SORTIE-VISITE : de Maisons-Laffitte à Marly – Une journée de courses et de chasse

Thèmes : Histoire, Sortie-Visite.
Sortie-Visite du jeudi 24 avril 1997

 

Fiche de visite par Émile Brichard

 

D’abord une matinée de printemps (!), dans notre pittoresque banlieue ouest, dans les forêts, le Val de Seine, mais aussi, attention aux surcharges des routes et à la hâte des « travailleurs » à rejoindre leur tâche quotidienne.

Enfin, 8 h 45, nous sommes à Maisons-Laffitte au centre d’entraînement des chevaux de courses. Mais, Maisons-Laffitte, ce n’est pas seulement les chevaux de courses. Maisons (sans Laffitte) a déjà une longue histoire et Maisons, avec et depuis Laffitte, une autre histoire.

Un document de « pub » pour lancer le lotissement que prévoit Laffitte, le banquier, le décrit comme un « village très peu important avant la Révolution ; quelques habitations de mauvais goût conduisaient des bords de Seine à l’entrée du château ».

Alors quel fut ce château que fit construire René de Longueil à la fin du règne de Louis XIII ? René sait « vivre », il est dans les bonnes grâces du cardinal de Richelieu et son château lui permettrait de recevoir Louis XIII, grand amateur de chasse, après les chevauchées dans la forêt.

Le domaine s’agrandit, le château est construit par François Mansart, futur architecte de Louis XIV et peut être aussi grâce à la découverte providentielle d’un trésor : 40000 pièces d’or cachées 150 ans plus tôt au temps de la Saint-Barthélemy !!. Il n’y avait que les surintendants des finances pour faire de telle découverte … et pouvoir en bénéficier. On fera aussi dans l’intellectuel et le mondain puisqu’ on y accueillera Voltaire au XVIIIème siècle, mais celui-ci, malade, ne profitera pas du séjour et un incendie détruira une aile du château.

A la fin du siècle, ce sera le comte d’Artois qui en deviendra propriétaire. Le futur Charles X n’avait pas de problèmes de logement puisqu’il possédait une quinzaine de résidences secondaires aux environs de Paris.

La Révolution passe … et le domaine passe aux mains d’un manutentionnaire et maquignon qui se moque bien des timides lois du Directoire, mais accepte de vendre son bien au futur et énergique maréchal Lannes en 1804. C’est l’époque d’Austerlitz, ce sera bientôt Wagram où Lannes succombera des suites de ses blessures. Et la Maréchale, duchesse de Montebello, vend le château au banquier Laffitte. Nous sommes en 1818, sous Louis XVIII, mais treize ans plus tard, sous Louis-Philippe, Laffitte, financier audacieux et politicien libéral – initiatives audacieuses et fréquentations politiquement suspectes – doit renoncer au pouvoir et morceler son domaine, lui donnant sensiblement l’aspect que nous découvrirons.

D’abord un champ de courses dans les prairies du bord de Seine, puis l’embarcadère des bateaux à vapeur de la ligne Paris-Rouen, puis l’arène d’une corrida de taureaux, grâce à Max Lebaudy … nous voici, il n’y a que juste cent ans. Lebaudy ? Cela commence à nous rappeler quelque chose. Après Menier et le chocolat, voici Lebaudy et le sucre.

Voyez que l’histoire de Maisons et de Laffitte méritait bien un petit détour.

L’après-midi, après un repas qui …, que …. dont … (les points de suspension seront remplacés au retour), nous aborderons Marly-le-Roi, toujours dans l’optique du cheval.

Rêvons un peu au château, aux châteaux devrais-je dire, puisque le « château » était constitué de treize pavillons où Louis XIV venait se reposer quand il était lassé du faste et de la foule de Versailles. Il aimait à dire -paraît-il – « J’ai bâti Versailles pour la Cour, Trianon pour moi, Marly pour mes amis ».

