Thèmes : art, peinture, visite.
Visite du jeudi 10 avril 1986.
I. – Visite des travaux de la ligne nouvelle (RER Ligne C) Ermont – Invalides.
II. – Visite de l’exposition « Vienne 1880-1938 – Naissance d’un siècle » au Centre Georges Pompidou
Le jeudi 10 avril, deux visites ont été proposées aux adhérents : l’une « technique » sur les chantiers S.N.C.F., l’autre « artistique » au Centre Georges Pompidou.
I. – VISITE DES TRAVAUX DE LA LIGNE NOUVELLE ERMONT-INVALIDES.
En mars 1982, la S.N.C.F. recevait le feu vert pour engager la réalisation d’une liaison nouvelle traversant Paris et dénommée liaison Vallée-de-Montmorency-Invalides (schéma 1).
Les adhérents du Cercle ont pu se rendre à la gare désaffectée Boulainvilliers, avenue du Président Kennedy, où un ingénieur leur a donné des explications très complètes.
Infrastructure.
. Tracé de la liaison.
Le tracé de la liaison nouvelle, d’une longueur totale de 32 km, est constitué des sections de lignes suivantes du Nord au Sud :
- Montigny – Beauchamp à Ermont,
- Argenteuil à Ermont et Ermont à Saint-Ouen,
- une section créée de toutes pièces, d’une longueur de 2,5 km entre Saint-Ouen et le passage sous les voies de la banlieue Saint-Lazare. C’est la seule zone dans laquelle des acquisitions foncières, au demeurant limitées, ont été nécessaires,
- la petite ceinture, dont la liaison suit le tracé vers l’ouest entre Pereire et Henri-Martin ; cette section fait partie de la ligne Pont-Cardinet-Auteuil,
- l’ancienne ligne de Henri Martin à Champ-de-Mars avec franchissement aérien de la Seine.
Comme on le voit, ce tracé s’appuie assez largement sur des infrastructures existantes et partiellement exploitées.

Schéma 1. Ligne C du RER,
avec la liaison Vallée de Montmorency – Invalides.
La vitesse limitée sera comprise entre 90 et 120 km/h au nord de Saint-Ouen.
Entre Champ-de-Mars et Saint-Ouen, elle sera de 60 km/h en raison notamment de la faible longueur des interstations.
Elle sera limitée à 40 km/h dans une courbe prononcée dans le quartier des Épinettes.
. Section souterraine.
Au Sud de Saint-Ouen, et jusqu’au franchissement de la Seine, à proximité du Champ-de-Mars, la ligne sera souterraine.
Elle empruntera pour partie la plate-forme existante (galeries couvertes, tunnels, tranchées couvertes ou à couvrir) et pour partie des ouvrages à réaliser.
Les nuisances acoustiques seront ainsi éliminées dans la zone urbaine. La couverture des tranchées existantes, une fois réalisée, sera remise à la Ville de Paris, qui y installera divers équipements publics et sportifs (cela rappelle la coulée verte du T.G.V. S.O.).
. Mode de traction.
La traction électrique adoptée fera appel au courant alternatif 25 kV sur la partie Nord de la liaison, et au courant continu 1,5 kV sur la partie Sud.
. Gares.
Sur la liaison nouvelle, 17 gares seront implantées.
Parmi celles-ci :
- Une gare nouvelle sera créée à Saint-Ouen,
- Deux gares désaffectées depuis longtemps seront rénovées et remises en service (Boulainvilliers, avenue Président Kennedy),
- La gare de Gennevilliers sera déplacée vers un site plus favorable,
- -Cinq autres gares seront reconstruites et rénovées.
Le matériel roulant.
Pour le choix du matériel destiné à desservir la nouvelle liaison, les caractéristiques suivantes sont requises :
- il est nécessairement bi-courant,
- ses performances doivent lui permettre de franchir de fortes rampes, de s’insérer au mieux dans une grille de circulation très chargée,
- l’offre de transport sur la banlieue Sud-Ouest étant à saturation, il doit présenter, pour une même longueur, un nombre de places sensiblement supérieur à celui du matériel actuel.
- il doit être sécable afin de limiter les dépenses d’exploitation pendant les heures creuses.
Coût – Financement.
Le coût des travaux d’infrastructure est estimé à 1677 MF, aux conditions économiques de 1985. Ils sont financés par des subventions à parts égales de l’État et de la Région d’Ile-de-France, ainsi que par un prêt de celle-ci à la S.N.C.F. et par une participation de 52 MF de la Ville de Paris en contrepartie de cessions de terrains.
La mise en service est actuellement prévue pour le début 1988.
La visite s’est poursuivie par les aménagements du tunnel entre les rues Singer et Bois-le-Vent.
Le tunnel.
Dans la station actuelle de Boulainvilliers qui sera remise en service, des trains de 200 mètres de longueur s’arrêteront. Les anciens quais devront donc être allongés de 70 mètres. Pour ce faire, le tunnel situé sous la rue de Boulainvilliers sera élargi de 9 à 13 mètres.
La proximité des fondations d’immeubles et des égouts ont nécessité une méthodologie d’exécution des travaux assurant un maximum de sécurité.
De plus, la S.N.C.F. appliquera un système de « protection de l’environnement » comprenant d’une part des auscultations de surface, d’autre part, des mesures de vibrations et de niveau de bruit de façon à limiter au maximum les nuisances occasionnées aux riverains pendant la durée du chantier.
. Méthodologie.
Les travaux sont réalisés dans l ‘ordre suivant (schéma 2) :
- confortement des égouts,
- injection de traitement de terrains,
- mise sur cintres lourds du tunnel existant,
- exécution des nouveaux piedroits et du passage sous voies,
- exécution de la voûte,
- exécution du radier.
Pendant toute la phase injection et excavation, des mesures de nivellement de surface, pour suivre les mouvements aussi infimes soient-ils (de l’ordre de 1/10 mm) des immeubles seront effectués tous les jours.

