Les Médecines Parallèles

Thèmes : médecine, sciences, géographie, histoire.
Conférence du mardi 20 Avril 1982.

 

Le Mardi 20 avril 1982, le Professeur NENNA, devant une centaine de personnes, a présenté, avec brio et lyrisme, un exposé plein de richesses sur le sujet retenu.

 

1. INTRODUCTION.

Lorsque l’on dit médecine différente, on ne dit pas médecine parallèle, ni médecine artificielle car « chacun à tel moment ou à tel autre, est engagé dans un tête-à-tête avec son organisme. Rien, ni personne entre eux, qu’importe la couleur du temps, les autres soucis, les plus belles idées ; il faut se rendre au corps qui parle en son langage de corps. On a à faire à telle fonction ou à telle région qui se déclare et qui par son insistance, le besoin ou la gêne, par la douleur, dit son droit, prend le pouvoir, supprime ou déforme le monde ». Ainsi Paul VALERY décrit-il l’intrusion de la maladie dans le tête-à-tête avec l’organisme. Or ce tête-à-tête devient parfois insupportable et l’aide d’un médiateur entre l’homme souffrant et son corps douloureux est requise.

Mède, médiateur, méditatif, médecin, tel va être le rôle de celui qui, par les habiletés de son art ou de sa science, va considérer les faits et les causes, l’homme et ses maladies ; et toutes les méthodes seront bonnes pour soulager ou pour guérir.

 

II. DES DIVERS TYPES DE MÉDECINE.

1. Les médecines faisant partie d’un système global d’explication de l’univers de l’homme et des soins de son corps.

a. A l’origine, les traces retrouvées par l’ethnologue témoignent du recours explicatif à des forces mystérieuses. La maladie apparaît comme un désordre provoqué par des esprits et des puissances maléfiques, alors que la longue durée de la vie est la récompense du sage. Le médecin est alors à la fois guérisseur, sorcier, herboriste …

On trouve ces types de médecine actuellement en Afrique, dans les régions de l’Amérique précolombienne, chez les peuples esquimaux, en Océanie.

 

b. Avec l’Inde, on voit apparaître la chirurgie (2500 ans avant Jésus-Christ). Près de New Delhi, l’Institut de Médecine ayurvédique est dévolu à l’étude des Védas de la médecine indienne (4 livres sacrés ; chaque Véda est un recueil d’hymnes versifiés en des mètres divers, dédiés à de nombreuses divinités) qui forment un « corpus scientifique » cohérent. On pense alors que les âmes migrent d’une enveloppe dans l’autre et que la maladie marque un niveau d’imperfection qui sera corrigé lors de l’existence ultérieure.

La pharmacologie utilise les produits animaux, minéraux, les plantes, le yoga et la maîtrise du corps. De l’Inde, ces connaissances vont diffuser vers l’Indonésie.

 

c. La connaissance est accumulée, transmise, retrouvée en Mésopotamie, dans diverses formes d’écritures en Égypte.

Le système judéo-arabo-chrétien se conjugue avec l’apport hippocratique et sera à l’origine de la pensée médicale occidentale.

Dans la Bible on dit : « si tu es malade, implore Dieu et appelle le médecin car l’homme prudent ne méprise pas les remèdes terrestres ».

Diverses formes d’approche de la santé, des maladies et du soin ont servi de soubassement à l’évolution de la pensée contemporaine.

 

d. La médecine chinoise a été considérablement plus vivace, plus efficace et a une vitalité beaucoup plus épanouie puisqu’actuellement ce système est présent et persiste. On ne peut s’introduire dans le système chinois sans connaître quelques textes.

« Il y a d’abord l’esprit de la montagne. Il semble qu’il y ait quelqu’un au creux du mont, vêtu de lierre, ceinturé de cuscute, un léger sourire dans son regard éloquent. Il conduit un léopard écarlate qu’escortent des renards mouchetés. Son char est de magnolia, le drapeau de cannelier tressé … Pour ce bien aimé, j’ai cueilli tous les parfums. »

Une autre pensée exprime le sentiment de la mort : « la mort m’ôte-t-elle un ami ? J’avale mes gémissements si c’est la vie qui m’en sépare, je le pleure indéfiniment. Du Quien Yan ce pays qui ravage la fièvre, le lointain exilé n’envoie pas de nouvelles … »

La médecine exprimera l’harmonie qui existe entre l’univers et l’homme.

