Thèmes : art, histoire, visite.
Visites des mardi 4 et mercredi 5 avril 1995.
Fiche de visite de M.C. Eudes
C’est face au Louvre, dans le palais Mazarin, qu’est installé depuis 1806, l’Institut de France. Créé par la Convention, il fut mis en place par la loi du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795) avec pour mission de « recueillir les découvertes » et de « perfectionner les arts et les sciences ».
Les Conventionnels, qui avaient supprimé les Académies royales, avaient très rapidement senti le besoin de trouver un substitut. Et, reprenant les projets de Mirabeau, de Talleyrand et, surtout de Condorcet, ils reconstruisirent une nouvelle institution : « Ce sera, en quelque sorte, l’abrégé du monde savant, le corps représentatif de la République des lettres, l’honorable but de toutes les ambitions de la science et du talent … Cet Institut raccordera toutes les branches de l’instruction ; il lui imprimera la seule unité qui ne contriste pas le génie et qui n’en ralentisse pas l’essor » (Daunou).
L’Institut était divisé en trois classes :
- Sciences physiques et mathématiques.
- Sciences morales et politiques.
- Littérature et Beaux-Arts.
Ces trois classes réunissaient 144 membres, un nombre égal de correspondants et 24 associés étrangers.
Après avoir ouvert ses travaux au Louvre le 4 avril 1796 dans la salle des Cariatides, il fut installé par Napoléon dans l’édifice qu’il occupe aujourd’hui.
Après les avatars du régime impérial, les structures de l’Institut se stabilisèrent en 1832 quand Louis-Philippe rétablit l’Académie des sciences morales et politiques dissoute en 1803.
Désormais l’Institut comprenait cinq Académies : outre cette dernière, l’Académie française fondée par Richelieu en 1635, l’Académie des inscriptions et belles-lettres créée par Colbert en 1663, l’Académie des sciences dotée d’un règlement en 1699 par Louis XIV, et l’Académie des beaux-arts, fille des Académies royales de peinture et de sculpture d’une part, d’architecture d’autre part, nées respectivement en 1648 et 1671-1717, et regroupées en 1795.
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L’Institut de France aujourd’hui
L’Institut est souvent confondu avec un rituel de réceptions qui se déroulent sous la Coupole de l’ancienne chapelle du palais Mazarin. En fait, chacune des cinq Académies déploie une vive activité dans le cadre de ses compétences et de ses règles :
L’Académie française veille à l’état de la langue et élabore un dictionnaire où « elle constate, édicte et promulgue l’usage ».
L’Académie des inscriptions et belles-lettres a pour vocation de promouvoir l’érudition dans les études historiques, archéologiques et philologiques et de veiller au patrimoine français.
L’Académie des sciences n’a cessé d’élargir son action pour rester en harmonie avec la formidable explosion scientifique du siècle et pour continuer à jouer son rôle de stimulation et de conseil.
L’Académie des beaux-arts a pour préoccupation majeure la défense et l’encouragement des arts, en conciliant tradition et modernité.
L’Académie des science morales et politiques apporte par ses activités et ses publications une réflexion constante sur les grands problèmes de société.
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L’Institut de France constitue en outre un réseau international, dans la poursuite d’une tradition qui lui permet aujourd’hui de rassembler en son sein, par les associés étrangers des Académies, les plus grands noms de la science mondiale.
Dans le domaine du mécénat, l’Institut a été parmi les institutions pionnières du XIXème siècle. Cette tradition explique qu’aux côtés des dons et legs classiques qui ont permis un mécénat artistique, se soit développé un mécénat d’entreprises françaises et étrangères.
La gestion d’un patrimoine considérable incombe aussi à l’Institut avec, entre autres, le domaine de Chantilly. Mais le patrimoine n’est pas seulement immobilier et artistique, il est aussi intellectuel avec de prestigieux fonds de bibliothèques : celles de l’Institut, de Chantilly, etc.
Enfin, l’Institut a une mission de conseil auprès des pouvoirs publics, tant par la gestion d’institutions culturelles que pour formuler des avis et des recommandations sur les grands problèmes de l’heure.
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Du Collège des Quatre-Nations au Palais de l’Institut :
Le Palais de l’Institut de France, siège des cinq académies, doit son existence à Mazarin (1602-1661).
Au soir de sa vie, le cardinal-ministre, soucieux de perpétuer la gloire de son nom, répartit, par testament, son immense fortune. Au roi Louis XIV, alors âgé de 24 ans, il lègue un important capital pour l’édification d’un collège.
Voué à l’éducation de soixante jeunes gens de la noblesse nés dans les quatre provinces – Artois, Alsace, Pignerol et Catalans du Roussillon et de Cerdagne – nouvellement conquises et rattachées à la France par les traités de Westphalie (1648) et des Pyrénées (1659), cet établissement devait porter le nom de Collège des Quatre-Nations.
Par sureté, le cardinal Mazarin institue une commission chargée d’exécuter toutes ces clauses, Colbert y figure. Il choisit Louis Le Vau pour architecte et décide du terrain où ériger le nouveau collège, « proche de la porte de Nesle, vis-à-vis du Louvre ». La vieille tour de Nesle, qui s’élevait à l’angle des remparts de Philippe-Auguste, est alors démolie. Les remparts sont rasés et leurs fossés comblés.
Architecte du fastueux château de Vaux-le-Vicomte, Le Vau décide de donner au bâtiment la forme d’un arc de cercle, terminé aux deux extrémités par un gros pavillon carré et au milieu duquel s’élève la chapelle destinée à abriter le tombeau de Mazarin. Surmontée d’un dôme, la chapelle du collège en forme le motif central.

