Thèmes : géographie, histoire.
Conférence du vendredi 18 mai 1984.
Le vendredi 18 mai, dans le cadre de Connaissance du Monde, Monsieur Jean-Claude Aubert est venu nous présenter son film sur la Bavière : « La Bavière, du rêve à la réalité ».
La Bavière (fig. 1) occupe 70.548 km2 soit environ la République Fédérale d’Allemagne. L’État Bavarois comprend :
- la Franconie,
- la Souabe,
- la Bavière,
- le haut-Palatinat.
I. – PREMIÈRE PARTIE.
Nous commençons notre voyage par Munich, capitale de la Bavière.
L’origine de Munich est relativement récente. Au XIIe siècle, les évêques de Föhring possédaient sur le pont de l’Isar un dépôt de sel et un octroi auquel se trouvaient soumis tous les convois marchands qui, de Reichehall, se rendaient en Bavière. Henri le Lion prétendit voir dans ce privilège des évêques, une atteinte à sa souveraineté. Il essaya d’en négocier la reprise avec l’évêque de Föhring. Devant la résistance du prélat, il recourut aux grands moyens, attaqua Föhring à main armée, emporta d’assaut le château épiscopal et détruisit le pont. Remontant l’Isar, le duc victorieux chercha un endroit favorable pour y construire un nouveau pont et établir à son bénéfice cette fois, un nouvel octroi. Il se décida pour le lieu nommé Villa München.
L’importance de Munich date du XVIIIe siècle et du règne de Maximilien. Ce prince avait passé sa jeunesse en Italie et s’était passionné pour l’art de ce pays. Son fils, Louis 1er, s’efforça de faire de Munich une capitale intellectuelle et dota la ville de musées et de bibliothèques.
Nous partons vers le centre de Munich. Sur la grande Marienplatz, les touristes devant le Rathaus (hôtel de ville) guettent l’apparition des figurines mobiles qui viennent, sortant d’une fenêtre de la tour, annoncer les heures. Elles défilent au son des 43 cloches qui pèsent de 10 à 1300 kg (fig. 2).


Fig. 2. Le Rathaus (Hôtel de Ville).
En Munich, un disait : « Si les cloches perdaient leur pouvoir sur le bruit et les tours, leur règne sur les toits, il n’y aurait plus d’espoir ni de vie ».
En effet, on ne compte pas moins de 30 églises dans le centre de cette ville.
De nombreux monuments retraçaient l’histoire de Munich, mais les bombardements de la seconde guerre mondiale détruisirent la ville à plus de 50%.
Aujourd’hui, grâce à la reconstruction rapide d’après-guerre, Munich a son prestige d’autrefois. Si cette ville est considérée parfois par certains comme la capitale secrète de l’Allemagne, c’est avant tout une métropole industrielle, commerciale et universitaire sans cesser pour autant d’être la capitale d’un district et d’un peuple essentiellement ruraux.
Munich accueille de nombreux travailleurs étrangers, Italiens, Grecs, Turcs, Yougoslaves. Bien que le chômage soit un problème aussi actuel que chez nous, la population allemande essaye d’intégrer ses immigrés souvent indispensables à l’économie de leur pays.
Alors que les marchés ont malheureusement fait place aux grandes surfaces, comme chez nous, la Bavière et particulièrement la ville de Munich a su sauvegarder son marché traditionnel situé à deux pas de la place de l’Hôtel de Ville.
Sur une île de l’Isar, se trouve le Deutsches Museum, le Musée allemand, immense conservatoire des arts et métiers, où les locomotives, les turbines, les galeries de mines reconstituées grandeur nature, les automobiles et toutes les applications les plus récentes de la science ont trouvé des salles qui se suivent interminablement.
Le Deutsches Museum est aussi un « Palais de la Découverte » où jeunes et moins jeunes peuvent s’initier aux grands jeux de la technique.
Face à ce musée se trouve le parc olympique. 135 architectes, 108 ingénieurs, 4000 ouvriers participèrent à la réalisation de ce projet.
Au complexe sportif s’ajoute le village olympique devenu aujourd’hui cité universitaire.
