SORTIE-VISITE : musée de la céramique de Sèvres

Thèmes : art, histoire, visite.
Visite du jeudi 17 décembre 1987.

 

Jeudi 17 décembre. 180 adhérents du C.D.I. ont visité le Musée de la céramique de Sèvres. Divisés en groupes, guidés par des conférenciers, nous nous sommes répartis dans les différentes salles du musée.

 

 

HISTORIQUE.

Au XVIIIe siècle, pour ses besoins propres, la manufacture de porcelaine avait acquis deux catégories de pièces qui serviront d’embryon aux collections futures. Ce sont d’abord des statuettes ou des groupes en terre cuite, exécutés par des sculpteurs célèbres pour servir de modèles à la fabrication des biscuits en porcelaine. Ce sont aussi des vases antiques, alors considérés comme grecs, achetés par Louis XVI en 1785 au diplomate français ayant exercé ses fonctions en Italie, Vivant Denon, pour servir de modèles aux créations, dans le goût néo-classique, de la manufacture à la fin du XVIIIe siècle.

Le 25 Floréal an VIII (14 mai 1800), à la fin de la tourmente révolutionnaire, le ministre de l’Intérieur, Lucien Bonaparte, nomme à la direction de la manufacture de Sèvres Alexandre Brongniart.

Celui-ci est un homme de goût, le fils de l’architecte Théodore Brongniart. Il est aussi un homme de science, géologue, minéralogiste, chimiste ; à partir de 1822, il est également professeur de minéralogie au Muséum et partage son temps entre la manufacture de Sèvres et son enseignement. Il semble avoir eu très tôt l’idée de constituer une collection de céramique extrêmement diversifiée, puisqu’en 1809 il rassemble « l’enquête des préfets » : il demande au préfet de chaque département français de lui envoyer des explications sur tout ce qui se fait en céramique dans son département et des exemples de chaque type de fabrication. Certes, il s’agit surtout de productions des plus courantes : poteries, grès, porcelaines blanches, …

Pour élargir les collections du futur « Musée céramique et vitrique » (ce fut le premier nom du musée national de céramique), Brongniart emploie les moyens les plus divers nombreux sont les dons qu’il obtient, en particulier il demande à des officiers de marine de rapporter des poteries de tous les pays qu’ils côtoient.

Au cours de ses propres voyages, il visite des fabriques et se fait donner des pièces ; au besoin, il en achète. Enfin il mène une politique d’échanges conclus en 1838 avec la manufacture saxonne de porcelaine de Meissen à laquelle le musée doit surtout les cinq grands animaux en porcelaine blanche de Saxe.

Pour gérer, classer, exposer ces collections, A. Brongniart fait appel à Désiré Riocreux, qui devient ainsi le premier conservateur du musée et le restera jusqu’à sa mort en 1872.

Ils décident tous deux de classer les collections par catégorie de céramique, groupant les poteries plombifères, les faïences stannifères, les grès, les porcelaines, ...

En 1876, la manufacture de porcelaine et le musée de céramique déménagent, quittant le bâtiment construit au XVIIIe siècle au cœur de Sèvres pour s’installer dans le bâtiment actuel qui longe la Seine entre le parc de Saint-Cloud et le pont de Sèvres.

En 1934, le musée est administrativement détaché de la manufac­ture pour devenir un musée national dépendant aujourd’hui de la Direction des Musées de France.

 

LA VISITE.

Les différents groupes se sont répartis entre les différentes salles du premier étage et du deuxième étage.

Un grand escalier nous permet d’accéder au premier étage dans la salle de Delft.

Ce centre faïencier hollandais a travaillé essentiellement à l’époque du règne de Louis XIV, de 1660 à 1715 environ et s’est largement inspiré de la porcelaine de Chine, du Japon et de la Compagnie des Indes : en particulier le « Delft doré » multiplié dans les années 1710-1720 environ représente sans doute la meilleure version faïencière jamais exécutée pour imiter la porcelaine de la Compagnie des Indes.

Un grand panneau floral en carreaux domine la salle. On a fait des carreaux à Delft mais cette production y est demeurée secondaire. Ce sont des villes comme Rotterdam qui se sont spécialisées dans ce domaine. Nevers est fort active dans le domaine faïencier au cours du XVIIe et XVIIIe siècles ; pratiquement c’est le seul centre qui ne semble pas avoir connu de déclin lors de la première moitié du XVIIe siècle, alors que partout ailleurs en France on souffrait de la décadence économique.

