SORTIE-VISITE : une journée en Seine Maritime

Thèmes : art, histoire, sciences, visite.
Visite du mardi 17 mai 1994

 

 

L’Abbaye de Saint-Wandrille

Le 1er mars 649, un Maire du Palais de Clovis Il cède ses droits sur un domaine royal, dans la forêt de Jumièges, à deux moines : Wandrille et Gond. Wandrille veilla jusqu’à sa mort, le 22 juillet 668, sur une communauté florissante, construisant sept églises.

Ses successeurs voient un accroissement de la communauté, en nombre et en qualité. Cette prospérité dure jusque vers 740, époque où vont se succéder des abbés laïcs qui mettront à mal le spirituel et le temporel.

A partir de 823, Angésine ramène une brillante vie intellectuelle et spirituelle, restaure une vie régulière, reconstruit les bâtiments et enrichit bibliothèque et trésor. Mais les exactions des vikings se succèdent jusqu’au pillage et à l’incendie du 9 janvier 852 qui entraînent l’exode des moines avec les reliques de Saint-Wandrille et Saint-Ansbert vers le nord de la France. Les reliques sont transférées en 944 à Gand.

Une communauté se reconstitue à partir de Saint-Bavon de Gand et vient en 960 faire renaître la vie monastique à l’abbaye de Saint-Wandrille.

Peu à peu les bâtiments sont reconstruits grâce à de généreuses aumônes des nobles dames normandes. Guillaume le Conquérant fera au monastère de nombreuses donations de domaines en Normandie et en Angleterre. Au 12ème siècle, l’Abbaye s’enrichit, la régularité se maintient.

En 1248, l’église du XIème siècle brûle. La reconstruction du gros œuvre est achevée en 1331 et on commence à reconstruire le cloître, mais la guerre de Cent Ans désole le pays. Entre des périodes de troubles et de tranquillité, la reconstruction se poursuit pour s’achever en 1523.

Le 21 décembre 1631, la tour lanterne s’effondre et écrase une partie importante de l’église. Des négociations sont entamées avec la Congrégation de Saint-Maur qui prendra possession du monastère le 14 janvier 1936.

Les Mauristes, jeunes et pleins d’ardeur reconstruisent les uns après les autres les bâtiments vétustes. Une vie fervente et studieuse reprend, matières enseignées, professeurs, lecteurs et étudiants se succèdent, y maintenant une bonne vitalité.

La crise janséniste, le relâchement dans l’austérité de la vie, l’introduction des idées philosophiques, l’affiliation d’une partie des moines à des loges maçonniques et un esprit de querelle caractérisent cette fin du XVIIIème siècle.

Le dernier prieur est élu maire de la commune. Le 28 avril 1790, tous les religieux déclarent vouloir se retirer. En octobre 1790, la conventuelle cesse. Les bâtiments sont vendus en 1791 et l’église abattue est utilisée comme carrière de pierres. Le monastère est racheté et transformé en résidence de campagne.

L’archevêque de Rouen qui souhaitait une implantation dans son diocèse fit appel aux moines de Ligugé pour rétablir à Saint-Wandrille la vie monastique. Le 13 février 1894, Dom Besse et trois moines prennent possession des lieux.

En 1901, la communauté compte 37 moines. Elle gagne la Belgique et ne reviendra à Saint-Wandrille qu’en janvier 1931. En 1992, Saint-Wandrille comprenait 46 moines résidents dont 30 prêtres et 3 diacres, plus 5 novices.

 

La visite

La porterie médiévale fut démolie au XVIIIème siècle pour faire place à ce monumental et élégant portail encadré de deux pavillons dont la construction fut achevée en 1756. Ces pavillons sont à usage de porterie, de parloir et d’hôtellerie.

De l’ancienne église abbatiale gothique il ne reste que le transept nord et quelques pans de murs et de chapelles.

Les bâtiments conventuels : à gauche l’aile du dortoir, au centre le réfectoire, à droite la bibliothèque.

La nouvelle église abbatiale Saint-Pierre et Saint-Wandrille et ses deux portails.

La chapelle Saint-Saturnin dont la fondation à Saint-Wandrille date dans son état actuel des Xème et XIème siècles. Elle est édifiée à flanc de coteau dominant le monastère de sa tour lanterne et de ses absidiales.

Une grange seigneuriale bâtie du XIIIème siècle sur la commune de La Neuville-du-Boe (Eure) fut démontée en 1967 par les moines, transportée et réédifiée en 1968-1969 à Saint-Wandrille.

