SORTIE-VISITE à Honfleur

Thèmes: Economie, Géographie, Histoire, Sortie-Visite

Sortie-Visite du mercredi 19 juin 1985

Une centaine d’adhérents du Cercle de Documentation et d’Information ont passé la journée en Normandie.

Partis tôt le matin, ils ont visité Honfleur avant de déjeuner au restaurant  : « La Ferme de la Grande Cour »  ; puis l’après-midi, une distillerie de Calvados.

I.- HONFLEUR.-
Histoire.

Située à l’embouchure de la Seine, entre deux collines verdoyantes, cette ville, épargnée par la seconde guerre mondiale, est l’une des plus anciennes et originales de Normandie. Elle a conservé tout son charme, grâce à ses vieilles rues, ses maisons pittoresques, ses monuments, ses musées et son port.

Cette cité évoque un long passé, riche d’Histoire.

Sa situation privilégiée, au bord de l’estuaire de la Seine, a déterminé sa double vocation à travers les siècles  : défense contre les invasions de toutes sortes du fleuve royal, qui conduit à Rouen et jusqu’au cœur de Paris,et base de départ pour les grandes aventures sur la mer Océane.

C’est avec la guerre de Cent ans, que s’ouvre la grande période militaire de Honfleur. Le roi de France, Charles V, en raison de sa position stratégique, décide d’en faire un bastion défensif contre les envahisseurs anglais, et d’y effectuer de grands travaux de fortification.

Pendant tout le règne de Charles V, ce port, non seulement joua un rôle défensif, à l’entrée de la Seine, avec la forteresse de Harfleur, en face, mais il servit également de base de départ pour plusieurs expéditions militaires en Angleterre.

La seconde partie de la guerre de Cent ans fut moins favorable à la ville. Prise en 1419, elle fut occupée par les Anglais jusqu’en 1450, date à laquelle elle fut libérée par les troupes de Charles VII.

La fin du XVe siècle et le début du XVIe voient s’élever l’originale église en bois Sainte Catherine et son curieux clocher, en remplacement d’un édifice détruit, plus ancien; église due certainement aux charpentiers et constructeurs de navires.

Les constructions navales ont toujours tenu une place importante dans l’activité de la cité. Ses chantiers de construction s’intensifièrent aux siècles suivants, avec le développement du port. Au XVIIIe siècle et jusqu’à la moitié du XIXe, ils étaient encore florissants, puisque des familles de constructeurs de navires, comme celle des Augustin Normand, par exemple, travaillèrent à Honfleur jusqu’à cette époque.

Avec le XVIe siècle commence la glorieuse histoire maritime de Honfleur, qui à la fin du siècle précédent, s’est relevée de ses ruines grâce à l’appui de Louis XI. C’est l’époque des grandes découvertes et des grandes aventures.

La renommée du port de Honfleur, malgré la fondation toute récente du Havre (« Havre de Grâce ») par François 1er, est telle que Rabelais n’hésite pas à faire s’y embarquer son bon Géant pour le Royaume d’Utopie.

Les guerres, dites de Religion, puis les troubles de la Ligue apportèrent quelques perturbations dans la ville.

Le voyage du navigateur Jean Denis, au siècle précédent, devait avoir des conséquences importantes. Les nombreux contrats d’armement attestent que depuis plusieurs années les marins allaient à Terre-neuve et dans l’embouchure du Saint-Laurent faire la pêche à la morue. L’une de ces expéditions, en 1608, aboutit à la fondation de Québec.

Il est curieux de constater que le sel a joué un certain rôle dans l’histoire de Honfleur. La première mention de la ville, au XIe siècle, a trait à l’existence de salines à Honfleur. La route du sel par le Poitou et la Charente, que les marins empruntaient, aboutit au Canada. Et plus tard, sur ordre de Colbert, on édifia en plein centre de l’Enclos, trois greniers à sel, pour la Gabelle, dont deux subsistent encore.

C’est également sur l’ordre de Colbert, que le port s’agrandit. L’ancien havre fit place à un bassin à flot, le Vieux Bassin. L’aspect militaire de Honfleur disparut, et il ne resta plus comme témoin de son passé guerrier que la « Lieutenance ».

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le port jouit d’une certaine prospérité, grâce au négoce et au commerce avec les pays d’Outre-Mer (Côtes d’Afrique ∕ Les Açores/Les Antilles). Honfleur fut pendant toute cette période un centre très actif de pilotes, d’armateurs et de négociants. C’est l’image de ce port, rempli de beaux voiliers en partance notamment pour les « Isles » qu’évoquent pour nous les gravures anciennes.

