SORTIE-VISITE : Musée de l’Homme – Sociétés Africaines

Thèmes : art, civilisation, géographie, histoire, sculpture, visite.
Visite du jeudi 22 janvier 1987.

 

Le jeudi 22 janvier, 5 groupes d’environ 30 personnes ont visité une petite partie de la section « Sociétés Africaines  » du Musée de l’Homme.

 

GALERIE D’AFRIQUE NOIRE.

La galerie présente un grand nombre de masques.

 

Masques du Mali.

 

La société des hommes est l’organisation qui réunit l’ensemble des individus mâles du village et du clan, par opposition à la mas­se des femmes et des enfants.

Douée de sa hiérarchie et de son culte propres, la société des hommes représente au regard de l’autorité locale (chef religieux, conseil des chefs de famille, etc.), un pouvoir relativement autonome en ce qui concerne notamment les fonctions judiciaires.

Chez les Dogon, la société des hommes se manifeste publique­ment en diverses occasions, dont les principales sont :

1. Le Sigi, grande cérémonie célébrée tous les 60 ans, à laquelle prennent part, rassemblés en de vastes repas, tous les individus mâles qui sont nés au village depuis la dernière cérémonie.

En cette occasion l’on instruit, dans chaque village, quelques jeunes gens à qui incombera par la suite de diriger la société des hommes, sous le contrôle des vieux.

2. Les danses masquées qui interviennent dans le rituel funéraire lorsque le défunt est un individu du sexe masculin.

 

Le masque est très présent dans la civilisation africaine.

 

Tissage.

Les arts du tissage sont pratiqués dans toutes les régions de l’Afrique de l’Ouest ainsi que dans la plupart des régions de l’Afrique Centrale et de l’Afrique du Sud. La laine et le coton, tissés en d’étroites bandes sur des petits métiers et cousues entre elles, constituent les pagnes et couvertures portés tels que ou utilisés pour la confection des vêtements.

La spécialisation sexuelle des travaux, réserve aux femmes l’égrenage (coton) et le filage (coton, laine) et aux hommes le tissage, la couture et la broderie plus rare. Les teintures sont générale­ment effectuées par les femmes qui utilisent à cet effet l’indigo et la terre. Ceci chez de nombreux peuples et en particulier chez les Dogon et les Bambara du Mali.

L’invention du tissage est liée dans le mythe à la révéla­tion du langage. L’homme fut créé nu et sans parole… Les bandes de tissu sont l’ensemble des paroles du monde… L’homme est vêtu de paroles : il porte des vêtements en rapport avec son statut, ses fonctions, ses sentiments.

 

Divination.

La divination en Afrique Noire tient une place considérable dans la vie des Noirs d’Afrique.

 

Dahomey (Bénin actuel).

Palais royal d’Abomey.

Fac-similés des bas-reliefs : les originaux ornaient ou or­nent encore les murs de certains bâtiments exclusivement destinés à l’habitation du souverain et compris dans le vaste ensemble de cons­tructions, constituant jadis la résidence royale d’Abomey. Ces cons­tructions sont l’œuvre successive des noirs du Dahomey, en particulier d’Agadja (1708-28), de Ghezo (1818-58) et de Glele (1858-89).

Relevés de teintes conventionnelles, les bas-reliefs sont complétement encastrés dans les murs d’argile des bâtiments couverts de chaume et leur modelage effectué par adjonction.

 

Le Forgeron en Afrique occidentale.

Chez la plupart des populations noires de l’Afrique, artistes et artisans sont répartis en castes. Presque partout, c’est dans de tels groupements que sont rangés les conteurs, poètes, mimes, chan­teurs, musiciens. Quant aux artisans, ils constituent en général 3 grandes castes distinctes :

  • celle des « forgerons », spécialistes du travail des métaux, de la pierre, de l’argile et de la sculpture en bois, et dont les femmes confectionnent les poteries.
  • celle des spécialistes des gros travaux en bois (pirogues, calebas­ses, menuisiers …).
  • celle des travailleurs du cuir dont les femmes sont souvent teinturières.

En même temps qu’ils sont méprisés (du fait de leur naissance), les gens de caste sont considérés (en raison de leurs capacités techniques) et sont même redoutés parce qu’ils connaissent des arts ignorés du vulgaire et passent fréquemment pour être en relation avec le monde surnaturel.