Vers 1630 apparaissent les « fonds bleus » et les « fonds jaunes » qui sont parmi les plus grandes gloires du centre nivernais.

En continuant la visite, on entre dans la salle consacrée aux faïences de la fin du XVIIe siècle et surtout de la première moitié du XVIIIe siècle, à décor en camaïeu bleu c’est la grande mode de cette couleur sans doute en raison de l’influence de la porcelaine de Chine à décor blanc et bleu.

 

 

Au XVIIIe siècle, la France sort de son marasme économique.

Une nouvelle classe sociale s’enrichit, la bourgeoisie, fidèle clientèle des céramistes.

De nombreuses faïenceries se créent dans toute la France : Lille, Rouen, Strasbourg.

A Rouen, les Poterat créent le décor de lambrequins qui trouve sans doute son origine dans les languettes ornant l’épaule des vases de porcelaine de Chine ou dans certains motifs orientalisants employés par les faïenciers de Delft. Les contours sont approximativement triangulaires et contiennent des arabesques décoratives d’inspiration végétale ou quasiment abstraite. A Rouen, ce décor prend fréquemment un aspect « rayonnant » grâce à ses contours triangulaires.

Quant au décor de « broderies », il est très proche du précédent mais il se développe librement sans contour triangulaire.

La salle suivante est consacrée à la faïence polychrome du grand feu du XVIIIe siècle européen.

D’un côté on voit des vitrines consacrées aux faïences du nord de la Loire et à l’est de la France, et de l’autre des vitrines consacrées aux régions du midi de la France et aux pays du sud de l’Europe. On est frappé par la différence de couleur de ces deux zones. Les pays du midi ont employé force jaune alors que les pays du nord et de l’est ont préféré les fonds bleutés, les gris, le manganèse.

Mais partout triomphent les motifs chinois.

Au milieu du XVIIIe siècle les faïenciers français apprennent la technique du « petit feu » : le rose est employé systématiquement pour copier les effets de la porcelaine.

De Strasbourg en Alsace, Niderviller en Lorraine, à Marseille où œuvre la fameuse veuve Perrin, l’imitation de la porcelaine devient une loi qui régit toutes les recherches des faïenciers.

 

 

Leur succès dans ce domaine, éclatant à Sceaux, n’annonce pas moins le déclin de l’art faïencier français qui a disparu avant même la Révolution lorsque la porcelaine devient chose courante et que la « faïence fine » anglaise, de fabrication industrielle, envahit le marché français à la suite du traité de 1786 établissant une zone de libre-échange entre ces deux pays.

Dans la salle du milieu sont exposées des pièces en « porcelaine des Médicis », exécutées au cours du dernier quart du XVIe siècle pour le Grand Duc de Toscane.

La salle est bordée de vitrines illustrant le développement de la porcelaine tendre française, à Rouen puis à Saint-Cloud dès la fin du XVIIIe siècle, à Chantilly et à Mennecy au XVIIe siècle.

Au centre de la salle, des vitrines contiennent des porcelaines de Sceaux, Tournai, Arras, des porcelaines anglaises, italiennes, espagnoles …

La salle suivante est consacrée à la manufacture de Vincennes-Sèvres : biscuit, porcelaine dure, ...

 

 

Au fond, une vitrine renferme quelques très belles pièces du service de Madame du Barry, au Cardinal de Rohan, à Catherine II de Russie (voir conférence de Monsieur Barbier).

Le deuxième étage, que certains ont visité, est consacré à la céramique du XXe siècle. Nous quittons ici le domaine artisanal et technique pour aborder un domaine artistique.

Dans les vitrines sont exposés des vases, des boites, des assiettes, des coupes …

On peut remarquer une étonnante pendule composée de trois plaques en porcelaine, l’une à fond « bleu de Sèvres », les deux autres en forme de clowns, le « dormeur » de Georges Jeanclos (1980), biscuit et plaque émaillée en « bleu de Sèvres », un bar d’appartement en forme d’autruches. Les ailes s’ouvrent pour permettre l’accès à un réceptacle à bouteilles. L’œuf est un seau à glace.

Mais l’heure passe et tout le monde doit regagner les cars.

Il faudra retourner dans ce musée qui a encore beaucoup de secrets à nous livrer.

 

 

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