Thèmes : géographie, histoire, visite.
Visite du 11 au 14 mai 1987.
Du 11 au 14 mai, 70 adhérents du Cercle sont partis pour un voyage à travers les capitales européennes : Bruxelles, Luxembourg, Strasbourg.
LUNDI 11.
9 heures : les moteurs chauffent, les autocars démarrent. En route vers la Belgique. Le ciel est gris mais la bonne humeur règne.
Après les traditionnels café et thé servis en route, nous atteignons, vers midi, le château de Beloeil près de Mons où deux guides nous attendent. Ils ne nous quitteront plus jusqu’à Luxembourg.

Quelque peu « frigorifiés « , nous montons dans un petit train qui nous conduit, à travers le parc, au restaurant.

Depuis le 14ème s. le château de Beloeil appartient à la famille des Princes de Ligne, dont le plus illustre fut le Maréchal Charles-Joseph de Ligne (1735-1814). Incendié en 1900, il fut reconstruit sur les mêmes fondations.
Le parc dessiné au 18ème s. par Lamoral II, émule de Le Nôtre, fut augmenté d’un jardin anglais.
Après un déjeuner « plus ou moins bien digéré » par les uns et les autres, chacun regagne sa place dans les cars.
Nous traversons la région du Hainaut en passant par Ath réputée pour la « ducasse », c’est à dire son cortège des géants de la fin du mois d’août. Hauts de plus de 4 m, ils parcourent la ville. Ce sont Monsieur et Madame Gouyasse (mot patois pour Goliath), les 4 fils Aymon, montés sur leur cheval Bayard, Samson, Ambiorix et Mam’zelle Victoire, symbolisant la ville d’Ath. La veille à 15 heures, le mariage du couple Gouyasse est béni à l’église St Julien au cours des « vêpres Gouyasse » puis, devant l’Hôtel de Ville, on assiste au combat de David et Goliath.
Nous passons par Enghien et Halle vouée au culte de la Vierge Noire, objet d’un pèlerinage depuis le 13ème s. Et puis la province de Brabant avec sa capitale Bruxelles.
Nous entrons par la porte de Hal, seul vestige restant des murailles du 14ème s. détruites sur ordre de Napoléon.
Nous passons devant le palais de justice.
C’est un énorme bâtiment de 103 mètres de hauteur construit à la fin du 19ème siècle, mélange de tous les styles de l’antiquité (grec, romain, babylonien, assyrien…).
Nous continuons notre route : la Basilique du Sacré-Cœur, la Synagogue, le Conservatoire national de musique, l’église Notre-Dame du Sablon, le Musée des beaux-arts, la place Royale.
Nous longeons le palais royal dont la façade à colonnade en arc-de-cercle fut construite sous Léopold II. Devant nous, le palais des académies de 1823, ancienne résidence du prince d’Orange.

Nous dépassons les bâtiments du Parlement européen, lieu de réunions, et arrivons au quartier du Cinquantenaire.
Créé en 1880 lors de l’exposition du Cinquantenaire de l’indépendance de la Belgique, le parc entoure un grand palais dont les deux ailes sont réunies par une monumentale arcade. L’aile Nord abrite le musée de l’armée, l’aile Sud les musées royaux d’Art et d’Histoire.
Non loin de là, depuis un an, le musée des voitures, considéré comme le plus riche du monde.
Puis le Parlement, la colonne du Congrès, l’ancien jardin botanique, l’église royale Notre-Dame, construite en style byzantin en restauration, l’église Notre-Dame de Laeken, le château royal de Laeken et le parc de Laeken.
Non loin du château, le pavillon du Belvédère, résidence du prince Albert de Liège et de la princesse Paola. Puis l’on passe devant les Serres royales, la tour japonaise, imitation d’un temple bouddhiste, et le pavillon chinois. Ces deux édifices sont rescapés de l’exposition universelle de Paris de 1900.
La Fontaine voisine est la reproduction de la célèbre fontaine de Neptune à Bologne.
C’est en 1935 que furent construits les Grands palais du Heysel pour l’exposition internationale. L’exposition universelle de 1958 se tint sur le même site et, aujourd’hui, le principal vestige encore visible est l’Atomium. Il s’agit d’une molécule de cristal de fer agrandie 165 milliards de fois. La sphère supérieure se trouve à 102 mètres du sol et renferme un restaurant. L’ensemble se visite.

Les palais du centenaire servent actuellement aux grandes foires et salons ainsi qu’à des colloques et congrès.
