SORTIE-VISITE : le Parc André-Citroën

Thèmes : art, histoire, visite.
Visite du 9 juin 1995.

 

Fiche de visite de Émile Brichard

 

Des vignobles aux premières usines

Dans sa marche vers l’ouest, Paris négligea longtemps sa rive gauche. A droite Vincennes, la Bastille, le Louvre puis le Palais Royal, la Place de la Concorde et l’Élysée jalonnent le chemin vers l’Étoile puis enfin, de nos jours, la Grande Arche de la Défense.

Mais à gauche, depuis l’Université et le Palais du Luxembourg, il fallut attendre l’arrivée du chemin de fer pour voir s’installer la Halle aux Vins et celle de l’exposition de 1889 et pour voir s’élever la Tour Eiffel. La rive gauche était donc restée un quartier de vignerons et de maraîchers avant de devenir, au cours du XIXème siècle, un quartier de terrains militaires, d’entrepôts et d’usines, d’hospices et d’hôpitaux.

Voyons la description qu’en fait Fernand Bournon, archiviste et photographe pour l’exposition de 1900 : « Maraîchers, chiffonniers et usiniers se partagent maintenant le quartier. Dans la partie voisine de Vaugirard les poules picorent tranquillement dans les rues désertes, par-dessus les murs bas s’aperçoivent des montagnes de fumier à l’odeur forte » … « Le centre de l ‘agglomération est connue sous le nom de l’Ile des Chiffonniers et justifie bien cette dénomination, le bord de la Seine appartient à l’industrie. Là s‘élève, entre autres, la Fabrique municipale des pavés de bois »,

Remontons dans le temps. – « La plaine servit aux exécutions militaires, et elle en vit beaucoup. La plus fameuse est celles du général de La Bédoyère en 1815 ». Le nom de La Bédoyère est familier aux Garchois par une double fidélité : la comtesse de La Bédoyère, fille du général, installée à Garches, fut une dame d’honneur de l’Impératrice Eugénie et figure sur le célèbre tableau de Winterhalter.

Remontons encore le temps. – « Sous Henri Ill, ce territoire (Grenelle ou Vaugirard) paraissait assez désert et lointain pour qu’on y ait construit un hôpital de pestiférés qui, la peste passée, servit un moment à abriter deux mille mendiants pour y être logés et nourris par le Roy qui leur faisait distribuer tous les jours, à chacun cinq sols ».

Enfin Citroën vint ! pourrait-on dire, fit oublier maraîchers et vignerons, chiffonniers et mendiants et construisit les célèbres usines dont la production se retrouverait bientôt – cent ans, car Citroën s’installa en 1904 à Grenelle – sur les cinq continents.

On ne nous fera pas le coup de l’art « topiaire » qui, à Ambleville, nous laissa bouche bée, alors, dès le départ préparons-nous à aborder le vocabulaire spécialisé des jardins.

Savoir d’abord que tout vrai jardin se doit d’être un jardin des quatre saisons qui s’ouvre avec les floraisons de mars s’épanouissant « avant que la lumière ne meure », c’est-à-dire avant que l’ombre des feuillages ou la croissance des herbes ne couvre les timides anémones, les jacinthes sauvages et les violettes.

Ici, dès avril, nous aurions pu voir les délicates akebias au jardin noir, puis les hamamellis et les andromèdes au jardin d’ombre, les parroties au jardin orange, les daphnés au jardin des métamorphoses et les glorieux callistemons dans la serre australe.

Vous voyez, ça commence fort, il faudra ouvrir les oreilles autant que les yeux. Auront également disparu lors de notre visite, les pieris en flamme au pied des cerisiers-fleurs, mais peut-être encore quelques pivoines arbustives nous rappelleront Ambleville. On passera rapidement sur les rhododendrons, les iris, les pavots… on connaît. Mais on aura certainement plus de mal à identifier les sumacs (de Virginie) ou les simples pulmonaires.

Une autre partie du jardin est intitulée « Le jardin en mouvement et le jardin des métamorphoses ». Alors nous lui réserverons nos découvertes et lui nous réservera ses surprises. Une confidence : il paraît que le jardin des métamorphoses nous offrira des floraisons spectaculaires. Mais comme on nous disait quand nous étions enfants : « Attention ! on touche avec les yeux ».

Nous verrons aussi les plantes couvre-sol qui forment à la fois une protection efficace et un écrin au pied des arbres et arbustes ainsi mis en valeur, et nous assisterons au début de l’épanouissement des jardins « sériels » : un doré, un argenté, un bleu, un rouge, un orangé, un vert et ceux d’entre nous qui seront encore Garchois en juillet pourront revenir y voir et y sentir une profusion de couleurs et de parfums.

