Thèmes : histoire.
Conférence du mardi 9 juin 1987.
Histoire de Paris par ses monuments
de Julien l’Apostat à Georges Pompidou
Mardi 9 juin, Monsieur Pénotet, membre actif du Cercle de Documentation et d’Information, a projeté devant une assistance venue nombreuse, une série de diapositives sur Paris illustrant sa conférence « Histoire de Paris par ses monuments de Julien l’Apostat Georges Pompidou ».
ÉPOQUE GALLO-ROMAINE.
Au 3e siècle avant J.-C., Lutèce (nom celtique signifiant habitation au milieu des eaux) est une petite ville d’environ six mille habitants. Les Parisii s’installent sur l’Ile de la Cité.
En 52 avant J.-C., Labienus, lieutenant de Jules César, bat les Gaulois de Camulogéne, premier « héros de Paris », qui abandonnent leur île après l’avoir incendiée.
Au 1er siècle après J.-C., Lutèce s’édifie et en 280 elle est détruite par les Barbares. Cent ans plus tard, Julien l’Apostat, préfet des Gaules, est proclamé empereur par ses soldats sur la Cité. Lutèce devient PARIS.
HAUT MOYEN-AGE.
Vers 451, Geneviève détourne Attila de Paris.
En 885, pour la 5ème fois en 40 ans, les Normands remontent la Seine. La Cité – l’île a pris ce nom en 506 lorsque Clovis en a fait sa capitale – est assiégée et défendue par le Comte Eudes qui est élu roi de France.

La photo 1 montre les limites des enceintes de Paris au cours des siècles :
- muraille gallo-romaine
- enceinte de Philippe-Auguste (1180-1223)
- rempart de Charles V (1364-1380)
- rempart de Louis XIII (16ème s.)
- mur des Fermiers Généraux (1784-1791)
- fortifications de Thiers (1841-1845) qui englobent et annexent les villages de la proche banlieue
- limites actuelles (1919 les fortifications sont rasées)
Arènes de Lutèce : On ne sait exactement quand fut construit ce monument Gallo-Romain, l’un des seuls avec les thermes de Cluny encore visibles à Paris. Détruit en 280 par les Barbare, il fut redécouvert en 1869 lors du percement de la rue Monge.
Monsieur Pénotet nous fait découvrir la Tour de Jean-sans-Peur. Au N°20 de la rue Étienne Marcel, dans la cour d’une école, se dresse une tour quadrangulaire couronnée de mâchicoulis. Construite en 1408, elle faisait partie de l’hôtel de Bourgogne.
Au N°3 de la rue Volta, s’élève la plus ancienne maison de Paris (13ème ou 14ème s.).
Nous voilà Porte St-Martin. Le prévôt des marchands et les échevins la firent élever par Pierre Bullet en 1674 pour commémorer la prise de Besançon – puis Porte St-Denis – elle fut érigée en 1672 pour célébrer les victoires de Louis XIV sur le Rhin.
Partons maintenant visiter les églises de Paris.
Tout d’abord Notre-Dame. En 1163, le pape Alexandre III inaugure un vaste chantier sur l’emplacement de l’antique église mérovingienne dédiée à Notre-Dame. L’évêque fondateur Maurice de Sully, fils de pauvres paysans, qui devait baptiser Philippe-Auguste deux ans plus tard, n’en vit pas l’achèvement.

L’Église St Pierre de Montmartre (1134), seul vestige de la grande abbaye de Montmartre, est après St Germain-des-Prés et St Martin-des-Champs, l’une des plus anciennes églises de la capitale. Sur la montagne Ste-Geneviève se dresse l’église St-Étienne-du-Mont. Extérieurement comme intérieurement, l’église ne ressemble à aucune autre. Elle possède le seul jubé (tribune en forme de galerie entre la nef et le chœur) de la capitale.
St Germain-l’Auxerrois au 14ème s. devient la paroisse des rois de France qui y suivent les offices. Dans la nuit du 24 août 1572, la sonnerie des matines y donna le signal de la St-Barthélémy.
Non loin de là, le Temple de l’Oratoire, chapelle royale sous Louis XIII, XIV, XV et St-Eustache.

