Évolution du parler local de la région parisienne

Thèmes :
Conférence du mardi 16 Février 1988.

 

La région parisienne a-t-elle un parler local ?
Comment il évolue, comment il s’étend.

 

Mardi 16 février, Marie-Rose Simoni-Aurembou, Directeur de recherche au C.N.R.S., est venue nous parler du parler local de la région parisienne.

On parle français à Paris et dans la région parisienne le français est issu du parler de l’Ile-de-France, le francien. Alors existe-t-il encore un parler local en région parisienne ?

 

DOCUMENTS ACTUELS

Au cours d’enquêtes on rencontre quelques vieillards, quelques paysans qui parlent un peu différemment, on découvre des livres tels que le Glossaire de banlieue sud de Paris qu’écrivit Albert Mengarny en 1936.

Dans ce glossaire on trouve :

  • grouais, grouin, grouette, groux, gros = « terrains pierreux ».

Ce sont des termes ruraux.

Il y a donc près de Paris des mots différents de ceux de Paris.

Comment connaître ces mots ? En s’informant auprès des paysans.

 

ATLAS LINGUISTIQUE

Des atlas linguistiques furent ainsi constitués. Madame Aurembou a écrit l’atlas linguistique de l’Ile-de-France.

La géographie linguistique étudie les langues dans leur dimension spatiale. Où puise-t-elle ses documents ? Dans un premier temps, et pour l’essentiel, dans les cartes des atlas linguistiques où sont consignées les variantes locales d’un même mot, d’une même notion, relevées directement sur le terrain, de la bouche des locuteurs, ruraux pour la grande majorité.

Le nombre de points d’enquête varie d’un atlas à l’autre, de 60 à 150 suivant la région. En chacun de ces points on a interrogé une ou plusieurs personnes originaires du pays et connaissant bien le monde rural, à l’aide d’un questionnaire de 2000 à 6000 questions, suivant les atlas.

Les termes sont notés en phonétique, selon l’alphabet des romanistes français dit « alphabet Rousselot ».

Pour son enquête, Madame Arembou a choisi différentes villes appelées points d’enquête. Ully (1) au sud de Beauvais, dans l’Oise, Liancourt St Pierre (2) dans le Val d’Oise, Puiseux en France (4), près de Pontoise, Ennery (5) ; près de Mantes-la-Jolie, Guerville (6) ; Bazoches s/Guyonne (8) près de Montfort l’Amaury Nozay (13) près d’Orsay (voir carte en fin de compte rendu).

Le questionnaire n’a pas aussi bien rendu dans cette région proche de Paris qu’en Beauce ou dans le Perche ; cependant il y a eu de nombreuses réponses.

En 1897, ce genre d’enquête avait déjà été réalisé.

Un homme est parti de Picardie. Il a enquêté dans 639 villages pendant 4 ans. A partir de ce travail a été rédigé l’atlas linguistique de la France.

 

RECHERCHE DANS LES DOCUMENTS ANCIENS.

Ce sont des documents de la littérature satirique.

Les « mazarinades » au XVIIe siècle offrent de grandes ressources. Un texte en particulier « Agréables conférences de deux paysans de Saint-Ouen et de Montmorency sur les affaires du temps » (1642-1651) est un bon exemple.

Piarot :

« Quer une beIle nuy y fi un trou à la Leune (l’expression « faire un trou à la lune », se dit dès le XVIe siècle en parlant de débiteurs de mauvaise foi qui disparaissent sans payer leurs dettes) é qui puy est, y lanlevi nout petit Rouay, é nan dy qui bouty un guiebe dans le ventre de chaque chevau pour allé pu vite de peur que lé Bourgea ne l’attrapissian (de peur que les Bourgeois ne l’attrapassent) ».

On reconnaît la langue des paysans de Molière qui n’était pas loin de Paris. C’est bien pour cela qu’elle faisait rire.

Dom Juan, acte Il (1665) :

« Agu quien, Char lotte, je m’en vas te conter tout f in drent
comme cela est venu … j’étions sur le bord de la mer, moi et le gros Lucas, et ji nous amusions à batifafoler avec des mottes de tarre que ji ne jicquions à la tête ; car, comme tu sais bian, le gros Lucas aime à batifoler, et moi, parfouas, je batifole itou » les avons tirés de gliau ».

