SORTIE-VISITE : l’Impressionnisme, les origines 1859-1869

Thèmes : art, peinture, visite.
Visite du vendredi 17 juin 1994 au Grand Palais

 

 

L’histoire de cette nouvelle peinture, baptisée « Impressionniste » et qui se veut résolument moderne, a commencé en 1859, année où les principaux acteurs du groupe sont réunis pour la première fois à Paris. Manet, Degas, Monet, Renoir, Pissarro et Fantin-Latour ont entre 23 et 29 ans et ne se connaissent pas encore.

Au Salon de 1859, la nouvelle génération est déjà présente dans les ateliers et observe attentivement les œuvres des aînés. Le Salon de 1859 lui offre le spectacle d’une peinture en crise.

Beaucoup se plaignent de la médiocrité des œuvres exposées et dans ce marasme, personne ne remarque la toile d’un jeune homme qui expose pour la première fois au salon, Camille Pissarro.

Claude Monet, fraîchement débarqué du Havre, écrit ses impressions à Eugène Boudin qui lui apprend depuis peu à peindre en plein air.

Degas, de retour à Paris après un séjour de deux ans et demi en Italie, est là aussi.

En dehors du Salon, on note peu d’évènements artistiques. Fantin-Latour, refusé au Salon, expose dans l’atelier de Bonvin.

Manet, qui n’a pas terminé son tableau à temps pour le présenter au jury, montre le « Buveur d’absinthe » dans son propre atelier.

Au hasard des rencontres d’ateliers, ces jeunes gens ne vont pas tarder à faire connaissance, ils inventeront une nouvelle peinture pour traduire un monde dont ils observent attentivement la transformation.

 

***

*

 

Le critique d’art, Castagnary, au Salon de 1872, dira : « Des Marie à la crèche, des Samaritaine au puits, des Madeleine au désert, des ermites et des pénitents, de tout le long cortège des martyrs ensanglantés et des saintes émaciées, chacun de nous en a assez. Ce monde biblique, allégorique et mystique a fait son temps ».

La Bible déserte effectivement les cimaises. Comme l’Olympe et l’Histoire, elle est emportée par la démocratisation et la laïcisation d’une société qui privilégie désormais l’observation directe du monde moderne.

Cependant, par défi ou par goût, les jeunes peintres n’abandonnent pas encore la peinture d’histoire et les tentatives sont nombreuses pour renouveler un genre en voie de disparition.

Si la peinture d’histoire dépérit, reste « la nature, l’homme, la vie humaine », et, dès du Second Empire, le paysage triomphe.

Paysage réaliste

Peindre le réel est souvent associé à peindre la nature, laquelle apparaît comme le seul maître auquel un peintre indépendant puisse plier. La région de Fontainebleau devient ainsi un vaste atelier où se retrouve une pléiade d’artistes.

Les Goncourt diront que « s’il faut réinventer la peinture d’histoire, la voie est ici toute tracée par la génération des peintres réalistes ».

Dans un premier temps, c’est à cette école que se mettent Monet et ses amis quand ils vont peindre en forêt de Fontainebleau, lis valorisent la forêt immémoriale, l’arbre centenaire et monumental.

Courbet a préféré les environs moins fréquentés d’Ornans, mais « Le chêne Flagey » témoigne d’une inspiration comparable et reste l’une des plus belles expressions du genre.

Le Chêne de Flagey
Gustave Courbet

 

Pissarro, qui choisit un site plus rural et beaucoup moins célèbre, décide de s’installer à Pontoise en 1866. Boudin peint déjà les élégantes en villégiature sur les plages normandes.

 

Le nu

 

Le nu, genre classique, est une façon de ses preuves pour un artiste. Il reste la pierre de touche du talent. C’est lui qui permet de se mesurer aux grands maîtres. Mais le nu tend également sc laïciser. Pour le débarrasser de ses connotations allégoriques, les peintres ont recours à de simples baigneuses.

