Thèmes : Géographie, Histoire, Société
Conférence du mardi 22 avril 1997
Par Gérard Joudet
Appelé également petit Tibet, le Ladakh est situé entre les deux chaînes de montagnes les plus hautes du monde, celles de l’Himalaya au sud et du Karakoram au nord. Cet ancien royaume restera indépendant jusqu’au XIXème siècle. Il fut conquis par le Cachemire en 1834, fut intégré à l’Etat de Jammu et Cachemire, et sera rattaché à l’Union Indienne en 1947. Les Ladakhis font partie de tous ces peuples de l’Himalaya qui sont unis dans une même culture et une même religion.
Par sa situation géographique et politique, le Ladakh occupe une région d’une haute importance stratégique. Aujourd’hui sa superficie est de 98000 km’ et compte une population de 150 000 habitants, soit 6 fois plus petit et 40 fois moins peuplé que la France.
Le Ladakh est réparti en cinq régions :
. Leh, la capitale, se trouve dans la haute vallée de l’Indus qui forme le Ladakh proprement dit. C’est dans cette région que se sont développés villages et monastères. Ses habitants sont en majorité bouddhistes.
. La région de la Nubra est située au nord-est, cette vallée fertile se trouvait sur la route caravanière.
. La région du Rupshu borde la frontière du Tibet. Sur ses hauts plateaux, le nomadisme est de règle. Les habitants, les Changpas, se déplacent avec leurs troupeaux de yaks et de chèvres, ils vivent du produit de la vente de la laine appelée pashmina, avec laquelle on tisse les châles du Cachemire. Ils sont environ cinq mille, la moitié d’entre eux sont des réfugiés tibétains.
. Entre la chaîne de l’Himalaya et la vallée de l’Indus se trouvent les vallées perdues du Zanskar. Les habitants, les Zanskaris, peu nombreux, sont bouddhistes. Cette région, aux conditions climatiques très difficiles, reste isolée durant les huit mois d’hiver.
. Le Purig ou bas-Ladakh bénéficie d’un climat tempéré avec des pluies fréquentes permettant la culture de fruits et de céréales. On y trouve deux communautés : les Dardes, d’origine aryenne qui furent dans le passé bouddhistes et se sont en majorité convertis à l’Islam et les Baltis, chiites de tradition iranienne, ces anciens bouddhistes, soumis à l’influence proche du Cachemire, sont les plus farouches défenseurs de l’Islam. C’est sous leur pression que le Ladakh fut divisé en deux, Kargil étant le chef-lieu du Bas-Ladakh et Leh la capitale du Haut-Ladakh.
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Le Ladakh fit partie de l’Empire tibétain jusqu’au Xème siècle, et son histoire fut étroitement liée à celle du Tibet. Elle coïncide avec l’effondrement en 842 de la monarchie des rois bouddhiques qui régnaient au Tibet central. Ce fait historique entraîna celui-ci dans une ère de conflits, de luttes de pouvoirs et de guerres intestines durant près de deux siècles.
Pendant cette période d’instabilité, une branche de la famille royale de Lhassa quitta le Tibet central pour s’installer à l’extrémité occidentale du plateau tibétain. En 900, un des descendants des premiers souverains tibétains fonda le royaume de Ngari. A sa mort, ses trois fils se partagèrent le royaume, ceux-ci régnèrent respectivement sur le Ladakh (le Zanskar et le Spiti), le Guge et le Purang. C’est au début du Xème siècle que les premiers souverains du Ladakh, établirent la dynastie ladakhie, du nom de Lhachen.
La monarchie s’imposa et se maintiendra jusqu’au XVème siècle, accentuant la dépendance culturelle du Ladakh vis à vis du Tibet central. Elle fit du bouddhisme une religion d’État et de nombreux monastères furent érigés dans tout le royaume.
