
Thèmes : histoire.
Conférence du mardi 28 novembre 1989 par Georges Godfroy.
Mardi 28 novembre, Georges Godfroy, animateur au C.D.I., nous a parlé de l’histoire des cartes postales. Il nous a présenté de nombreuses conférences, la dernière ayant été intitulée : « Sur les pas des peintres de l’Ile-de-France »,
« Tout d’abord, je voudrais rendre hommage à Johannès Gensfleisch, dit Gutenberg, créateur des caractères d’imprimerie mobiles ou typographiques en 1440 à Strasbourg, qui imprima en 1455 la première Bible dite « à quarante-deux lignes » ; et surtout à Nicéphore Niepce, physicien français, inventeur de la photographie en 1816… ».
Carte vient du latin « charta », papier, feuille de carton, mince plus ou moins flexible, destinée à divers usages, dit le Petit Larousse.
C’est au 17ème siècle qu’apparaissent en France, les billets de visite, devenus ensuite « carte de visite ». Les commerçants comprirent vite l’intérêt de ces billets et les employèrent pour leur réclame et même comme factures. Les jeux de cartes dépareillés au format pratique et au verso blanc, convenaient bien pour cet usage et étaient très employés aux 17ème et 18ème siècles.
Au 19ème siècle, la carte de visite ou de réclame est de plus en plus utilisée. Cependant les enveloppes n’existant pas encore, on pliait la feuille de façon à y inscrire l’adresse, puis on la fermait à l’aide d’un petit morceau de cire.
La découverte de la lithographie permet la création des cartes « porcelaine » qui doivent leur nom à la blancheur du papier glacé.
La correspondance à découvert est admise par la poste en France en 1856.
Voici 120 ans, le 1er octobre 1869, est éditée à Vienne (capitale de l’Autriche) la première carte postale officielle, suite à la proposition du Docteur Hermann, son inventeur. Il s’agit de cartes de correspondance uniquement, sans illustration, avec sur le recto l’adresse du destinataire, et sur le verso, la correspondance.
En 1870, l’Allemagne adopte officiellement le même type de carte. Cette même année, le 29 septembre 1870 pendant la guerre, la carte postale apparaît en France. L’occupant allemand en autorise l’édition afin de permettre aux militaires de donner de leurs nouvelles.
Éditées à Nancy, les affiches de cette publication furent apposées dans les lieux publics.
A Paris, le blocus des troupes allemandes rend impossible toute communication avec l’extérieur. En septembre 1870, le gouvernement français autorise l’administration des postes à assurer le transport des cartes-poste, par aérostats libres. Cette décision donne lieu à 2 types de cartes : la carte poste, la carte en carton plein de 3 grammes maximum et de 11 cm sur 7 cm.
Des cartes dépêches puis des cartes dépêches-réponses sont par les Postes en Novembre 1870.
Les premières cartes officielles françaises furent mises en vente au prix de 10 centimes le 15 janvier 1873. En 10 jours, un million de cartes furent vendues. La France fut l’un des derniers pays à se doter de ce moyen de correspondance.
En 1873, la première carte postale est éditée par la Belle Jardinière (grand magasin de Paris), à laquelle est adjointe une publicité pour le magasin « à la ménagère ».
En naît 1874, naît l’Union Générale des Postes, future Union Postale Universelle. C’est la reconnaissance d’un territoire postal international, avec la taxation uniforme du courrier.
En 1875, l’industrie privée est autorisée à fabriquer et à mettre en vente des cartes postales imprimées selon le modèle de l’administration.
En 1878, l’Union Postale Universelle décide d’uniformiser les cartes postales et de déposer les photographies à la Bibliothèque Nationale (la loi est toujours en vigueur).
En 1879, des cartes postales avec réponse payée sont éditées (cartes pneumatiques).
En 1881, une loi oblige les éditeurs à déposer des exemplaires de cartes postales et de photographies à la Bibliothèque Nationale (la loi est toujours en vigueur).
En 1885, il s’échange entre les états de l’Union Postale Universelle, près d’un milliard de cartes postales par an, dont 1/10 pour les relations internationales. L’Allemagne entre dans ce total pour 260 millions environ, la Grande Bretagne pour 200 millions, les Indes Britanniques pour 70 millions, le Japon pour 56 millions, la France pour 40 millions.
En 1887, une loi punit les auteurs de correspondances diffamatoires, sur les cartes circulant à découvert.
Cette même année, la maison Néardein effectue un dépôt légal d’un ensemble de 125 photographies (vues du Havre, Paris et Versailles), qui seront imprimées plus tard en cartes vues.
En 1888, l’administration autorise, pour la simplification des tâches des fonctionnaires, l’utilisation de cartes postales, circulant en franchise.
La même année, naît la photographie pour tous. Georges Eastman, invente le premier « Kodak ». Le slogan de l’époque est : « Presser sur le bouton, nous faisons le reste ».
Jusqu’en 1889, l’illustration de la carte postale se borne à des décors et des vignettes imprimés au trait, en typographie.
En 1889, naît la carte postale illustrée. La carte vue, gravée par Libonis, était imprimée au premier étage de la Tour Eiffel par l’imprimerie temporaire du Figaro et éditée pour le compte de la société d’exploitation de la tour, pendant l’Exposition Universelle.
En 1894, la première exposition mondiale de cartes postales est organisée à Venise pour célébrer le 25ème anniversaire de la création de la carte postale. On édite à cette occasion 1000 exemplaires avec le portrait de l’inventeur, le Docteur Hermann.