Courbet donne l’exemple en exposant de très rustiques « Baigneuses » où une femme qui n’a rien d’une nymphe laisse voir une nudité pour le moins charnue.

Dix ans plus tard, c’est Manet qui fait scandale lorsqu’il expose « Le Bain » (appelé par la suite « Le Déjeuner sur l’herbe ») au Salon des Refusés. La toile est la cible des critiques. En 1865, « Olympia » suscite des réactions plus dures encore. Choqués par cette image crue d’une prostituée sur sa couche, les critiques oublient que les Vénus de Titien ne sont elles-mêmes que des courtisanes.

Olympia
Edouard Manet

 

Au Salon de 1870, la première baigneuse de Renoir est un hommage à Manet. Quand Cézanne peint « Une moderne Olympia » ou une « Pastorale », c’est à Manet qu’Il songe.

 

La nature morte

 

La nature morte bénéficie d’un engouement général de la part des jeunes peintres, mais aussi d’une nouvelle clientèle bourgeoise plus portée à la célébration de la vie domestique ou d’un univers sans histoire.

Mais le choix des peintres évolue vite du registre réaliste et populaire à l’évocation d’un univers plus bourgeois et chez Monet, les fleurs qui deviendront son motif de prédilection, remplacent quartiers de viande et trophées de chasse.

Courbet peint lui aussi d’opulentes natures mortes de fleurs à l’occasion d’un séjour en Charente en 1862.

Fantin-Latour peint des œuvres sages, soumises à un éclairage égal. Le charme un peu répétitif de ses compositions de fleurs et de fruits lui vaut bientôt les faveurs d’une clientèle anglaise.

L’autorité et la hardiesse de facture des natures mortes de Manet séduisent d’emblée les critiques les plus réticents. A l’évidence, ses œuvres dominent les premières tentatives de ses jeunes amis.

Renoir lui doit la franchise de touches et de tons de « Fleurs de printemps ». La nature morte de Cézanne « La pendule noire » est un hommage très direct à Manet.

La Pendule Noire
Paul Cézanne

 

Degas se sert de la nature morte pour révéler le caractère de son modèle. Le généreux bouquet de « Femme accoudée près d’un vase de fleurs » exprime la personnalité de son amie (Mme Valpinçon).

Femme accoudée près d’un vase de fleurs
Edgar Degas

Portraits et figures

La figure humaine reste au premier plan des préoccupations artistiques. C’est au portrait que le jeune Degas consacre le meilleur de ses efforts. Il traque l’expression qui exprime la personnalité du modèle. Au fil des portraits de Thérèse, la sœur bien-aimée, il raconte l’histoire d’une vie manquée.

Manet portraitiste privilégie lui aussi ses proches, mais c’est Victorine Meurent, une jeune modèle rencontré en 1862 qui lui inspire ses toiles les plus célèbres. Victorine pose pour le nu de « Déjeuner sur l’herbe » et pour « Olympia ». On la reconnait dans une série de figures en pied, travestie successivement en chanteuse de rues, en « espada » ou en jeune bourgeoise vêtue de satin rose.

Mlle V. en costume d’espada

 

Vie moderne

Au début des années 1860, Baudelaire appelle de ses vœux les peintres de la vie moderne. Bientôt Zola exigera d’un bon tableau « qu’il troue le mur » et Jules Vallès incitera peintres à « regarder la vie ».

L’époque aime les bals, l’opéra et les spectacles. On assiste à l’aménagement du bois de Boulogne, au développement du chemin de fer, à la création de Deauville. Les sports nautiques et hippiques sont à la mode.

Contrairement à leurs aînés, les jeunes peintres ignorent délibérément les aspects les plus sombres de leur époque et captent les plus séduisants. Degas seul évoque les traits plus troubles de l’intimité bourgeoise. Mais pour l’essentiel, ils enregistrent sans intention philosophique ou morale le spectacle des « plaisirs des jours ».