Nous quittons Munich pour rejoindre à quelques kilomètres de là le château de Nymphenburg (photo 3). Autrefois en pleine campagne, aujourd’hui intégré dans l’espace urbanisé, il a su préserver son vaste parc de 200 hectares où se côtoient avec harmonie les styles français et anglais. Au détour d’une allée, apparaît le pavillon de chasse. C’est dans ce château que naquit le 25 août 1845 Louis II de Bavière. Très rapidement il délaisse Nymphenburg pour rejoindre le château familial de Hohenschwangau à une centaine de kilomètres de Munich au pied des alpes bavaroises, dans un cadre magnifique. Petit à petit le roi Louis II se détache de ses fonctions et se consacre uniquement à la construction de son premier château : Neuschwanstein (photo 4). Il semble tiré d’un conte de fées. Sur un promontoire solitaire, au milieu de la forêt et des monts, il dresse sa silhouette fantastique au-dessus d’un lac. Ce château pose des problèmes au gouvernement bavarois car le piton rocheux sur lequel il est construit commence à s’effriter et des moyens considérables sont mis en œuvre pour le préserver.


Photo 4
Tandis que Louis II aide Richard Wagner à réaliser son théâtre de Bayreuth, il fait édifier son deuxième château : Linderhof (photo 5). En s’inspirant du petit trianon à Versailles, Louis II veut faire revivre un passé riche qu’il aime avec passion.

Photo 5
En 1878, Linderhof à peine terminé, on pose déjà la première pierre de son troisième château : Herrenchiemsee. Pour le réaliser, il délaisse les montagnes et se retire dans une île du lac de Chiemsee surnommé la mer de Bavière.
C’est en bateau que l’on découvre ce château. Lorsqu’ils accostent au ponton, très rapidement les touristes envahissent les environs. Appareils photo en bandoulière, ils s’engouffrent dans des voitures tirées par des chevaux qui vont les emmener directement devant la façade du château.
Les sommes dilapidées dans la construction de ces magnifiques châteaux ont provoqué jadis la ruine de la Bavière ; aujourd’hui, toutes ces richesses en font sa fierté et attirent des milliers de touristes.
La maison de Richard Wagner nous retient à Bayreuth.
A la suite des représentations médiocres de ses opéras, Richard Wagner décide de construire son propre théâtre conçu par lui-même pour sa musique.
C’est sur la « colline verte », à l’extérieur de Bayreuth qu’il pose la première pierre de son « Festspielhaus » le jour de son 59e anniversaire.
En août 1876, devant sa femme Cosima, fille de Frantz Liszt, et le roi Louis Il de Bavière, le rideau se lève sur « L’or du Rhin ». Ce sera le début d’une ère nouvelle où les « Wagnériens » se retrouveront chaque année pour le célèbre festival. C’est un véritable mythe qui s’est créé à Bayreuth autour de ce musicien. En effet, de nos jours, les places sont vendues par l’intermédiaire d’un ordinateur et celui qui n’a pas encore sa place devra attendre plusieurs années avant de pouvoir en obtenir une.
A quelques kilomètres de là, une frontière divise l’Allemagne en deux (fig. 6).

Fig. 6
Grâce à une patrouille de la douane nous pouvons emprunter la route interdite à la circulation afin d’atteindre la frontière. Bientôt la route est obstruée par une barrière. Au-delà plus rien, la végétation a envahi le macadam. Des pancartes indiquent la frontière. Jean-Claude Aubert arrête son véhicule et l’on découvre une frontière où règne une atmosphère pesante, tendue. Aussitôt un camion de l’Allemagne de l’Est arrive à la hauteur des voyageurs ses occupants, aussitôt balaient l’horizon de leurs jumelles.
Pour comprendre cette situation revenons en arrière : le partage de l’Allemagne est une conséquence directe de la deuxième guerre mondiale.
Après la capitulation du 8 mai 1945, les Alliés s’attribuent chacun une zone d’occupation … Petit à petit, les soviétiques se séparent des autres ; en mai 1952, la ligne de séparation entre le secteur soviétique et le secteur des autres Alliés est renforcé par les Russes qui installent, outre des barbelés, trois zones successives infranchissables.
Toujours en empruntant les routes interdites à la circulation, accompagnés par la patrouille de l’Ouest, nous nous enfonçons dans la forêt. Des ouvriers de l’Est travaillent au renforcement de la frontière. Très rapidement nous avons été repérés et lorsque nous sommes arrivés en bordure du chantier, les civils de l’Allemagne de l’Est avaient déjà arrêté leur travail et repassaient les barbelés sous la présence de 5 soldats de l’armée de l’Est en armes, accompagnés de chiens. A terre se trouve un fil rouge à ne franchir sous aucun prétexte. Dans le cas contraire, les ouvriers seraient abattus sans sommation. Pour filmer ces images, Jean-Claude Aubert a utilisé de puissants objectifs. Pendant 15 jours, raconte-t-il, il est resté là sur cette frontière à surveiller tous les mouvements des patrouilles de l’Est.
