement Public.

Mars 1982 : Un communiqué de la présidence de la République annonce les grandes opérations d’architecture et d’urbanisme, parmi lesquelles la réalisation d’un parc et d’une cité musicale qui complètent l’aménagement du site de la Villette.

Janvier 1983 : Après concertation entre les ministres intéressés et avec l’assentiment du président de la République, un comité d’orientation du Musée est par une décision du président de l’Établissement public.

Novembre 1983 : Maurice Lévy est rappelé et devient directeur du Musée à l’Établissement public du Parc de la Villette.

18 février 1985 : Décret portant création de l’Établissement public à caractère industriel et commercial de la cité des Sciences et de l’Industrie.

6 mai 1985 : Inauguration de la Géode par François Mitterrand.

21 mai 1985 : Maurice Lévy est nommé président de la cité des Sciences et de l’Industrie par décret du président de la République.

Octobre 1985 à février 1986 : Le gros œuvre du bâtiment de la cité est livré en tranches successives par l’Établissement public du Parc de la Villette à la cité des Sciences et de l’Industrie.

14 mars 1986 : Ouverture au public de la cité des Sciences et de l’Industrie avec de ses équipements.

 

IMPRESSIONS ET RÉFLEXIONS STRICTEMENT PERSONNELLES D’UN VISITEUR.

« Dieu est mort » affirmaient, il n’y a guère, nos philosophes de pointe. Voire !

Mais les dieux ? La déesse Science, au moins, a désormais à Paris un Temple de la nature, et l’industrie française une vitrine di­gne d’elle.

Dès le premier coup d’œil, la Science se présente aux visiteurs avec toute la majesté requise. Quelle impression quand on débou­che en haut du monumental escalier qui mène à la Géode, que celle donnée par cette Bulle métallique géante qui brille au soleil, sertie sur Paris comme une immense perle bleutée et qui se propose de dévoiler en son sein, sans les révéler complètement une partie des mystères et des secrets de la création de l’Univers et de son évolution.

Il n’y a pas si longtemps on parlait du nouveau scandale de la Villette : « un programme trop complexe, trop cher… un projet qui ne serait jamais terminé… Avec des millions de chômeurs il y a mieux faire… ». La sérieuse revue « Science et Vie « , dans son numéro de mars 1985, publiait un long article au vitriol, en évoquant « la plus ruineuse idée juste jamais mise au musée ».

Cette offensive rappelait celle contre le centre Pompidou, promis au naufrage quelques années plus tôt et qui fut une prodigieuse réussite, mais aussi celle contre le « Concorde » : or, sans Concorde, il n’y aurait pas eu Airbus ni d’industrie aéronautique française digne de ce nom ! Et aujourd’hui ? c’est par cars entiers que les enfants, les adolescents, et les adultes convergent chaque jour vers la Cité des Sciences et de l’Industrie. Une fois de plus, les Cassandre professionnels ont bonne mine !

Et maintenant, nous voici au sein de la Géode, dont l’aménagement intérieur n’est pas moins impressionnant que l’architecture extérieure. Les effets visuels y sont complices des effets sonores ; sur la totalité de la surface de l’écran – l’un des plus grands du monde – se réalise le mariage harmonieux de l’image et du son. On se sent embarqué dans un voyage imaginaire (oh ! Jules Verne et mon enfance !) où le dépaysement est total : paysages du bout du monde ! émerveillement devant les profondeurs insondables des abîmes qui succède l’ivresse des cimes, falaises vertigineuses, volcans en fureur, lacs enfouis, visions triom­phalistes de la planète et des cieux vastes et changeants, dont on se sent devenir le grand arpenteur … On éprouve en d’intenses vibrations l’acuité de nos facultés sensorielles, et ce propos, je me permets de conseiller aux visiteurs de faire la « croisière » avec un estomac modérément garni s’ils craignent le mal de mer, bien qu’on navigue souvent … en plein ciel.

On se retrouve l’air libre un peu « chamboulés » et l’on gagne la Cité des Sciences et de l’Industrie où les sciences et les techniques contemporaines sont mises à la portée de toutes les bourses où quelques millions de Français – sans parler des étrangers – vont pouvoir s’instruire, s’émerveiller et se divertir – mais par où commencer la visite ?

Quoi qu’on pense de l’homme et de ses origines, il est main­tenant certain qu’il est le produit d’une longue, d’une très longue histoire, dont personne ne peut dire, pour l’instant, avec exactitude, ni quand elle a commencé, ni quand elle finira.

Tout ce que nous savons c’est que des dizaines et des dizaines de millions d’êtres ont vécu sur la Terre avant nous, qui ont com­battu et tué pour vivre, qui ont connu, comme nous, la peur, la souffrance et la joie, qui ont rêvé, qui ont aimé, pendant 250 000 géné­rations au moins.

Alors, pourquoi ne pas commencer notre visite par le commen­cement et ne pas aller à la rencontre de nos lointains ancêtres en ga­gnant d’abord le « tramvie ». Sur la route du temps, on voit se profiler en silhouettes suggestives, sous vitrine, les avatars successifs de l’homme dans son évolution.

« Lucy » qu’une chanson des Beatles baptisa ne figure pas dans le cortège. Pourquoi ? sexisme ? Il est vrai qu’elle ne prétendre à l’appellation contrôlée de « Homo » !

