Thèmes : Art, Géographie, Histoire, Sortie-Visite.
Sortie-Visite du jeudi 23 octobre 1997
Fiche de visite par Émile Brichard
Après avoir quitté notre laborieuse banlieue, nous atteindrons vite les riantes vallées hurepoises et leurs rivelettes aux noms pittoresques : la Bièvre, puis l’Yvette que suivront le Rouillon et la Salmouille, la Louette et la Chalouette, enfin la Juine et le Juineteau. Vous voyez cela à des tonalités très conviviales.
Et nous atteindrons – si tout va bien malgré les nœuds et les bretelles d’autoroutes – notre premier arrêt à Saint-Sulpice de Favières.
Si le temps est favorable, nous pourrons contempler du sommet de la butte de Saint-Sulpice un vaste paysage circulaire et de lourds grondements nous rappelleront sans doute que nous sommes dans la zone d’approche d’Orly.
Cette église de Favières, dédiée à Saint-Sulpice, archevêque de Bourges, fut considérée comme « la plus belle église de village de France ». Mais attention, cette France est celle du XIIIème siècle, c’est-à-dire celle de Philippe-Auguste et de Saint-Louis, et ne dépassait guère la Loire, atteignait à peine la Meuse et laissait la Bretagne sous ses nuages.
C’est le pèlerinage en l’honneur de Saint-Sulpice, ancien archevêque de Bourges, qui a permis ce prodige d’architecture ogivale dans cet humble village voué jusque-là à la culture des fèves.
L’origine du pèlerinage ? Au cours d’un de ses voyages, Saint-Sulpice serait passé par Favières et y aurait ressuscité un enfant noyé dans une mare. Une église fut construite, puis une autre, la chapelle à miracles, puis l’édifice superbe que nous allons admirer, puis un hôtel Dieu où des guérisons miraculeuses se produisaient. Un ouvrage de l’époque, « Les miracles de Saint-Louis », en témoigne.
Nos conférencières nous feront admirer les arcs-boutants, les ogives, les verrières et vous verrez et vous découvrirez que Saint-Sulpice supporte la comparaison avec ses illustres sœurs.
Nous n’oublierons pas d’observer les stalles et peut-être reconnaîtrons-nous sur les « miséricordes » quelques scènes évangéliques. Cherchez donc « Marie apprenant à lire sur les genoux de sa mère » ou « Jésus apprenant le métier de charpentier », entre autres. Attention il y en a vingt et vous oublierez peut-être de remarquer les petites statuettes des accoudoirs. Nous continuerons notre visite, les lys sont ceux de Saint-Louis et les tours de Castille évoquent sa mère, Blanche de …
Nous fera-t-on descendre dans la chapelle des miracles ?
On se sera peut-être auparavant attardé à l’extérieur et aux épisodes de la vie de Saint-Sulpice. Retenons-en un : « Saint-Sulpice réprimande un paysan qui travaille le dimanche ».
La visite terminée, on rejoindra la N20 pour s’arrêter au parc de Jeurre et à ses fabriques. Attention il faut comprendre par « fabrique » les définitions suivantes :
- petites constructions de fantaisie ornant un parc, un jardin anglais,
- petit édifice décoratif dans des paysages historiques du 17ème au 19ème siècle.
Faisons donc confiance à nos guides pour nous y conduire par de charmantes petites routes et surtout tâchons de sortir sans embûches d’Étampes pour rejoindre le restaurant et le château de Méréville.
Étampes aurait bien mérité un arrêt. Sa tour de Guinette où Philippe-Auguste, au lendemain de ses noces enferma sa femme Ingeburge, l’église Saint-Martin et sa tour penchée, les résidences des maîtresses royales : Anne de Pisseleu, pour qui François 1er érigea le comté d’Étampes en duché, Diane de Poitiers, deuxième duchesse d’ Étampes, pour qui Henri II construisit en outre le château d’Anet, et pour la (toute) petite histoire, la borne où Ravaillac aurait aiguisé son couteau avant d’en frapper Henri IV.