Nous retournons vers le centre de Bruxelles en passant devant l’église Notre-Dame de Laeken et par les rues « tièdes » de Bruxelles (comparées aux quartiers « chauds » d’Amsterdam) pour nous garer près de la Grand-place où les 2 cars se retrouvent. Là notre guide nous explique qu’en 1695, la Grand-place fut bombardée par les troupes françaises sur ordre de Louis XIV. Il ne subsista que l’Hôtel de Ville. La reconstruction fut entreprise immédiatement. Distribuées autour de la Grand-place, les maisons des Corporations et la Maison du Roi aux façades dorées et richement décorées, de style baroque flamand.
Dans l’une de celles-ci, la maison de Brasseurs est aménagé un Musée de la brasserie.

L’Hôtel de Ville (1402-1455) est de pur style gothique. La tour a été érigée à l’emplacement de l’ancien beffroi ; elle est dominée par une statue de St-Michel, patron de Bruxelles.
Poussés par le vent, nous nous dirigeons vers notre hôtel en ne manquant pas, bien sûr, de saluer le Manneken Pis qui se trouve à une centaine de mètres derrière l’hôtel de ville, dans la rue de l’Étuve.
Le Manneken Pis (manneken : petit bonhomme), appelé aussi « petit Julien », a été sculpté par Jérôme Dusquenoy l’Ancien en 1619 et alimentait le quartier en eau.


Après avoir diné à l’hôtel, les uns montent se coucher tandis que d’autres retournent à la Grand-place. C’était une fort bonne idée car ils eurent la chance d’assister à un son et lumière inattendu.
MARDI 12.
Lestés d’un copieux petit déjeuner, nous partons à Waterloo. La météo n’est toujours pas favorable et c’est sous une pluie battante que nous abordons le site.
Sitôt les cars arrêtés, nous nous engouffrons dans un édifice circulaire abritant une toile de 110 mètres de circonférence (réalisée en 1913-14 par le peintre français Louis Dumoulin) représentant la bataille au moment où Ney engage la cavalerie dans le chemin creux.
Histoire de la bataille :
Le 18 juin 1815, les alliés avaient rangé leur armée comprenant 67 000 hommes et 184 canons, sur le plateau du Mont St-Jean. Ils avaient fortifié 3 groupes de bâtiments : le château de Hougoumont, la ferme de « la Haie Sainte » et la ferme de « la Papelotte ». En face, sur le plateau de « la Belle Alliance », se trouvaient 74.000 français avec 246 bouches à feu. Il y avait là sur un très petit espace, trop de troupes agglomérées, ce qui ne permettait pas le déploiement voulu. Comme de plus le sol était détrempé par suite d’un violent orage, l’évolution de l’artillerie fut difficile et les troupes étant harassées, Napoléon retarda la bataille.

C’est à la Ferme de Hougoumont que commença la bataille.
A 11 heures 30, le 18 juin 1815, les bataillons du Prince Jérôme Napoléon lui donnèrent l’assaut. Plusieurs fois, les Français parvinrent à s’emparer de la place, mais ils furent repoussés par les Anglais et les Hollandais. Six régiments français s’y épuisèrent sans résultat jusqu’à ce que quelques obus aient mis le feu à la construction, écrasant les blessés. De l’ancien château, il ne reste que la chapelle, où le massacre fut épouvantable, et le puits où furent jetés pêle-mêle morts et blessés.
Après quelques achats dans les magasins de souvenirs, nous continuons notre route vers Namur.
A Namur malheureusement, la pluie ne cesse de tomber. Nous grimpons tout de mème en car à la Citadelle. De la route, on découvre un joli panorama sur la vallée de la Sambre et de la Meuse. Puis les plus gourmands vont s’acheter des chocolats et les autres se promènent dans la ville.
Mais l’heure tourne et nous voilà repartis vers Annevoie où nous attend un très bon déjeuner dans un cadre très agréable.

Heureusement le ciel a quelque peu pitié de nous. Quelques éclaircies nous accompagnent lors de notre promenade « digestive » dans les jardins d’Annevoie.
Le domaine appartient depuis 1675 aux Montpellier. L’un des membres de cette famille imagina à la fin du 18ème s. ce parc aux eaux vives, compromis entre les jardins à la française et les jardins romantiques italiens. Nous avons le loisir de nous promener à travers ses allées rectilignes parmi les nombreux jeux d’eau et de longer le Grand Canal, bordé de tilleuls.
La fin de notre promenade est tout de même accompagnée d’un orage !

En route vers Luxembourg par Dinant qui occupe un très beau site dans la vallée de la Meuse, Bastogne réputée pour son jambon d’Ardenne et pour ses noix.