Saint-Wandrille a le lourd privilège de posséder le plus ancien réfectoire monastique d’occident et de lui avoir conservé le même usage depuis le début du XIème siècle. Il est long de 33 m, large de 9 m et haut de 13 m. Il fait l’objet depuis 1992 d’une restauration complète et ne peut malheureusement être visité actuellement.

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Le Nouveau pont de Normandie

L’estuaire de la Seine. Pas encore la mer, plus vraiment la terre. Au Nord, Le Havre. Au Sud, Honfleur. Entre les deux rives, un no man’s land d’eau, de sable et de vase balayé par des rafales de vent qui peuvent atteindre 172 km/h au sommet du pont de Tancarville.

A vol d’oiseau, moins de 10 kilomètres séparent Honfleur et Le Havre. Cependant, malgré le Pont de Tancarville, un long parcours routier de plus de 50 km relie encore ces deux cités voisines.

  • d’un côté, la région havraise, forte de son port d’envergure internationale, pôle d’une zone active, mais dont les contours ne dépassent guère une ligne Fécamp-Lillebonne,
  • de l’autre, Honfleur, Deauville et toute la côte, au-delà la métropole de Caen et le bel arrière-pays normand.

Un bond de 4000 mètres au-dessus de l’estuaire, et le pont de Normandie met en contact ces deux régions qui déjà peuvent se voir d’une rive à l’autre.

Le Pont de Tancarville, inauguré en 1959, et qui fut, à l’époque, le plus grand pont suspendu européen, se verra bientôt soulagé d’une part considérable de son trafic par un nouveau champion du génie civil, implanté à 10 km en aval : le pont de Normandie.

Une structure de 2142 mètres de longueur totale (les Champs-Élysées, de la Concorde à l’Arc de Triomphe) qui permettra, dès juillet, aux automobilistes et aux piétons de franchir la Seine à 53 mètres au-dessus du niveau des plus hautes eaux.

Six maquettes différentes ont été construites pour modéliser mathématiquement le comportement de l’ouvrage, afin d’étudier les phénomènes vibratoires et de déterminer le coefficient aérodynamique optimal.

La travée centrale de 856 m de portée en fera le plus grand pont haubané du monde. Un exploit technique inconcevable il y a moins d’une vingtaine d’années, en raison de l’incroyable complexité de calcul que supposent la conception puis la réalisation d’un tel projet.

Pour réaliser un tel ouvrage, avec ses deux pylônes aussi hauts que la Tour Montparnasse (215 mètres) et pesant chacun quatre fois le poids de la Tour Eiffel (35 000 tonnes) on a creusé jusqu’à retrouver les terres qui existaient avant que la Seine n’ait commencé à couler.

Une seule machine en Europe était capable de creuser des trous pouvant recevoir les 56 pieux des fondations, dont chacun est un véritable monument de 50 m de long et 2,40 m de diamètre. La machine s’est trouvée bloquée par des blocs de calcaire qu’aucun sondage n’avait prévus et qui faisaient s’écrouler les trous percés par la foreuse. Il fallut neuf mois de réflexion et des infiltrations de béton dans le sol pour résoudre ce problème.

Le tablier mixte acier-béton est profilé comme une aile d’avion inversée et est capable d’encaisser sans dommage des pointes de vent supérieures à 120 km/ h. Il supporte une chaussée à 2 x 2 voies avec des trottoirs et un séparateur axial assurant la sécurité.

 

La structure possède une double file de haubans latéraux supportant le tablier et favorisant la rigidité à la torsion dans les conditions de vent difficiles du site. Chacune de ces lianes métalliques géantes constituées par un tressage de torons en acier mesure 450 mètres de longueur et pèse 30 tonnes.

Les ouvrages de protection contre les chocs de bateaux ont été dimensionnés pour les cas les plus défavorables (100 000 tonnes à 15 nœuds)

Dès sa mise en service en juillet, le pont de Normandie permettra un trafic de 6 000 véhicules par jour (3 fois moins que Tancarville) auxquels s’ajouteront 1000 véhicules supplémentaires au bout de trois ans.

Pour quelques années seulement, le pont de Normandie sera le plus grand pont du monde dans sa catégorie, car les Japonais ont un projet de pont géant, près d’Hiroshima, le Tatara Bridge, de 35 mètres plus long.

