HISTOIRE DES DRAPEAUX

Thèmes: Histoire, Société
Conférence du mardi 24 janvier 1989

Par le Commissaire Colonel Jean de Lassalle, conservateur du département des drapeaux au Musée de l’Armée, a raconté l’histoire des drapeaux.

Jean de Lassalle débuta sa conférence ainsi :

« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, la guerre de Troie n’aura pas lieu. C’est Giraudoux qui a dit cela. Et bien, il s’est trompé, car la guerre de Troie a lieu maintenant, tout de suite, et je vous y amène … « 

Nous sommes en 1185 av. J C. Le siège dure depuis si longtemps que la vigilance des Grecs commence à faiblir. Alors les Troyens en profitent pour tenter une sortie. Les Grecs sont surpris et connaissent un moment de panique. Attiré par les cris, Agamemnon sort de sa tente. D’un coup d’œil il juge la situation. Avisant un foulard de pourpre qui trainait sur le sol, il s’en saisit et l’agite bien haut au-dessus de sa tête pour appeler à lui les guerriers Achéens, les rassembler en ordre de bataille et les conduire à la contre-attaque.

Le premier drapeau vient de naître.

Cette histoire a le privilège de mettre en évidence le rôle primordial du drapeau qui est avant tout un signe de rassemblement pour les hommes en guerre.

Les Assyriens partaient en guerre en amenant devant eux l’effigie de leurs dieux, afin que ceux-ci leur donnent la victoire.

Les Romains faisaient de même. Ils portaient ces effigies sur les « signa militaria » (enseignes militaires).

Sous l’effigie religieuse, on voit sur la photo toutes sortes de médailles, les unes représentant les chefs illustres qui ont commandé cette légion et les autres, l’évocation de la bataille où ils se sont distingués.

Par la suite, on a remplacé les effigies par les animaux familiers de ces dieux : l’aigle de Jupiter, le loup de Mars, la chouette de Minerve, sauf dans la cavalerie car tout ceci était trop lourd à porter et peu maniable à cheval. Les cavaliers avaient un morceau de tissu appelé « vexilum » (petit voile, diminutif de velum). Ce « vexilum », pour qu’on le voit de loin, était tendu sur une traverse perpendiculaire à la hampe. Parce qu’il est maintenu étendu, on appellera cette forme d’enseigne un « étendard ».

En l’an 100 av. JC, Marius, auréolé par ses succès sur les Cimbres et les Teutons, décide que l’aigle de Jupiter sera l’unique enseigne des légions romaines. Sous le consulat de Marius, la République déjà se meurt et l’ombre de César va bientôt poindre derrière le Rubicon.

Alors, les conquêtes de la Rome impériale vont porter aux 4 coins du monde antique la renommée des aigles romaines, au point que dans les siècles à venir, tous les empires de la Terre voudront avoir l’aigle pour symbole.

Sur les enseignes des légions romaines, l’aigle va régner sans partage pendant 4 siècles.

Au soir du 27 octobre de l’an 312 de notre ère, Constantin le Grand, levant les yeux vers le ciel y voit une croix de feu accompagnée de ces mots « Hoc signo vinces » (par ce signe tu vaincras). Immédiatement, il fait remplacer sur les étendards de la cavalerie la garde l’aigle de Jupiter par la croix du Christ. Le lendemain, il remporte sur son rival Maxence la victoire qui lui ouvre les portes de Rome et lui donne accès au trône de l’Empire. Vingt ans plus tard, en 332, Constantin est toujours sur le trône et des troubles éclatent aux frontières de l’Empire. Il faut envoyer de toute urgence les vieux soldats aguerris qui occupaient les villes de la Gaule du Nord sur la frontière du Rhin. Mais on ne peut pas laisser les villes gauloises inoccupées. On y envoie les Scholarii de la garde, sorte d’enfants de troupe.

