Thèmes : art, géographie, histoire, visite.
Voyage du 5 juin au 9 juin 1996
Le C.D.I. continue son tour d’Europe par une visite au Portugal où nous trouverons les traces d’un passé parfois lointain. Passé au cours duquel nous avons échangé nos héritages artistiques et culturels. Nous y avons aussi parfois confronté nos conceptions politiques ou expansionnistes. Passé où nous nous sommes souvent succédés ou opposés sur les mers et sur les routes commerciales.
Toutes ces traces ne nous feront pas oublier les promesses du présent par la connaissance que nous avons de la diaspora portugaise à la fin de ce vingtième siècle et par les projets qui lient le Portugal et la France dans le cadre de l’Europe qui s’édifie petit à petit.
C’est pourquoi nous attendions tous beaucoup de ce voyage et que nous devinions dès le départ que nous ne serions pas déçus.
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Bordé au nord et à l’est par l’Espagne et baigné au sud et à l’ouest par l’Atlantique, le Portugal est situé à l’extrême sud-ouest de l’Europe. Avec une superficie globale de 88 684 km2, le pays s’étire en sa partie la plus longue sur 564 km pour une largeur de 225 km. Le Tage qui prend sa source en Espagne est le plus long fleuve de la péninsule ibérique (1007 km).
Sur la rive droite de l’estuaire du Tage, appelé « Mer de Paille » pour ses reflets mordorés, Lisbonne s’étire sur 20 km et compte près d’un million de Lisboètes. Comme Rome, la ville s’étage en amphithéâtre sur sept collines dont beaucoup dépassent 100 m et constituent d’excellents belvédères sur les différents quartiers et sur le Tage.
Les Portugais (10 000 000), dont le pays est indépendant depuis le 12ème siècle, sont très attachés à leur pays. Au cours des siècles, de nombreuses populations se sont brassées (Celtes, Maures, Juifs). Il se peut donc que vous rencontriez des Portugais aux yeux bleus ou aux cheveux blonds.
Tout au long de son histoire, le Portugal fut un butin de guerre fort convoité par les Celtes, puis les Phéniciens, les Carthaginois, puis les Grecs qui à leur tour furent évincés par les Romains. Les Romains s’emparèrent d’Olisipo, la future Lisbonne. La ville fut promue au rang de capitale occidentale de l’Empire romain et rebaptisée « Felicitas Julia », en l’honneur de Jules César. Les invasions germaniques et l’arrivée des Wisigoths, Vandales, Suèves et Alains mirent un terme définitif à la domination romaine. Toutefois, celle-ci correspond à une période de prospérité marquée par la construction d’un vaste réseau de routes, la formation de cités florissantes et celle de la langue portugaise. De même le Christianisme venait de se forger un pouvoir durable.
Le Portugal est né dans la ville septentrionale de Guimaraes, où, vers l’an 1109, Tereja, la fille naturelle du roi de Castille et l’épouse du comte Henri de Bourgogne, accoucha d’un fils qui fut baptisé Alfonso Henriques. A la mort de son père, il avait cinq ans. Quinze ans plus tard, il évinçait sa mère pour entreprendre de gouverner seul. Le Sud du pays se trouvait sous la domination des Maures. En l’an 1139, le jeune Alfonso Henriques défit l’armée maure à Ourique et se fait proclamer roi par ses troupes. C’est ici, sur le champ de bataille que, dit-on, le Christ serait apparu au futur roi, lui prédisant un avenir glorieux pour son peuple. Depuis ce temps, l’âme portugaise se berce de légendes et croit en la fatalité du destin.
En l’an 1147, dom Alfonso Henriques se lança dans la reconquête du Sud, avec le soutien des Croisés et à grand renfort de catapultes. En 1249, les Maures furent définitivement repoussés et les frontières du Portugal sont restées inchangées depuis.