La promenade continue avec l’Église St-Denis, le Val-de-Grâce, Notre-Dame des Victoires, St Séverin, St-Merri, St-Augustin et la Madeleine.
Commencée en 1764, la Madeleine sur des plans inspirés de Saint-Louis-des-Invalides, est poursuivie sur le modèle du Panthéon. Puis les travaux sont arrêtés de 1790 à 1806 date à laquelle Napoléon décide que ce sera un temple consacré à la gloire de la Grande Armée. En 1814, Louis XVIII décide que la Madeleine doit redevenir une église. En 1837, l’Administration cherche où placer l’embarcadère de la première ligne de chemin de fer (Paris à St-Germain). Il s’en faut de peu que le malchanceux édifice ne lui soit affecté. C’est la dernière alerte avant la consécration qui a lieu en 1842 (les six embarcadères principaux seront construits au niveau de l’Enceinte des Fermiers Généraux).
Place du Panthéon, le lycée Henri IV et la tour de Clovis, seul vestige de l’église détruite à la Révolution.
Après la Fontaine des Innocents, nous arrivons à la Sorbonne fondée en 1253 pour recevoir des étudiants se destinant à la théologie. Rebâtie au début du siècle, elle devient le principal centre d’enseignement supérieur en France.
Un retour sur l’Ile de la Cité avec le Palais de Justice et la prison de la Conciergerie (demeure des « concierges » ou gardes du roi) construits sous le règne de Philippe le Bel.

Un peu de verdure avec le jardin et le Palais du Luxembourg commencé en 1615 pour Marie de Médicis qui en profitera peu de temps puisqu’elle sera exilée en 1630. C’est aujourd’hui le siège du Sénat.
L’Hôtel de Ville. Jusqu’en 1830, la place de l’Hôtel-de-Ville s’est appelée place de Grève. Au Moyen-Age, elle est le rendez-vous des ouvriers sans travail, d’où l’expression faire la grève. C’est à François 1er que l’on doit la construction de cet édifice pour laquelle il imposa aux échevins l’italien Dominique Bernabei dit le Boccadoro.

L ‘art qui triomphe est celui de l’Antiquité la plus classique et la plus froide pense Napoléon qui inspire les arcs de triomphe du Carrousel et de l’Étoile, les colonnes commémoratives comme celle de la place Vendôme, les temples comme la Madeleine ou la Bourse.
Enfin la Tour Eiffel ! L’exposition universelle de 1889 nous vaut ce monument remarquable, défi lancé par un ingénieur aux architectes et provocation du métal dans le ciel parisien.
Non loin de là, l’École Militaire du 18ème siècle ferme la perspective du Champ-de-Mars.
Le Palais Bourbon fut construit en 1722 pour la duchesse de Bourbon, fille de Louis XIV et de Madame de Montespan. Son actuelle façade sur la Concorde fut commandée par Napoléon. C’est là que se tiennent actuellement les séances de l’Assemblée Nationale.
Le Petit Palais et le Grand Palais furent construits pour l’Exposition Universelle de 1900. Le Petit Palais abrite le musée des Beaux-Arts de la ville de Paris tandis que le Grand Palais est consacré à des expositions temporaires et au Palais de la Découverte.
Sur les jardins de l’Hôtel de Condé, le théâtre de l’Odéon est l’une des premières scènes de Paris.
Ancien palais de Richelieu, le Palais-Royal abrite le Conseil d’État.
A la demande de Louis XV, on construisit le Panthéon. Tour à tour église sous l’Empire, nécropole sous Louis-Philippe, rendu au culte par Napoléon III, quartier général de la Commune, l’édifice devient définitivement temple en 1885 pour recevoir les cendres de Victor Hugo.
Avant Louis XIV, les vieux soldats invalides devaient être soignés dans des couvents hospitaliers. Pratiquement, la plupart d’entre eux étaient réduits à la mendicité.
En 1670, le Roi-Soleil fonde l’Hôtel des Invalides.
En 1840, le dôme reçoit les cendres de Napoléon.
Un des monuments les plus grandioses du Second Empire est l’Opéra. Charles Garnier y consacra sa vie (voir compte rendu de la visite du mardi 16 décembre 1986).
Dominant Paris sur sa butte haut perchée, Montmartre conserve son caractère de village. Au sommet la Basilique du Sacré-Cœur. Redescendons pour aller jusqu’au Louvre. Au XIIIe siècle, il n’était qu’une forteresse pour protéger Paris pendant l’absence de Philippe-Auguste parti pour la croisade. Depuis, malgré les destructions et les incendies, les reconstructions par les rois de France, deux empereurs et les républiques, le Louvre est devenu un des plus prestigieux musées des beaux-arts du monde.
Arrêtons-nous pour admirer la perspective qui prend l’axe du Jardin des Tuileries, passe par la pointe de l’Obélisque, au centre de la Place de la Concorde et remonte les Champs-Élysées pour finir à l’Arc de Triomphe de l’Étoile, avec le nouveau quartier de la Défense en toile de fond.
Au cœur de Paris rive droite, la place des Vosges, ancienne place Royale. Chaque immeuble a son histoire liée à des générations de célébrités et aux grandes familles aristocratiques de France. Victor Hugo a vécu au n°6 entre 1832 et 1848. Non loin de là se trouvent deux des hôtels les plus prestigieux de ce quartier l’Hôtel Carnavalet, devenu Musée de l’Histoire de France, et l’Hôtel Lamoignon, aujourd’hui Bibliothèque Historique de la ville de Paris.

