Thèmes : art, histoire.
Visite du mercredi 23 octobre 1991.
Mercredi 23 octobre 1991, environ 120 personnes ont quitté Garches à 8h30 pour passer une journée dans le Vexin.
Au programme :
- visite de l’Abbaye de Maubuisson
- déjeuner à Villers-en-Arthies
- visite du château et de l’église de Guiry-en-Vexin
- visite du musée de l’outil et de la forge de Wy-dit-Joli-Village.
L’Abbaye de Maubuisson

Trois conférenciers nous font visiter les lieux.
L’Abbaye de Maubuisson, située à Saint-Ouen-l’Aumône, est une abbaye royale fondée par Blanche de Castille en 1236 (église consacrée en 1244), rattachée à l’ordre cistercien et destinée à accueillir des moniales.
Le fait d’être à la fois une abbaye de femmes et de caractère royal lui a donné une importance particulière. De célèbres nonnes y séjournèrent pendant son demi-millénaire d’activité religieuse.
Blanche de Castille est inhumée à Maubuisson, son cœur étant déposé à Notre-Dame-du-Lys.
La fin du XVIIIème siècle vit cependant son déclin. Très appauvrie en 1789, l’abbaye fut vendue en 1792 comme bien national.
Elle fut successivement transformée en hôpital militaire puis servit de filature, de chocolaterie et d’exploitation agricole avant d’être rachetée par la Fondation Rothschild.
En 1978, le Département, soucieux de réhabiliter et de préserver le patrimoine architectural, en acquit une partie importante. Des fouilles archéologiques furent entreprises : le cloître et ses galeries, le chœur de l’église, le réfectoire, une partie du cellier, les cuisines et la salle capitulaire furent remises à jour, réhabilitées et retrouvèrent vie. Comme bien souvent en recherche archéologique, les découvertes qui ont été faites en fouillant le sol couche par couche, consistent en des « négatifs de murs ». En effet, tous les réaménagements qui ont eu lieu au cours des siècles ont été réalisés en récupérant des éléments existants.
C’est ainsi que la vasque médiévale de la fontaine d’ablutions, le lavabo, du cloître a servi à construire l’escalier de ce même lavabo quelques siècles plus tard. De la même manière, les cuisines installées au XVIIème siècle ont été dallées en récupérant des plaques funéraires médiévales. Les séries de poteries médiévales mises à jour apportent de précieux renseignements tant sut les formes et les décors que sur les techniques de fabrication.
Les fouilles de la galerie ouest du cloître et de la salle capitulaire ont mis en évidence divers rituels. De nombreuses pièces importantes y ont été retrouvées : éléments de vêtements, bois de cercueil, empreintes de linceuls, médailles …

Le système hydraulique complexe de l’abbaye a retenu longtemps l’attention des experts. La pièce maitresse de cet ensemble est le lavabo, véritable monument placé dans le cloître à l’entrée du réfectoire.
L’étude minutieuse du terrain a révélé que le système hydraulique a été conçu et mis en place avant l’installation des bâtiments qui ont été érigés en fonction de la topographie et de la circulation de l’eau. Autre particularité intéressante à noter, les systèmes d’alimentation en eau potable et en eau d’usage étaient distincts. Il semble bien, au vu des autres abbayes cisterciennes actuellement en cours de fouilles ou d’études, que cette manière de procéder soit en relation avec cet ordre de moines réellement bâtisseurs. Ces quelques observations mettent en évidence l’importance primordiale des fouilles archéologiques dans l’étude d’architecture et de documents d’archives, mais également de mener à bien les travaux de restauration de bâtiments, tels ceux de cette abbaye, qui a été remaniée et agrandie de nombreuses fois au cours des siècles.
Le dortoir est la plus grande des trois salles encore existantes de l’abbaye. Il est divisé en quatre travées de trois colonnes surmontées de chapiteaux en feuille d’eau. Largement endommagées au cours des décennies passées, les voûtes ont été remontées sur environ trois-quarts de la surface. Le résultat visible maintenant montre nettement le respect des traditions.
Grâce aux fouilles du réfectoire, des galeries du cloître et de la salle capitulaire, il a été possible de reconstituer le carrelage tel que les moniales l’avaient connu. Lee carreaux de dimension régulière, glaçurés en jaune ou en vert, donnent l’impression de grands tapis déroulés ; ils sont inspirés à la fois de ceux mis au jour dans le réfectoire des moniales et de ceux connus dans d’autres abbayes médiévales.
Les « remplages » sont les éléments qui sont posés dans l’ouverture des baies et servent de support architectural aux vitraux. Des colonnettes, chapiteaux et trèfles ont été inspirés par les éléments dégagés dans la fouillé du lavabo et dans celle de la salle capitulaire.
Les vitraux tiennent compte à la fois des vestiges trouvés au cours des fouilles, des traditions de l’esprit cistercien et des contraintes dues à la nouvelle utilisation des salles qui doivent recevoir des expositions.