Pour réduire au maximum les nuisances liées au fonctionnement des engins de chantier, des mesures de « vibrations » sont faites sur les immeubles intéressés par la zone de travail, de manière à déterminer un type d’engins développant un faible niveau de vibrations et de bruit.
Cette visite a conclu l’ensemble du « Cycle S.N.C.F. » qui comprenait une conférence sur la S.N.C.F., une visite des ateliers de Villeneuve-St-Georges et un voyage en T.G.V.
II. EXPOSITION « VIENNE 1880-1938 ».
L’Histoire n’a pas oublié celui qui a, sinon permis, du moins favorisé, ce foisonnement de talents : l’Empereur François-Joseph 1er, dont le règne a duré soixante ans. Son épouse, elle, appartient davantage à la légende ; Élisabeth de Bavière, immortalisée au cinéma par Romy Schneider et plus connue sous le sur nom de Sissi. Le règne de François-Joseph commence en 1848 en pleine révolution autrichienne et s’achève en 1917 en pleine Première Guerre mondiale. Sous son règne, Vienne va connaître de grands bouleversements et devenir au fil des ans une cité moderne. Il fait tracer un large boulevard circulaire, planté de platanes et de tilleuls sur lequel sont édifiés de somptueux bâtiments : l’Opéra, le Parlement, le Musée, l’Hôtel de Ville, le Burgtheater et d’autres (photo 1).

Photo 1.-Hôtel de Ville (1882)
Le 3 avril 1897, un groupe d’artistes décide d’en finir avec la tradition sclérosée de l’art officiel. Il fonde un cartel, le mouvement Sécession. Leur guide est le peintre Gustave Klimt, qui donne au mouvement sa devise : « A chaque époque son art ; à l’art sa liberté ».
Beaucoup d’artistes rejoignent le groupe, d’où émerge un homme séduisant, fasciné par les femmes : Oskar Kokoschka. Élève de Klimt, Egon Schiele apporte à la Sécession ses dessins d’un érotisme tel qu’ils lui valent vingt-quatre jours de prison. C’est lui qui fixera les traits de son ami Gustave Klimt sur son lit de mort avant de disparaître lui-même, à 28 ans, victime de la ravageuse grippe espagnole de 1918.
Gustave Klimt.
Rien ne laisse présager que le jeune Gustave Klimt, fils d’un orfèvre et dernier-né d’une famille de sept enfants, va révolutionner la peinture viennoise. Tout jeune, pour gagner un peu d’argent, il a exécuté en cachette des portraits d’après des photographies. Il est le disciple respectueux du peintre pompier Hans Makart. Son tempérament taciturne, introverti, semble le prédisposer plutôt à une carrière banale ponctuée de commandes officielles. Il est d’ailleurs l’un des artistes appelés à décorer le Burgtheater dont il illustre quelques lunettes au-dessus des escaliers par des scènes mythologiques. Avec « Amour », daté de 1885, Klimt abandonne le réalisme pour baigner ses personnages dans une atmosphère de rêve. Les branches de roses de la bordure évoquent – comme chez les poètes – la mélancolique beauté des sentiments et la fuite inéluctable du temps. En 1902, à l’âge de 40 ans, il bouleverse totalement sa manière de peindre. Et c ‘est un portrait étonnamment moderne qu’il brosse de la compagne de sa vie : Emilie Flôge. La jeune femme (photo 2) est propriétaire d’une maison de haute couture sur la grande rue commerçante de Vienne, et Klimt crée pour elle de nombreux modèles de robes. Le premier portrait carré de grand format (145 x 145 cm) exécuté par le peintre en 1898 lui a valu un triomphe de la critique. Il représente Madame Sonia Knips qui appartient à l’élite intellectuelle viennoise et propage avec son mari Antonio les nouvelles conceptions de l’art.