Nous avons donc laissé la route nationale et nous remontons la Juine. Cette rivelette devait être bien utile avec ses lavoirs dont certains étaient encore récemment utilisés, ses moulins devenus auberges discrètes, et jusqu’à nos jours ses cressonnières ; bien sympathique aussi puisqu’en l’espace de quelques kilomètres cinq villages ont tenu à associer la rivière à leur nom : Ormoy …, Boissy …, Fontaine …, Abbeville … et Saint-Cyr.
La visite du château et du parc de Méréville et celle des halles médiévales du bourg terminera la journée. On nous reparlera des fameuses « fabriques » déjà observées dans le parc de Jeurre, y verrons-nous les cressonnières, les plus vastes d’Europe et retrouverons-nous en nos mémoires les cris des marchands des rues de l’avant-guerre « Cresson d’fontaine ! pour la santé du corps, dix sous la botte » ? Et reviendra-t-il en nous le souvenir d’un livre paru après la guerre « Mon village à l’heure allemande » où Jean-Louis Bory contait la vie de Méréville pendant l’occupation allemande.
Sur le chemin du retour reviendront en mémoire les souvenirs d’autres visites, cimetières parisiens ou cathédrales et reviendra alors l’épitaphe émouvante – en forme de sonnet – d’un père à sa fille que nous aurons découverte à l’église de Saint-Sulpice de Favières. Voici le premier quatrain, écrit en français moderne :
« Reçois, reçois mon cœur, ce doux don de ton père
« Je te l’ai dédié, mes chastes amours
« Depuis que le grand dieu a retranché le cours
« De ton joli printemps par une mort amère
Vous voyez qu’à nos portes on peut encore faire des découvertes … en car, mais aussi à pied.
***
*
Compte-rendu de la visite par Jean-Claude Netter
Comme prévu, le car quitte la mairie à 8 h15, son – et surtout notre – but est le Hurepoix, c’est-à-dire cette région d’Ile-de-France approximativement limitée par les villes de Sceaux, Palaiseau, Chevreuse et Arpajon.
De Garches à Saint-Sulpice de Favières, un automobiliste moyen prévoirait un trajet d’une heure à une heure et demie compte tenu de l’encombrement routier à cette heure matinale. Mais, Bonnaire approchant, nous rencontrons très vite d’épaisses nappes de brouillard -imprévues -et de longues files de véhicules – prévues -.
Et, comme c’est souvent le cas des chauffeurs de car, le nôtre semble ignorer totalement le chemin à suivre. Il réussit donc le prodige de se retrouver deux fois à Fresnes, ou deux fois à Arpajon, ou deux fois deux fois, je ne sais plus. C’est donc après trois heures de route que nous atteignons Saint-Sulpice de Favières !
Nous sommes consolés de notre retard par la découverte de ce charmant village aux maisons cossues dont les murs en pierres appareillées témoignent de l’ancienneté et de la richesse de ses habitants. Sa population ne dépasse pourtant jamais 300 âmes et sa richesse ne provient pas des cultures, en particulier de la fève (d’où le nom de Favières), mais du fait qu’il était le lieu d’un pèlerinage en l’honneur de Saint-Sulpice, évêque de Bourges qui, en rentrant à Paris aurait, d’après la légende, ressuscité à Chamarande un enfant noyé dans la Juine. Le pèlerinage a d’ailleurs toujours lieu au mois de septembre.
C’est vers l’église que se rendent les pèlerins : très bel édifice gothique aux propriétés élégantes, sans doute encore plus élancé à l’intérieur qu’à l’extérieur. C’est un des plus beaux édifices religieux de l’Essonne. Sa construction remonte au XIIIème siècle, l’église se situant « dans le contexte parisien du style de la cour de Saint-Louis ».