Il avait pourtant cherché assez longtemps ce « vallon étroit, profond, à bords escarpés, inaccessible par ses marécages, sans aucune vue, enfermé de collines de toutes parts, avec un méchant village sur le penchant d’une de ces collines, qui s’appelait Marly… ». Ainsi s’exprimait le mémorialiste Saint-Simon. Vous verrez ce que Louis XIV en a fait.

Comme Maisons et son trésor providentiel, il faut bien ajouter un peu de rêve et de magie. La magie d’un prisonnier ramené des Croisades par un chevalier désargenté mais amoureux de la fille du maître du domaine. La magie agit et le chevalier épousa la demoiselle. Le rêve, celui de Louis XIV où sous un ciel noir en feu, une nombreuse armée le menaçait, quand la terre trembla, la troupe menaçante fut engloutie, une multitude de cerfs couraient dans la belle forêt et le roi croyant être environné de chasseurs, se réveilla en criant « courez, tirez, la chasse sera bonne ».

Voilà comment on écrit l’histoire, on nourrit nos rêves et on poursuit la réalité.

Bonne journée ! On verra au retour si les projets furent comblés et la venaison réjouissante.

 

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Compte-rendu de la visite par Émile Brichard

 

Le Champ de Courses et le « Lotissement de Luxe »

Après avoir circulé dans Saint-Germain, et par diverses routes traversé la forêt, nous arrivons à la ville de Maisons-Laffitte où nous attend notre guide. Par les grandes allées circulaires ou rayonnantes, après avoir croisé plusieurs groupes de chevaux bien sages qui reviennent de l’entraînement sous la conduite de leurs jockeys ou entraîneurs, nous arrivons aux pistes où chaque jour, les chevaux viennent parfaire leur forme.

Dans ces champs d’entraînement, nous traversons les pistes très souples, préparées et soigneusement entretenues à cet effet. Le lieu est calme mais sévère et notre attitude doit rester très discrète : ne pas trop se faire voir, ne pas trop bouger, ne pas trop parler. Là, pas question de code de la route ni de priorité, les chevaux d’abord, les chevaux et le capital qu’ils représentent.

Après un agréable petit déjeuner, nous nous rendons au pas de promenade aux écuries où un entraîneur est très fier de nous montrer ses élèves et de s’étendre sur leurs performances. Ses explications à la fois claires et détaillées amènent de la part des visiteurs de nombreuses questions et c’est très documentés sur la chose équestre que nous prenons le chemin du château par un itinéraire étudié qui nous fait passer et repasser devant les luxueuses résidences de cette première et (presque) inégalée « cité-jardin » que nous devons au banquier et baron Laffitte, résidence qui a su depuis plus de cent cinquante ans conserver son caractère de luxe et d’intimité.

Le banquier Laffitte avait fait de Maisons un foyer d’opposition au régime de Louis XVIII. Il recevait en son château La Fayette, Thiers, Arago et joua un grand rôle après la Révolution de Juillet 1830 qui amena l’installation de Louis-Philippe. Mais, action au ministère, démission, ruine se succédèrent et Laffitte doit lotir une partie de son immense parc. Il fait construire les pavillons avec les matériaux des écuries qu’il avait fait démolir. La réussite de l’opération est telle qu’elle sera imitée lors de la création du Vésinet qui restera avec Maisons la seule opération semi urbaine de ce style et de cette qualité.

 

Le château de la famille de Longueil

Les Longueil s’étaient installés dans la seigneurie de Maisons depuis le XIVème siècle puis Jean – troisième du nom – avait acheté de la terre et son descendant Jean – huitième du nom – y réunit l’autre moitié et à la fin du règne de Louis XIII, y fit construire le château. Le site est idéal pour qui veut réussir à la Cour : on est près du roi et au milieu d’un territoire giboyeux qui permet au propriétaire de flatter la passion des rois de l’époque. La chasse Saint-Germain – résidence royale – n’est pas loin et la forêt réunit les deux châteaux. Le roi y aura « droit de gîte », pas Louis XIII qui meurt avant que le château soit terminé, mais Louis XIV qui vient l’inaugurer en 1651, il n’a que treize ans.