Dans le détachement envoyé à Amiens se trouve un garçon du nom de Martin. Comme il se conduit très bien, on l’a nommé « circuitor ». Le circuitor est un petit gradé qui fait des rondes pour vérifier que les sentinelles sont à leurs places et qu’elles ne s’endorment pas. Martin, au cours de sa ronde, rencontre beaucoup de miséreux car la région est très pauvre. Comme il a le cœur charitable, il leur offre ses vêtements, si bien qu’un jour il se trouve nu sous son manteau. Mais il voit un pauvre à moitié nu grelotant. Il est tellement ému qu’il enlève sa pélerine et d’un coup d’épée la coupe en deux pour en donner la moitié au mendiant. Dans la nuit qui suit, le Christ lui apparaît sous les traits du mendiant. Il le remercie de sa charité, mais lui reproche de ne pas s’être encore fait baptiser.

Martin se fait baptiser, quitte l’armée et embrasse une carrière religieuse qu’il commence comme exorciste à Poitiers et qu’il termine comme évêque à Tours où il meurt en 397.

Faisons un saut d’un siècle dans l’histoire et retrouvons-nous en 496, Clovis qui, à la suite d’un vœu qu’il avait fait sur le champ de bataille de Tolbiac, vient de se faire baptiser à Reims.

L’Empereur d’Orient, Anastase 1er, estime qu’en embrassant la religion chrétienne, Clovis doit occuper le trône de l’Empereur d’Occident vacant depuis la déposition de Romulus Augustule en 476. Il envoie à Clovis les marques de la dignité impériale. Clovis décide d’aller les revêtir à Tours, qui depuis la mort de Saint-Martin est la capitale religieuse de la Gaule.

Le temps que ces marques arrivent de Constantinople, plusieurs mois s’écoulent et Clovis vient à Tours au moment précis où on célèbre, en 497, le centenaire de la mort de Saint-Martin. Il s’informe de l’histoire de ce Saint et demande à faire ouvrir le tombeau. On l’ouvre. La seule chose encore intacte est la moitié de manteau que Saint-Martin avait conservée de sa charité.

Emerveillé, Clovis la fait placer dans un reliquaire et, pour qu’on puisse mieux l’honorer, fait bâtir autour un petit édifice.

Ce manteau est appelé à l’époque « chape », les pèlerins prendront l’habitude de désigner l’édifice où se trouve le manteau du nom de « chapelle ».

Dix ans plus tard, Clovis devant affronter les Visigoths, se souvient du manteau. On le place sur une traverse et on part à la rencontre des Visigoths. Ils sont vaincus à Vouillé (aux portes de Poitiers), comme si Saint-Martin, se souvenant de ses premières armes dans la vie religieuse à Poitiers était venu lui-même arrêter l’adversaire.

Nous sommes en 732. Les Arabes ont envahi la France. Charles Martel prend le manteau de Saint-Martin et repousse les Arabes à Poitiers. A la suite de ce « miracle », les Rois de France décident que désormais, on amènera le manteau de Saint-Martin dans toutes les batailles.

Mais, le manteau étant usagé, pour ne pas l’abîmer, on le placera dans un reliquaire au-dessus duquel on brandira une bannière qui sera bleue comme le manteau de Saint-Martin.

C’est la première bannière de France.

* *

*

Le dernier quart du IIème siècle a une importance particulière. En 1082, Simon de Valois, Comte de Vexin, meurt sans postérité. Son comté échoit au Roi de France. Il a un territoire qui jouxte les portes de Paris et englobe l’Abbaye de Saint -Denis. En même temps qu’il hérite du comté, le Roi de France hérite de la charge de protecteur laïque de l’Abbaye de Saint-Denis.

1088. Philippe 1er, Roi de France, crée les milices paroissiales. Les curés, à la demande du Roi, doivent rassembler tous les hommes mobilisables. Pour cela, ils prennent la croix processionnelle. A cette croix on accroche une bannière d’étoffe voyante dont la couleur indiquera de quelle paroisse il s’agit. La croix n’est pas très pratique pour combattre à la tête de la milice. Elle va donc être peinte sur la bannière, qui pourra ainsi être accrochée sur une lance.

