SORTIE-VISITE : maison de Monet

Thèmes : Art, Peinture, Visite.
Visite du mardi 19 juin 1984.

120 personnes sont parties à Giverny visiter la Maison de Monet.

 

 

Giverny s’allonge au flanc d’un côteau non loin de Vernon. C’est là que Claude Monet se fixa en avril 1883.

Avant de visiter sa maison, son jardin, ses étangs, il faut décrire en quelques mots la vie du peintre et ce que furent ses sources d’inspiration.

 

Photo 1. Le Maitre de Giverny (1926)

 

CLAUDE MONET. (photo 1)

Claude Monet, bien que né à Paris, passe sa jeunesse et son enfance au Havre où ses parents tiennent une épicerie. Il manifeste très tôt de grands dons pour le dessin, en particulier pour la caricature. C’est Eugène Boudin qui encourage le jeune homme à peindre et à aller étudier à Paris où il part en 1859. Il travaille à l’Académie Suisse où il rencontre Camille Pissarro.

Après un intermède de près de deux ans, au cours duquel il fait son service militaire en Algérie, il s’inscrit en 1862 dans l’atelier du peintre académique Charles Gleyre afin de préparer l’École des beaux-arts. Il y rencontre Renoir, Sisley, et Bazille avec qui il va bientôt partager un atelier. C’est à cette époque – ainsi qu’il en va de ses amis – que commence sa véritable vie de peintre. Comme Boudin l’avait fait pour lui, Monet convainc ses camarades d’aller peindre en plein air, dans la forêt de Fontainebleau. L’été 1865, il réalise une ambitieuse composition dont les fragments sont aujourd’hui au Musée du Jeu de Paume, à Paris, un « déjeuner sur l’herbe », reprenant, sous une forme plus réaliste et contemporaine, le thème de Manet.

Jusque vers 1866, plusieurs influences se combinent chez Monet : celle de Corot, de Courbet et de Manet.

L’été 1869, Monet et Renoir travaillent à Bougival, « l’atelier de paysage de l’école française moderne », selon les Goncourt.

C’est en effet là que naît véritablement l’impressionnisme. Dans « La Grenouillère », Monet centre tout son tableau sur les reflets dans l’eau des arbres et du ciel, peints en touches fragmentées de couleur pure. Ce qui n’aurait été, dans le paysage traditionnel, qu’un détail dûment codifié, devient le principal objet d’observation et d’émerveillement, sans autre programme esthétique sous-jacent que celui qui naît de l’observation. L’impressionnisme, qui allait, quelques années plus tard, faire figure d’école, est alors parfaitement instinctif et spontané ; le seul point dont Monet soit très vite conscient, c’est qu’il doit avant tout se fier, en le protégeant et en le fortifiant, à son seul instinct visuel : de Fécamp, il écrit à Bazille, en 1867, qu’il ne regrette en rien Paris, où l’on « est trop préoccupé de ce qu’on voit et on entend », et ces mots qui le définissent si bien : « Ce que je ferai ici aura au moins le mérite-de ne ressembler à personne, parce que ce sera l’impression de ce que j’aurai ressenti, moi tout seul. »

A la fin de 1870, Monet rejoint pour quelques mois Pissarro et Charles-François Daubigny à Londres, où il peint quelques superbes paysages de brume.

De 1872 à 1878, il s’établit à Argenteuil, foyer du mouvement impressionniste dont il devient alors véritablement l’esprit et le chef, par son assurance, son rayonnement, sa vitalité. « Sans lui, a dit plus tard Renoir, j’aurais renoncé ». Manet lui-même subit son influence à cette époque, en s’essayant à la peinture claire, aux figures en plein air. C’est pour Monet une période de plénitude productive, où il tâche de capter les instantanés lumineux dont les rives de la Seine et la campagne environnante lui offrent, au cours des heures et des saisons, l’infinie variété : le papillotement d’un « Champ de coquelicots » (1873) ou les multiples variations de couleurs et de lumière des diverses versions des « Voiliers à Argenteuil » (1873-1874).

En 1876 il est invité chez Ernest Hoschedé homme d’affaires et collectionneur, à Montgeron au château de Rottembourg. Il se lie d’amitié avec le ménage Hoschedé et connaît là, Édouard Manet, Carolus-Duran et bien d’autres …

Ernest Hoschedé est ruiné et s’enfuit en Belgique en 1877. Madame Hoschedé et Madame Monet décident de passer l’été ensemble en 1878, louant une maison à Vétheuil dont Claude Monet n’est absolument pas enthousiasmé. Sa femme accouche à Paris d’un second fils, Michel, et il a la douleur de la perdre de la tuberculose en 1879. Alice Hoschedé décide alors d’aider Claude et d’élever ses deux enfants avec les siens.

Il découvre Giverny où il déménage en compagnie d’Alice Hoschedé et des enfants.

La propriété contient plus d’un hectare, elle est située en contrebas au bout du village.

La maison borde la rue et fait face à un grand verger. Une grange sans étage se trouve à gauche de la maison lorsqu’on la regarde en venant du jardin. Il en fait immédiatement son salon et son atelier où il aime s’asseoir et fumer tout en examinant minutieusement les toiles faites à l’extérieur.