La Révolution confisque le collège, transformant les bâtiments en prison et l’église en grenier à céréales. La Convention, après avoir supprimé les anciennes Académies royales, décide qu’un seul Institut regroupera toutes les activités de l’esprit. « Chargé de recueillir les découvertes, de perfectionner les arts et les sciences », « abrégé du monde savant, corps représentatif de la république des lettres … plus magnifique récompense des grands efforts et des grands succès », l’Institut de France est créé le 25 octobre 1795.
En 1805, l’Empereur destine le collège des Quatre-Nations à l’Institut. L’architecte Vaudoyer est alors chargé d’adapter le Palais à sa nouvelle destination. Il transforme la chapelle en salle de séances. Pour donner plus de place aux académiciens et aux auditeurs, il crée des tribunes.
En 1839, l’ensemble du Palais prend son aspect définitif avec l’adjonction d’un bâtiment parallèle à l’aile de Le Vau. Les salles des séances ordinaires des académies y sont installées, ainsi que leurs bureaux.

A partir des années 1980, il était nécessaire, malgré l’espace limité des lieux, d’aménager et de moderniser l’ensemble du bâtiment afin de créer de nouvelles salles de travail et de réunion, ainsi que plusieurs salons de réception.
Avec pour emblème Minerve, l’Institut est divisé en trois « classes » – sciences physiques et mathématiques, sciences morales et politiques, littérature et beaux-arts -, chacune étant subdivisée en sections. Selon un principe directeur fondé sur l’unité, l’Institut est ensuite marqué par l’établissement progressif d’une synthèse entre le passé monarchique et les novations révolutionnaires.
Deux ordonnances de Louis XVIII en 1816 et de Louis-Philippe en 1832, redonnent définitivement aux Académies de l’Ancien Régime leur place au sein de l’Institut révolutionnaire : les cinq classes reprennent, avec le nom d’Académie, leurs dénominations d’autrefois.
Jadis sous la « protection directe et spéciale » du roi, l’Institut de France et les Académies sont placés sous la protection du Président de la République.
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La visite
La coupole
La coupole due à Le Vau (XVIIème siècle) a été rendue à son aspect d’origine. Les fauteuils verts marquent les places réservées aux académiciens et les fauteuils gris, celles occupées par les invités lors des séances publiques.
Le tombeau de Mazarin, réalisé par Coysevox, occupe le fond du hall d’entrée de la coupole.

La bibliothèque
Elle compte actuellement un million et demi d’imprimés et près de dix mille manuscrits, ce qui la place au rang des cinq plus importantes bibliothèques de France.
La variété de son fonds va des rouleaux de papyrus calcinés découverts au milieu du XVIIIème dans une villa romaine d’Herculanum aux recueils d’esquisses du peintre Bonnard, en passant par des carnets de Léonard de Vinci confiés à l’Institut par Bonaparte.