Après une promenade dans le parc, qui est ouvert gratuitement au public le week-end, nous regagnons les cars.
Problème de radar ou problème de boussole ? Nous n’arriverons jamais à l’église de Vétheuil, mais la déception n’est pas trop grande car un délicieux déjeuner nous attend à la Ferme du Grand Chemin à Villers-en-Arthies. Nous ne donnerons pas ici le menu pour ne pas rendre trop jaloux ceux qui n’ont pu participer à cette journée.
Après le déjeuner, nous nous séparons en deux groupes.
Château et église de Guiry-en-Vexin

Le château
Le Marquis Jacques de Maistre {Maire de Guiry) nous accueille devant son château à la belle façade sobre. Le plan en fut dressé par François Mansard et sa construction fut achevée vers 1665.
Le château à la forme d’un vaste quadrilatère, flanqué d’une façade sobre avec deux légers décrochements d’angles formant une amorce de pavillons. Seul ornement de cet édifice : le fronton le couronnant.
Ce fronton en arc surbaissé est timbré aux armes des Letourville qui, lors d’une restauration, ont été substituées aux armes des Guiry. Au-dessous deux statues de pierre grandeur nature sont érigées :
- à droite : une femme drapée tenant d’une main un peson, de l’autre les tables de la loi. C’est la Justice symbolisant les fonctions du Marquis de Guiry, Grand Bailly d’épée du Baillage de Magny.
- à gauche : une femme drapée tenant d’une main le bâton de commandement, de l’autre le globe ; idée de puissance des seigneurs de Guiry « Hauts Justiciers ».
A l’intérieur, l‘escalier d’honneur allie des lignes pures de la blancheur de la pierre sortie des carrières de Guiry.
Au début du XIXème siècle, le château fut intérieurement ruiné par les intempéries, le Marquis de Guiry résidant à Paris laissa le château à l’abandon pendant une cinquantaine d’années.
Vers 1830, Charles-Angélique de Guiry fit exécuter une première tranche de travaux puis sa fille Caroline, Comtesse d’Osmay, continua avec le concours de l’architecte Blodel.
Malgré ce début de restauration, le château était en piteux état et il fallut abattre les deux ailes.
Tel qu’il se présente aujourd’hui grâce aux dernières restaurations que fit exécuter la famille de Maistre sous la direction des Monuments Historiques, le château de Guiry y est le reflet assez fidèle de ce qu’il était à la fin du XVIIème siècle.
L’allée située face à la grille d’honneur n’est plus bordée par les ormes séculaires que fit planter André de Guiry. Rongés par la maladie, ils ont été peu à peu remplacés par des tilleuls.

L’église.
Si l’origine de l’église de Guiry à travers les textes est pleine de confusion, l’archéologie nous confirme qu’une église mérovingienne a bien existé en ce lieu.
Deux nécropoles du Haut Moyen-Age ont été découvertes sur le territoire de la commune à quelques centaines de mètres du village, mais une troisième existe autour de l’église.
De l’église primitive il ne reste rien si ce n’est peut-être la trace d’un gros mur bien appareillé perpendiculaire au mur sud de l’église actuelle, une abside réduite à l’état de fondation et deux caveaux voûtés en berceaux mis au jour en 1961 dans Je cimetière.
L’église actuelle est en grande partie construite sur le plan du XIIIème siècle, une partie des fondations anciennes ayant été réutilisée.
Tout au fond de l’église, à gauche en entrant, une clôture de bois sculpté du XVème siècle entoure les fonts baptismaux. Un pilier massif de 1558 soutient le clocher. Tout autour, dans des niches moulurées, trois statues de pierre du XVIème siècle.
La chapelle de gauche, partie la plus ancienne de l’église (XIVème siècle} conservait une fresque aux tons effacés retraçant les scènes de la Nativité. Celle-ci a été déposée et replacée à gauche ; dans le chœur.
Nous quittons cette petite église de village, riche en statues du XVIème siècle pour laisser la place au deuxième groupe et regagner notre car.
Musée de l’outil et forge.
Claude Pigeard, forgeron amoureux passionné de son métier, a voulu rechercher les témoignages de ceux qui l’ont précédé, ces anciens artisans et compagnons soucieux du bel ouvrage.
Au cours de travaux, il découvre des substructures gallo-romaines. Il s’agit de thermes. Il établit ici son musée.
La salle du fond est réservée aux « arts et traditions populaires ». Elle s’ouvre sur la présentation de l’ancienne confrérie locale de Saint-Romain (tuniques noires et barrettes des confrères, etc.). Quelques objets à usage religieux y sont joints : crécelle de la Semaine Sainte, croix de cimetière en fer forgé, fer à hosties des XVIIème et XVIIIème siècles.
De part et d’autre du loyer romain, un rouable (perche à crochet pour tirer la braise du four), une pelle à enfourner, des crosses à fagot de la forêt d’Arthies. A gauche, une collection de moules à gaufres en fer forgé (on disait autrefois, moules à nieules ou à oublies) qui va du XVIème au XIXème siècle, la plupart naïvement décorés de motifs religieux ou profanes, chefs-d’œuvre de forgerons de village qui les exécutaient traditionnellement pour les nouveaux mariés.