En 1862, quand Manet peint « La musique aux Tuileries », il donne à une scène de la vie contemporaine une dignité toute neuve. Désormais, les thèmes de prédilection des peintres sont identiques : bals et spectacles, courses et guinguettes.

Degas et Manet peignent les champs de course et les orchestres, Monet et Renoir, les femmes au jardin et la Grenouillère.

Courses à Longchamp
Edouard Manet

Le paysage impressionniste évolue bientôt dans le même sens, les chênes vénérables de la forêt de Fontainebleau disparaissent au profit du décor transitoire de la vie contemporaine.

 

Paysages impressionnistes

Dimanches à la campagne et villégiatures normandes sont favorisés par le développement urbain.

En 1869, La Grenouillère est particulièrement célèbre et Monet décide de faire un tableau de cette guinguette à la mode. Avec l’ami Renoir, il entreprend une série d’études qui, trente ans plus tard, apparaîtront comme la définition même de l’impressionnisme.

La côte normande, facilement accessible grâce au développement du chemin de fer, attire aussi les Parisiens. Monet, qui a grandi au Havre, voit les plages de Sainte-Adresse, de Trouville et de Honfleur se transformer en lieux de villégiature.

Jardin à Sainte-Adresse
Claude Monet

 

Les grands formats

La « grande peinture » est traditionnellement associée au grand format qui répond aux exigences du décor des palais et des églises. Mais au Second Empire, ses dimensions envahissantes ne conviennent plus aux espaces restreints des appartements parisiens.

Au cours des années 1860, Pissarro et Monet continuent à exposer de larges paysages. Les tableaux de Manet ont des dimensions respectables et ses figures sont souvent peintes en grandeur réelle. Renoir et Cézanne multiplient eux aussi les tableaux imposants, mais l’exemple le plus spectaculaire est celui du Déjeuner sur l’herbe de Monet.

Si Monet ne l’avait pas découpé en trois morceaux, dont un a disparu, son Déjeuner sur l’herbe aurait des dimensions impressionnantes : 4,60 m de haut par plus de 6 m de long.

C’est à partir des années 1870 que Monet et ses amis privilégient les petits formats plus appropriés à la peinture de plein air. Désormais, ils exposent leurs œuvres dans des espaces plus réduits où les tableaux moins nombreux ne subissent plus la redoutable épreuve de l’accrochage serré.

Mais la tentation de la « grande peinture » subsiste chez Renoir et ne tardera pas à resurgir chez Monet.

 

***

*

ANNEXE
LES COULISSES DE L’EXPOSITION

 

Coproduite par la Réunion des Musées Nationaux, le musée d’Orsay et le Metropolitan Museum of Art de New York, cette exposition s’installera à New York après Paris.

Sur près de 180 œuvres présentées à Paris, une vingtaine ne traversera pas l’Atlantique. C’est notamment le cas du « Déjeuner sur l’herbe » de Manet, conservé au musée d’Orsay. Une clause de la donation Moreau-Nélaton interdit le prêt de cette œuvre. De même, une quinzaine de tableaux sera présentée uniquement à New York.

Cette exposition est la deuxième (après celle de chefs-d’œuvre de la fondation Barnes au musée d’Orsay) à bénéficier de la loi sur la garantie d’État, qui permet de diminuer sensiblement, dans le budget des grandes expositions, le poste des assurances.

Les tableaux proviennent du monde entier : Europe, Amérique du Sud, Australie …

Pour réduire le risque lié au transport aérien, le Metropolitan Museum de New York a décidé de faire voyager ses 22 tableaux sur huit vols distincts.

Un peu plus de 17 000 km, depuis Melbourne, c’est la distance qu’a parcourue « Le pont d’un bateau » d’Édouard Manet avant d’être accroché au Grand Palais.