Vers 18 heures nous arrivons à Luxembourg dont nous avons vite fait le tour. Notre guide nous emmène visiter la cathédrale dans la vieille ville.
La vieille ville est séparée de la nouvelle au Sud par la profonde entaille du ravin de la Pétrusse que franchissent des ponts tel le fameux pont Adolphe.
Luxembourg devient, en 1952, le siège de la Communauté Européenne du charbon et de l’acier, premier organisme devant ouvrir la voie à une fédération européenne.
Depuis la signature du Traité de Rome en 1957, Luxembourg héberge le secrétariat du Parlement européen dont les sessions se tiennent à Strasbourg et à Luxembourg. En 1966 est inauguré sur le Kirchberg le Centre Européen, édifice destiné à réunir les divers services du Secrétariat du Parlement européen. Depuis 1965, le Conseil des Ministres, organe suprême de décision du Marché Commun, siège à Luxembourg trois mois par an.
Après le dîner, nous reprenons la route pour Metz où nous attend un bon lit bien mérité.
MERCREDI 13.
Troisième jour. Une certaine fatigue commence à se faire sentir.
De bon matin, un groupe part visiter la brasserie Kronenbourg près de Strasbourg tandis que l’autre va déguster du vin dans une cave à Marlenheim chez Monsieur Mosbach.
Brasserie Kronenbourg :
Nous sommes très aimablement accueillis dans la brasserie.
Notre « guide » nous conduit dans une salle où un montage de diapositives relatant l’histoire et la fabrication de la bière nous est proposé.
Fabrication :
. Le maltage :

Le maltage a pour but de provoquer la germination des grains d’orge. Les stades successifs de la fabrication du malt sont les suivants :
Nettoyage, triage et calibrage. Ces opérations ont pour but d’obtenir des grains de dimension uniforme permettant une germination régulière.
Trempage. Pour germer, les grains d’orge doivent absorber les quantités d’eau et d’oxygène bien déterminées. Cette opération s’étend sur 2 à 3 jours au cours desquels les grains sont trempés dans des cuves à 15°C pendant 1/3 du temps et aérés pendant 2/3 du temps.
Germination. Après trempage, l’orge est acheminée dans des germoirs mécaniques où elle est constamment remuée par un retourneur. Cette opération conduite à une température de 17° dure 5 à 6 jours pendant lesquels les germes vont apparaître et les diastases se développer puis rendre friable et désagréger tout l’amidon contenu dans les grains d’orge.
Touraillage. Le touraillage a pour but d’arrêter la germination par un réchauffement brutal des grains germés, étalés sur des plateaux perforés superposés dans d’immenses tours où ils sécheront jusqu’à ne plus contenir que 4% d’humidité. Par la même occasion, on élimine alors les radicelles apparues pendant la germination.
Le grain d’orge a désormais la couleur et l’arôme recherchés : il est devenu malt. Conservé dans de vastes silos, il sera acheminé vers la brasserie.
. Le brassage :
Le brassage a pour but d’obtenir, à partir du malt, de l’eau et du houblon, un moût sucré et aromatique.
Concassage. Le malt est réduit à l’état d’une mouture constituée d’écorces, de gruaux et de farine. On y ajoute de l’eau : c’est l’empâtage. Pour atténuer le goût pâteux de ce mélange et améliorer sa stabilité, on y introduit des céréales crues.
Extraction de la mouture. Le mélange ainsi obtenu est progressivement élevé en température par paliers dans d’immenses chaudières en cuivre appelées « cuve-matière« . Sous l’effet des diastases, l’amidon s’y transforme en sucre. Selon la densité du mélange, on obtiendra un taux d’alcool plus ou moins important.
Filtration du moût et lavage des drèches. Ce premier bouillon est débarrassé par filtration des parties insolubles du malt. Celles-ci sont lavées à l’eau chaude puis retirées et vendues comme aliment pour le bétail. Après cette opération, il reste un jus sucré appelé moût.
Cuisson et houblonnage du moût. Le moût est soumis à une ébullition vive et prolongée (1 h 1/2 à 2 heures) dans une chaudière à moût. Ce moût est alors additionné des cônes ou de granulés de houblon. Leurs résines amères donneront au mélange l’amertume et l’arôme recherchés. Cette cuisson terminée, le moût est pompé dans un bac tourbillonnaire où il est débarrassé par la force centripète des précipités protéiques, résidus de houblon, etc.
Refroidissement du moût. Il est obtenu dans un échangeur réfrigérant qui porte sa température à 6°C, température requise pour le départ en fermentation. Il est alors limpide, doux et amer.
