Thèmes : économie, histoire, société, visite.
Visite des mardi 16 décembre et mardi 20 janvier 1981.
Trente adhérents du Cercle se sont rendus le 16 Décembre à l’Imprimerie Bayard-Presse, rue Bayard à Paris ; trente autres ont fait la même visite le 20 Janvier.
Bayard-Presse est une imprimerie qui produit et diffuse des publications d’inspiration chrétienne ; certaines sont explicitement catholiques : La Croix, le Pèlerin, Pomme d’Api, Okapi, la Documentation catholique…
D’autres se réfèrent aux valeurs chrétiennes : Notre Temps, Record-dossiers … D’autres enfin répondent à un besoin spécialisé La Table et ma cuisine …
Au total, 20 publications dont le nombre des lecteurs représente environ 10% des lecteurs français.
Les publications intéressent toutes les tranches d’âge : de 3 ans au 3ème âge.
Dès 1873, le père BAILLY fonda la Maison de la Bonne Presse ; il créa d’abord le Pèlerin qui en 1976 ne tirait qu’à 4000 exemplaires ; 12000, trois ans après.
En 1883, lancement du quotidien à un sou = La Croix.
En 1969, la Maison de la Bonne Presse devient Bayard-Presse.
Sur 20 publications, 3 ont plus de 50 ans, 14 ont moins de 10 ans.
Bayard-Presse est une société anonyme, à but non lucratif, ses actionnaires ne percevant aucun dividende.
Elle occupe, avec ses filiales d’informatique et d’imprimerie, au total, 1800 personnes.
Chiffre d’affaires en 1979 : 33 milliards d’anciens francs,
Chiffre d’affaires avec ses filiales : 43 milliards d’anciens francs.
Notre visite s’est limitée à la publication du journal La Croix.
STRUCTURE D’UN GRAND JOURNAL.
1. Un directeur de la publication, civilement et pénalement responsable.
2. Service de la rédaction = le 1/6 de l’effectif total du journal.
- 2 Rédacteurs en chef, ayant sous leurs ordres des rédacteurs spécialisés dans différentes branches :
- Économie et social – Sciences et Techniques,
- Justice – Tourisme – Environnement,
- Politique intérieure,
- Politique internationale,
- Informations Ile de France,
- Informations régionales,
- Informations religieuses,
- Enseignement, santé, famille,
- Radio – T.V. – Presse,
- Livres et idées,
- Culture et spectacles,
- Sports – Loisirs,
- Re portages,
- Reporter photographe,
- Envoyés spéciaux.
3. Service de l’administration générale = comptabilité, vente, personnel, publicité, propagande…
4. Service technique, avec un directeur responsable de l’impression, des rotatives, de la composition, de la photogravure.
La Croix tire à 150.000 exemplaires (avec 120 000 abonnés).
Deux éditions par jour = une à 13 heures, une à 16 heures (plus riche en informations) ; c’est elle que nous avons vu sortir des rotatives.
LES SOURCES D’INFORMATIONS.
- Les agences des presses nationales et internationales en France, il s’agit essentiellement de l’Agence France Presse.
Le journal passe un abonnement annuel avec les agences, qui envoient en clair leurs informations qui s’écrivent sur les bandes de papier des téléscripteurs.
A Bayard Presse = 3 téléscripteurs pour A F P, 1 téléscripteur pour une Agence américaine.
A l’Agence, des opérateurs frappent les messages sur le clavier d’une machine qui, suivant un code, perfore une bande. A partir de cette bande, des impulsions, transmises par fil, sont envoyées aux téléscripteurs des abonnés qui décodent, et impriment le texte sur le papier d’un rouleau.
Les téléscripteurs doivent fonctionner 24 heures sur 24 ; un groupe électrogène est prêt à les alimenter en cas de rupture de courant.
30 secondes suffisent pour passer de l’A F P aux téléscripteurs de Bayard Presse.
Les bandes, découpées, rubrique par rubrique, sont déposées dans les boîtes des journalistes auxquels sont confiés ces rubriques.
Les informations ainsi reçues sont brutes, sans commenta ires par la suite, les journalistes de la maison pourront ajouter, le cas échéant, leurs commentaires.
- Les services de presse des Ministères, des Administrations, des services publics, et les correspondants de presse,
- Les écoutes des chaînes de radio et de télévision,
- Les correspondants particuliers,
- Les envoyés spéciaux, à l’étranger en particulier et les reporters qui téléphonent au journal leurs « papiers » ; les sténodactylographes sont à l’écoute de ces « papiers « .
LA CONCEPTION DU JOURNAL DU JOUR.
Chaque matin, le rédacteur en chef réunit ses collaborateurs responsables des services et des rubriques.
Il établit la hiérarchie des documents et des nouvelles arrivées dans le désordre. Avec ses collaborateurs, il détermine leur importance relative, la place à leur consacrer dans les colonnes, le lignage, l’illustration.
Les secrétaires de rédaction vont coter la copie, et les titres des articles suivant une présentation qui doit être fidèle au style général du journal.
Ainsi la page est dessinée ; c’est une maquette.
LES TECHNIQUES D’IMPRESSION.
Il faut aller vite … car on ne dispose plus que de 4 à 5 heures avant la sortie du journal.
Deux techniques =
- une ancienne = la linotypie,
- une moderne = la photo-composition.
A. La linotypie.
Le texte dactylographié est envoyé au linotypiste responsable de la linotype.
Chaque fois que l’opérateur frappe une touche d’un clavier, une matrice en cuivre de la lettre ou du signe est sortie du magasin des caractères pour être présentée devant un creuset qui lui injecte du plomb fondu (en réalité : plomb + étain + antimoine). Les caractères sont fondus, avec des espacements, en lignes justifiées, c’est à dire ayant la longueur souhaitée (par exemple, largeur d’une colonne) (fig. 1).
Dans ce système, si une correction doit inter venir, il faut refaire toute la ligne.
Les matrices sont remises automatiquement à leur place dans le magasin (voir schéma 3).