De 1139, première année du règne d’Alfonso Henriques, à 1910, date à laquelle l’exil du roi Emmanuel II sonne le glas de la Monarchie portugaise, trois dynasties se succédèrent à la tête du royaume. Né en 1394, Henrique Navegador (Henri le Navigateur), l’un des personnages les plus illustres et les plus populaires de l’histoire portugaise et fils de Jaoa 1er, parvint à la célébrité pour avoir été l’instigateur des premiers voyages d’exploration sous la bannière portugaise qui firent de Lisbonne, jusqu’à la fin du 16ème siècle, un des principaux pôles d’activité commerciale et la ville la plus riche d’Europe.
En 1755, le plus terrible tremblement de terre de l’histoire du Portugal provoqua la mort de 30 000 personnes à Lisbonne. Une grande partie de la ville fut détruite par le feu et les inondations. Lisbonne renaquit de ses cendres, et, sous l’administration du marquis de Pombal, premier ministre du roi José, surpassa en grandeur et en magnificence ce qu’elle avait été avant le terrible séisme.
En politique, si les monarchistes portent encore le deuil, personne ne semble regretter l’ère fasciste de l’économiste Dr. Antonio de Oliviera Salazar, dont l’accession au pouvoir, en 1932, marqua le début de quarante ans de dictature militaire. Salazar sut cependant tenir le Portugal à l’écart des tumultes de la Seconde Guerre Mondiale et Lisbonne, qui, par trois fois, échappa à l’entrée des troupes napoléoniennes, fut toujours épargnée par les guerres.
La Révolution des Œillets du 25 avril 1974, qui réveilla la ville de sa torpeur, se déroula sans effusion de sang. Lisbonne exigea l’exil de Marcelo Caetano, qui avait remplacé Salazar à la tête de l’Etat en 1968. De nombreux exilés rentrèrent au pays et en particulier le jeune et brillant socialiste Mario Soares. Les sociaux-démocrates menés par Anibal Cavaco Silva obtinrent, en 1987, une majorité stable qu’ils conservèrent jusqu’en 1991. En 1986, Mario Soares (trois fois premier ministre) est nommé président de la République. Il sera réélu en 1991.
La visite
Le Quartier de Belèm
Le quartier de Belém évoque l’époque des grandes découvertes. C’est ici, à l’embouchure du Tage que la caravelle de Bartolomeu Dias, en 1487, partit pour doubler le cap de Bonne-Espérance, ouvrant ainsi la voie de la route des Indes. C’est aussi de Belém que Vasco de Gama partit en 1497 pour les Indes, réalisant ainsi l’un des plus grands exploits du siècle. Véritable joyau de l’art manuélin, la Tour de Belém fut élevée au milieu du fleuve entre 1515 et 1521 pour servir de résidence aux capitaines du premier port européen de la Renaissance. Lors du raz de marée qui suivit le tremblement de terre de 1755, l’invasion des sables « rapprocha » la tour du rivage. Paul Morand y voyait « la loge du portier de l’Europe, dont Lisbonne était l’antichambre ».
Le Musée National des Carrosses
Dès l’entrée, on est transporté dans un monde où le luxe des princes et des rois se satisfaisait de ces voitures alourdies de toute une statuaire mythologique et symbolique. La collection est unique au monde. Il s’agit d’une fabuleuse exhibition, à la fois de la mégalomanie des grands de ce monde aux XVIIème et XVIIIème siècles, de l’imagination un peu torturée des artistes baroques, et de l’ingéniosité des artisans ayant inventé et fabriqué ces luxueux wagons de plusieurs tonnes.
Le monastère des Jeronimos (Hiéronymites)
Monument le plus considérable de Lisbonne et chef-d’œuvre de l’architecture manuéline, il est construit sur l’emplacement d’une chapelle fondée par Henri le Navigateur et offerte par celui-ci à l’Ordre du Christ dont il était le grand Maître. La réalisation du projet fut confiée à l’architecte français Boitac en 1502, mais l’édifice ne fut achevé que 70 ans plus tard. A l’intérieur, de somptueux piliers s’élancent vers la magnifique voûte nervurée. Le chœur abrite les sarcophages, que portent des éléphants, des rois Manuel 1er et Joao III et ceux de leurs épouses (Manuel eut trois femmes dont la seconde, qui lui donna dix enfants, repose ici). L’église abrite les tombeaux du poète épique Luis de Camoes et de Vasco de Gama.