. La fermentation :
La fermentation a pour objet de transformer le moût en boisson alcoolisée, carbonatée par ensemencement avec une levure de bière.
Ensemencé avec de la levure de bière, le moût fermente pendant une semaine dans des cuves à réfrigération contrôlée.
Cette fermentation s’accompagne d’un dégagement de chaleur qu’il est nécessaire de freiner pour obtenir une bière de qualité en refroidissant la température des cuves pour la maintenir aux environs de 10°C. A l’issue de cette opération, les levures ont transformé le sucre en alcool et CO2. Déposées au fond des cuves, elles sont récupérées.
Débarrassée de ces levures et maintenue à une température voisine de 0°C pendant 4 à 8 semaines dans les « tanks » hermétiques des caves de garde, la bière s’enrichit lentement de gaz carbonique, s’affine et acquiert son pétillant et son bouquet. Filtrée de nouveau par passage dans un filtre à bière en présence d’une quantité dosée de Kieselguhr (terres lacustres broyées et passées au four), la bière devient limpide et brillante. Les dernières cellules de levure seront éliminées lors de la pasteurisation à 65°.
Après toutes ces explications, notre guide nous emmène voir les très belles cuves en étain où la bière est brassée puis la mise en bouteille des différentes bières.

Mais, après la théorie, il fallait passer aux travaux pratiques …
Les tests des différentes bières étant satisfaisants, nous revenons encore dignes et droits dans nos cars.
Après avoir erré quelque peu dans Strasbourg, nous arrivons à l’hôtel où l’autre groupe est déjà installé à table. Mais ils ont su être généreux et nous ont laissé notre part d’apéritif.
Après le repas, nous repartons pour une visite guidée de Strasbourg.
Strasbourg s’étend de part et d’autre des eau x de deux rivières, l’III et l’Aar jusqu’au port industrie l sur le Rhin.
Maintenant, suivons notre guide.
La Faculté de médecine : « Elle est construite dans l’enceinte de Strasbourg de façon à ce que les médecins soignent les malades, mais aussi que les étudiants se fassent la main sur les malades. La spécialité est la neurochirurgie, autrement dit la chirurgie du cerveau. On peut donc réparer tous les dégâts de la toiture quand on a quelques hirondelles sur le beffroi … ».
Nous contournons le quartier des tanneurs, passons devant l’église St Thomas, St Nicolas, et arrivons devant le centre économique et commercial de Strasbourg au Moyen-Age.
5 siècles d’architecture se succèdent sur moins de 100 mètres. A gauche, le musée historique installé dans l’ancien abattoir (1507), le pont des toitures d’où l’on jetait les voleurs … Puis le Palais des Rohan. On longe toujours l’Ill, affluent du Rhin, qui prend sa source dans le sud de l’Alsace.
L’île du vieux Strasbourg est la ville du 19ème s. germanique. En 1870, Strasbourg devint allemande pour près de 50 ans. Les quartiers détruits furent reconstruits, d’autres s’aménagèrent. Nous passons devant la grande poste, le bâtiment universitaire, l’église St Paul.
Nous atteignons le palais des Droits de l’Homme (1964) et le Palais de l’Europe (1976). C’est un gigantesque ensemble dans lequel ont lieu les réunions du Parlement Européen.
Nous longeons le terrain de foire. Strasbourg étant une ville portuaire, c’est une ville commerçante donc de foires et de congrès (2ème ville de France après Paris). C’est une ville culturelle (orchestre philarmonique de Strasbourg, opéra du Rhin, théâtre national, percussions de Strasbourg).
La maison de la radio est décorée par une grande fresque de Jean Lurçat.
Nous empruntons l’axe Nord-Sud et atteignons la place de la République. Nous traversons le pont du théâtre. Maintenant nous entrons dans l’île du vieux Strasbourg : la Préfecture, l’Opéra, l’Hôtel de Ville, la place de l’Homme-de-Fer, la place Kléber.
Les cars nous déposent Place d’Austerlitz en dehors de l’île.
Nous retournons dans l’île à pied pour rejoindre la cathédrale-Notre-Dame.
Sur l’emplacement d’un temple d’Hercule, pendant 6 siècles, on reconstruit plusieurs sanctuaires successifs que détruisent, tour à tour, la foudre ou les invasions barbares. C’est en ce mème lieu que la cathédrale est entreprise en 1015 dans le style romain. Mais l’incendie sévit à nouveau et à 5 reprises ravage l’édifice. En 1176, sur ce qui subsiste on recommence à bâtir. L’art gothique, nouveau venu en Alsace, influence les architectes.