Ce type de prononciation avec le « r » roulé existe encore un peu autour de Paris.

 

QU’EST-CE QUE CE FRANÇAIS RURAL ?

Des mots anciens qui, en général, ont disparu :

  • dret (droit)
    Ce mot est devenu :
    • dré à Pontoise et Mantes,
    • drwé à Puiseux en France,
    • dwà à Nozay,
    • drwé à Bazoches si Guyonne

 

  • mivé, miva.
    Aujourd’hui, on dit moi.
    Au temps de Molière tout le monde disait mwé.

 

Les parlers ruraux ont conservé une évolution condamnée ou réprimée par les grammairiens du XVIIème siècle :

  • eau -> iau
  • veau -> viau

Les paysans disaient :

  • la mar (la mer)
  • des mottes de tarre

Pour ne pas « faire paysan » à l’époque de Molière, on a trans­formé les mots asparge et sarge en asperge et serge.

 

QUELQUES ASPECTS DE LA COMPLEXITÉ

La littérature de jardinage du XVIIIème s. est une autre source d’information.

A Montreuil-sous-Bois existait, à l’époque, une véritable enquête sur le terrain.

L’abbé Schabol a écrit en premier sur les vignes de Montreuil.

Il a raconté la vie des paysans, il a noté leur vocabulaire et il y a ajouté ses réflexions personnelles qu’il a regroupées dans un dictionnaire.

Voici des exemples d’article de son dictionnaire de 1767 :

  • grou, grouette : ce sont des termes de jardinier, de terras­sier et de laboureur.
    La grouette est de la petite grou.
    Le terrain grouetteux doit être fumé amplement.

L’abbé Schabol avait relevé quatre types de mots pour désigner la vrille de la vigne :

  • corne. « Ce sont les liens que produit la vigne, et qui sont fourchus à leurs extrémités en forme de deux cornes. Ceux qui sont curieux de leurs vignes et qui veulent avoir de beaux raisins ôtent soigneusement les cornes à la vigne, parce qu’elles consomment beaucoup de sève ».
  • vrille. « C’est ce qui s’appelle tenon dans la vigne, et que, par corruption, les bonnes gens disent nilles ».
  • tenon. « Ce mot vient de tenir. Ce sont ces liens verts en forme de cornes, qui croissent à la vigne et à quantité de plantes avec quoi les bourgeons s’attachent l’un à l’autre, et s’accrochent à ce qui se rencontre dans le voisinage. Aux vignes bien gouvernées dans le jardinage, on ne voit aucun de ces tenons qui consument inutilement la sève, et qui font confusion et difformité. On les appelle aussi les vrilles, parce que leurs extrémités sont repliées, et comme torses, ainsi que l’extrémité des mèches des vrilles pour pouvoir creuser et faire des trous. C’est par le moyen de ces sortes d’attaches, ainsi pratiquées par la nature que les rameaux des vignes tiennent si fort à tout ce à quoi ils peuvent s’accrocher ».

Il semble que vrille soit le terme de plus large extension, qui s’applique à n’importe quelle plante, tout comme tenon ; mais tenon est peut-être moins lexicalisé. Quant à cornes, comme le nom l’indique, ce sont les extrémités fourchues des vrilles de la vigne. Cela étant, c’est vrille que Schabol utilise le plus fréquemment.

Mais il faut noter autre chose. Quand il pense que nille est une mauvaise prononciation de vrille, Schabol se situe dans la longue cohorte de ceux qui considèrent le parler rural comme un parler déformé. Or il s’agit de deux étymologies différentes : vrille est issu de viticula et nille de aniticula. Nille a été un concurrent timide mais tenace de vrille jusqu’à la fin du 19è siècle : Littré et le Dictionnaire général le citent « Vrille de la vigne », filament vert et rond qui sort de la vigne lorsqu’elle est en fleur » (Littré).

Près de Dreux, on dit que le fraisier « nille » quand il foisonne et s’étend beaucoup.