Les blocs de lignes correspondent aux colonnes des articles. On en tire une épreuve sur papier soumise aux correcteurs.
Le montage de chaque page se fait sur une table plane en fonte (80 Kg) appelée marbre, suivant les indications de la maquette. L’ensemble est fortement serré. On le recouvre d’une feuille de carton (le flan) ; sous la pression d’une presse hydraulique, les caractères de la ligne s’inscrivent en creux mais à l’endroit dans le flan.

fig. 3. Schéma d’une machine à composer par lignes
Sur les flancs, dans une fondeuse cintrée, on coule un métal. On obtient une plaque de métal demi-cylindrique (= la stéréo) (fig. 4) qui porte la composition du texte en relief, mais à l’envers. Ce sont ces plaques qui seront montées sur les cylindres de la presse rotative (fig. 2).
Schéma général

ou encore :

B. La composition sur film – Composition froide – Photocomposition.
Bayard-Presse se modernise en remplaçant progressivement les linotypes par la photocomposition, conjuguée avec l’informatique.
L’atelier ressemble plus à un laboratoire qu’aux salles des anciennes linotypes où le cliquetis des matrices, la chaleur moite du plomb fondu créaient une ambiance très particulière.
Les linotypistes qualifiés, hier indispensables, seront peu à peu remplacés par des dactylographes sans autre spécialité que de savoir taper sur les touches d’une machine.
A l’ère du plomb succède, comme nous allons le voir, l’ère de la lumière et de l’informatique.
La question est complexe = voici ce que succinctement on peut dire.
Les clavistes tapent les textes, par tranches de 4000 caractères qui sont mis en mémoire sur des disques magnétiques capables de stocker 500000 caractères, alors qu’un article moyen de journal comprend 6000 caractères ; en moyenne, un disque correspond donc à 80 articles. Les clavistes tapent en continu sans se soucier de la justification, de la taille des lettres, des coupures syllabiques.
Le premier passage du texte en ordinateur fournit une version justifiée et montée en pages, ce qui signifie que les lignes de composition s’y trouvent à leur place définitive, séparées par des blancs des titres … l’ordinateur se charge également de la coupure syllabique des mots en fin de ligne.
L’ordinateur envoie, par l’intermédiaire d’un film magnétique, ses instructions à la photocomposeuse qui établit le texte sur papier au bromure opaque sensible à la lumière. Sur une table de montage, avec des ciseaux et de la colle, on établit le montage définitif en bon à tirer ; comme avec le plomb, les corrections sont faites à la main par enlèvement des lignes mauvaises et substitution de lignes bonnes.
Ce montage est converti en un transparent à l’endroit, c’est le transparent de base.
Passage au cliché polymère :
A partir du transparent, on établit un cliché polymère aimanté, photosensible ; un tel cliché se présente comme une feuille fine d’acier (qui se collera par aimantation sur les cylindres des rotatives) recouverte sur une face d’une couche de polyamide qui, sous l’action de la lumière, devient complètement insoluble. Après insolation sous le transparent, la plaque est soumise à l’action d’un liquide qui dissout les parties non durcies et laisse en relief et à l’envers le texte à imprimer qui, placé sur les cylindres, recevra l’encre.
Schéma des opérations de photocomposition

La presse rotative est un monstre équipé de plusieurs rouleaux encreurs, de plusieurs cylindres imprimeurs, de plieuses, de coupeuses … (fig. 6)
Nous assistons à la sortie du journal La Croix ; les hommes se bornent à recueillir en paquets précomptés les journaux qui sont véritablement crachés par la machine.
SCHEMA TRES SIMPLIFIE d’UNE PRESSE ROTATIVE (fig. 6)

CAUSERIE.
La visite se termine par un bref exposé, suivi de questions, par une personne de l’entreprise.
Les principaux points abordés furent les suivants :
1. Les Français lisent peu de journaux ; la France, dans le monde, occupe la 21ème position, juste avant le Portugal ;
Quelles sont les raisons de cette médiocrité ?
- le faible intérêt des Français pour la lecture ; l’École est-elle responsable ?
- la concurrence de la Télévision, celle-ci entraînant la passivité ; on regarde, on écoute ce qui trop souvent détruit toute réflexion et tout esprit critique.
2. Il n’y a plus en France que 8 journaux nationaux (20 avant la guerre) ; quand un journal disparaît, on ne retrouve pas ses lecteurs dans les journaux qui persistent ; dans une région, on ne trouve plus qu’un seul journal (Ouest-France, par ex)
3. Un journal ne peut subsister que par la publicité qui, en moyenne, doit couvrir 40% de ses frais généraux.
- Le Monde : 66%
- Le Figaro : 88%
- La Croix et autres publications de Bayard-Presse : 20%
Seul le Canard Enchainé n’a pas de publicité.
4. Des transformations sont à prévoir sous peu :
- les vidéocassettes remplaçant le journal,
- le journal à domicile par l’écran du téléviseur.
5. Le journal coûte de plus en plus cher à cause des prix croissants de la distribution.
Un article devrait comprendre au moins 2 parties :
- Une relation objective de l’évènement rapporté.
- Un commentaire personnel du journaliste ou mieux une analyse qui inviterait le lecteur à réfléchir sur un certain nombre de points.
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