Les guerres de la Révolution et l’Empire ne furent guère favorables au port de Honfleur.

Avec la paix revenue, le port reprit son développement au point de vue commercial, et c’est dans la première moitié du XIXe siècle que s’implanta cette industrie d’importation de bois du Nord, à laquelle s’ajoute aujourd’hui l’importation des bois exotiques.

Au XIXe siècle, sous l’influence des romantiques et des paysagistes anglais, la ville, par son pittoresque et la beauté de son cadre, attira dès le commencement de ce siècle les peintres, les écrivains et les poètes. Non seulement ils vinrent nombreux y séjourner (tels Courbet, Corot, Monet, Isabey, Jongking, Baudelaire) mais la cité donna elle-même naissance à de grands peintres (Eugène Boudin, Alexandre Dubourg, Hamelin), à des écrivains (l’historien Albert-Sorel, l’humoriste Alphonse Allais), à des poètes (Henri de Régnier, Lucie Delarue-Mardrus), au musicien Erik Satie, l’un des pères de la musique moderne.

La visite.-

S’il n’existe pas à Honfleur, comme dans certaines autres villes de Normandie, de monuments grandioses, le charme particulier de la vieille cité consiste, par contre, essentiellement en un ensemble de constructions pittoresques réunies dans un cadre qui a conservé son caractère ancien. Et, à cet égard, on peut dire que la physionomie de Honfleur présente une succession de véritables petits tableaux, où le paysage et le décor jouent un rôle aussi important que les monuments eux-mêmes.

Pour protéger cet ensemble, un Secteur Sauvegardé a été créé le 4 septembre 1974. Il s’agit là d’un des plus grands plans de Sauvegarde français (39 hectares environ).

Les greniers à sel.-

C’est dans la rue de la Ville que s’élèvent les deux Greniers ou Magasins à Sel.

Ce sont de vastes constructions en pierre, couvertes en tuiles, qui datent du XVIIe siècle. Ils ont été édifiés, en effet, en 1670, par la Ferme Générale des Gabelles, avec l’approbation de Colbert, à la fois pour abriter les sels nécessaires aux armements pour la pêche du hareng et de la morue, et pour entreposer les sels sur lesquels se percevait l’impôt de la Gabelle. Ils constituaient l’un des grands magasins à sels ouverts en Normandie.

Il est vraisemblable que la plupart des pierres des murs proviennent des anciennes fortifications de Honfleur, qui dataient du règne du roi Charles V.

La charpente en bois de chêne est magnifique.

Une partie du sel, notamment celui qui était destiné à la pêche pouvait être embarqué directement par l’arrière des bâtiments qui donnait sur les quais où étaient amarrés les navires.

Ces greniers à Sel ont remplacé un ancien dépôt de sels moins important, qui existait avant 1372.

Plus tard, à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, le trafic du sel se développe avec la pêche à la morue sur les bancs de Terre-neuve et de l’embouchure du Saint-Laurent. Ces magasins à sel évoquent donc surtout l’Histoire maritime et commerciale de Honfleur.

L’un des greniers qui subsiste a été vendu à la Révolution à des particuliers, l’autre est resté entrepôt pour le sel jusqu’au début du siècle. Après bien des vicissitudes, ils ont été rachetés par la Ville de Honfleur en 1952 et 1953. Ils sont classés « Monuments Historiques » depuis 1916.

Aujourd’hui les deux Greniers à Sel servent de salles de réunions, d’expositions et de concerts.

Le vieux bassin.-

L’ensemble est formé par le Vieux Bassin, les pittoresques maisons du quai Sainte-Catherine, la Lieutenance et l’église Saint-Etienne.

Ce bassin à flot fut créé, sur les instances d’Abraham Duquesne, et par ordre de Colbert, en 1681.

C’est là que Frédéric Sauvage fit ses premiers essais de bateau à hélice en 1832.

D’un côté du Vieux Bassin, sur le quai Sainte-Catherine, toute une série de hautes maisons forme une originale toile de fond.

Maisons du quai essentées d’ardoises.