Son jardin est planté de fleurs pour pouvoir peindre les jours de pluie et par beau temps. Chaque jour inlassablement, il va reproduire sur ses toiles les champs, les arbres, la Seine. Dans ce but, il fait l’acquisition d’un îlot, « l’île aux Orties », sur laquelle il possède une cabane et un bateau-atelier.

C’est à Giverny qu’il commence ses fameuses « Séries » qui vont le rendre célèbre. Il exécute la série des vingt-cinq « Meules » entre 1888 et 1891 (photo 2). Il expose chez Durand-Ruel en 1892 une série de vingt-quatre Peupliers ; il peint entre 1892 et 1898 la série des Cathédrales, la série des « Matinées sur la Seine », puis les Ponts Japonais, les Glycines, les Nymphéas où le ciel et les nuages jouent entre les herbes, les fleurs.

 

Photo 2. Une meule à Giverny (1886).

 

Tout se reflète sur une surface qui n’est qu’illusion. Et ce sera enfin l’apothéose avec les « Décorations des Nymphéas » où d’un progressif effacement des formes naît le triomphe de la couleur (photo 3).

 

Photo 3. Nymphéas (1908)
« Ces paysages d’eau et de reflets sont devenus une obsession ».

 

A l’époque où il s’installe à Giverny, il a les plus grandes difficultés financières et le marchand Durand-Ruel l’aide à vivre confortablement ainsi que sa nombreuse famille. Lorsqu’il devient plus connu et que ses toiles commencent à se bien vendre, il se décide à acheter la maison. Il transforme alors le jardin, construit trois serres, achète de l’autre côté du chemin du Roy un terrain où, après mille difficultés administratives, il réussit à creuser le fameux étang et construit le Pont Japonais d’après une estampe, en 1895. Il se marie avec Alice Hoschedé en 1892 ; respectée et respectable, elle équilibre sa vie.

Cézanne, Renoir, Rodin, Sisley, Pissarro, Matisse, John Singer Sargent, le critique Gustave Geffroy, Octave Mirbeau, lui rendent visite.

En 1899, il construit un second atelier très bien éclairé, à gauche du jardin, devant les serres. Il installe aussi un garage, une chambre noire pour la photographie, deux chambres à coucher. A cette époque, les marchands se disputent ses faveurs. Il confie ses toiles à Boussod et Valadon, aux frères Bernheim, à Georges Petit et Durand-Ruel s’en trouve meurtri. Mais c’est chez lui qu’il expose en 1900 une magnifique série de Nymphéas et devient célèbre en France, en Angleterre, aux États-Unis.

Les expositions, les voyages en Norvège, à Londres, en Italie, sur les côtes normandes se succèdent.

Il rêve d’entreprendre ce qu’il nomme les « Décorations des Nymphéas » et il construit pour cela, entre 1914 et 1915, un très vaste et très inesthétique atelier en haut du jardin, à gauche. Il commence son immense travail en 1916 qui aboutit, après des péripéties, à la donation à la France d’une magnifique série de toiles, le 12 avril 1922.

Michel Monet, son second fils, hérite des biens de son père avec lequel il s’entendait mal. Il habite à Sorel, en Eure-et-Loir mais vient de temps à autre à Giverny où tout est demeuré en place, gardé religieusement par sa belle-sœur Blanche. Elle veille sur la propriété, sur les jardins, sur la mémoire du maître jusqu’à sa mort, après la guerre de 1940. Le jardinier-chef, Lebret, disparait également et la garde est confiée à un aide-jardinier. Le jardin est peu à peu délaissé, un grand nombre des toiles vendu et, lors d’un retour de Giverny à l’âge de 88 ans, Michel, victime d’un accident de voiture, meurt le 19 janvier 1966.

Michel, par testament, lègue l’ensemble de la propriété à l’Académie des Beaux-Arts.

 

LES JARDINS.

Le « Clos Normand » est conçu à la française, il est devant la maison, les allées le découpent en lignes droites et malgré la profusion, la variété et l’éclat des couleurs au cours des saisons, il est ordonné.

Claude Monet dispose d’un verger coupé en son milieu par une grande allée flanquée de deux larges plates-bandes et débouchant sur le chemin du Roy. Les plates-bandes étaient plantées d’épicéas, d’ifs et de massifs de buis. Après des discussions douloureuses et sans fin avec Alice, il garde les deux ifs devant la maison et remplace les épicéas et les buis par des arceaux métalliques et, sous la voûte de roses, le chemin central se borde de fleurs et de capucines rampantes.

Du côté ouest, il transforme le verger en pelouses parsemées de touffes d’iris et de pavots d’orient, plantées de cerisiers et de pommiers du Japon.

Il aménage le côté est en planches régulières garnies de glaïeuls, de pieds d’alouette, de phlox, de marguerites, d’asters, etc. Le long de chaque planche, un treillis métallique supporte à son sommet une somptueuse draperie de clématites ondulant au vent, bordée un peu plus bas par des roses grimpantes. L’effet est ravissant. Les bordures sont garnies de plantes de rocailles à dominante bleue et les plantes annuelles alternent avec les vivaces de façon à maintenir une constante floraison.