L’intérêt porté par plusieurs académies à l’invention de la photographie et à son utilisation est à l’origine d’une belle collection de négatifs et d’épreuves du XIXème siècle.
Réservée aux membres de l’Institut et aux chercheurs qu’ils recommandent, la bibliothèque accueille ses lecteurs dans un cadre constitué de boiseries provenant de l’abbaye royale de Saint-Denis.
La bibliothèque Mazarine
« Il n’y avait aucun moyen plus honnête et assuré pour s’acquérir une grande renommée parmi les peuples que de dresser de belles et magnifiques bibliothèques pour les vouer et les consacrer à l’usage du public ». Le cardinal Mazarin fit sienne cette constatation de Gabriel Naudé.
Médecin érudit, celui-ci avait déjà exercé les fonctions de bibliothécaire auprès de grands personnages. Il sut, pour Mazarin, rassembler en quelques années 40 000 volumes qui furent dispersés, en vente publique, au moment des troubles de la Fronde. Le cardinal reconstitua alors une nouvelle bibliothèque qui fut transférée, après sa mort, dans un des pavillons du collège des Quatre-Nations. Ouverte aux lecteurs dès 1689, elle est la plus ancienne bibliothèque publique française.

Ses collections sont constituées d’environ 500 000 imprimés, dont un grand nombre de livres anciens concernant les sciences religieuses et humaines – la bibliothèque Mazarine est devenue essentiellement historique, avec un fonds particulier sur l’histoire locale de la France – 4 600 manuscrits, aussi bien médiévaux que de l’époque moderne et contemporaine, 2 370 incunables, 1 200 périodiques et de nombreuses estampes représentant des vues de villes et des portraits. Par ailleurs, la bibliothèque dispose d’un fonds particulier de mazarinades pamphlets politiques (contre Mazarin) parus au moment de la Fronde (1648-1652).
Salon des conversations
Ce salon est orné de trois tapisseries des Gobelins de la série des « Portières des Dieux » d’après Audran, représentant trois des quatre saisons : « le printemps », « l’été », « l’hiver », ainsi que de canapés et banquettes Louis XV et Louis XVI et d’une commode Régence. Il s’ouvre sur la grande salle des séances hebdomadaires.

Grande salle des séances hebdomadaires
Cette salle accueille les membres des Académies des inscriptions et belles lettres, des sciences et des beaux-arts, à l’occasion de leur séance de travail hebdomadaire. L’histoire retient qu’ici Pasteur annonça sa découverte du vaccin antirabique.
Seize bustes de marbre alternent avec des statues en pied, disposées autour de la salle. Ces dernières représentant Racine, Corneille, Molière, La Fontaine, Poussin et Puget. Au-dessus de ces grandes figures de la culture française, plusieurs portraits peints de célébrités des lettres, des arts et des sciences sont enchâssés dans les boiseries.
L’assemblée générale de l’Institut, qui regroupe les académiciens des différentes académies, s’y réunit quatre fois par an.

La petite salle des séances hebdomadaires
L’Académie française y effectue des travaux chaque jeudi. Le lundi, les membres de l’Académie des sciences morales et politiques s’y réunissent pour entendre des communications, suivies de discussions.
Une porte, en bois sculpté, ouvre sur une pièce aux drapés qui rappellent la pourpre cardinale du fondateur de l’Académie française, Richelieu. Une réplique du célèbre tableau de Philippe de Champaigne, ainsi qu’un petit portrait du cardinal sur son lit de mort, attribué au même peintre, évoquent l’illustre cardinal.
Parée de deux autres « Portières des Dieux », d’après Audran, et d’une tapisserie de Beauvais, dite « Tenture des Grotesques » et de quatre bustes en marbre posés sur des frontons (Musset, Villemain, Daudet, Mérimée), elle évoque, mieux que tout autre lieu, « l’esprit de l’Institut ».

« A travers l’expérience des dernières décennies, l’Institut de France a montré sa capacité à se moderniser et à relever les défis de l’actualité. Il bénéficie pour cela de deux atouts majeurs : la pluridisciplinarité, qui est sienne et qui a fait de ses fondateurs des visionnaires, reste d’une brûlante actualité, et il jouit en outre d’un recul qui lui laisse la faculté d’un jugement indépendant et lui permet de concilier la sagesse des traditions et la hardiesse de l’innovation ».
Marcel Landowski (Chancelier de l’Institut)
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