L’empereur légendaire Hoang-Ti, voici 40 siècles, a écrit un dialogue : Hoang-Ti Nei Ting So Quenn. Cet ouvrage, dont des copies nous sont parvenues, résume l’ensemble des lois qui régissent la nature, les conseils diététiques, les principes corporels, qui devraient théoriquement permettre aux humains de vivre plus de cent ans. Avec Chen-nong, le « laboureur », il fut aux origines. Très vite cet héritage médical est distinct de la religion, de la politique et des mythes.

Sous Confucius, « l’homme est un nœud des influx du ciel et de la terre … Sa vie s’éclaire et s’obscurcit, monte et descend, s’échauffe et se refroidit, puise dans l’invisible, éclate en mille formes et couleurs. Elle est un quelque chose qui change, un changement constant ».

Dès ce moment, on dissocie ce qui est vie, santé, présence et ce qui est phénomène adjacent, désordre provoqué par la maladie. Si le corps apparaît comme une voie structurée, les souffles (QI) vont être ce qui circule à travers le corps. Les amas de souffle qui animent l’univers vont être minutieusement régis dans des systèmes et définis. Par exemple, de l’est vient le vent qui gouverne le foie, créateur du muscle et du cœur. Le foie est l’organe éprouvé par la colère. La couleur verte lui est liée et la planète qui le gouverne est Jupiter. Merveilleux enchaînement, totalement incompréhensible pour un occidental. Ces souffles se distribuent selon les 12 mois de l’année, selon les planètes, selon les 12 méridiens majeurs qui parcourent le corps de l’homme et se manifestent en un endroit ou en un autre connu du méridien. Ils arriveront par la périphérie du corps, iront vers l’intérieur, le pénétreront puis repartiront dans un autre rythme, pour à nouveau reprendre contact avec les forces de l’univers. Ces souffles parcourent le corps suivant un programme établi, passant d’un organe à un autre à des heures précises et parcourant sur la peau des trajets connus que l’on nomme des méridiens (fig. 1). Ainsi, lorsque le souffle se trouve dans les poumons entre trois heures et cinq heures du matin, il se trouve aussi sur deux lignes qui suivent un trajet partant de la poitrine, suivant le bras et l’avant-bras jusqu’à la main et au pouce. Il y a ainsi 12 organes principaux donc 12 méridiens, situés symétriquement de part et d’autre de la ligne médiane du corps (fig. 2). Le diagnostic s’établit par la conversation, la palpation des pouls aux deux poignets (fig. 3). Trois niveaux de pouls se distinguent, près de la racine du poignet, à gauche et à droite en faisant varier la pression du doigt ; six pouls pris à faible pression, six pouls pris à pression plus forte constituent ainsi les 12 pouls radiaux. Il y a 12 organes principaux, donc 12 pouls comme il y a 12 méridiens.

 

 


Fig 3. La palpation des pouls.

 

Cette médecine a rendu des services considérables et a été la médecine des Chinois pendant plus de 2500 ans. Ceci incite à reconnaître la valeur de l’acupuncture et de cet ensemble de connaissances.

On peut utiliser l’acupuncture pour atténuer les douleurs, les affections spasmodiques, les troubles du sommeil, les états dépressifs, l’allergie … Mais vouloir réduire l’acupuncture à l’auriculo-puncture, où l’oreille reflète la forme du fœtus recroquevillé tel que Monsieur Naugier l’a décrite à Lyon, ne semble pas convaincre Monsieur Nenna.

 

2. Un certain nombre de procédés utilisant les schémas anatomiques et biologiques dans le courant de pensées occidentales.

Dès le Moyen Age, les dissections permettent de connaître l’anatomie. Au XVIème siècle, Paracelse enseigne que les éléments primordiaux du genre humain sont au nombre de trois : le mercure, le sel et le soufre et que la maladie est causée par le désaccord de ces trois éléments ou la prédominance de l’un d’eux.

 

a. Phytothérapie :

Pendant des millénaires, l’utilisation des plantes fut le principal recours de l’homme pour lutter contre la maladie. On trouve ainsi des stimulants, des toniques, des diurétiques, des purgatifs, des sudorifiques, des calmants de la toux et de la douleur …

L’aromathérapie, elle, fait appel aux essences végétales (lavande, romarin, cannelle).

 

b. La thérapie cellulaire et la plasmathérapie existent également depuis longtemps.