Là encore, il faudra prendre notre dictionnaire avant de revenir chamaécyparis, nothofagus ! Le méconopsis cambrica nous aura bien surpris près de la fontaine japonaise par ses teintes jaune vif et orange, mais nous aurons su reconnaitre en lui un petit pavot. C’est plus facile à retenir.

Puis les jours couleront mais nous trouverons encore aux jardins André Citroën de belles décorations florales dans le jardin d’ombre avec ses lespedeza aux grappes de fleurs violines par les chaudes après-midi de septembre et nous recueillerons nos premières impressions d’automne avec l’or et le caramel des cercidiphyllum et retrouverons le ton argenté des parroties (déjà citées), le rouge des colpames et découvrirons que les vitis coignetiae ne sont que des vignes décoratives (vitis, comme viticulteur), mais il y en a de fort belles à Garches.

Voyez pour notre dernière sortie parisienne, nous vous offrons déjà un programme de vacances !

 

Le parc André-Citroën

Ouvert au public en septembre 1992, le parc André-Citroën s’inscrit au centre d’un quartier neuf qui s’est substitué aux anciens ateliers de l’usine Citroën, désaffectés vers le milieu des années 1970.

Occupant une superficie de plus de 14 hectares, il offre désormais, à l’ouest de la rive gauche, une troisième perspective d’envergure sur la Seine, complétant celles ouvertes auparavant par l’esplanade des Invalides et le Champ de Mars. Vaste parc architecturé, de conception futuriste, il présente une succession de jardins riches et variés.

 

Les jardins sériels

Chaque jardin diffère des autres, tant par son dessin général que par les essences qui y sont plantées. Pour chacun d’eux, la couleur dominante des végétaux est associée symboliquement à un métal : l’or, l’argent, le cuivre, l’étain, le mercure et le fer, et aux jours de la semaine, donc aux planètes.

En outre, chacun des jardins sériels est placé sous le signe de l’un des cinq sens de l’homme : au jardin argenté correspond la vue, au jardin rouge, le goût, au jardin orange, le toucher, au jardin vert, l’ouïe et au jardin bleu, l’odorat. Le jardin doré étant attribué, quant à lui … au sixième sens !

Le jardin bleu

 

Le jardin blanc et le jardin noir

Deux jardins carrés, que tout oppose, sont situés de part et d’autre de l’entrée principale. Il s’agit du jardin blanc (1 hectare) et du jardin noir (2 hectares).

Le premier, d’aspect plus minéral et peu feuillu, est une large aire de jeux, ouverte en permanence. Il est doté, en son centre, d’un petit enclos, entouré de hauts murs, où l’on peut découvrir, tout au long de l’année, des plantes à floraison blanche.

Le second jardin, particulièrement ombragé, est planté de végétaux denses, aux coloris plus sombres, notamment de superbes conifères taillés de telle sorte qu’ils évoquent des bonzaïs géants.

 

Le jardin en mouvement

Il occupe une large zone aux allures de véritable friche, contrastant fortement avec la sophistication des jardins environnants. Dans cette prairie sauvage, où une centaine de plantes ont été semées et non pas plantées, le jardinier n’intervient que pour décider de la survie ou de l’élimination de telle ou telle espèce.

Ici, les fleurs s’épanouissent en perpétuel mouvement dans le temps et dans l’espace. Dans le temps, car les floraisons sont étalées tout au long de l’année, et dans l’espace, car les plantes vues à tel endroit un jour ne s’y retrouveront plus jamais.

Paradis des « mauvaises herbes », le jardin en mouvement s’orne également de bambous, de fougères et de délicates mousses.

 

Les jardins sous verre

Précédant le vaste parvis de pierre, deux impressionnantes serres de verre, entièrement transparentes hormis les portes monumentales et de hautes colonnes recouvertes de teck, marquent l’entrée principale et le fond de la perspective.

De 15 m de hauteur et de largeur et 45 m de longueur, elles abritent à l’ouest, une orangerie et à l’est, un jardin méditerranéen de zone australe.

Six serres plus petites ponctuent l’extrémité des jardins sériels et répondent aux tours et nymphées situées de l’autre côté de la pelouse centrale.

 

Le grand canal

L’eau est l’un des éléments déterminants du parc lui-même. Elle y occupe une surface totale d’environ un hectare.

Revêtant diverses formes, on la retrouve largement répandue dans le Grand Canal ou en lisière autour de la pelouse centrale. Elle se métamorphose aussi en cascades dans les nymphées et dans les coursives qui flanquent les jardins sériels. Elle jaillit encore des multiples jets qui ornent le jardin noir et le péristyle d’eau situé au centre des grandes serres. Elle alimente enfin plusieurs fontaines et bassins aux quatre coins du parc.

 

 

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