En débouchant sur la place, apparaît toute l’ampleur majestueuse de la façade, démesurée et cependant légère, Sa décoration est ajourée comme une dentelle.

La nef est de type purement gothique.

En son centre trône la chaire. Les sept petits piliers qui la soutiennent portent les statues de la Vierge, de Sainte-Barbara, de Sainte-Catherine, de Moise, de Saint-Jérôme et du pape Léon IX. Au pied de la chaire un jeune chien couché. Notre guide nous raconte que, selon une vieille tradition populaire, c’est celui du prieur Gerler de Kayserberg. Il avait l’habitude de s’endormir pendant les interminables sermons de son maitre. A proximité de la nef, le grand orgue (XVe s.).
L’horloge astronomique qui trône dans le bras droit du transept est une curiosité de la cathédrale. Elle fut commencée en 1547. Entre 1838 et 1842 on rénova son mécanisme. Elle fournit de nombreuses indications astronomiques, alors que de nombreux automates sont chargés d’annoncer les jours et les heures. A chaque quart d’heure, le Christ éloigne la Mort, représentée par un squelette qui ne peut sonner que les heures alors que les quarts d’heure sont frappés par de petits personnages allégoriques représentant les Quatre Ages de la vie. A midi les Apôtres défilent devant le Christ et s’inclinent en recevant sa bénédiction alors qu’un coq ouvre ses ailes et chante. A la fin de cette représentation, le Christ se tourne vers la foule et la bénit.
Après de nombreuses autres explications, les groupes se séparent. Les uns vont visiter le Musée de l’Œuvre Notre-Dame consacré à l’art alsacien du Moyen-Age et de la Renaissance, tandis que les autres se promènent librement dans le quartier de la Petite-France. Tout le monde se retrouve vers 18 heures 30 à l ‘hôtel.
Juste le temps de se changer et nous repartons pour un diner de tête dans un restaurant de la Petite-France, les femmes avec des coiffes et les hommes des chapeaux alsaciens.
C’est dans une ambiance sympathique et gaie que se déroule cette dernière soirée.
JEUDI 14.
Dernier jour. Nous partons visiter la cave de Charles Mosbach, propriétaire viticulteur, tandis que l’autre groupe va à la brasserie. Sa famille travaille la vigne depuis 4 siècles : Sylvaner, Pinot blanc, Riesling, Gewurztraminer, j’en passe ! Beaucoup d’entre nous, après avoir dégusté ces différents vins, en achètent.
Dernier départ : Nancy où nous déjeunons sur la place Stanislas.
Profitant d’une accalmie de la pluie, Monsieur Pénotet prend « la photo de famille ».
Un peu de temps libre et, cette fois-ci, dernière étape, Garches.
21 heures : nous voilà rentrés !
De ce voyage de 4 jours où nous avons parcouru de nombreux kilomètres dans des paysages variés, il nous reste des souvenirs enrichissants.
N’oublions pas le paisible jardin d’Annevoie ou la Cathédrale de Strasbourg se découpant dans le ciel gris.
Si au plan de la culture de tels voyages nous apportent une nourriture « intellectuelle », s’y ajoutent encore les grands élans d’amitié qui naissent des rencontres. Souhaitons qu’ils se renouvellent chaque année !

ANNEXE : L’EUROPE
L’histoire de l’Europe déroute et fascine.
Malgré l’existence de conflits politiques, des conquêtes et des déplacements de frontières incessants qui rendirent la cohabitation difficile, des idées et des idéaux s’imposèrent et marquèrent l’ensemble de l’Europe. La démocratie héritée des Grecs devint le fondement essentiel de la civilisation européenne. Avec leur droit écrit, les Romains fournirent à l’Europe les règles qui régirent les relations sociales. Des missionnaires venus de Rome, d’Irlande et de Constantinople diffusèrent la foi chrétienne en Europe. Bien que l’Église orientale se soit déclarée seule Église orthodoxe en se séparant de Rome et bien que la Réforme se soit imposée dans la plupart des pays d’Europe du Nord, les principes essentiels de la chrétienté sont similaires pour les chrétiens de toutes les confessions et les fondements de la morale chrétienne sont reconnus partout nouveau facteur d’unité.
Cette situation ne changea en rien lorsque des savants tels que Copernic, Galilée, Kepler, Descartes, Huygens et Newton, qui se lancèrent aux XVI et XVIIe siècles à la recherche d’une nouvelle image du monde, ouvrirent la voie aux sciences naturelles et physiques modernes. Toutefois, dans l’ensemble de l’Europe, des mouvements nationaux, qui assurèrent aux dynasties régnantes un pouvoir presque sans limite, agirent en sens contraire.