1095. Le Pape Urbain II prêche la première croisade. Les barons chrétiens partant pour la Terre Sainte mettront une croix sur leur poitrine et beaucoup la mettront aussi sur leur bannière pardessus leurs armes personnelles.

Deux sortes de bannières avec des croix naissent ainsi.

1124. Henri V d’Allemagne assiège Reims. Le Roi de France Louis VI le Gros veut se porter au secours de cette ville. II s’avise que passer par Tours pour prendre la bannière de Saint-Martin et remonter sur Reims n’est pas le plus court chemin. Il se souvient que depuis quelques années, il est avoué de l’Abbaye de Saint-Denis, dans laquelle se trouve une bannière sacrée (rouge très vénérée et donc susceptible de le protéger à la guerre). Il lève la bannière de Saint-Denis (lever une bannière c’est la mettre sur une lance).

A partir de cette date, les Rois de France vont emporter la bannière de Saint-Denis dans toutes leurs expéditions militaires.

Louis VI, pour ne pas s’aliéner les bonnes grâces de Saint-Martin, se fait faire une bannière personnelle de la même couleur que le manteau de ce Saint, et pour ne pas la confondre avec le manteau, on y met des lis d’or, copiés sur celui qui figure au sommet du sceptre royal.

A partir de là, la bannière bleue avec des fleurs de d’or sera la marque des Rois de France jusqu’à la Révolution avec pour seule modification la réduction des fleurs au nombre de trois par le Roi Charles V, en hommage à la Sainte Trinité.

Triste année que 1087, pour le monde chrétien, puisque le Sultan Saladin reconquiert le royaume latin de Jérusalem fondé à la suite de la deuxième croisade. Quand il apprend cette nouvel1e, Philippe Auguste convoque au camp de Gisors, le Roi d’Angleterre et le Comte de Flandre pour organiser une troisième croisade afin de rétablir le royaume de Jérusalem. L’entrevue du camp de Gisors va avoir une conséquence très importante. En effet, pendant les préparatifs les souverains conviennent que pour distinguer leurs guerriers à la croisade, ils mettront sur leurs bannières des croix de couleurs différentes : rouge pour les Français, blanche pour les Anglais et verte pour les Flamands.

En 1328, le Roi de France Charles IV meurt sans successeur. Les juristes du royaume désignent son cousin Philippe de Valois, pour occuper le trône. Mais les Anglais, qui refusent de reconnaître la loi salique estiment que le trône de France doit revenir à leur propre Roi Edouard Ill, encore enfant.

En 1337, Edouard III se donne spontanément le titre de Roi de France et décide de conquérir son royaume. C’est le début de la Guerre de 100 ans. Pour bien marquer qu’il est Roi de France, il débarque avec des bannières sur lesquelles est peinte une croix rouge. Par mesure de rétorsion, les Français mettent des croix blanches sur leurs bannières.

En 1480, Louis XI fait venir, au camp du Pont de l’Arche, des instructeurs suisses pour moderniser l’organisation militaire française et, en particulier, former avec les bandes de Picardie la première unité régulière de l’armée française.

Les nouvelles bandes de l’armée régulière conservent les bannières à croix blanche héritées des anciennes milices paroissiales.

La première compagnie de tous les régiments de France appartient de droit au Colonel Général de l’Infanterie française et c’est pourquoi elle porte la couleur blanche, marque de commandement du Colonel Général.

Par contre, chaque autre compagnie a un drapeau dit d’ordonnance parce que sa couleur est fixée par une ordonnance royale. Pour le régiment de Picardie, ce sont des drapeaux rouges à croix blanche.

Quand le fils de Laurent le Magnifique s’éteignit sur le trône de Saint-Pierre en l’an de grâce 1521, son cousin Jean de Médicis donna, en signe de deuil, des drapeaux noirs aux mercenaires piémontais qui servaient sous son commandement.