Le bouddhisme tibétain, appelé lamaïsme, est fermement établi dans cette région de l’Himalaya. Le Ladakh, petit par ses dimensions, recèle un grand nombre de monastères et toutes les écoles qui font la richesse du bouddhisme lamaïste y sont représentées. La philosophie du Bouddha fut introduite au Ladakh probablement au début de notre ère, sous sa forme indienne qui était alors le Mahayana, ou grand véhicule, et n’aurait adopté son actuelle coloration tibétaine qu’à partir du VIIIème siècle.
A partir du XVème siècle, le Ladakh devra faire face aux attaques incessantes du Cachemire musulman. Un homme s’imposa, Tashi Namgel : il unifia le royaume et sa dynastie se maintiendra au pouvoir jusqu’à l’annexion du Ladakh en 1833 par le Cachemire. Durant leur règne, Leh demeura la capitale du royaume.
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Depuis l’effondrement en 1959 des institutions monastiques du Tibet dû à l’invasion chinoise, l’ancien royaume du Ladakh constitue avec les anciens royaumes du Spiti et du Lahaul et avec le Sikkim, le royaume du Bhoutan, dernier bastion de la civilisation tibétaine.
La fermeture des frontières a plongé le Ladakh dans un isolement total et l’interruption du commerce avec le Tibet a créé un état de dépendance économique complet à l’égard de l’Inde.
Malgré son statut politique de province indienne, la situation géographique du Ladakh s’apparente davantage au haut plateau tibétain qu’à l’Inde. Sa culture de tradition tibétaine s’est maintenue jusqu’à nos jours.
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Dans un désert montagneux, Leh la capitale est située à 3 600 mètres d’altitude, sa population est de 15 000 habitants sur les 150 000 que compte le Ladakh.
Vestige de l’âge d’or du Ladakh, Leh n’est plus aujourd’hui qu’une ville du bout du monde, isolée dans ses frontières et coupées des liens qui l’unissaient au Tibet. C’était autrefois un centre commercial important où transitaient les caravanes de la route de la soie.
De riches marchands venaient d’Afghanistan, de la région du Kasgar ou même de Samarcande en Asie centrale. Pendant l’été, les caravanes se croisaient pour échanger leurs marchandises telles que la soie, les turquoises et l’or provenant du Tibet et de la Chine. L’Inde et le Cachemire fournissaient la laine, les épices et le riz.
Situé en face de Leh, sur la rive gauche de l’Indus, le village de Stok est devenu, depuis 1834, la résidence de la famille royale en exil. C’est au palais, aujourd’hui transformé en musée, que le dernier descendant des rois de la dynastie Namgyel mourut en 1974, sa veuve vit aujourd’hui à Delhi, et depuis 1991, c’est son fils qui représente le Ladakh au parlement national de New Delhi.
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Comme tous les peuples de l’Himalaya, la montagne a façonné ces hommes à l’image du pays. La société ladakhie est essentiellement composée d’agriculteurs sédentarisés dans la vallée de l’Indus et de bergers nomades élevant sur les hauts plateaux des troupeaux de yacks, de chèvres et de moutons qui produisent viande, lait et laine.
La vie des Ladakhis est rythmée par deux saisons : l’été et l’hiver. Un hiver glacé, interminable qui dure près de huit mois, c’est la période où le travail est réduit, ce qui privilégie la vie sociale et religieuse.
Dès la fonte des neiges, début juin, arrive l’été. Pendant trois mois, sous un soleil brûlant, les paysans s’activent aux travaux des champs. Ils récoltent en septembre l’orge qui, une fois grillée et moulue, constitue avec les laitages et la viande, la nourriture de base des Ladakhis.
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Aujourd’hui, le Ladakh est le refuge d’une culture unique et originale, il donne une image vivante de la culture tibétaine. Les Ladakhis demeurent profondément attachés à leur tradition séculaire, leur culture et leur religion. Le Ladakh est aussi la terre d’accueil de nombreux réfugiés tibétains.
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