Un matin il pensa avoir le contact avec cette armée de l’Est. Les soldats s’étaient approchés hors du grillage. Munis d’un émetteur radio et d’appareils photo, ils s’étaient arrêtés et avaient pris des photos. Quelques instants plus tard ils avaient repris leur route sans avoir dit un mot.
Lorsqu’il y a ainsi des missions à effectuer hors des barbelés, on envoie toujours des jeunes soldats mariés qui ne peuvent passer à l’Ouest car une femme et des enfants les attendent à l’Est.
On s’arrête ensuite dans un petit village coupé en deux par la frontière. En bas de la rue principale, le grillage a été remplacé par des barbelés.
Nous passons devant le pont de Hof. Comme beaucoup d’ouvrages d’art, il fut détruit par l’Allemagne de l’Est. Ce n’est qu’en 1977 qu’un accord fut conclu entre les deux Allemagnes pour la réouverture de l’autoroute Munich-Berlin, c’est-à-dire pour la reconstruction de ce pont. Les allemands de l’Ouest payaient les travaux, les allemands de l’Est fournissaient la main-d’œuvre.
Nous circulons ensuite dans la campagne. Là, les agriculteurs recueillent le houblon de leurs champs, le trient, le sèchent et l’emballent dans de grands sacs pour les porter à des coopératives agricoles.
Pénétrons dans une brasserie. Chaque brasserie possède ses secrets de fabrication.
Seuls l’orge, l’eau et le houblon sont utilisés pour le brassage de la bière et cela depuis date à laquelle Guillaume IV promulgua un décret sous le nom de loi de pureté.
Dans des cuves spéciales, l’orge est mouillé, lavé et aéré afin de faciliter sa germination. Le maltage terminé, la cuisson au cours de laquelle s’effectue l’opération d’houblonnage commence. La pâte obtenue est refroidie puis dirigée dans des bacs de fermentation maintenus entre 5 et 8°. La fermentation durera entre 7 et 9 jours. La jeune bière est expédiée ensuite par l’intermédiaire de tuyauteries en cuivre dans des cuves de stockage pour une fermentation complémentaire qui durera entre 3 et 4 mois. Après il ne restera plus que le conditionnement à réaliser avant que cette bière ne soit vendue. Quelques mois avant l’Oktoberfest de Munich les brasseries préparent des bières spéciales, moins alcoolisées que d’habitude.
Le troisième samedi de septembre dès le lever du jour, un véritable ballet s’organise. Les camions des différentes brasseries des environs de Munich envahissent la Theresienwiese (immense espace tout près du centre de la ville). Là, les livreurs débarquent une quantité incroyable de fûts qui s’alignent les uns derrière les autres. Un peu plus loin, d’autres livreurs font la chaîne et débarquent poulets, saucisses et boissons par milliers. Tandis que le personnel tout de noir vêtu se prépare, les chopes encore vides bien alignées sur les étagères attendent les premiers clients. Les gadgets de tout genre envahissent les étalages et feront dans quelques heures la joie des visiteurs du monde entier. Devant l’entrée principale des tavernes, de petites baraques sont réservées aux vendeurs de bretzels, petits gâteaux salés qui serviront tout au long de la fête à éponger la bière.
Pendant ce temps, venant du centre-ville le cortège approche lentement. Au rythme des fanfares, les musiciens habillés en costume traditionnel entraînent le reste du personnel vers les tavernes de toile. Les brasseurs de Munich ont organisé un cortège de quelques douzaines de chariots chargés de tonneaux de bière, tirés par de majestueux chevaux brossés et peignés avec soin, et dont les harnais reluisent de chromes étincelants.
Des groupes folkloriques du monde entier exhibent leurs costumes rutilants. Ce n’est que quelques minutes avant midi que ce cortège pénètre sur la Theresienwiese maintenant noire de monde. Lorsque les 12 coups de canon retentissent, c’est l’ouverture officielle de la plus grande fête populaire du monde. Obéissant une vieille coutume, le Maire de Munich perce le premier tonneau et vide, selon ses capacités mais d’une seule traite, une « mesure » de trois ou cinq litres. Tout le monde se précipite alors vers les tavernes de toile. La capitale bavaroise retrouve alors les plaisirs d’une fête champêtre. Cette fête qui réunit pendant 3 semaines des millions de participants est devenue une attraction pour les étrangers, tout en restant une vraie fête pour les autochtones. Ici, tous les abus sont permis.
Citons quelques chiffres : 42 000 hectolitres de bière sont consommés en moyenne chaque année, 500 000 poulets frits, 355 000 paires de saucisses.
C’est cette Bavière, celle de la joie de vivre, du folklore, des traditions ancrées au plus profond d’elle-même que Monsieur Aubert a voulu nous faire connaître travers ces images.
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