Un an plus tard, Jean de Médicis étant mort, les bandes de Piémont passent au service du Roi de France. Elles conservent les bannières noires qui leur avaient valu le surnom de bandes noires, mais elles y mettent la croix blanche de l’infanterie française.

1515 Marignan !

1515 Drapeaux !

C’est au cours d’une campagne de François Ier que les adventuriers de France ont emprunté au vocabulaire italien le mot « drapo » qui signifiait pièce d’étoffe. En entrant dans la langue française, la dernière syllabe a été modifiée et me mot a pris un sens plus restrictif pour désigner la bannière.

Les drapeaux qui ont les quartiers de la même couleur sont les plus vieux de l’armée française. On a vite épuisé les combinaisons avec une seule couleur et on est passé pour les régiments suivants à deux couleurs puis à quatre couleurs.

Il n’y a pas que des drapeaux à croix blanche dans l’armée française. Le Roi entretient des troupes étrangères dont les drapeaux ont un style différent. Mais cela prête à confusion sur le champ de bataille et le Roi inquiet de cette situation décide en 1690 que pour reconnaître les drapeaux français on accrochera une cravate blanche à la pique du drapeau. Faute d’argent dans les caisses, il est décidé que ce sera le Colonel qui paiera les cravates pour les drapeaux de son régiment.

Appliqué pendant un siècle, ce principe prend forme de dicton : le Roi paie le drapeau et le colonel la cravate.

Parmi toutes les combinaisons adoptées pour les drapeaux sous l’Ancien Régime, il y en eut, bien sûr, du bleu blanc rouge. Nous nous bornerons ici à évoquer un seul de ces drapeaux.

A la veille du juillet 1789, un détachement de grenadiers suisses fut envoyé en renfort aux invalides qui assuraient la garde de la Bastille. Ce détachement avait un drapeau sur lequel étaient dessinées des flammes ondées alternativement bleues, blanches et rouges. Pris par le peuple, en même temps que la forteresse, ce drapeau fut, pendant trois semaines, exposé comme un trophée dans l’église de la Trinité. Il est piquant de constater ainsi que, le juillet 1789, les couleurs bleu blanc rouge sont celles qui défendent la Bastille contre le peuple de Paris.

Le 17 juillet 1789, Louis XVI est reçu à l’Hôtel de Ville de Paris par le maire Bailly. A ce dernier, La Fayette, qui vient d’être nommé commandant de la milice parisienne, suggère d’offrir au roi la cocarde bleue et rouge de cette milice. Louis XVI accepte ce présent et l’épingle par-dessus la cocarde blanche déjà cousue à son chapeau. La Fayette voit immédiatement, dans la réunion de ces deux cocardes, le symbole d’une union nationale. Le 27 juillet, il fait déclarer l’association du bleu du blanc et du rouge « couleurs nationales » et la fait porter, en tant que telle, par la milice parisienne rebaptisée entre temps « Garde Nationale ».

Mais, quelle est la plus lointaine origine de ces couleurs ?

Le bleu : Nos ancêtres les Gaulois pratiquaient intensément la culture du pastel. Ils fabriquaient tellement de teinture bleue avec ce pastel qu’ils en mettaient partout.

Quand le futur Saint Martin faisait partie du détachement d’occuper Amiens, les scholarii de la garde impériale romaine étaient habillés de lin blanc. On les avait, pour cette raison, surnommés « la garde blanche ». Avec les premiers froids, dans le nord de la Gaule, le lin s’avéra un peu léger. Le questeur de la Légion romaine réquisitionna alors des capes de fabrication locale teintes, bien sûr, en bleu pastel.

Hérité de la cape de Saint Martin, notre bleu de roi, appelé ensuite bleu national puis bleu de France, n’est pas autre chose que le bleu pastel de nos ancêtres les Gaulois.