Jules GiIlieron, le fondateur de la géographie linguistique, était le fils d’un géologue suisse. Il a montré que l’on peut étudier certaines cartes de mots comme on le fait d’une carte géologique, et qu’il existe des « couches » de mots comme il existe des couches de roches.

En particulier, certains termes anciens ne subsistent qu’isolément, comme le font les « buttes-témoins ».

La bachoue : XVIIe, XIXe : « bachoue : hotte d’osier serré ou de bois, pour transporter la vendange. Les bachoues sont généralement utilisées par paire et sont portées par les animaux de bât ; leur contenance est de 35 litres environ ».

1970. Au bord de la Loire, d’Orléans à Tours, une bachole est un récipient en métal avec un grand bec pour transporter ou soutirer le vin.

On trouve le bachou dans diverses localités de l’Essonne.

Le transport du raisin s’effectuait dans des hottes, dans le bachot ou bachou. Cette petite hotte ovale, en bois cerelé, était portée à dos et amenée directement à une cuve.

 

QUELQUES CAS OU PARIS EST RAYE DE LA CARTE

  • le coquelicot : (c’était le cri du coq) le coquelicot ne se dit pas autour de Paris.
  • les fils de la Vierge :
    • à Ully (Oise) : filets de la vierge
    • Puiseux en France : fils Sainte-Geneviève
    • Mantes : filandes
    • Bazoches sous Guyonne : fils de Sainte-Marie

Il est bien évident que dans le cas de « coquelicot  » et d’autres mots, les termes du français d’aujourd’hui sont connus, mais ils sont en concurrence avec les termes locaux et leur sont bien souvent préférés.

A cela, il existe plusieurs raisons.

  • l’expressivité :
    • gadouiller, pigousser, pigrasser sont formés sur le représentant local de « boue », face à patauger.
    • quatre routes et croix face à carrefour,
  • fidélité à un patrimoine linguistique jugé plus adéquat à une réalité à laquelle on est attaché : coq, ponceau, paon face à coquelicot,

Monsieur Lohner, après avoir fait une brève synthèse, remercia Madame Simoni-Aurembou de sa conférence,

 

ANNEXE 1

 

Bien que très intéressante, la conférence de Madame Simoni-Aurembou laissa certains auditeurs un peu « sur leur faim », notamment sur le fait que l’usage de « cassettes » aurait pu nous rendre plus vivant le parler actuel parisien.

Quant au fond du sujet, la conférencière s’étant limitée au parler rural de l’Ile-de-France, elle introduisait un décalage entre son exposé et la réalité des parlers parisiens.

Les techniques agricoles qui se sont développées depuis un demi-siècle rendent désuet tout le vocabulaire des artisans et du cheval, pièces indispensables des exploitations, les révolutions introduites par et dans les moyens de transport, l’extension de la culture intensive et ses exigences, l’abandon de productions et consommations locales, ont les mêmes conséquences et aboutissent naturellement à un appauvrissement du vocabulaire courant des paysans.

Subsiste également – mais on trouve ce trait dans toute la langue française ce que j’appelle volontiers « la malédiction du paysan ». Le paysan de Molière auquel s’est référé Madame Simoni-Aurembou est un personnage ridiculisé, chargé de faire rire à ses dépens courtisans et bourgeois qui eux sont persuadés de connaitre et parler le beau langage, comme seront plus ou moins caricaturés les paysans des Contes de Maupassant ou ceux des romans de Zola. Ridicule qu’on retrouve d’ailleurs dans les Contes que nous a confiés Madame Simoni-Aurembou. Il ne s’agit pas là essentiellement de « témoigner » mais de faire rire aux dépens de la naïveté des rustres.

D’ailleurs l’étymologue nous le montre : rustre et rural ont la même origine latine de même que paysan et païen. Il est vrai que l’anglais, de « colon » a bien tiré « clown ».

D’autre part, certains d’entre nous attendaient que le « Parler parisien » fasse une part assez large à trois éléments essentiellement urbains.

D’abord, et c’est le plus pittoresque, à l’argot qui depuis 2000 ans fait partie de notre langue vivante, à ce point vivante puisque c’est de l’argot des soldats romains qu’est née la langue française pendant que le latin classique devenait « langue morte ». Des mots comme tête, bouche, argent, cheval qui avaient dans le langage des soldats romains la connotation de fiole, gueule, fric, canasson en témoignent.