En 1896, la mention « République Française » devient obligatoire.
Jusqu’en 1896- 97, l’illustration est généralement une vignette. Petit à petit, elle grignote l’espace de la correspondance et occupe définitivement, à partir de 1903, la surface du recto.
En 1899, a lieu la première exposition française à Nice. A cette époque, la mention « imprimé » peut remplacer la mention « carte postale », à condition qu’elle soit biffée d’une manière apparente. L’affranchissement est alors de 5 centimes à condition de n’inscrire que le nom, la signature, l’adresse et les qualités de l’expéditeur.

1900 est de l’Exposition Universelle. L’ère de l’image est ouverte, c’est l’explosion de la production des cartes postales. Le nombre des éditeurs se multiplie.
La carte fantaisie envahit les tourniquets, aux côtés des cartes vues. Les éditeurs rivalisent d’ingéniosité. Les cartes sont aussi en bois, en cuir, en celluloïde, brodées…
La carte-réclame devient, pour les négociants, les firmes et les artisans, un instrument de travail.
En 1902, la France produit 60 millions de cartes postales, contre 8 millions en 1899.
En Suisse, la carte postale-assurance apparaît. Pour 20 cts, le contractant était assuré pendant 1 mois, et sa famille toucherait en cas de décès, la somme de 1000 F.
En 1903, par arrêté ministériel, l’emplacement à la correspondance est placé à la gauche de l’adresse, et le timbre se place au-dessus de l’adresse.
Cette même année la carte postale-journal est éditée. Elle donne le résumé des nouvelles.
En 1905, est créée la chambre syndicale française de la carte postale illustrée et des industries qui s’y rattachent.
Pour le carnaval de Paris, un char est consacré à la carte postale. Cela confirme sa popularité.
Le journal « La Matin » sort la carte postale-pétition.
En 1907, une méthode de classement des cartes postales par François David, éditeur à Genève, paraît : « La démocratisation de la science au moyen d’une encyclopédie d’images ».
A cette époque, la correspondance était écrite en fonction du prix que l’on acceptait de payer :
- pour 5 centimes, elle ne devait pas avoir de caractère personnel, mais se borner à des exemples bien précis, cités par l’administration. Par exemple : « amicale poignée de main, bons baisers, souhaits affectueux… ». Les renseignements tels que : « à vendredi, bien arrivé, … » étaient interdits : autant dire que la moindre subtilité permettant de donner une information personnelle était soumise à l’inquisition du facteur et réprimée par une taxe.

- pour 10 centimes, c’est la liberté d’expression, et quand le texte est trop long, il envahit l’image au grand malheur du collectionneur de rues.
Les perles y sont fréquentes. En voici quelques exemples :
« Chère madame, je me suis souvenue après avoir mis votre carte à la poste, que j’avais oublié de mettre le timbre ; aussi, je m’empresse de vous envoyer une autre carte avec deux timbres » !
« Me voici enfin en Russie, tout le monde m’avait dissuadé d’y aller. Je trouve tout tranquille. C’est vrai qu’il arrive des fois des massacres des Juifs, mais ça ne compte pas. » Cette carte a voyagé en 1906. Monsieur Godfroy nous la montre. On a le cœur serré devant de tels écrits et devant le mépris affiché d’un être pour ses semblables sacrifiés au nom d’idéologie raciste.
« Madame Mousset, je vous fais mes condoléances de la cruelle perte de votre mari et des meilleurs vœux de bonheur » !
Voici l’exemple d’une correspondance au sujet d’un épisode des grèves de Draveil à Villeneuve-Saint-Georges :
« Souvenir de notre voyage en automobile, le 4 octobre, la croix indique l’endroit où a été assassiné par les cuirassiers, le camarade Thomas » !
On lit sur le journal du 1er septembre 1911 : « La France édite 123 millions de cartes postales, son industrie fait vivre 33 000 personnes. Il n’y a pas un village qui n’ait au moins fait reproduire son église et sa rue principale.
En 14-18, la carte postale devient patriotique. Puissant média, elle est utilisée comme moyen de propagande. La mode est à la couleur sépia sur fond beige. Les cartes dites artistiques et de fantaisie bon marché sont colorées avec hardiesse sous l’appellation de « kitsch ».
Vers 1930, Pierre Petit, des éditions « Yvon », photographie et édite la célèbre carte « le bouquiniste du quai de la Tournelle ». C’est sans doute la carte la plus populaire depuis l’entre-deux guerres.
En 1933, Paul Eluard publie : « les plus belles cartes postales » dans le minautaure de décembre (3000 cartes fantaisies, insolites et surréalistes).
En 1936, les congés payés relancent l’industrie de la carte postale. La qualité des cartes-vues ne progresse pas pour autant.
En 1937, la carte postale est employée fréquemment comme moyen de propagande fasciste et antifasciste.
En 1940, le nouveau format 10,5 cm sur 15 cm s’affirme en France et remplace petit à petit le 9 cm sur 14 cm. Le 26 septembre, les PTT créent la carte de correspondance interzones (zone libre, zone occupée).
En 1960, on assiste à un essor important de la carte-vue, photographie au bromure.
1970 est du centenaire de la naissance de la carte postale et en 1975, le premier salon international de la carte postale ouvre ses portes à l’hôtel Georges V de Paris.
Après nous avoir donné toutes ces informations historiques, illustrées par des diapositives, Georges Godfroy continua par un festival de photographies de cartes postales que malheureusement nous ne pouvons reproduire dans ce compte-rendu.
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