Comment se fait-il que ce bleu se trouve dans les armes de Paris puisque c’est le bleu de roi et non le bleu de Paris ? Après la fin du Moyen-Age, le Roi incita les bourgeois à assurer eux-mêmes leur défense pour réduire l’influence du seigneur féodal traditionnel « defensor civitatis ». Le Roi invita les villes importantes à passer avec lui une charte dans laquelle il était prévu que les bourgeois assureraient eux-mêmes la défense de la ville. Pour en être sûr on leur demandait de prêter serment tous ensemble de défendre et administrer leur ville. Quand ils prêtaient serment ensemble, cela s’appelait : « la commune jurée » (car ils juraient en commun). On appela donc les villes concernées « les communes jurées » et tout simplement « les communes ».

Pour indiquer qu’elles avaient passé une charte avec le Roi, celui-ci leur donnait l’autorisation de mettre dans le chef (partie supérieure de l’écu) le bleu fleurdelisé des armes royales.

Le blanc : Suite des évangiles selon Saint-Mathieu au chapitre VI : « En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : voyez les lis des champs, ils ne travaillent ni ne filent et pourtant, en vérité je vous le dis, le Roi Salomon dans toute sa gloire n’a jamais eu une robe plus éclatante ».

Le Roi Salomon était célèbre pour le soin méticuleux qu’il mettait à avoir toujours une robe d’une blancheur impeccable. C’est pourquoi après sa mort, la robe du Roi Salomon fut conservée comme une relique dans le Temple de Jérusalem. Mais en 597 av. JC, Jérusalem fut envahie par les Perses. Leur Roi, Nabuchodonosor Ier s’empara de la robe de Salomon dont il se fit un trophée personnel qu’il passa ensuite à tous ses successeurs.

La robe tombant en poussière, les successeurs la remplacèrent par un étendard blanc.

En 331 av. JC, le Roi des Perses est battu par Alexandre le Grand. Ce dernier s’empare du drapeau blanc des Perses et en fait son propre drapeau de commandement. Tous les généraux par la suite voulurent l’imiter et le drapeau blanc est devenu le drapeau de commandement en chef.

Quand Louis XVI est venu à l’Hôtel-de-Ville avec une cocarde blanche, c’est uniquement pour montrer qu’il se considérait comme le Colonel Général de toutes ses troupes. Le blanc a continué à être la marque des généraux jusqu’à aujourd’hui ou l’habit de cérémonie des officiers généraux comporte un gilet de piqué blanc.

Le rouge : En 272 av. JC, par ordre du gouverneur, Denis, premier évêque de Paris est conduit sur la montagne des martyrs (Montmartre) pour y être décapité. Quand le bourreau eut accompli son office, Saint-Denis se leva, ramassa sa tête et la portant dans ses mains, marcha vers le nord de Paris pendant un peu plus d’un quart de lieue jusqu’à ce que, ayant perdu tout son sang, il s’écroula épuisé à l’endroit où, en mémoire de cet évènement, on a bâti la basilique de Saint-Denis. On y fit faire une bannière de la couleur de la tunique du Saint couverte de sang.

Comment ces trois couleurs sont-elles venues sur notre drapeau ?

En 1790, des troubles éclatent au régiment de Touraine, alors stationné à Perpignan. Il est vrai que ce régiment est, depuis un an, privé de son colonel, un certain Monsieur de Mirabeau parti siéger comme député aux Etats-Généraux. Frère cadet du grand orateur, ce Mirabeau est un alcoolique invétéré (son ventre gonflé par l’abus des boissons lui a valu le surnom de Mirabeau-Tonneau). C’est aussi un « mauvais coucheur » qui cherche querelle à tout le monde, en particulier à son frère.