Au XVIIIe siècle le « despotisme éclairé » succéda à l’absolutisme : le monarque régnait pour le bien de son peuple mais le peuple n’était pas consulté. Nos philosophes de cette époque Voltaire et Lessing se consacrèrent à nouveau et avec plus d’énergie aux droits de l’individu, qui étaient déjà reconnus par les Grecs et dans les Évangiles, et qui figuraient dans le droit romain.
La Révolution française, enfin, aboutit à la proclamation solennelle des droits de l’homme. Friedrich Engels et Karl Marx rédigèrent en 1847/48 le manifeste du parti communiste qui aujourd’hui encore invite à la lutte idéologique.
Au XIVe siècle, l’Europe comptait environ 50 millions d’habitants. Les mêmes classes sociales s’étaient constituées dans l’ensemble du territoire européen : l’aristocratie avec ses propriétés terriennes plus ou moins importantes, la bourgeoisie aisée des villes, les commerçants avec leurs relations à l’échelle européenne, le clergé séculier et les ordres religieux, les serfs et les paysans « libres », qui devaient exécuter des corvées gratuitement pour le compte des seigneurs.
Ainsi les structures sociales comparables favorisèrent dans une large mesure la vision d’une unité européenne qui se retrouve chez Dante Alighieri (« de la Monarchie », début du XIVe siècle), Pierre Dubois (« de la Reconquête de la Terre Sainte », vers 1306), Enea SiIvio Piccolomini (« Appel à la Croisade » 1454), Georges de Podébrady, roi de Bohême (traité entre Louis XI, le roi Georges de Bohême et le Grand Conseil de Venise en 1464).
Mais, alors que le latin fut, pendant des siècles, la langue des poètes, professeurs, étudiants et prêtres, les grandes langues nationales s’imposèrent (au XIIe siècle), d’abord l’italien et l’espagnol, ensuite le français et au XIXe siècle, l’anglais. En dépit de la diversité des langues et des dialectes régionaux, les connaissances des philosophes et des savants se répandirent sur l’ensemble du territoire européen et s’influencèrent réciproquement. Les artistes se rencontrèrent par-delà les frontières afin d’apprendre d’autres techniques et de rivaliser. L’unité se préparait dans la diversité.
Les témoignages de cet échange continuel et varié se retrouvent partout en Europe. Il en va de même pour la musique et la littérature. Les écrivains et poètes européens utilisent des symboles qui remontent aux mêmes sources : mythologie grecque, légendes scandinaves, Bible.
Cette culture commune a toujours servi de lien entre les peuples européens. Elle figure parmi les arguments les plus puissants qui favorisent l’existence d’une conscience européenne commune (souci des échanges culturels primordial aujourd’hui encore).
Et parallèlement, tous les gouvernements européens – parfois avec un décalage régional et temporel – ont permis aux processus économiques et sociaux de l’industrialisation de mettre le changement au service de l’épanouissement humain et de maitriser dans la mesure du possible les risques qu’implique l’accumulation de la puissance économique.
Ce changement d’orientation n’a pas été facile pour tous les hommes politiques : ils utilisaient le progrès technique et le potentiel économique pour les besoins d’une politique agressive. Lorsqu’en 1925, le Premier Ministre français, Édouard Herriot, se fit l’apôtre de l’unification de l’Europe, il n’y eut aucune réaction des autres gouvernements européens. L’initiative analogue de son successeur Aristide Briand, en 1929, n’aboutit pas non plus à la suite de la mort du ministre des affaires étrangères allemand, Gustav Stresemann.
Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que quelques pays européens furent disposés à renoncer à leurs droits de souveraineté nationaux. Ils étaient « résolus à substituer aux rivalités séculaires une fusion de leurs intérêts essentiels, à fonder, par l’instauration d’une communauté économique, les premières assises d’une communauté plus large et plus profonde entre des peuples longtemps opposés par des divisions sanglantes et à jeter les bases d’institutions capables d’orienter un destin désormais partagé » (traité C.E.C.A.).