Nous continuons notre visite â travers les Hôtels. L’hôtel de Sens, d’Aumont, de Beauharnais, de Toulouse, de Beauvais, Soubise.
Sortons maintenant de Paris pour aller à Versailles, palais du Roi-Soleil, à St Germain-en-Laye au château Royal Renaissance …
Notre visite se termine par le Paris du 20ème siècle avec le Centre Georges Pompidou, « monument » le plus fréquenté de France et le Forum des Halles.
Pour clore cette séance, Monsieur Pénotet nous projet te quelques très belles photos de Paris la nuit.
Parcourir tout Paris en 2 heures est un exploit, mais qui, grâce au talent de photographe de Monsieur Pénotet, a pu être réalisé.
ANNEXE
PARIS JUGE AU FIL DES ANS
Julien Auguste (Julien l’Apostat)
De toutes les cités de Gaule, c’est Lutèce que je préfère, et je passai là trois plaisants hivers. La ville est située sur une petite île de la rivière Seine. Des ponts de bois la relient aux deux rives où les habitants cultivent la terre. C’est une campagne charmante et verdoyante où l’on peut faire pousser presque n’importe quoi, mème des figuiers. Lors de mon premier hiver, j’en plantai une douzaine (enrobés de paille) et tous survécurent sauf un. Il est vrai que les hivers de Lutèce ne sont pas aussi froids que ceux de Sens ou de Vienne car la proximité de l’Océan attiédit l’air, Aussi la Seine gèle-t-elle rarement ; et son eau – comme le sait quiconque a jamais voyagé dans ces régions – est remarquablement douce et agréable à boire.
Quant aux Lutéciens, ce sont des gens travailleurs qui adorent le théâtre et (hélas !) les cérémonies galiléennes. En hiver ce sont des citadins, et en été des paysans. Grâce à une extraordinaire bonne fortune, ils combinent plutôt les meilleurs que les plus mauvais aspects de ces deux états. Nous nous entendions fort bien, les Lutéciens et moi.
Mon second hiver à Lutèce fut encore plus agréable que le premier.
Le principal évènement de l’hiver fut le premier grand procès qu’il me fût donné de présider.
Mon troisième et dernier hiver à Lutèce fut décisif.
L’état de santé d’Héléna s’aggravait et, quand vint le temps froid, elle dut garder la chambre. Ses douleurs augmentaient. Je fis venir Oribase. Il ne montra guère d’espoir.
La satire Ménippée (XVIe s.)
« O Paris, qui n’es plus Paris »
O Paris, qui n’es plus Paris, mais une spelonque de bêtes farouches, une citadelle d’Espagnols, Wallons et Napolitains, un asile et sûre retraite de voleurs, meurtriers et assassinateurs, ne veux-tu jamais te ressentir de ta dignité, et te souvenir qui tu as été, au prix de ce que tu es ? Ne veux-tu jamais te guérir de cette frénésie qui, pour un légitime et gracieux Roi, t’a engendré cinquante Roitelets et cinquante tyrans ? Te voilà aux fers ! Te voilà à l’Inquisition d’Espagne, plus intolérable mille fois et plus dure à supporter aux esprits nés libres et francs comme sont les Français, que les plus cruelles morts dont les Espagnols ne sauraient aviser ! Tu n’as pu supporter une légère augmentation de tailles et d’offices et quelques nouveaux édits qui ne t’importaient nullement et tu endures qu’on pille tes maisons, qu’on te rançonne jusques au sang, qu’on emprisonne les Sénateurs, qu’on chasse et bannisse tes bons citoyens et conseillers, qu’on pende, qu’on massacre tes principaux magistrats ! Tu le vois et tu l’endures !
Le Paris du XVIIe Siècle n’avait rien à envier aux « embouteillages » d’aujourd’hui.
Boileau : extrait des « Embarras de Paris ».
En quelque endroit que j’aille, il faut fendre la presse
D’un peuple d’importuns qui fourmille sans cesse…
… D’un carrosse, en tournant, il accroche une roue,
Et du choc le renverse en un grand tas de boue,
Quand un autre à l’Instant s’efforçant de passer
Dans le même embarras se vient embarrasser …
… Et, pour surcroît de maux, un sort malencontreux
Conduit en cet endroit un grand troupeau de bœufs
Chacun prétend passer ; l’un mugit, l’autre jure ;
Des mulets en sonnant augmentent le murmure, …
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