Aussi est-ce parmi eux que se recrutent la plupart des magiciens, guérisseurs ou devins et est-ce à eux souvent que l’on a recours comme ministres des princes ou comme négociateurs pour les maria­ges et les traités de paix.

Dans des vitrines sont exposées :

  • la porte du palais des Rois d’Abomey (au Dahomey). Des allégories y rappellent les hauts faits de ces princes.
  • des poteaux soutenant le toit du Palais de Ketou.

 

Calebasses.

Ce sont les fruits des plantes de la famille des cucurbitacées, plantes rampantes qui poussent sur des clôtures et des toits ou dans les champs. Le langage courant entend par ce mot non seulement le fruit mais aussi l’objet confectionné avec celui-ci.

Cueillie mûre, la calebasse est immergée dans une mare jusqu’à complète putréfaction de l’intérieur.

Elle est alors ouverte, vidée de son contenu et placée au soleil. L’écorce dessèche, durcit et peut ensuite être travaillée comme du bois.

Une fois travaillée, les calebasses serviront à de multiples usages : cuvettes, plats, vases, gourdes, boites, etc…

Une pièce mérite une mention spéciale : d’origine yangere (bassin de l’Oubangui), le tambour de bois horizontal en forme de bovidê, considéré comme l’un des beaux exemplaires de tambours de bois africains. Cet instrument emprunte la forme d’un bovidé, probablement signe de richesse ou de l’autorité du chef. Le ventre de l’animal figuré constitue la caisse de résonance, et les 4 pieds courts et massifs sur lesquels elle repose l’isolent complètement du sol.

La plupart des tambours de bois assurent en Afrique une double fonction : accompagnement rythmique des danses et émis­sions des messages. A cet effet, ils comportent une fente longitudinale dont les côtés sont d’épaisseur inégale, de manière à produire des sons de hauteur différente quand on frappe avec des mailloches. Cette particularité est mise en œuvre pour transmettre à assez longue distance des messages tambourinés en reproduisant les hauteurs et le rythme de la parole.

La travée consacrée à Madagascar, aujourd’hui rapprochée plus volontiers des cultures océaniennes, interrompt la galerie d’Afrique Noire, qui se termine par l’ensemble consacré à l’Éthiopie dont la civilisation originale s’apparente tout autant aux civilisa­tions africaines qu’aux civilisations moyen-orientales.

La richesse et l’originalité des Collections, le talent et la passion des conférenciers n’ont pas empêché que se développe chez certains d’entre nous une pénible impression de pauvreté et de laisser-aller à l’intérieur du Musée.

Étiquettes jaunies à l’encre pâlie, présentation monotone sans mise en valeur des objets exposés, usage parcimonieux de l’électricité, quasi inexistence des techniques modernes (photo couleur, diapo., son…), entretien immobilier sujet à caution montrent bien que ce musée ne correspond plus aux exigences culturelles et de confort des visiteurs.

 

 

Comme les grains de sable ont recouvert au cours des siècles certaines civilisations africaines, nous avons vu parfois, au cours de cette visite qu’en un demi-siècle, les grains de poussière ont commencé leur lent ensevelissement…

 

ANNEXE

POMPEI DE L’AFRIQUE NOIRE

 

La tradition locale l’appelait Djenné l’ancienne et la légende chantait sa prospérité.

 

 

Une cité qui grandit sur ses ruines. Enfouie profondément dans le sol, la mémoire de la ville. Les premiers habitants de Djenné, vers 250 avant J.-C., vivent dans des huttes circulaires en jonc tressé.

La seconde phase d’occupation qui va de 300 à 800, révèle l’emploi d’urnes pour les sépultures. Les maisons, bâties en boue du fleuve, sont fragiles et s’effondrent souvent. De nouvelles demeures sont reconstruites sur les débris des anciennes. La ville, ceinte en l’an 800 par une muraille, s’est ainsi littéralement élevée sur elle-même. Les maisons sont alors plus solides. Les fosses à détritus descendent jusqu’aux premiers niveaux d’occupation. L’artisanat local, poteries, bijoux, armes, statues, montre la même progression vers la richesse et le raffinement.

