SORTIE-VISITE : sur les traces de Clovis

   

Thèmes : art, sculpture, histoire, visite.
Conférence du mardi 18 mars 1997.

 

 

Fiche de visite de Emile Brichard

 

Notre sortie de printemps va commencer par une devinette. Par quel chemin allons-nous rejoindre l’autoroute qui nous mène à Reims ? Traverser Paris ? Le contourner par le Nord ? Le contourner par le Sud ?

En tout cas, après avoir laissé un souvenir à Noisiel (le chocolat Menier), un autre à Euro Disney, nous franchirons les plaines de la Brie encore endormies, puis, après Château-Thierry, le pays de La Fontaine, nous verrons si les forêts de la Fère sont un peu réveillées. Souvenez-vous, l’année dernière, la forêt de Lyons terminait à peine son sommeil hivernal, puis nous traverserons le vignoble ; mais le vignoble lui ne dort jamais : la vigne est tellement choyée, chouchoutée – exigeante aussi – qu’il est rare de ne pas voir, même au début du printemps, les vignerons commencer leurs soins.

Enfin, nous arrivons à Reims et pénétrons dans la ville.

Rappelons d’abord les symboles et les images qui nous restent. La première image, c’est essentiellement le choix des évêques. C’est « l’élection par le baptême » d’un petit chef franc qui a le mérite de n’être pas atteint par l’hérésie arienne (disciples d’Arius) qui menace la catholicité romaine.

La deuxième image c’est le symbole de la dureté – de la cruauté – du temps, c’est le coup du vase de Soissons, image incontournable elle aussi de nos vieux livres d’histoire.

La cathédrale nous attend et nous oublions un peu Clovis qui d’ailleurs est mort depuis 700 ans lorsque la construction commence. Sachons cependant que pendant ce temps, Reims étant resté un haut lieu du souvenir et du christianisme, l’évêché de Reims était depuis l’an 400 avec Saint Nicaise la capitale de la Gaule Belgique et la région était christianisée depuis le début du IIIème siècle.

Nous écouterons bien attentivement nos conférenciers avec les noms et les dates et l’analyse des styles qu’ils feront : lancéolé, rayonnant, flamboyant, mais nous serons certainement au moins aussi sensibles à l’émotion qu’à l’érudition. Après tout, l’ange gardien de Saint-Nicaise nous touche moins que celui du « Sourire de Reims », ça c’est un piège ! Car c’est bien l’ange gardien qui nous sourit, et ce sourire vaut bien celui de la Joconde. Et puis, vous trouverez d’autres cartes postales, bien plus expressives que ma prose.

Mais Reims n’est pas que la cathédrale, c’est une ville d’art qui nous réserve d’autres surprises et découvertes, et nous verrons ensemble quel choix ont fait nos guides depuis Saint-Nicaise jusqu’au 7 mai 1945, soit pendant plus de 1 500 ans.

7 mai 1945, beaucoup d’entre nous s’en souviennent : reddition de l’armée allemande dans un modeste collège technique de Reims.

Mais nous devrons certainement prêter plus d’attention au Palais archiépiscopal, ou aux manuscrits de la bibliothèque Carnegie, à moins que nous soient offertes les tapisseries du musée des beaux-arts dans l’ancienne abbaye de Saint-Denis.

Et nous n’aurons pas encore tout vu puisqu’il nous resterait à voir l’église Saint-Rémi, la Porte Mars (fin du IIème siècle), les places du XVIIème et XVIIIème siècle et leurs édifices …

Le seul élément que nous sacrifions, c’est le champagne.

Il faut aussi que je vous dise un mot sur le dernier sacre d’un roi de France à Reims. 1824, Sacre de Charles X. D’abord parce que je vous en ai déjà parlé l’an passé lors de la causerie sur les « deux Garchois turbulents » quand le maréchal Soult (l’un des Garchois) disputait à ses collègues maréchaux d’Empire, l’honneur de porter, qui la couronne, qui l’épée, qui le sceptre royal.

Et, puisque l’on a parlé de ces Garchois (ou presque Garchois), comme prime de fidélité aux travaux du C.D.I., vous saurez bientôt que l’un d’entre eux (autre que Soult bien sûr) eut aussi une place d’honneur à un sacre royal, mais qui ? Quand ? Et à quelle place ?

Allez, je veux bien vous aider, il appartenait à la famille Choart.

Et maintenant, bonne journée.