Le monument des Découvertes
Haut de 52 mètres, il fut érigé en 1960 par le sculpteur Leopoldo de Almeida pour le 500ème anniversaire de la mort de l’infant Henri le Navigateur. Il rappelle la forme d’un navire et abrite un musée consacré aux différents aspects des voyages d’exploration. A la proue du navire se tient Henri le Navigateur suivi des chercheurs, capitaines, marchands et autres grands personnages. L’œuvre, tout à fait caractéristique du goût artistique de la dictature Salazar, se distingue moins par son esthétisme que par le gigantisme de ses dimensions. De fait, le célèbre rempart qui l’entoure évoque un vaisseau perdu à l’intérieur des terres. Ce site stratégique est le creuset où s’écrivirent quelques-unes des pages les plus sombres de l’histoire du pays. Maisonnettes aux façades blanches souvent recouvertes de bougainvillées, rues étroites et passages en escalier, hauts crépis outremer soulignant les angles des immeubles à un étage où l’on accroche des pots de géraniums, rien n’est à l’alignement « le beau désordre y est un effet de l’art … ». Car, en fait, tout est parfaitement harmonieux, jusqu’à l’agencement de cet amas de maisons « où les pampres unissent les toits ».
Alcobaça
Alcobaça vit au cœur d’une région fertile et réputée pour ses vergers. Elle est ainsi depuis des siècles un lieu de prédilection pour ses vins et sa liqueur de cerise amère, le ginginha. Mais surtout, se dresse ici, l’une des splendeurs du Portugal : l’abbaye royale de Santa Maria, monastère cistercien – réplique inversée de la maison-mère de Clairvaux -. C’est Alfonso Henriques, le premier roi du Portugal qui fit venir les moines de la règle de Saint-Bernard, formés à Cîteaux, en Bourgogne, pays de ses ancêtres. Tout en faisant acte de piété, le souverain se dotait d’une équipe hors pair pour le développement de l’agriculture dans la région, car appliquant la règle de leur ordre, les cisterciens étaient tenus de pourvoir eux-mêmes à leur subsistance. Aussi, la campagne autour du monastère fut elle rendue fertile. C’est dans l’église du monastère que l’on découvre les mausolées de la belle Inès de Castro (la Reine morte de Montherlant) et son amant le Prince Don Pedro. Les deux gisants se faisait face afin, dit la légende, que « lorsqu’ ils se dresseront au jour du jugement dernier, le premier regard des amants soit l’un pour l’autre ».
Nazaré
Venue peut-être d’une lointaine Palestine (Nazaré = Nazareth) et mystérieusement échouée sur ce sol ingrat, une poignée de marins-pêcheurs, à l’âme fière et indépendante, s’accroche ici depuis des siècles et y vit quasiment en marge de la communauté portugaise sous la protection de Notre-Dame de Nazareth. Des dizaines de cinéastes ont pris Nazaré pour décor et ses hommes et femmes de la mer pour acteurs naturels. La longue plage se prolonge par la ville basse et les maisons blanches des pêcheurs.
Batalha
Ce site n’est pas même un village, seules quelques maisons font la ronde autour d’une immense nef hérissée de pinacles, de tours et de clochetons sous laquelle se dresse le monastère de Santa Maria de Vitoria, dont l’église est le chef d’œuvre gothique de la péninsule ibérique. Celte église monastère a pour vocation d’honorer ceux qui sont morts pour la patrie : rois, preux ou soldat inconnu. Elle fut élevée pour commémorer la victoire – décisive pour l’indépendance nationale – acquise en 1385 à Aljubarrota, c’est-à-dire à 15 km de là. C’est en souvenir de celte bataille que le monastère fut communément appelé « Batalha ».