Une équipe d’archéologues américaine a retrouvé, au cœur du Mali, la cité disparue fondée en 250 avant notre ère et qui connut son apogée entre le IXe et le XIe siècle. Hypothèse probable : la plus vieille ville d’Afrique noire a été tuée par l’Islam aussi sûrement que Pompéi par le Vésuve.

En 1977, des fouilles archéologiques sont entreprises. Des tessons de poteries, des de fuseaux, des statuettes en terre cuite, des creusets pour fondre l’or et le cuivre sont arra­chés peu à peu du sol. Des fondations de maisons, des ossements d’animaux, des balles de riz et des grains carbonisés sont mis à jour.

Tous ces vestiges évoquent un impressionnant peuplement.

Une ville a existé là, cette Djenné – Djeno – Djenné l’ancienne, dont la tradition orale locale a conservé le nom.

Ces vestiges datent de 3 siècles avant J.-C. Pour les archéo­logues et les historiens, ces résultats contredisent les hypothèses antérieures selon lesquelles l’urbanisme avait été introduit en Afrique Noire après la pénétration du Sahara par les Arabes d’Afrique du Nord à partir du IXe siècle.

 

 

UN PEU D’HISTOIRE ET QUELQUES IMAGES

Sans remonter à la genèse de l’humanité, non plus qu’à la haute Antiquité ou aux Légendes, les premiers peuplements de l’Afrique Noire sont bien connus et suivent sensiblement le schéma classique des occupations des sols : installation dans une zone accueillante, résistance puis submersion devant des peuples déshérités enfin refoulement dans une zone aride.

L’Afrique a subi plus que toute autre continent les exi­gences de la géographie qui impose très vite la distinction entre les peuples de la forêt, ceux de la Savane et ceux du désert. Si on ajoute l’immensité des océans, l’inhospitalité des côtes, l’absence de port rendant impossible toute activité maritime enrichissante (production et contacts), on comprendra mieux le handicap qu’elle dut – ou doit – surmonter.

Et ne comptons pas pour rien dans ce handicap la diversité – et l’opposition – des ethnies, des langues et des religions et le caractère excessif des climats.

Les premières traces de peuplement remontent donc à -5000 ; puis vers -4000 une nouvelle vague s’installa et survécut dans la forêt équatoriale.

Les Carthaginois vers -500 reconnurent la Côte du Golfe de Guinée alors qu’à l’intérieur des Savanes et des forêts se succédaient divers empires, jusqu’aux empires islamiques qui atteignirent l’Afrique Centrale par le Nord.

Survint ensuite le bref passage des navigateurs qui intro­duisirent l’influence européenne, influence qui fut d’abord commerciale (installation d’escales et de comptoirs en vue d’échanges) puis d’exploitation (introduction de cultures destinées à l’exportation) et parfois de peuplement lorsque le climat le permettait ou que les circonstances de la politique européenne l’imposaient.

Si bref soit-il, un survol d’histoire de l’Afrique doit au moins mentionner et juger la pratique de l’esclavage sans cependant en attribuer la responsabilité à quelques États seulement.

Ainsi se succédèrent de 1500 à 1900 Portugais, Hollandais, Anglais, Français, Belges et à partir de 1870, Allemands. Cet état de fait semblait entériné lorsqu’en 1921 la S.D.N. délimita arbitrai­rement les frontières des États africains. Mais il ne résista pas à la Seconde Guerre Mondiale qui entraîna sur toute la planète l’indé­pendance des peuples vivant sous gouvernement ou contrôle étranger. Accession qui s’effectue dans des conditions fort différentes selon les états et qui reste encore dans nos mémoires.

Une anecdote amusante pour clore ce paragraphe un peu sévère.

Quand Fernando Poo remonte l’estuaire du fleuve Wouri au fond du Golfe de Guinée, il le trouva si riche en crevettes qu’il le baptisa d’une manière fort originale « rivière des crevettes », en portugais « Rio dos Cameroes ». Cameroes (crevettes) est devenu Cameroun. Ainsi l’État « Crevettes » dominé par le Mont « Crevette » maintient-il sur la planète et 500 ans après la brillante imagination d’un capitaine portugais !

 

 

 

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