 

 

***

*

 

Compte-rendu de la visite par Emile Brichard

 

La Seine longée, Paris traversé et le temps des confidences écoulé, nous abordons, après les banlieues tentaculaires, les plaines de Brie et de Champagne, attentifs aux explications historique et géographique que ne manquent pas de nous prodiguer nos conférenciers.

On remonta, bien sûr, à « nos ancêtres les Gaulois » et on se vit confirmer que Durocortorum (Reims) était bien plus ancienne et plus importante que Lutèce (Paris) et apparaissait déjà une constante des appellations d’origine gauloise. Le nom du peuple prenait la priorité sur le nom de l’agglomération. Durocortorum devint la ville des Rèmes (Reims) comme Lutèce, la ville des Parisis (Paris) comme Avaricum, la ville des Bituriges (Bourges). Des dizaines de nos villes conservent encore le nom du peuple gaulois qui résidait dans la région.

Les Gaulois installés, les chrétiens apparurent avec les Romains d’abord en milieu urbain – les paysans étant, bien entendu, les païens. Reims se situa à un carrefour de développement et de rencontre avant d’accueillir « l’événement », c’est-à-dire la conversion et le baptême de Clovis, origines de l’expansion des guerriers francs sur « les » Gaules.

Carrefour commercial, Reims ne devrait pas tarder à devenir un carrefour de guerres que j’ai, il y a bien longtemps, appelé la guerre de 1100 ans, de 843, partage de l’Empire de Charlemagne à Verdun, à 1945, capitulation du IIIème Reich à Reims.

Bien sûr, il y eut aussi « d’heureuses saisons » et notamment celles vécues sous l’autorité des comtes de Champagne et des successeurs de Thibaut, puis après le rattachement au Royaume de France sous le règne de Philippe Le Bel (1300). Mais comme la Flandre et la Lorraine ses voisines, la Champagne doit subir plus souvent qu’à son tour les caprices et les aléas de l’histoire. Valmy, Montmirail, Sedan, 1792, 1814, 1870 puis 1914 et 1940 font écho aux champs catalauniques où avait déjà été arrêté Attila 50 ans avant Clovis.

La vie quotidienne aurait cependant largement suffi à l’activité des habitants. La terre était ingrate et le climat difficile, mais un relief sans obstacles et des communications facilitées par la lente sécurité des rivières navigables permettait le commerce puis l’établissement des foires et la construction des canaux. Sans riches pâturages, la Champagne suffisait à l’élevage des moutons donc de la production et de la transformation de la laine. Les étés chauds permirent la maturation des raisins et le sol crayeux sous l’épaisse couche de terre arable suffisait à la culture et à la maturation de la vigne. L’habileté et l’initiative des Champenois créeront alors les lainages et « Le » champagne.

Toujours attentifs, nous abordons la cité rémoise et découvrons une ville deux fois neuve. Neuve par la reconstruction des années 1920, neuve aussi par l’expansion des nouveaux quartiers depuis 1950, le long de la Vesle canalisée.

   

Nous pouvons alors aborder la première de nos visites. Ce sera, chacun s’en souvient, la basilique Saint-Rémi de Reims. Lorsque Rémi, l’évêque de Reims qui baptisa Clovis, meurt à 96 ans, son corps est déposé hors des remparts dans une chapelle où son renom de sainteté et les miracles qu’il provoque attirent de nombreux pèlerins. La chapelle primitive, agrandie aux dimensions d’une église, reçoit solennellement le corps de l’ancien évêque un 1er octobre qui devient alors le jour de la Saint Rémi. Puis des moines venus de Saint-Denis s’installent pour accueillir et guider les pèlerins et l’église devient alors abbatiale jusqu’après l’an 1000 où elle sera remplacée par une grande église romane et la basilique sera consacrée par le pape Léon IX lors du concile de Reims.

D’embellissements en embellissements, elle deviendra la basilique que nous découvrons enfin arrivée jusqu’à nous après de multiples aménagements. Le déchiffrage des vitraux, comme celui des trois baptêmes du retable, le Christ, Constantin, Rémi, demande une bonne connaissance d’histoire et de tradition catholiques, tel le vitrail moderne aux colombes évoquant la légende de la Sainte Ampoule. On peut aussi méditer sur le symbole des nombres ou des chiffres : les 12 Preux, 6 seigneurs et 6 évêques entourant le tombeau du Saint, la couronne de lumière évoquant les 12 tribus d’Israël et nous suivrons plus ou moins la longue leçon que nous donnent les personnages bibliques, les apôtres et les divers saints de la chrétienté.