 

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FICHE DE VISITE

UNE JOURNÉE EN SEINE-MARITIME

 

Donc, nous allons quitter Garches pour aller voir, nous aussi, notre « Grand Chantier ». Entre les cérémonies du « tunnel » – car c’est ainsi que les Anglais ont transformé notre français « tonnelle » – et celles de l’anniversaire du Débarquement (Jour J ou Day D, choisissez), nous ne pouvions ignorer la côte normande.

 

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Mais avant de l’atteindre, nous nous arrêterons à l’abbaye de Saint-Wandrille pour y rappeler quelques souvenirs d’histoire, la vallée de la Seine étant un lieu privilégié des premiers temps du christianisme, de l’âge des abbayes et des monastères. Souvenons-nous de Saint-Ouen qu’on trouve près de Paris et près de Rouen : le port Saint-Ouen et la Cathédrale.

Ne quittons pas Garches sans rappeler que la « Cité des Gaudonnes » (1955) fut consécutive aux efforts de l’Abbé Pierre – qui fait retraite à l’abbaye de Saint-Wandrille – après l’hiver 1954 ; ni sans rappeler non plus que les vignerons des terres que les abbés possédaient sur les pentes du Mont-Valérien portaient chaque année leurs muids de vin à Port-Aupec (Le Pecq), évitant les rudes pentes du Mont par une « courbe-voie ».

Mais ne flânons pas trop. Les abbayes étaient très riches, très belles et très utiles, à tous points de vue. Celle de Saint-Wandrille, qui date du temps de Dagobert, fut chargée au temps de Charlemagne de l’administration des douanes de la côte Nord de l’Empire franc. Recevant des dotations princières ou de hauts personnages, elle possédait aussi des olivettes à Donzère.

Cette richesse temporelle, cette force morale et intellectuelle, due aussi à l’apport de moines irlandais, ne résista pas aux destructions des Normands, et les moines connurent l’exode à Boulogne, Chartres, Gand et il faudra attendre une centaine d’années avant qu’ils reviennent et puissent se consacrer à leur tâche d’hagiographie, de développement des arts et des lettres.

Laissons nos guides et conférenciers continuer, et voyons ce qui nous attendra au cours de l’après-midi.

 

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Au Pont de Normandie, nous surprendront à la fois la performance, l’exploit technique, l’œuvre d’art et les soucis économiques.

La performance : je rappellerai à ce sujet le premier paragraphe de la fiche sur notre sortie à la cathédrale d’Amiens : « La cathédrale nous attend, prenons quelques repères et d’abord la recherche du « record » de hauteur de la voûte : Laon 24 m (1150), Paris 35 m (1163) et Reims 38 m (1210). Nous retrouvons le même objectif du pont de Kolbrand (Allemagne 1974) 325 rn, à celui de Normandie (1995) 856 m, en passant par Saint-Nazaire et le Japon.

L’exploit technique et les choix nécessaires. Un pont suspendu aurait nécessité de trop lourds ancrages. Un pont à piles aurait perturbé l’équilibre sédimentaire et la navigation sur la Seine maritime jusqu’à Rouen. La nature des sédiments interdisait par ailleurs l’immersion d’un tunnel. Le choix du tablier en acier de préférence au béton suscita calculs précis et polémiques diverses. Mais enfin, il fallut se décider et participer à cette « route des estuaires » de Londres à Lisbonne.

L’œuvre d’art que représente le pont ne nous laisse pas insensibles par sa beauté autant que par son gigantisme, mais il faudrait pour l’apprécier pleinement, avoir une vue aérienne qui nous donnerait, elle, une impression de fragilité et alors ce pont, comme ceux de Saint-Nazaire et des îles de Ré ou d’Oléron, n’est aux yeux des astronautes qu’une délicate toile d’araignée. Fragilité ! N’ayez pas peur, les araignées sont plus anciennes que les hommes sur la Terre.

Le souci écologique – et je n’entends pas là la défense des commodités économiques ou personnelles – s’est manifesté par la création de vasières et de prairies humides sur la berge Nord de la Seine : nurseries de poissons et crevettes seront à la base de ressources marines dont dépend la pêche artisanale. L’étape des migrations sera appréciée par un grand nombre d’espèces d’oiseaux. En même temps, cette réserve fonctionnera comme une station d’épuration naturelle des eaux de la Seine, car les vasières piègent de nombreux polluants, tels que métaux lourds, pesticides, etc.

Et vous rentrerez ce soir, les mains pleines de documents et la tête de souvenirs et d’images inédites.

Emile Brichard

 

 

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