 

***

*

 

FICHE DE VISITE

L’IMPRESSIONNISME
LES ORIGINES 1859-1869

 

Cette exposition de 180 tableaux venus du monde entier et amoureusement rassemblés au Grand Palais par Henri Loyrette (du musée d’Orsay) et Gary Tinterow (du Metropolitan Museum de New York) nous fait comprendre comment s’est élaborée et développée l’école des impressionnistes à travers les influences (Corot, Delacroix, Courbet, Boudin, Jougking, …), les recherches, le travail en commun.

Le choix des tableaux a été fait dans une période limitée : 1859-1869.

Ces peintres qui s’appelaient Manet, Monet, Pissarro, Cézanne, Renoir, Sisley, Bazille, etc., étaient unis par un refus de l’académisme, un désir de regarder la réalité sans tenir compte des conventions.

Le groupe se réunissait régulièrement dans un café de la grande rue des Batignolles – le Café Guerbois – pour y discuter de leurs projets, de leurs nouvelles conceptions artistiques …

Au début, leurs œuvres seront la plupart du temps rejetées par le jury des Salons. C’est Napoléon III qui, en 1863, cédant à la fureur des artistes exclus, les autorisera à montrer les œuvres repoussées. Ce sera le célèbre « Salon des refusés ». Mais la critique fut violente et le public très peu réceptif à cette nouvelle peinture.

Les impressionnistes aiment peindre « en plein air, sur le motif ». L’existence récente du chemin de fer va leur permettre de parcourir l’Ile-de-France, les côtes du Nord, les côtes normandes. Ils aiment les ciels changeants des bords de mer. On les trouve à Honfleur, à Étretat, au Havre … Ils aiment peindre la forêt, celle de Fontainebleau en particulier, mais aussi la campagne, les paysages de la région de Pontoise, Louveciennes.

L’étude de l’eau, des reflets de la lumière qui s’y pose, jouera un rôle déterminant dans la naissance de l’impressionnisme. Pendant l’été 1869, Monet et Renoir vont s’acharner à saisir les mouvements de l’eau dans un endroit très à la mode à l’époque : « La Grenouillère » à Croissy, non loin de Bougival.

C’est autour du nu que l’impressionnisme va devoir livrer sa plus importante bataille.

En 1865, « Olympia », l’étrange courtisane étalée sur son lit, va déchainer les sarcasmes, et Monet répondra : « Je rends aussi simplement que possible les choses que je vois ».

En 1866, « Le déjeuner sur l’herbe » de Claude Monet est une vision quasi photographique d’une bien belle journée en aimable compagnie. Cette toile sera refusée.

Peintres de la campagne, mais aussi de la ville, « l’artiste doit s’inspirer du spectacle de la vie moderne  » écrivait leur ami Baudelaire.

Cafés, boulevards, champs de courses, pique-niques sont autant de sujets d’inspiration. Par exemple, en 1863, « La musique aux Tuileries » de Manet, où le peintre, tel un reporter, nous donne à voir un coin de ce jardin. Les personnages sont saisis là comme dans la vérité d’un instantané. D’ailleurs, à ses amis peintres dont il était le contemporain, Zola donnera le nom « d’actualistes ».

En ce milieu du 19ème siècle, le développement de la technique photographique va ouvrir des horizons tout à fait nouveaux à ces artistes : décomposition du mouvement, étude des gestes, etc.

Nous dirons en résumé que l’histoire de l’impressionnisme est née dans un groupe de jeunes peintres de 20 à 30 ans, très liés par l’amitié. Ils aimaient peindre la nature à ciel ouvert, s’inspiraient du spectacle de la vie courante, ont provoqué bien des scandales, mais ont réussi en définitive à imposer une nouvelle manière de peindre qui a fait d’eux les inventeurs de l’art moderne.

Madeleine Netter.

 

 

Découvrez + de 1100 textes des conférences du CDI sur le site du CDI de Garches 

Vos commentaires et vos conseils contribuent à l’amélioration de nos parutions.
Vous disposez de l’espace « COMMENTAIRES » ci-dessous pour les exprimer.
Merci  et à bientôt pour votre prochaine visite.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.