Dans le cadre d’un dialogue permanent, les États membres de la C.E. harmonisent réciproquement leurs intérêts jusqu’à parvenir à un compromis dans lequel aucun des intéressés ne se sent défavorisé. Cette harmonisation est indispensable car, à la différence des autres organisations internationales, la C.E. peut adopter des dispositions réglementaires s’appliquant à l’ensemble des 320 millions de citoyens de la Communauté. Les institutions communes – Parlement européen, Commission, Conseil et Cour de Justice – mettent au point et décident les règles communes et veillent à l’application du droit communautaire. Le droit communautaire a la priorité sur les dispositions législatives des États membres :
- dans le marché intérieur communautaire,
- dans l’activité professionnelle au quotidien,
- dans la recherche,
- dans les relations extérieures,
- dans la vision de l’avenir.
Mais toute cette évolution ne s’est pas faite sans à-coups ni problèmes épineux.
Il y a quelques années, on a découvert que la Communauté européenne était devenue politique sans qu’on y ait pris garde.
En 1979 encore, était déclaré hérétique quiconque parlait seulement d’aller plus loin : le Traité, rien que le Traité. Et soudain 1980, tout le monde part en croisade : les Neuf vont s’occuper des Lieux Saints et pousser une pointe jusqu’en Afghanistan. Le Traité n’en dit rien, mais l’esprit, quand on le veut, est plus fort que la lettre. Il y a plusieurs lectures des « textes sacrés » !
Certes la coopération politique n’est pas l’intégration et les diplomates ne sont pas des « eurocrates ». Les « théologiens » de l’Europe sont très attentifs à cette nuance, mais l’âge des guerres de religion est bien passé. Et tel qui, en 79, traitait ses propres amis politiques de « parti de l’étranger « , fait le forcing en 84 pour l’emporter aux élections du Parlement européen. Et si les Neuf proposent une recette pour l’Afghanistan et le Moyen-Orient, on ne leur demande plus à quel article du Traité ils se réfèrent.
C’est que désormais la vocation politique de la Communauté saute aux yeux. Elle est d’ailleurs inscrite en tête des commandements du parfait européen « Résolus à jeter les bases d’institutions capables d’orienter un destin désormais partagé » (préambule du traité C.E.C.A.). Arrêtons-nous au mot « destin ».
C’est en vain que pendant 30 ans (1950-1980), on a essayé de vider ce mot de sa charge politique et de le réduire à sa définition la plus étroite. La cabale a fait long feu. Elle n’a pas réussi à dégrader « destin » en « commerce », ni à transformer la nymphe Europe en citrouille. Europe est maintenant une personne qui aspire à un grand destin, à la mesure des sociétés humaines qui ont fait l’histoire.
On voit mieux aujourd’hui le rôle positif que la communauté européenne joue dans les affaires du monde. Ce rôle, qu’il soit celui de ses institutions ou celui des 12 états souverains agissant en accord, tire sa vertu du principe communautaire. C’est un principe politique. Il n’a ses limites que dans la volonté populaire. En fulminant contre lui des excommunications majeures, on affaiblirait la seule chance qu’a l’Europe de réaliser son destin qu’est de contribuer à la paix mondiale.
Et cette Europe s’imposera par l’efficacité dont elle témoignera à résoudre des problèmes concrets.
A noter que les hommes qui aujourd’hui essaient de faire l’Europe n’appartiennent ni à la première génération, celle des doux militants, plus ou moins rêveurs et utopiques, un peu fous, ni à la seconde, celle des fonctionnaires et des marchands plus ou moins intéressés, mais qui ont mis au point le minimum indispensable de règles. Les Européens d’aujourd’hui, plus réalistes, sont convaincus que l’Europe se fera parce qu’elle correspond à une réalité profonde et incarne un type de société. Et s’ils « participent », s’ils réussissent à faire l’Europe de l’efficacité et des sentiments réconciliés, c’est parce qu’il y aura eu les deux générations précédentes, et aussi parce qu’ils ont compris que face à l’impérialisme américain et à l’expansionnisme russe, il faut une grande idée au monde, une idée novatrice, celle d’une véritable collaboration entre États, et même entre continents, car les hommes de notre Terre méritent mieux que la guerre permanente.
Mais depuis 30 ans que de temps perdu et irrémédiablement perdu, pour les pays européens, obstinés à affronter les crises dans le désordre, à faire prévaloir des intérêts et des égoïsmes « sacrés », à courte vue, qui n’ont rien à voir avec l’ampleur historique des défis, enjeux auxquels nous européens devons répondre.
Le plus dramatique c’est que depuis un quart de siècle, les Français n’ont cessé de penser qu’il fallait faire l’Europe et, pour cela, conforter les institutions européennes. Les sondages répétés de l’I.F.O.P. sur des questions auxquelles le gouvernement français répondait le plus souvent par un « non » catégorique sont là pour en témoigner.