Ensuite c’est l’apport d’abord urbain des vocabulaires étrangers – anglais surtout actuellement – qui se traduit par l’usage littéraire : Victor Hugo fait rimer « steamer et mer », whiskys et kiss et dans « Les Misérables » fabrique le verbe scrober et son dérivé « scrobage » : récurer le parquet ou par l’usage populaire de mots annonçant des mœurs nouvelles : le vocabulaire du sport et celui du spectacle montrent bien la nécessité de cet usage.

Puis la mode et le snobisme passent parfois comme un souffle rapide mais largement répandu et imposent au moins un temps des expressions nouvelles.

Enfin et surtout je m’aperçois que cela aurait peut-être été le sujet d’une autre conférence.

 

ANNEXE 2

Épreuve facultative du concours de recrutement d’instituteurs
Session 1983
(Extraits à traduire) – Académie de Rouen

 

– « II est bête comme eun’ oée (Gabriel Benoist) « .

– « Elle a l’air d’eune pouliniée écappéîe » (Raymond Mensire).

– « Vote élève, ch’est comme qui diairait eune acre d’blai qu’êrait plus d’creignes que d’epis » (R. Mensire).

– « Comme eune anguiIle euq no vient d’dêpiaôler » (G. Demonqé).

– « I babill’ comm’ eun vieuill’ femme qui s’rattrape en f’sant aller sa langue de c’que ses gambes ses bras et l’reste n’sont pus r’muants » (E. Morel).

– « Ses qu’veux, nos aurait dit eune pougnie d’lin qui sort des coups d’êcouches aveuc piein d’êhecs » (E. Chape 1).

– « Tracher des poux un vieu-yard » (G. Benoist).

– « Bé, moju pis tai té ».

– « Deux derniers rej’tons aussi bien éveyés qu’un p’tit viâone qui vient d’naitre » (R. Mensire).

– « Elle a des fesses comme eune vaque priméîe pis eune potrène d’quai fé du pot-au-feu pou trente-chin parsonne. Seu-ment les qu’veux i frisent comme un balai d’brindes et pis alle a les dents comme des pelles à querbon » (R. Mensire).

– « Ecarlate comme un cap caîen en colée » (M. Rieul).

– « Alle enfle du chigneux » (R. Mensire).

– « Malfaisante eud nature, drêt comme un j’va qui mord ou eun’ pie qui vôle » (G. Oemonqé}.

– « N’oppose, men garchon, qu’not’bourri pass’rait su c’te plache, vos pourriez vos découvri pis li di : « Boujou men fré ! » (G. Benoist).

– « Il est faisant comme un querdon, aIlant comme un parapluie, pis divertissant comme l’merquedides chendres » (R. Mensire).

– « Les jadarmes, c’est pire qu’des capétagneux. mais qu’i vois tiengent. no peut pin s’en débarracher d’ches guays là » (G. Benoist).

– « Es te sieux aussi fidèle qu’eut quin l’est au berquier » (G. DemongéJ.

– « L’mait d’école a su donner à nos éfants d’aussi bons princeptes d’élevage comme d’inducation » (R. Mensire).

– « L’grand geulait comme un piot » (G. Benoist).

– « II fait coulère comm’ un bourri à qui no attache eun’ fisaye aux fèches ».

– « Vos v’là enfrélai comm’ un bordon qui n’a qu’eun aile » (G. Benoistl.

– « A’s’mit à galopper comme un ieuvre poursuivi par un quin » (G. Demongé).

– « Y commenchaient à être chargés à drié » (M. Rieul).

 

ANNEXE 3

 

I. – Extraits d’ »Histouère vraie ».

M’sjeu Pierre nout’sénateur n’était l’aut’jour à son bureau entrain d’écrire, quand v’là sa servante Marie qui vient y dire :

– « Dites donc M’sieu l’Sénateur, y a là deux hommes qui voulent vous causer ! » M’sieu Pierre y dit : « J’ suis à eux tout d’suite, faites les entrer ! » Pour lors v’là Marie qu’ouvre la porte, et les deux hommes y rentrent.