La basilique souffrit, comme toute la ville, des destructions de la première guerre mondiale, des intempéries comme des incendies, ou simplement du délabrement et de la vétusté et il faudra attendre 1958 pour qu’elle soit rendue au culte et à sa destination de reliquaire de Saint-Rémi. Il reste que son environnement, la place et le bâtiment qui l’entourent, donnent une regrettable impression de négligence.

La cathédrale connaîtra elle aussi une longue période de pérégrination et d’hésitations avant d’aboutir au magnifique édifice que nous connaissons. Hésitations, depuis la modeste église des premiers siècles, épanouissement à la riche période de l’épanouissement gothique, minutieuse reconstruction après les destructions de la première guerre, après avoir cependant survécu à deux graves incendies lors de sa construction.

Des noms ! des noms ! réclame-t-on lorsqu’on parle des personnes maîtres d’œuvres. Ils furent quatre durant un siècle, comme on en retrouve dans la plupart des cathédrales. Retenons plutôt deux noms : Villard de Honnecourt qui nous laissa un recueil de croquis, dessins et plans de l’époque et Viollet-le-Duc qui, 600 ans plus tard, par un labeur souvent méconnu voire décrié, sut redonner santé et vie à ce patrimoine archéologique incomparable.

L’Histoire de la cathédrale s’est alors installée dans l’histoire de France avec les cérémonies de sacres des rois. Quelques images restent dans notre mémoire collective comme celui de Clovis 800 ans avant l’édifice actuel jusqu’au dernier, celui de Charles X, peut-être le plus étonnant par son faste et par la diversité de l’assistance en passant par celui de Charles VII en présence de Jeanne d’Arc et celui de Louis XIV qui n’était pas encore le Roi Soleil mais un modeste adolescent de 16 ans. Seul Henri IV n’en fut pas, car la cérémonie se passa à Chartres.

Comme à Saint-Rémi, une bonne connaissance de l’histoire religieuse est nécessaire pour suivre les événements que nous font revivre vitraux, statues, portants, façades. Un détail ? Savoir reconnaître la scène où lorsque Saint-Nicaise fut décapité, sa sœur Eutropie souffleta le bourreau. Et il y en avait des dizaines d’autres ! Contentons-nous d’être émus par le sourire de son ange gardien.

Regardons, admirons. Mais je ne fus pas le seul à regretter le mystère et l’émotion qui ne se dégageaient pas de l’entrée dans la cathédrale nous accueillant à portes ouvertes. L’accès à tout temple, tout édifice religieux, tout lieu de méditation ou de prière doit préserver un sas permettant d’atteindre le mystère sinon la révélation. Le fait d’en franchir le seuil comme celui d’un lieu ordinaire en banalise le mystère ou le mythe.

Nous fûmes nombreux à trouver plus expressives, donc plus émouvantes les œuvres exposées au musée du Tau et dans les diverses salles du palais épiscopal entièrement ruiné et reconstruit. Les personnages monumentaux notamment la série colossale des rois nous firent comprendre le soin mis par les maîtres d’œuvre à satisfaire le regard des fidèles et pèlerins qui leur trouvaient, vus du sol, des dimensions normales. Les tapisseries également retinrent notre attention ainsi que les reliques des saints ou les diverses et remarquables pièces d’orfèvrerie.

Notre attention se porta alors sur des souvenirs plus profanes du sacre du dernier roi de France, Charles X, ou le port et la présentation des « regalias » âprement disputés par les hauts dignitaires des régimes qui s’étaient succédé depuis le sacre de Louis XVI …

Il fallut alors reprendre le chemin du retour. Les kilomètres se succédaient. Les vignobles s’espacèrent puis disparurent, la nuit vint et s’installa sur les gratte-ciel du XIIIème arrondissement et les lumières agressives des enseignes commerciales. Ainsi la journée commencée en longeant les berges de ce qui fut Lutèce, continuée par ce que je viens de vous conter, se terminait par les lumières de notre moderne Chinatown.

Journée bien remplie donc … et encore nous n’avions pas vu les caves.

Ah ! J’oubliais ! Le repas … qui restera davantage dans la mémoire itinérante du Cercle que dans chacune de nos pupilles gustatives … Avec le temps viendra « un certain sourire » qui ne sera évidemment pas celui de l’ange gardien de Saint-Nicaise.

 

 

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