Vers la mi-mai, l’Assemblée Nationale l’invite à aller remettre de l’ordre dans son régiment. Sur place, il ne fait qu’envenimer les choses et doit quitter précipitamment la garnison. En partant, il emporte les cravates des drapeaux. Accusé de vol, il est arrêté et emprisonné. L’Assemblée Nationale est saisie de la question, puisqu’il s’agit de l’un de ses membres. Elle fait libérer Mirabeau qui ne peut avoir volé les cravates puisqu’il les a payées et que donc elles lui appartiennent. Mais l’enquête, effectuée pour le cas Mirabeau, fait ressortir que d’autres colonels aristocrates ont emporté les cravates de leurs régiments. Fait plus grave, certains d’entre eux ayant émigré utilisent ces cravates comme drapeaux pour les régiments reconstitués dans l’armée de Condé. De là viendra la légende du drapeau blanc, drapeau du Roi.

L’Assemblée ne peut tolérer cette situation. Elle décide, le 22 octobre 1790, l’octroi de nouvelles cravates tout en conservant les anciens drapeaux. Pour les distinguer des anciennes, ces nouvelles cravates seront aux couleurs nationales : bleu, blanc, rouge.

En 1791, les régiments perdent les noms d’honneur qu’ils tenaient de leurs anciens colonels-propriétaires et qui rappelaient un peu trop les privilèges aristocratiques désormais abolis. Les régiments ne sont plus désignés que par un numéro correspondant à leur rang d’ancienneté. A cette occasion ils reçoivent de nouveaux drapeaux.

On reste fidèle à la tradition d’un drapeau principal blanc à croix blanche. Il ne s’appelle plus drapeau-colonel, mais drapeau du premier bataillon ; en outre, il porte dans le canton supérieur du côté de la hampe les couleurs nationales disposées en trois bandes horizontales. Au centre du drapeau figure le numéro du régiment entouré de deux palmes accompagnant la nouvelle devise « Discipline, obéissance à la loi ». A chaque extrémité de la croix, une fleur de lis rappelle que nous sommes sous le régime de la monarchie constitutionnelle.

Pour le deuxième bataillon, on respecte le principe des drapeaux différents d’un régiment à l’autre. On groupe les régiments en neuf séries de douze et on affecte une couleur distinctive à chacune de ces séries. Pour chacun des douze régiments d’une même série, cette couleur est disposée de manière différente de part et d’autre de la croix blanche toujours conservée.

En 1793, le Gouvernement de la République s’inquiète de l’insuccès de ses armées. Les jeunes militaires sont pleins d’enthousiasme et d’inexpérience. Carnot et Dubois-Crancé décident de dissoudre tous les régiments et de mélanger les vieux soldats du Roi avec les jeunes conscrits de la République pour former des unités nouvelles qu’on appelle demi-brigades.

La demi-brigade est articulée en trois bataillons. Son drapeau principal, toujours blanc, est celui du deuxième bataillon, appelé drapeau du centre. On y retrouve un canton tricolore, plus grand que dans le modèle 1791. La République y est matérialisée par le faisceau de Licteur, ancien symbole de la République romaine. Les drapeaux des deux autres bataillons sont baptisés « drapeau des ailes ». Autour du faisceau de Licteur, coiffé du bonnet phrygien et entouré de rameaux, les couleurs bleu blanc rouge sont disposées suivant une composition différente pour chaque demi-brigade.

En 1804, Napoléon 1er réalise un modèle unique de drapeau pour toute l’armée française : bleu, blanc, rouge. La partie centrale a la forme d’un losange pour donner plus de place aux inscriptions qui sont :

A l’avers, l’Empereur des Français à tel régiment, au dos des devises.

Au sommet de la hampe se trouve une aigle.

MODELE 1804

En 1812, il change le modèle du drapeau. Les couleurs nationales y occupent trois bandes d’égale largeur suivant une disposition qui s’est maintenue jusqu’à nos jours. Il n’y a plus qu’un seul drapeau par régiment, mais il est enrichi de broderies d’or.

MODELE 1812

Louis XVII adopte des drapeaux blancs portant à l’avers les armes royales entourées de divers ornements et au revers une formule de dévolution entourée des mêmes ornements.