Quelques années avant la révolution de 1789, le comte d’Artois (futur Charles X) achète le domaine aux successeurs des Longueil. Bien d’émigrés devenu bien national, il passera à un marchand de chevaux, puis sous l’Empire, au Maréchal Lannes qui y reçoit de fréquentes visites de l’Empereur. Enfin, en 1818, c’est le tour de Jacques Laffitte qui intervient comme vous le savez sur l’ensemble du domaine.

De 1850 à 1904, différents propriétaires se succèdent à Maisons en amoindrissant le parc. Enfin, en l’acquérant en 1905, l’État sauve ce chef-d’œuvre de l’architecture classique et depuis, le maintient en l’état où nous l’avons vu.

 

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Il était temps alors de rejoindre le restaurant et nos estomacs le rappelaient. La table fut très agréable, comme toujours par la compagnie et comme le plus souvent par le menu. Ah ! Le sorbet de mandarine, noyé de brut !

 

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Marly-le-Roi, avec le musée-promenade et ses souvenirs

Dans le car, nous reclassons nos souvenirs du matin, l’hippodrome, les résidences luxueuses et le château, pour aborder Marly-le-Roi.

Marly ! Pratiquement rien à voir, ce sont les souvenirs du passé, ses traces aussi, que nous retrouvons et l’imagination devra largement compléter les explications de notre guide pourtant fort claires et souvent convaincantes. Mais malgré son talent, elle ne pourra pas faire revivre Marly comme Maisons a survécu.

Marly, disons-le tout de suite, c’est le vide et le quasi abandon que nous allons trouver sur les vastes pentes qui dominent la Seine. Marly, c’est comme les Tuileries, comme le château de Saint-Cloud, comme celui de Villeneuve-l’Etang, c’est d’abord le souvenir de la destruction et du vandalisme – voire du pillage – dus à la fois à la passion politique, à l’incompétence et à l’indifférence.

On a fait le louable effort dans le musée-promenade de présenter au public les réalisations techniques et artistiques qui ont donné à Marly sa renommée et son charme et les reproductions des bâtiments de l’époque nous permettent d’imaginer ce que dut être le petit château né d’un caprice de Louis XIV qui, lassé du faste et des foules de Versailles, était désireux de se retrouver dans l’intimité d’un ermitage, dans un vallon désert près d’une forêt giboyeuse. Un château discret avec néanmoins les treize pavillons pour ses invités choisis. Louis XV puis Louis XVI délaissent Marly, les reines aussi, elles eurent leur Trianon. Par mesure d’économie, on remplaça les grandes cascades par ce qui est encore de nos jours le Tapis Vert.

La révolution de 1789 devait être fatale à Marly, le mobilier fut dispersé, le château vendu en 1800 à un industriel qui, endetté, ruiné, démolit le château pour en vendre les matériaux, si bien que Napoléon ne put acheter que le parc. Ce n’est qu’en 1933 seulement que Marly sera réintégré dans le Service des Palais Nationaux et que fut entreprise la restauration du parc.

Même les Chevaux de Marly, quatre parce qu’il y eut les deux de Coysevox et les deux de Couston, eurent une existence errante…

Une méritoire reconquête est entreprise pour que l’histoire et l’art retrouvent leur place à Marly. Le domaine, c’est-à-dire les deux parcs et la forêt, le mérite bien. Avec patience, conviction et savoir-faire, historiens et artistes s’y attachent. Les terrasses de Marly méritent à coup sûr cet effort comme l’ont mérité les terrasses de Saint-Germain et de Meudon, mais également les sites de la forêt qui jouxte le Grand Parc, forêt riche de sites pittoresques tels le château de Mont-joie ou les « fabriques » du désert de Retz riche aussi de vallons encore sauvages.

 

 

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