Photo 2. Emilie Flôge
Klimt n’a eu pratiquement que des femmes pour modèles. Voyeur, il scrutait leurs défauts physiques et moraux et les caricaturait presque. Il se plaisait à souligner leur sensualité ou leur cruauté d’un trait sans pitié, comme pour la coquette enchapeautée au regard filtré. Après une série de paysages et de portraits, Klimt se met â peindre des compositions où les personnages féminins s’imbriquent les uns les autres comme dans un puzzle humain incrusté de motifs de fleurs et de vagues. « La jeune fille » perdue parmi ses compagnes trouvera sa réplique dans l’un des derniers tableaux de l’artiste intitulé « L’épousée » qui est resté inachevé. Ce sont comme les illustrations byzantines d’un monde qui va bientôt mourir en jetant les derniers feux de sa splendeur. Gustav Klimt ne lui survivra pas. La guerre, qui a empêché son génie étincelant et raffiné d’être reconnu à son époque dans le monde entier, n’est pourtant pas la cause de sa disparition. Le peintre a poursuivi son œuvre sans cesser d’exposer et de voyager. Et c’est à son retour de Roumanie qu’il est terrassé, le 11 janvier 1918, par une attaque d’apoplexie. Il s’éteindra vingt-six jours plus tard à l’hôpital de Vienne (Patricia de 8eauvais).

Photo 3,-Allégorie de la sculpture.
L’exposition présente 25 toiles et autant de dessins équivalant à une rétrospective.
Egon Shiele.
« Je suis un être humain, j’aime la mort et j’aime la vie », répétait souvent Egon Schiele. Son père, fonctionnaire des chemins de fer, est emporté par la syphilis quand Egon, son sixième enfant, n’a que quinze ans. A l’école, le jeune garçon n’est doué que pour le dessin, la calligraphie et la gymnastique. Son oncle et tuteur s’emploie férocement à contrarier ses aspirations artistiques. A 16 ans pourtant, grâce à sa mère, il entre à l’Académie des Arts figuratifs de Vienne. L’un de ses professeurs, directeur de l’École de Peinture, conservateur intransigeant et adversaire irréductible de toute tendance moderniste, déteste Schiele et l’empêche de s’exprimer.

Photo 4. Egon Schiele. « Amants : Homme et Femme »

Photo 5. Egon Schiele. « Paysage d’Eté » – 1917
Après une première exposition, il est obligé de quitter l’Académie. Pendant quelques mois, il tombe dans une situation d’extrême indigence puis il fait la connaissance d’Arthur Roessler, écrivain et critique d’art qui l’aide à promouvoir ses peintures. Il s’installe bientôt en Bohème où son attitude bizarre et ses dessins scabreux donnent prise aux commérages des habitants. Il rentre à Vienne où il tombe amoureux de Wally, sa voisine, avec laquelle il a des relations de tendresse et de sensualité, et qu’il peint dans des poses érotiques. A 22 ans, victime d’une autre passion, il est emprisonné pendant 24 jours pour avoir séduit une jeune fille de 14 ans. En 1915, il épouse Édith Harms, une Viennoise dont il courtisait la sœur et est affecté à Prague. En 1918, Édith, enceinte de 6 mois, meurt, dans les bras de son mari, de la grippe espagnole. Trois jours plus tard, il est emporté par le même mal. Il a 28 ans.
Koloman Moser.
C’est à l’École des Arts décoratifs, où il étudie de 1892 à 1895, que Koloman Moser, dit Kolo, rencontre Gustav Klimt. En 1897, il sera l’un des membres fondateurs de la Sécession viennoise, qu’il quittera en même temps le groupe Klimt.
Surtout connu pour son œuvre graphique, il se consacre de plus en plus à la peinture vers la fin de sa vie.
Il meurt en 1918.