Dans la Seconde salle ont été réunis les métiers du bois et l’outillage agricole. Au-dessus de la porte une enseigne de charron est accompagnée d’une série de compas, de vilebrequins, etc.
Sur un mur, un ensemble d’instruments tranchants : haches, cognées, faucilles, faux, etc.
On remarque çà et là, un fléau à battre, des aiguilles à lier, des instruments de couvreur en ardoise, etc.
La première salle est consacrée à l’exposition des enclumes et des bigornes. Toutes les époques sont représentées depuis la fin du XIVème siècle. Pièce maîtresse du forgeron, l’enclume est souvent marquée aux initiales du propriétaire et décorée sur la poitrine.
Il serait trop long de tout dire, ce petit musée renferme tant d’objets !
Après nous avoir guidé avec beaucoup de gaieté et d’humour, Monsieur Pigeard fabrique devant nous une pièce en fer forgé.
Un coup d’œil dans le jardin. Claude Pigeard a reconstitué son « jardin de curé ». Des haies de buis délimitent les espaces du jardin. Sur les tonnelles grimpe de la clématite. Les groseilliers se mêlent au chou ou au céleri perpétuel. Au pied d’un poivrier « Comtesse de Paris », se mélangent les parfums de la menthe-coq-de-Charlemagne, du basilic à odeur de cannelle ou de citron.
Il est 18 h. C’est l’heure du retour. Une journée bien remplie !

UNE JOURNÉE DANS LE VEXIN
Notre première sortie vous propose une synthèse de ce que l’histoire, l’art, l’archéologie, l’artisanat peuvent vous offrir dans ces quelques lieues carrées des terroirs de notre Île-de-France.
Nous passerons d’abord par l’abbaye de Maubuisson à Saint-Ouen l’Aumône, Saint-Ouen qui évangélisa la Vallée de la Seine et que nous trouverons aussi près de Paris et à Rouen. Nous nous arrêterons longuement à l’abbaye cistercienne fondée par Blanche de Castille et qui deviendra une des résidences favorites des rois capétiens, donc, de fait, une des capitales temporaires du royaume. Saint-Louis et surtout Philippe le Bel y régnèrent. Souvenons-nous de la fresque historique et romanesque des « Rois Maudits », le livre et le film sont encore présents dans nos mémoires … et la prestance de Jean Piat aussi, n’est-ce pas Mesdames ?
Nous traversons alors le Vexin. Dans ce voyage, il ne faut ni s’arrêter, ni hésiter sur notre itinéraire. Si nous nous arrêtions à Pontoise, Pissarro nous retiendrait longuement, et nous le verrions avec ses amis vivre leurs passions, nous retrouverions ses maisons, il nous accueillerait dans son musée avant que nous le retrouvions, peut-être à la « Fête d’Osny » ou devant les « Peupliers à Éragny » avec Monet. Si nous hésitions, chaque carrefour nous proposerait un choix de personnages à retrouver ou à découvrir, aussi différents que la coquette Ninon de Lenclos ou le turbulent général Grouchy.
Nous arrivons à Vétheuil où nous visiterons en détail l’église. Et si nous passons devant la seconde maison, pensons à la célèbre toile « Jardin de l’artiste à Vétheuil » que Camille Toucieux, la compagne de Monet, élégante jeune femme du tableau « Camille », et son fils animent de leurs silhouettes. Nous laisserons Claude et Camille à Vétheuil, à leurs années noires, avant que Claude connaisse, quelques kilomètres en aval, mais sans Camille, les années irisées de Giverny.

Après le déjeuner, nous atteindrons Wy-dit-Joli-Village et Guiry où nous plongerons alors dans l’art et l’artisanat villageois, mais aussi dans l’art de vivre et le plaisir des jardins ; tant de choses resteraient encore à voir et il nous faudra revenir pour le site et le musée archéologique de Guiry où abondent les souvenirs – et pas seulement militaires – de l’époque gallo-romaine et des Grandes Invasions.
En conclusion, nous n’avons pas vu de monument aussi grandiose que la cathédrale d’Amiens, aussi impressionnant que les Grottes de Naours dont le souvenir reste vivace en nous, mais nous avons vu, et un peu vécu, j’espère, la vie et l’histoire quotidienne et séculaire d’un coin du Vexin, si proche physiquement, mais qui aura été peut-être pour certains une découverte. Je ne peux maintenant que laisser la parole à l’un des chantres les plus passionnés et les plus sensibles de cette vie de nos campagnes : Georges Duhamel qui en fit sa résidence de prédilection :
« Quand j’ouvre les fenêtres de ma chambre, j’aperçois d’abord un morceau de « chez nous » … Quand je souhaite un horizon plus ample, je monte dans le jardin. Avec toujours la mème Surprise, j’y fais toujours la même découverte. De douces éminences arrondies commencent à nous sourire par-dessus l’épaule de notre colline familière … Si je veux encore plus d’espace, je sors de l’enclos et m’engage dans le bois … Parfois, assoiffé d’un vent plus fort, je chemine vers les bosquets du plateau … Un moment vient où villages et hameaux disparaissent …“
Valmondois – Septembre 1931

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