– « Ah quelle bonne surprise Mait’Virot. qui dit l’Sénateur en voyant l’Mair’ de S…, qu’est en mème temps Conseiller d’arrondissement. Comment ça va mon bon ami ? … Madame Virot …, les enfants, en excellente santé, je l’espère ! »

– « Oh pour ça oui M’sieu l’Sénateur, et j’vous en r’mercie. »

– « Siegez-vous mon cher ami, et vous aussi mon brave » que l’Sénateur y dit aussi à l’homme qu’était à canté l’ mait’ Virot, « et dites-moi maintenant ce qui m’vaut votre agréable visite.  »

– « Ben v’ là » qui dit l’Mait’ Virot « j’sai quasiment ben embarrassé pour vous dir’ c’ qui nous amène » : figurez-vous … non ; vous pouvez pas vous figure, c’ qui vient d’arriver au Mait’ Langlais qu’est là avec moué ; un brave homme, M’sieu l’ Sénateur et vous pouvez ben m’ crère, c’est pas parce que j’ sommes ensemble que j’ vous dirai pas tout c’ qu’il en est. C’est d’abord un mait’ farmier comme y en a p’t-ét pas tré ben dans nout’plaine : travailleur, fésant, et qu’a d’quoué. V’là 20 ans qu’il est Conseiller d’ not’ commeune, un vré républicain comm’ vous et moué, et, sûr, qu’a toujours été pour vous aux élections d’ député et d’ sénateur ; sans l’alouser, y a jamais eu ren à dire cont’ lui. – Vous pensez ben d’ailleurs M’sieu l’ Sénateur que j’ s’rais point chez vous à c’t’ ’heure, avec li, si c’était un gars d’ ren ».

– « J’ n’en doute pas un seul instant mon cher Virot, qui répond M’sieu Pierre, qu’est-il donc arrivé à ce brave homme ? »

René SUARD. Novembre 1931

 

II.

Pour parler en société, faut n’avouér ben l’ habitude, et moué j’ vous l’ dis tout de suite c’est point mon fort, j’ sis pus malin, aux mancins d’ ma charrue, qu’à causer d’vant l’ monde et j’crains ben moins d’ dériager.

C’est d’ ça pas vrai, comme de ben des chouses et si y en a qu’ont la langue ben pendue les out’ s’ rattrapent d’un out’côté. m’est avis paré qu’ si y a des gaz qui causent mieux qu’un yeuvre, sûr, y courent moins vite.

Vous m’ direz, y a p’t-étre aussi, eune question d’ savouër, oui a non, mais t’nez nout député qu’est un gaz d’ cheux nous même, que j’avons été à l’école ensembe, c’est pas qui seye pus aveindu qu’un aut’, et ben bounes gens, faut l’entende pourtant faire un discours.

Vous savez là, sans pepier, ren que d’mérnouère, y vous en racont’ des heures d’affilée, et vous pouvez m’ crère, sans bagocer, y n’en raconte si tellement qu’ceux qui l’écoutent, s’raient ben pendus pour dire à la fin c’ qu’il a pu dire en commençant.

Sans l’alouser. qu’ça seye aux distributions d’ prix, aux banquets d’ la Sainte-Barbe, ou d’ Saint-Eloué, aux enterrements civils, ou aux réunions d’élections, y trouve toujou queuqu’ chouse à dire, et seurement y connaît la politique à fond.

Chacun son mequier comme on dit, et les vaches sont ben gardées, l’ provarbe seurement doué êtr’vari aussi ben pour la politique, que pour ben des affair’s.

Différemment moué qu’y vous en cause j’y connais ren en tout, et pis d’ailleurs j’ai point l’ temps d’ ça. Dans nout commeune j’sommes tré ben d’ pareils, et j’ sommes seulement ben embarrassés, quand faut nommer l’ premier magistrat. Fait vous dire, qu’y a pus d’ vingt ans que j’ sis conseiller, on m’ nomme par habitude et pis p’tét pasce qu’y en a pas d’aut ‘s …

René SUARD. Août 1930

 

 

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