Kolo Moser. Ex libris pour Fritz Waerndorfer.
L’architecture est aussi présente dans cette exposition avec Otto Wagner, architecte de la Ringstrasse.
Il soutient 4 principes : l’extensibilité infinie de la ville où les transports en commun prévalent contre le transport pédestre ; la dignité de la technologie ; la dignité d’un monde des affaires et du commerce ; enfin, l’affranchissement que l’art moderne rend possible avec ses façades dépouillées, pratiques et fonctionnelles.
Hoffmann a été l’architecte le plus sollicité du début du siècle à Vienne, à la fois pour des intérieurs, des villas, des pavillons de chasse ou d’exposition.

Joseph Hoffmann. Palais Stoclet
Bruxelles, 1905-1911
La section consacrée au mobilier et aux arts plastiques commence avec quelques spécimens très épurés et fonctionnels des ateliers Thonet et Kohn pour démontrer les possibilités d’une fabrication en série dont les débuts se situent vers le milieu du XIXe siècle. La Wiener Werkstatte, groupe d’artisanat viennois dont avait eu l’idée l’architecte Josef Hoffmann, le designer Kolo Moser et l’industriel Waendorfer, fut fondée au début de l’été 1903. On y faisait le travail du métal, la joaillerie, la reliure, l’ébénisterie, la décoration d’intérieur. Il présentait les ambitions sociales et esthétiques du groupe : préférer l’artisan à la machine, briser les barrières entre l’art et l’artisanat.