Le jardin, bien sûr, change de couleur à chaque saison. C’est d’abord au printemps les narcisses en quantité suivis par les tulipes, les azalées, les rhododendrons, les lilas et les glycines, les iris qu’il aime particulièrement et qu’il plante en longues et larges rangées, puis les pivoines en arbres ou herbacées données par ses amis japonais. Suivent les campanules, les hémérocalles, les lis, les delphiniums, les lupins, les coquelicots.

Puis c’est juin, c’est l’été avec l’ipomée, le pois de senteur, la campanule, la gaillarde, les muffliers, les rosiers sous toutes leurs formes, les giroflées, les ancolies, les digitales, les capucines, les phlox, la gentiane, la sauge, … C’est septembre avec les dahlias à fleurs simples et les dahlias cactus, les anémones du Japon, les hélianthus sparcifolius, les soleils, les roses trémières, les centaines d’asters, …

Dans ses trois serres il cultive des bégonias grimpants, des fougères exotiques et une superbe collection d’orchidées.

C’est en 1893 que Claude Monet achète le terrain séparé du Clos normand par la petite ligne de chemin de fer et par le chemin du Roy.

C’est après de nombreuses et difficiles démarches administratives qu’il creuse ses étangs. Il construit en 1895 son fameux Pont Japonais aux élégantes superstructures, entièrement reconstitué aujourd’hui (photo 4).

 

Photo 4. La glycine blanche dans une vive clarté vespérale

 

Le Jardin d’eau (photo 5), au contraire du Clos normand, est asymétrique, japonisant, exotique, propre à la rêverie, tenant à cette tradition orientale de la contemplation philosophique de la nature.

Il a une importance capitale dans l’œuvre de Claude Monet.

 

Photo 5. Le Jardin d’eau retrouve ses frondaisons tandis que renaissent les Nymphéas

 

LA MAISON. (photo 6). Comme au temps du maître,
entre habitation et jardin renaît une harmonieuse cohésion.

 

C’est Claude Monet qui a choisi le ton de vert pour les bancs et les ferrures de son jardin comme pour les portes, les volets et les bois de la terrasse où il aimait souvent s’asseoir après dîner.

A droite de l’entrée, la salle à manger (à l’origine, il y avait là une petite chambre et une petite cuisine) a retrouvé sur les murs et sur les meubles ses deux jaunes légèrement différents. Sa vaisselle, dont il reste quelques pièces aux tons s’harmonisant avec les couleurs de la salle à manger, avait été commandée à Limoges. Les rideaux ont été reconstitués, les mêmes « bleu de Chine » ornent les buffets vitrés et les mêmes gravures japonaises, assainies, ré-encadrées, identifiées ornent aux mêmes emplacements cette pièce célèbre, étonnamment vivante et évocatrice.

Claude Monet commence en 1871 sa collection d’estampes japonaises et l’on peut dire que c’est lui qui lance ce goût japonisant chez les peintres de son temps.

C’est sur l’emplacement d’une petite grange que Claude Monet, agrandissant sa maison, bâtit sa cuisine. Elle brille de tout l’éclat de ses faïences bleues et blanches et de ses cuivres restaurés et étamés à neuf. Le fourneau (dont l’intérieur est hors d’usage) a repris son aspect, l’évier est là, la balance, les poids, la machine à coudre … Tout cet ensemble évoque bien le mode de vie bourgeoise à la campagne à la fin du XIXe siècle.

A gauche de l’entrée, face à la salle à manger, se trouve un petit salon de lecture dont les meubles restaurés sont également authentiques.

A l’étage se trouve, au-dessus de l’atelier, la chambre à coucher du maître ; c’est là qu’il vécut de 1883 à 1926, c’est là qu’il s’est éteint. Tout le mobilier existe, dont un superbe bureau en marqueterie du XVIIIe siècle et une très belle commode ancienne.

A côté se trouve son cabinet de toilette, puis celui d’Alice, son épouse et sa chambre à coucher. De l’autre côté de l’escalier central se trouvaient les chambres des enfants et au grenier, celles du personnel.

 

L’ATELIER. (photo 7).

Il est construit en 1916, (sur l’emplacement d’une mauvaise masure) pour pouvoir peindre aisément, avec une bonne lumière, les grandes « « Décorations des Nymphéas » dont le maître offrira la plus belle série à la France en 1922 à l’instigation de Georges Clémenceau. C’est donc ici le berceau du testament artistique de Claude Monet.

Quant à l’atelier devant les serres, il est complètement restauré également, mais on ne le visite pas. C’est là que Claude Monet montrait aux marchands ses tableaux, c’est là qu’il les signait, c’est là qu’il peignait, lorsque l’œuvre était vendue, les bords de la toile jusqu’à ce moment inachevée (photo 8).

 

Photo 7. Claude Monet dans l’atelier des Nymphéas

 

Photo 8. L’atelier devant les serres

 

 

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