Pendant les 100 jours, Napoléon revient au drapeau tricolore surmonté d’une aigle. Le modèle est beaucoup plus simple que celui de 1812.

A la dernière restauration, Louis XVIII supprime les régiments et les remplace par des légions. Celles-ci ne sont pas désignées par des numéros mais par des appellations d’honneur. Leurs drapeaux diffèrent de ceux de 1814 essentiellement par la présence d’une rosette à la place du numéro dans les angles.

MODELE 1814 (revers)

Louis Philippe se pose en unificateur des Français. Pour donner satisfaction aux Républicains, il reprend les 3 couleurs. Pour donner satisfaction aux Royalistes, il écrit « Le Roi des Français ». Pour donner satisfaction aux Bonapartistes, il met le coq gaulois à défaut de l’aigle impériale, mais surtout, il fait inscrire sur les drapeaux la devise « Honneur et Patrie » créée par Napoléon pour la Légion d’Honneur.

En Paris reçoit le baptême du rouge. Lamartine qui fut poète et grand homme politique, fait un discours à l’Hôtel-de-Ville de Paris et par son éloquence fait adopter le drapeau tricolore. On reprend le drapeau tricolore et l’on supprime le coq que l’on remplace par une pique.

MODELE 1848

La deuxième République ne dure pas longtemps. En 1851, Louis Napoléon Bonaparte fait son 1er coup d’état à la suite duquel il décide de remettre sur les drapeaux l’aigle « symbole de cent victoires ». Ceci est habile car les militaires apprennent qu’ils étaient les victimes d’une injustice, qu’on les avait privés du symbole de la victoire. Ils sont éperdus de reconnaissance pour Louis Napoléon Bonaparte qui leur rend le symbole de leurs victoires. Par la même occasion, le tablier des drapeaux est aussi changé.

MODELE 1852

Pour le Second Empire, Napoléon III reprend les mêmes motifs que ceux qui avaient figuré sur les modèles 1812, sauf le semis d’abeilles d’or qu’il réserve aux emblèmes de la Garde Impériale.

1853

En 1859, il décide, au cours de la campagne d’Italie, que chaque fois qu’un régiment prendra un drapeau à l’ennemi, son propre drapeau sera décoré de la légion d’honneur.

En 1870, certains militaires français ont un tel amour de leur drapeau, que plutôt que de le voir tomber aux mains de l’ennemi, ils le lacèrent et s’en partagent les morceaux.

Après la guerre, on verra ramener dans les salles d’honneur des lambeaux de drapeaux qui permettront parfois de reconstituer, plus ou moins complètement, l’ancien emblème.

Pendant 10 ans, il n’y a pas de drapeau. En 1880, tous les Colonels de l’armée française sont convoqués sur l’hippodrome de Longchamp pour y recevoir des mains du Président de la République le nouveau drapeau de l’armée qui est encore en service aujourd’hui.

C’est la réconciliation de l’armée et de la nation et la source d’un culte pour le drapeau qui va animer les Français pendant ans et, en particulier au cours de la guerre 1914-18.

Monsieur de Lassalle conclut :

« Aujourd’hui on peut se demander si un drapeau sert à quelque chose. Travaillant aux Invalides, cela me donne l’occasion d’assister à des obsèques officielles. Quand je vois passer le cercueil recouvert du drapeau tricolore, je pense à chaque fois à ce qu’écrivait Pierre Loti : « Bienheureux ceux qui sont morts pour les vieux rêves oubliés d’Honneur et de Patrie et que l’on enterre avec un drapeau ». Alors, un drapeau sert encore à quelque chose puisque c’est toujours le linceul de gloire à l’ombre duquel les grands serviteurs de la Nation accomplissent leur dernier voyage ici-bas ».

Il termine avec l’image du drapeau national hissé au-dessus des sportifs vainqueurs sur le podium des Jeux Olympiques.

 

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