Musée des azulejos
Dans tout le Portugal, les azulejos revêtent les murs (au-dedans et au-dehors), les autels, les cuisines et jusqu’aux contremarches des escaliers nobles et ancillaires. Ces carreaux en céramique qu’en dehors du Portugal, on ne trouve qu’au Brésil, ne sont, en dépit de leur nom, pas toujours bleus (azul) et rarement portugais. Mais cet art longtemps dédaigné, partout ailleurs abandonné, a trouvé au Portugal son épanouissement. Installés dans le pays pendant plus de cinq siècles, les Arabes ont enseigné, entre autres choses, à fabriquer et poser des carreaux de faïence vernissée qui reflètent la lumière et font ruisseler la fraîcheur. Malheureusement, on ne trouve plus, sinon dans les musées, d’authentiques carreaux de « cuerda seca » émaillés au plomb tels que continuaient à en fabriquer jusqu’au XVème siècle les ateliers de Malaga et de Séville. C’est du Maroc qu’on ramène le goût des faïences décorées de fleurs, rosaces, etc. Ce sont les Andalous qui fournissent les riches faïences polychromes. La Flandre fournit les panneaux dont les compositions s’inspirent de Raphaël. On s’avise de composer des tableaux représentant des scènes de chasse, des allégories, etc. Alors que d’autres pays adoptent la fresque ou le vitrail, ou encore la tapisserie, le Portugal choisit la faïence, peu coûteuse, d’une infinie diversité d’utilisation. La demande est si grande que les Hollandais se spécialisent dans l’azulejo et Delf en produit par milliers à petits dessins indépendants, employés en quadrillés.
Musée Gulbenkian
Calouste Sarkis Gulbenkian (1869·1955), mécène d’origine arménienne, fit fortune dans le commerce du pétrole durant la première moitié de ce siècle et acquit une quantité considérable d’œuvres d’art : celui que l’on devait surnommer « Monsieur 5% » s’était en effet, lors de la cession de ses droits au consortium irakien (1920), réservé ce pourcentage sur les bénéfices. En 1940, il fut nommé ministre plénipotentiaire d’Iran en France et se réfugia au Portugal à la Libération, où il mourut en 1955. Après avoir créé la fondation qui porte son nom, il offrit à la nation portugaise, en témoignage de reconnaissance, la totalité de ses acquisitions. Le musée principal présente un éventail complet des pièces réunies par ce collectionneur que passionnait, plus particulièrement l’Orient médiéval. Les pièces consacrées à l’art occidental contiennent de nombreux chefs-d’œuvre : Rubens, Rembrandt, Gainsborough, mais aussi Renoir, Degas et Monnet. Des sculptures de Houdon. Des bronzes de Rodin. Des livres du 16ème siècle. Des meubles français de style.
Le Palais national de Queluz
Commencé en 1747, par l’Infant D. Pedro, le Palais national de Queluz est le reflet marquant d’un goût et d’une époque où trônait la théâtralité, les apparences et la nécessité de grands espaces. Comparé parfois au Château de Versailles en raison de ses façades élégantes, de ses jardins somptueux peuplés de fontaines baroques et de statues, ce Palais est la résidence officielle des personnalités étrangères reçues par l’Etat.
Le Palais national de Sintra
Dominant tout le centre urbain du Bourg de Sintra, couronné par deux énormes cheminées qui sont l’ex libris de la région, le Palais national de Sintra est la construction aulique royale la plus importante du pays. Il est associé aux périodes les plus importantes de l’Histoire du Portugal, notamment la naissance et la chute de l’Empire. L’intérieur recèle de superbes azuelos et de magnifiques plafonds, dont l’un figure 27 cygnes. 136 pies ornent les caissons du plafond de la Salle das Pegas (salle des pies) en allusion aux bavardages et intrigues incessantes des dames de la cour.
Le Palais national de Pena
Au sommet de la Serra de Sintra, le féérique Palais est un exemple poussé à l’extrême de l’architecture romantique portugaise. Sa construction se doit à la concrétisation magique des rêves du Prince Ferdinand de Saxe Cobourg-Gotha de Bavière, époux de Maria II, qui, en 1839, acheta les ruines de l’ancien monastère de Notre-Dame de la Pena édifié en 1503.
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