L’intérieur dont la voûte culmine à 23 mètres (la hauteur d’un immeuble moderne de 7 étages !) est d’une grande simplicité : une nef terminée par une abside à 5 pans, 2 collatéraux, près du transept. L’élévation se compose de trois étages de verrières : un rang de fenêtres basses au-dessus d’un soubassement, un étage fermé par le triforium, un rang de fenêtres hautes. La liaison entre les étages se fait grâce aux 3 colonnettes des piliers qui montent sans interruption jusqu’à la retombée des nervures de la voûte. La grisaille et les verrières historiées du chœur et des chapelles assurent la luminosité de l’intérieur. Elles sont avec celles de la Sainte Chapelle de Paris et de l’église Saint-Germain des Prés, des témoins à peu près uniques de l’art parisien du temps de Saint-Louis.
Latéralement, à gauche du chœur et à un niveau inférieur est située la chapelle des Miracles, datée de 1175, elle-même postérieure à 4 églises romaines dont la première survivait déjà à un lieu de culte celtique construit sur une source : le puits de la chapelle des Miracles existe encore à cet endroit. Dans la chapelle sont conservées des reliques du Saint.
Nous admirons dans l’église, une chaire qui, d’après une tradition, viendrait de la Chapelle de Versailles, et dans laquelle Bossuet aurait prêché, et des stalles sculptées des XIXème et XVème siècles.
Puis, par de charmantes petites routes et en rattrapant la vallée de la Renarde, nous atteignons le parc de Jeurre et nous nous promenons dans ses allées, admirant – de l’extérieur – le château dont la partie centrale a été « prélevée » sur le château de Méréville, comme d’ailleurs quatre des multiples « fabriques » qui en étaient jadis l’ornement : le Temple de l’Amour, la Laiterie, le Cénotaphe de Cook et la Colonne rostrale. Tout près du château serpente la Juine aux eaux claires et luisantes et se situe la ferme de style piémontais à la belle couleur ocre.
C’est maintenant – il est près de 14 heures ! -, l’heure du déjeuner dans une charmante petite auberge. L’ambiance en fut chaleureuse malgré le plat de résistance tiède et le café froid ! Mais là n’était pas l’essentiel de notre journée.
Après le déjeuner, nous joignons Méréville, son château et ses jardins. Par un hasard étonnant, le Figaro du 23 octobre lui consacre un article, comme nous le fait découvrir Monsieur Brichard. J’emprunte donc à Madame Anne-Marie Roméro, qui en est la signataire, les lignes suivantes :
« Méréville est un jardin sans fleurs, un jardin d’eau, de perspectives et de regards. C’est une architecture minérale et végétale totalement artificielle visant à donner une image idéale de la nature sauvage ». Tel était le goût des préromantiques de l’époque et parmi eux du marquis de Colode. Celui-ci avait acheté la demeure aux La Tour du Pin de la Charce en 1784. Il passait pour être l’homme le plus riche du royaume. Il fit embellir et agrandir par deux corps de logis latéraux « à l’italienne » la demeure primitive d’une vaste terrasse et dessiner le parc par le peintre Hubert Robert qui en dirigea l’aménagement de bout en bout. On dit que le Marquis dépensa 16 millions-or ! pour ces différents travaux.
Ce qui reste aujourd’hui de Méréville est une plaine d’environ 800 mètres de diamètre entourée de buttes construites à main d’homme, parsemées de fausses grottes, de fausses ruines … et malheureusement de vraies également !
Le château et le parc – réduit à 30 hectares du fait de son lotissement partiel – ne possèdent plus que l’ombre de leur splendeur. Acquis par une société japonaise qui songeait y établir un golf (idée abandonnée car le parc est classé monument historique) et qui confia en 1993 la gestion du domaine à un jeune banquier, François d’Ormesson, le joyau de Méréville a trouvé peut-être en lui son sauveur à en juger par les travaux en cours sous sa direction dans le parc et le château : nos descendants jugeront.
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