Ainsi, en mai 1965, au moment de la grande crise européenne, lorsqu’on demandait aux Français « les institutions européennes devraient-elles comporter une autorité commune pour la défense et la diplomatie ? » que croyez-vous qu’ils répondaient ? A 41% contre 18% ils répondaient oui. En mai 1969, immédiatement après le départ du Général de Gaulle, les options sont confirmées : 44% contre 25% sont en faveur d’une diplomatie européenne, contre pour une monnaie européenne, et contre pour une défense européenne. En 1973 40% contre 28% approuvaient la transformation de la Communauté en véritable communauté politique disposant d’un gouvernement. Et en 1980 neuf Français contre sept souhaitaient que l’Europe ait un président élu. Aussi n’est-on point surpris qu’en 1986, messieurs Giscard d’Estaing et Mitterrand, pour une fois sur la même longueur d’ondes, proposent tous les deux l’élection d’un Président européen élu au suffrage universel.
J’ajoute que d’autres sondages révélèrent combien les Français sont sensibles à une symbolique européenne, par exemple un passeport commun qui fut d’ailleurs créé en 1974 et un drapeau européen dont ils se font une représentation magnifique – écartant le phénix, père d’Europe, le taureau qui séduisit Europe, l’entrelacs, symbole de l’interpénétration des cultures, l’aigle à deux têtes des empereurs romains d’Orient, l’arbre, devenu symbole écologique, ils préférèrent à une écrasante majorité « l’éclat du soleil » de Philippe de Macédoine, le père d’Alexandre, qui fonda la 1ère des grandes entités politiques d’Europe. Ce choix traduisait admirablement la façon dont l’inconscient collectif perçoit l’Europe.
L’Europe devient de plus en plus une réalité et, même s’il a fallu des décennies pour voir le rêve commencer à se concrétiser, souvenons-nous que les poètes voient plus souvent juste et sont souvent plus réalistes que les politiques.
Relisons en conclusion ce qu’écrivait Victor Hugo.
Au cours de la séance tragique du Parlement du 1er mars 1871, à Bordeaux, Victor Hugo, avec Gambetta et les députés d’Alsace et de Lorraine, va refuser de sanctionner, de son vote, la perte de Metz et de Strasbourg et quitter pour jamais la Chambre des Députés, sans courage à ses yeux. Mais auparavant, devant ce Parlement d’aveugles, le grand poète va se faire prophète et prédire la revanche : il n’appelle pas la France de l’avenir à une guerre de reconquête, il ne déclare pas la guerre au peuple allemand. Il s’écrie :
« On entendra la France crier « … Allemagne, me voilà. Suis-je ton ennemie ? Non, je suis ta sœur. Je t’ai tout repris et je te rends tout, à une condition, c’est que nous ne ferons plus qu’un seul peuple, qu’une seule famille, qu’une seule république ! Je vais démolir mes forteresses, tu vas démolir les tiennes. Ma vengeance, c’est la fraternité ! Plus de frontière ! Le Rhin à tous ! Soyons les États-Unis d’Europe ! Soyons la liberté européenne, soyons la paix universelle ! Et maintenant, serrons-nous la main ».
On retrouve ici un écho de la « Marseillaise de la Paix » d’un autre parlementaire et grand poète de la mème époque, Lamartine.
Et à ceux qui prétendent qu’on ne peut pas être à la fois bon européen et bon patriote, il répondait le 23 mars 1943, dans la préface des « Burgraves » :
« Il y a aujourd’hui une nationalité européenne, comme il y avait du temps d’Eschyle, de Sophocle et d’Euripide, une nationalité grecque. Le groupe entier de la civilisation, quel qu’il fût et quel qu’il soit, a toujours été la grande patrie du poète. Pour Eschyle, c’était la Grèce, pour Virgile, c’était le monde romain, pour nous, c’est l’Europe ».
Quelles que soient les antipathies momentanées et les jalousies de frontières, toutes les nations policées … sont indissolublement liées entre elles par une secrète et profonde unité. La civilisation nous fait à tous les mèmes entrailles, le mème esprit, le même but, le même avenir ? La France, alors même que nous nous unissons à l’Europe dans une sorte de grande nationalité, n’en est pas moins notre 1ère patrie comme Athènes était la 1ère patrie d’Eschyle et de Sophocle. Ils étaient Athéniens comme nous sommes Français, et nous sommes Européens comme ils étaient Grecs.
Un jour, espérons-le, le globe entier sera civilisé et alors sera accompli le magnifique rêve de l’intelligence : avoir pour patrie le monde et pour nation l’humanité ».
F. LABIGNE
Mai 1987
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