 

c. L’homéopathie s’est constituée en un corps de doctrine. Ceci a été le fait de Samuel Hahnemann né le 10 avril 1755 et mort à Paris le 2 juillet 1843. Il établit une des deux grandes lois de l’homéopathie : la loi de similitude qui s’énonce ainsi : « les substances qui, à doses pondérales toxiques ou physiologiques, sont capables de provoquer chez un sujet apparemment sain mais sensible un tableau symptomatique donné, peuvent aussi dans de très nombreux cas et chez d’autres sujets malades mais sensibles, faire disparaître des symptômes semblables si elles sont prescrites à petite doses ». Hahnemann constata ultérieurement que plus la dose du remède était diluée, plus son action se montrait puissante et profonde.

L’enseignement de l’homéopathie en France est assuré par l’Institut National Homéopathique Français, le Centre Homéopathique de France, l’Hôpital Saint-Jacques à Paris, la Société Médicale de Biothérapie. Il faut être médecin pour pouvoir exercer cette spécialité.

 

3. Procédés thérapeutiques où se manifestent le retour à la nature et la maîtrise du corps

a. L’individu fait effort.

Le yoga permet de mettre le corps en condition en permettant une ouverture vers l’espace spirituel. Le yoga, les gymnastiques, la danse, l’éducation physique, l’expression corporelle constituent une série de procédés d’hygiène. Toutes ces méthodes peuvent être utilisées à condition qu’elles soient considérées comme des thérapeutiques et non comme un corps doctrinal.

 

b. L’individu se soumet à :

la kinésithérapie : le titre de masseur-kinésithérapeute est un titre légal, obtenu par diplôme à l’issue d’études qui durent trois ans. Les masseurs kinésithérapeutes sont des auxiliaires médicaux qui ont le droit de pratiquer les massages médicaux et la médecine rééducative ; ils ne sont pas autorisés à pratiquer les manipulations vertébrales.

l’ostéopathie : le titre d’ostéopathe n’est pas reconnu en France, où seuls les médecins ont le droit de pratiquer les manipulations vertébrales. Il existe dans de nombreux pays (Suisse, Allemagne, Angleterre, États-Unis) des écoles spécialisées formant des ostéopathes non médecins, habilités à pratiquer le traitement pas manipulations.

la chiropractie : le titre de chiropracteur n’est pas reconnu en France. La chiropractie utilise aussi la technique des manipulations vertébrales. Le chiropracteur, constatant que la colonne vertébrale constitue la charpente principale du corps humain et qu’elle est le seul endroit où les nerfs peuvent être gênés dans leur fonctionnement, voit dans la subluxation vertébrale (déplacement des articulations vertébrales, qui produit une pression sur les nerfs) la cause principale de très nombreux dérèglements organiques.

la mésothérapie consiste à introduire dans les endroits douloureux de minuscules aiguilles permettant d’injecter du liquide.

Pour toutes ces médecines du corps, il n’y a plus d’hostilité avec la médecine officielle. L’ensemble est regroupé sous une rubrique : médecine physique.

 

c. Domaines de l’hypnose et de la sophrologie.

On tend à produire une inhibition de conscience pour atteindre divers objectifs.

 

d. Soins par les éléments.

Eau, argile, boue, sable, métaux.

 

e. Bons et mauvais aliments.

On peut citer la lentille qui est un aliment complet, le poireau protecteur du foie et des reins …

 

4. Les procédés de connaissance.

a. Divinations mathématiques

Avec l’astrologie, on applique le zodiaque au corps. La divination mathématique utilise les chiffres, les abaques, les cartes, étudie le ciel, la terre. Il existe une pharmacopée astrologique. A chaque viscère correspond une planète et pour chaque planète, un certain nombre de médicaments. N’est-ce pas là l’ancêtre de la chronobiologie puisque l’on nous explique que certains médicaments sont très actifs lorsqu’on les prend à une certaine heure et moins à une autre.

b. Observation de phénomènes naturels

Par iridologie (observation du corps par l’iris), par cheiromanie, la graphologie, la radiesthésie (art de percevoir des radiations émises par différents corps).

c. Transes et sommeil :

Ce sont les voyants, magnétiseurs, guérisseurs, sorciers.

 

5. Le problème des thaumaturges, sorciers, guérisseurs, a été évoqué.

 

 

Monsieur NENNA a répondu aux nombreuses et très diverses qui lui ont été posées.

Les applaudissements furent chaleureux.

 

 

Découvrez + de 1100 textes des conférences du CDI sur le site du CDI de Garches 

Vos commentaires et vos conseils, contribuent à l’amélioration de nos parutions.
Vous disposez de l’espace « COMMENTAIRES » ci-dessous pour les exprimer.
Merci  et à bientôt pour votre prochaine visite.

 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.