Kolo Moser. Huilier-vinaigrier réalisé par la Wiener Werkstatte, 1904.
La Musique est là aussi avec Gustav Mahler. Il donna une nouvelle vie à l’Opéra de Vienne.
Des aquarelles d’Adolf Hitler sont exposées.
De 1909 à 1911, à l’époque des grands succès remportés par les chrétiens-sociaux rassemblés sous la houlette de Karl Lueger, Adolf Hitler, âgé d’une vingtaine d’années, se trouvait à Vienne ; manœuvres sur un chantier de construction, puis peintre d’aquarelles et de cartes postales, il végétait après son échec à l’examen d’entrée des Beaux-Arts. Ces dernières images inspireront nos méditations à notre retour : les mystères de chaque destinée.
Quelques pensées et réflexions d’un visiteur.
On a tant écrit déjà sur cette exposition à Beaubourg que je ne vois pas ce que, personnellement, je pourrais ajouter à son sujet de neuf ou de profond mais, puisqu’on veut bien me proposer de dire ici ce que je pense, je ne déclinerai pas l’aimable invitation.
Je ne suis pas de ceux qui, par principe, courent à une exposition dès son ouverture, mais je ne suis pas non plus de ceux qui boudent ce genre de distraction : du reste, y accompagner ma femme est déjà un plaisir. Mais, pour Beaubourg cette fois, c’est autre chose. D’abord, je m’y suis rendu seul. Je m’y suis même rendu à deux reprises, la première, dès les premiers jours, la seconde exactement le 10 avril 1986, avec une importante délégation de notre C.D.I.
C’est que, cette fois, je me trouvais poussé par un motif très personnel. Dans la seconde quinzaine d’avril, j’avais à me rendre aux États-Unis pour y faire, du Pacifique à l’Atlantique, une tournée de conférences. Or, l’une de ces conférences avait pour sujet : la Science et l’Art. Quand il s’agit de montrer ce qui distingue ces deux créations humaines, déjà dans leur but, il n’y a rien de bien difficile. Ce qu’on demande à la Science, c’est la démonstration irréfutable d’une vérité matérielle. Ce qu’on attend de l’Art, c’est une sensation, un choc, de nature à faire naître un sentiment plus question alors de vérité réelle. Au mieux, on peut parler de perfection ; ce fut ainsi, par exemple, au Grand Palais quand, récemment, on a mis sous nos yeux les chefs d’œuvre hollandais, de Rembrandt à Vermeer. Cependant, chacun sait que tout est devenu différent dans le courant du XIXème siècle. A cette époque, les arts ont eu tendance à changer. Ainsi la peinture figurative est devenue peinture abstraite. Pourquoi ? On a émis l’idée que l’artiste, dans ces cas, cherchait à aller au-delà de la simple représentation photographique, qu’il tentait d’atteindre l’inconscient, l’âme si l’on veut, des modèles. A coup sûr, la réussite ne couronne pas toujours la tentative, mais on pourrait admettre qu’alors l’Art cherche au moins à exprimer une vérité aussi complète que possible, donc qu’il devient Science.
Or, à Beaubourg, voilà qu’on nous proposait une exposition qui voulait nous faire sentir l’évolution de tous les arts sur cinquante-huit années et, non seulement des arts, mais de toutes les formes de pensée. N’était-ce pas une occasion singulière de découvrir les changements dans le temps de l’Architecture, de la Pensée scientifique (création, par exemple, du Cercle de Vienne), de la Pensée philosophique (avec Wittgenstein et Popper), de la Médecine (avec Freud), de la Biologie (avec Lansteiner), de la Politique (avec Herzl), de la Musique (de Mahler à Schoenberg et Berg) et bien sûr de la Peinture… ? Quel trésor ! Comment ne pas y courir ?
Je courus donc et, sur place, je regardais, j’essayais de penser. A mon modeste avis, on pouvait distinguer dans cette exposition deux parties : la première allait de 1880 à 1916, date de la mort de l’empereur François-Joseph, et la seconde de 1916 à 1938. La première devait finalement m’instruire. La seconde faisait plus, elle parvenait à m émouvoir.
La fin du règne de François-Joseph est marquée par l’embellissement de la ville de Vienne avec la mise en place de la Ringstrasse, un renouveau de l’architecture, de la sculpture, de la musique, de la peinture. La musique, c’est Mahler, la peinture, ce sont G. Klimt, Egon Schiele et Richard Gerstl. Manifestement, c’est à la découverte de cette peinture nouvelle que voulaient nous convier plus particulièrement les organisateurs. Je m’y arrêtais donc longuement. Le résultat ? Eh bien, je le dis simplement, lors de ma première visite, je repoussais l’ensemble : Non, ce n’était pas pour moi ! Mais, après quelques semaines, continuant à réfléchir sur ce que j’avais vu, je finissais par me demander si mon opinion était correcte, si j’avais su bien voir. Finalement, je sentais la nécessité d’un nouvel examen de conscience et je retournais à Beaubourg. Me voici, de nouveau, devant les œuvres d’Egon Schiele et d’Oskar Kokoschka. Décidément, j’ai beau me torturer l’esprit. Non, ça « ne passe pas ».
Mais me revoici maintenant devant Klimt : « Soie de femmes fatales qui font flamber leur chevelure rousse sous un pinceau de miel ou de fiel … » Cette fois, l’impression finira par être tout autre. Je suis encore choqué mais, peu à peu, j’accepte, j’aime ces feux de couleur. Je ne peux dire que c’est beau mais … Voilà qui prouve – et c’est en cela que je me sens instruit qu’une vérité de l’art, si elle existe et si différente qu’elle soit nécessairement de la vérité scientifique, n’en existe pas moins. Simplement, il faut être digne de la recevoir. Mon insistance, ici m’aura fait faire un pas en avant.
Et la seconde partie de l’exposition, celle qui va de 1916 à 1938 ? J’ai dit qu’elle était parvenue à m’émouvoir. En voici la raison. On assiste alors à la disparition d’un immense Empire, au développement de l’Industrie, à de sanglants combats politiques (Vienne la Rouge), à une atteinte fatale de la liberté … Certes, tous les ferments multinationaux qui avaient joué un si grand rôle dans les changements de 1900 n’ont pas disparu. Le besoin de créer subsiste mais le lieu même n’est plus propice à l’éclosion. Dans la dernière salle, auprès d’une représentation photographique du Café Rembrandt sali par des mains racistes} se trouve projetée, sur un grand écran, une suite interminable de visages, ceux qui appartenaient aux exilés de l’époque. Au même moment, se déroule sous nos yeux, par saccades, un film où un autre visage grandit, au point d’en devenir monstrueux : celui d’un dictateur momentanément triomphant. C’était là un film historique, pris à Vienne le 14 mars 1938. Or, il suffisait de se retourner dans la même salle pour découvrir, légèrement dissimulées dans un coin, six aquarelles dont l’auteur n’était autre que le même dictateur mais alors qu’il n’était encore qu’un adolescent inconnu : Adolf Hitler. Fin d’un monde en effet. Plus encore que la première, c’est cette partie de l’exposition qui devait, véritable ment, m’empoigner.
A. Delaunay.
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