Ces maisons sont très étroites, car elles ont été construites sur la contrescarpe des anciens fossés de la ville, sur un terrain dépendant de la Vicomté d’Auge, qui le fieffa vers 1630. Chaque lot ne dépassait pas 25 pieds de façade. La plupart sont des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles  ; certaines sont en encorbellement et beaucoup sont essentées d’ardoises ce qui leur donne ce ton « bleu et gris », qui enchantait tant La Varende. Le revêtement en ardoises est d’ailleurs un des aspects caractéristiques des maisons de Honfleur.

La lieutenance.-

La lieutenance

À l’extrémité du Vieux Bassin, la Lieutenance, ancienne porte de Caen commandait au Moyen-Âge l’une des deux entrées de la forteresse honfleuraise. L’appellation Lieutenance a été donnée à la fin du XVIIe siècle quand le logement du Lieutenant du roi a été érigé sur cette fortification.

La porte elle-même date du début du XVIIe siècle. Elle est surmontée d’une niche, qui contient une statue de la Vierge (Notre-Dame du Port) et flanquée de deux tourelles en encorbellement, décorées des armes de la ville. Elle était précédée d’un pont-levis et défendue au Nord par un bastion crénelé, qui n’existe plus

Sur le côté donnant sur l’avant-port, une plaque commémore les départs de Samuel de Champlain pour le Canada, notamment celui qui, en 1608 aboutit à la fondation de Québec

Hôtel de Ville.

Non loin de là, se trouve l’Hôtel de Ville.

Cette grande construction carrée avec ses portes cintrées aux ferrures inspirées du style Empire, date du roi Louis-Philippe. Nous la devons aux architectes Percier et Fontaine, qui sont les auteurs, entre autres, des arcades de la rue de Rivoli à Paris.

Église Sainte-Catherine.-

L’église Sainte-Catherine est un édifice d’une grande originalité, puisqu’elle est construite en grande partie en bois.

Sa construction date de la deuxième moitié du XVe siècle sous les règnes de Louis XI et de Charles VIII, et du début du XVIe siècle. Elle remplace une église de pierre, détruite lors des sièges subis par la ville pendant la guerre de Cent ans.

Il n’est pas superflu de signaler que l’aspect de cette église a été à une certaine époque complètement modifié (18271829).

Les piliers de bois à l’intérieur furent entourés de colonnes cylindriques en plâtre, dans le style néoclassique, tandis qu’à l’extérieur le devant de l’église était flanqué d’un grand portail à colonnes et à fronton triangulaire à l’antique. Il a été peint par de nombreux artistes dont Boudin, Dubourg, Monet, Dufy, Braque, etc …

Cet habillage bizarre a disparu, il a été abattu en 1929 pour faire place aux deux porches actuels.

II.DISTILLERIE DE CALVADOS.-

En pays d’Auge, en bordure de la Côte de Grâce, à proximité d’Honfleur, se situe Gonneville.

À l’entrée de ce bourg on aperçoit « Le Domaine de la Pommeraie » qui s’étend sur 21 hectares. Cette propriété est plantée de pommiers qui permettent de produire du calvados. Une distillerie moderne y est installée.

3000 à 4000 litres de calvados sont stockés dans des foudres neufs, en chêne du Limousin. Ils ne seront commercialisés qu’après un long vieillissement. Le calvados s’améliore en vieillissant. Traité différemment du cidre bouché, boisson de table, le cidre destiné à la bouillerie est laissé en fût sur sa lie. Au bout d’une année ou deux, il est distillé selon le procédé charentais employé pour la fabrication de tous les grands alcools (cognac, armagnac…).

Cette distillation se fait en deux opérations.

On tire d’abord la petite eau qui sera ensuite repassée, c’est-à-dire re-distillée pour donner le Calvados. Seuls les « cœurs » sont conservés dans cette distillation pour vieillir doucement dans des fûts de chêne. On en élimine en effet les « têtes » chargées d’esters et les « queues » au goût de petite eau.

L’art de déguster  !

Il implique un minimum d’attention et de recueillement. Pas d’eau, pas de cigarettes, pas de sucreries. Remettre sa bouche à « zéro » avec un peu de pain, pour décaper le palais. Ne remplissez pas les verres complètement pour éviter que les parfums se dispersent. Mirer le calvados pour juger de son brillant, de sa robe. Humez-le en « agitant » doucement le verre pour percevoir l’arôme et le bouquet. Goûtez-le en buvant à petites gorgées, en le « mâchant » pour en apprécier la finesse, le corps, le fruité, la puissance ou le moelleux. La température idéale de dégustation est de 18° environ.

Après cette journée très chargée, nous avons regagné Garches.

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