Alors saluons au passage « l’homo habilis », qu’on s’est contenté de nommer 1470 (- de son numéro de catalogue au musée national de Nairobi ! -). Il va coup sur coup inventer le langage, créer l’outil, apprendre le partage et la division du travail. Lui succède « l’homo erectus », qui va faire place nette, rester seul en piste, et ne plus cesser de croître et de se multiplier. Le pithécanthrope de Java, le sinanthrope de Pékin, c’est lui ; l’homme de Tautavel, l’homme de Néanderthal, c’est toujours lui …

Et puis, d’un seul coup, « l’homo sapiens » entre en scène. Il s’agit d’une nouvelle espèce. La suite de l’histoire, on la connaît, c’était hier. Et la fin de l’histoire ? A l’apogée de la réussite d’Homo erectus, la Terre ne pouvait nourrir que 2 à 3 millions d’individus, nous en sommes aujourd’hui à 4 milliards et demi ! Est-ce le dénouement ? L’apothéose, le triomphe définitif de la première espèce vivante, qui a réussi à maîtriser entièrement (?) ses conditions d’existence ? Ou bien devons-nous nous attendre à d’autres surprises ? L’avenir garde-t-il en réserve quelque nouveau modèle de la série des « Homo » ? quelque mutant appelé un jour à nous balayer à notre tour ?

Pour varier les plaisirs, passons d’un extrême à l’autre, de la préhistoire aux robots devant lesquels se postent les jeunes, admiratifs. Mais je ne puis pas rester sourd au cri d’alarme du docteur Allard (Centre Médico-psycho-pédagogique de Sainte-Geneviève des Bois) : « Les robots sont en train de voler l’âme de nos enfants ».

Que l’enfant soit fasciné par la technique, on le comprend. Elle est partout, elle a tout envahi, le travail, le domicile, la vie privée. Seulement, il faut comprendre aussi que dans ce monde d’automatismes en tous genres et à toutes fins, où même les jouets se déplacent tout seuls, font de la musique, singent la vie, il est beaucoup plus difficile qu’autrefois à l’enfant d’apprendre à faire la différence, indispensable à la construction de son moi, entre les êtres et les choses.

Pour apprendre la vie à nos enfants, il faudrait d’abord prendre nous-mêmes le temps de vivre. Nous croyons commander aux machines, c’est elles qui nous dévorent. Elles ont fait de nous des espèces de robots, simples rouages plus ou moins anonymes de la formidable machine collective qu’est devenu le monde de la production industrielle – même nos loisirs se passent à expérimenter, à entretenir, à réparer les innombrables gadgets mécaniques, électriques, électroniques que la société de consommation met à notre disposition -.

Et l’on contribue ainsi à créer chez l’enfant qui partage (subit ?) notre vie, des exigences qui, en réalité, lui ont été suggérées de l’extérieur, par nous, par la publicité omniprésente et qui ne correspondent pas chez lui à un vrai désir profond.

J’entends l’objection ! Je sais que l’une des tâches de l’être humain est de s’adapter au monde dans lequel il est appelé à vivre. Je ne vois aucun inconvénient à ce qu’un enfant joue pendant des heures à être un camion, et court dans tout l’appartement en criant : « vrroum ! vrroum !, au grand dam du vieux monsieur de l’étage en dessous. Le drame commence quand le jeu cesse d’être un jeu et où l’enfant n’a plus rien à désirer, car il est lui-même devenu un robot.

Mais l’heure nous presse. Avant de regagner le car, il nous reste à slalomer dans le vrai domaine pour initiés : celui des langages et communications modernes, celui de l’audiovisuel, de l’informatique, de l’électronique, tous noms familiers à nos yeux et oreilles, sinon à notre intelligence.

Mais lorsqu’on voit les jeunes installés devant un clavier, dont ils pianotent les touches avec une jubilation, une aisance et des réflexes étonnants, on reste confondu. Ils sont, dans tous les sens du terme, « ravis ». On leur a tellement enfoncé dans la tête que l’informatique, l’électronique, c’est comme le lot o : c’est facile et ça peut rapporter gros !

Ne risque-t-on pas pourtant de leur faire apparaître la Science d’aujourd’hui comme un jeu, simplement un jeu qui n’aura pas plus de rapports avec la vraie science que le billard électrique ? Autrefois, on nous emmenait au Cirque, au Zoo, aux marionnettes ; aujourd’hui, on les conduit à la Villette. C’est parfait ! Mais songe-t-on au risque de leur faire oublier qu’avant de jouer – ou du moins, tout en jouant – il est indispensable d’acquérir une solide formation théorique de haut ni­veau. De forts bons esprits, compétents et lucides, comme le professeur Maurice Nivat (Université de Paris et École Polytechnique), éprouvaient une grande crainte et s’émouvaient devant la pénurie dramatique – il y a encore 3 ans – de matériel et de personnel qualifiés, dont souffraient les Universités françaises. Pessimisme excessif ? Réalisme bien plutôt. Croit-on que Pascal eût inventé sa machine à calculer s’il n’avait pas commencé par apprendre consciencieusement toutes les mathématiques con­nues de son temps. Il ne s’agit pas de fabriquer des « Pascal », objectera-t-on : c’est vrai, mais au moins de former des hommes qui les compren­nent et soient capables de transmettre leur science.

Certaines de ces réflexions paraîtront peut-être moroses à plus d’un lecteur. Mais j’ai pensé que la déesse Science avait aujourd’hui tant de laudateurs inconditionnels, sinon fanatiques, qu’il n’était pas malséant qu’un simple croyant tempère les enthou­siasmes excessifs en incitant à une sage réflexion par quelques in­terrogations.

Fernand Labigne

 

 

Découvrez + de 1100 textes des conférences du CDI sur le site du CDI de Garches 

Vos commentaires et vos conseils contribuent à l’amélioration de nos parutions.
Vous disposez de l’espace « COMMENTAIRES » ci-dessous pour les exprimer.
Merci  et à bientôt pour votre prochaine visite.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.