Thèmes : art, histoire, visite.
Visite du mardi 13 février et mardi 23 février 1996
Fiche de visite de Emile Brichard
Après la Madeleine, le Panthéon ! Nos sorties font se succéder des monuments qui, par le sort de l’histoire, ont connu un destin inverse.
La Madeleine devait être un temple de la gloire, un monument comme il y en avait à Athènes, mais comme il n’y en a pas à Paris. Nous sommes en 1806, le 2 décembre, anniversaire de la victoire d’Austerlitz et Napoléon reprend, en le transformant, un vieux projet de 1764. Puis Napoléon disparut, Louis XVIII accepte de conserver l’aspect extérieur des bâtiments mais exige que le temple soit converti en église chrétienne.
Le Panthéon, lui, a connu un cheminement inverse et a subi les vicissitudes de plus d’un siècle d’histoire. Il est né d’un vœu de Louis XV tombé malade à Metz en 1741. S’il guérissait, il ferait remplacer l’église à demi ruinée de l’abbaye de Sainte-Geneviève par un magnifique édifice.
La réalisation de ce vœu fut confiée au marquis de Martigny, frère de Madame de Pompadour qui chargea un de ses amis, l’architecte Soufflot, de concevoir le plan.
Voilà Soufflot à l’œuvre et nous en admirons le résultat, mais le temps passe, les incidents se multiplient, enfin, en 1789, le gros œuvre est achevé.
1789 ! « année cruciale » … mais 1791, la Constituante décide de transformer la nouvelle église Sainte-Geneviève en temple de la Raison pour recueillir « les cendres des grands hommes de l’époque de la liberté française ». Ça tombe bien, Mirabeau vient de mourir et bénéficie le premier de ces honneurs posthumes. Voltaire puis Rousseau le rejoignent, puis Murat.
… jusqu’à ce que Napoléon, en 1806, le rende au culte catholique
… qu’il redevienne nécropole sous Louis-Philippe
… que Napoléon III en refasse une église
… que pendant la Commune, il soit un des quartiers généraux des insurgés
… qu’enfin, en 1883, il soit transformé en temple laïque pour recevoir les cendres de Victor Hugo.
Bonne visite, je laisse la parole au guide.
***
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Compte-rendu de Emile Brichard
« Que c’est grand ! disent les uns, « Qu’il y fait froid » disent les autres. En deux mots, tout était dit : c’était grand, mais ce n’était pas grandiose ; il y faisait froid et c’était froid.
Pourtant que d’Histoire et de turbulences étaient à retrouver ou à découvrir dans les nefs et dans les cryptes du Panthéon.
L’histoire et ses allées et venues ont été déjà largement évoquées dans la fiche de présentation, mais on peut cependant penser à remercier un personnage trop méprisé par nos procureurs modernes : Louis-Philippe, le Roi-Bourgeois, celui qui osait faire dire par un de ses ministres, Guizot : « Ennoblissez-vous par le travail et l’économie ». Alors ! Vous pensez …
C’est d’ailleurs aussi Louis-Philippe qui, réhabilitant le Château de Versailles, fit inscrire à ses frontons « A toutes les gloires de la France », écho du fronton de David d’Angers au Panthéon à qui Louis-Philippe avait rendu son rôle de nécropole nationale « Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante ».
Les grands hommes, les gloires des heures de recherches ou des heures de victoires ! D’accord mais n’oublions pas cependant l’action des humbles inconnus qui permettent ces recherches et ces exploits.
Un dernier rappel historique, les statues de Corneille et de Rousseau étaient en bronze … jusqu’en 1942, elles sont maintenant en pierre. L’histoire était passée par là et vous vous souvenez des causes de cette mutation.
On sent, dès notre entrée dans le Panthéon que Soufflot a voulu se démarquer de la notion d’église ou de cathédrale ; il fallait gagner en majesté aux dépens de l’émotion, il fallait, comme on l’a fait à la Madeleine, retrouver de la nouveauté dans le rappel de l’Antiquité. Le temps n’est plus celui des maisons de Dieu, mais celui des temples et des arcs de triomphe ; les notions de Nation et de patriotisme s’installent aux côtés des notions de foi et de religion. Ce sera plus évident à partir de 1790. Les quarante-deux fenêtres ménagées par Soufflot ont été bouchées et deux étages ont été enlevés aux clochers qui flanquaient l’abside.
Dès l’entrée, le regard erre à travers les vastes espaces, d’autant plus que toute déambulation est interdite à cause de certaines dégradations dont les effets pourraient être dangereux. Le pendule de Foucault qui oscille imperturbablement à partir de la plus haute élévation du dôme, nous rappelle bien sûr que la Terre tourne, mais paraît être surtout le symbole du temps qui s’écoule inexorablement et devant lequel nous restons impuissants. Mais peut-être à l’intérieur de ce temple, comme à l’intérieur d’une cathédrale, voire une simple église, sommes-nous plus sensibilisés à la notion d’éternité.
Puis nous partons pour une leçon d’histoire, pour une rétrospective assez décousue, mais peut-être pas pour une leçon de peinture, car les Impressionnistes, Cézanne ou Corot, sans parler de Vermeer, ne me paraissent pas avoir beaucoup de points communs avec les larges fresques présentées sur les murs.
Ne soyons pas trop sévères et exigeants et restons persuadés que les belles histoires ont laissé, les seules souvent, des traces dans les mémoires des écoliers.
Alors contentons-nous de la grande histoire et du style images d’Épinal et retenons quelques tableaux qui ont déjà leur place dans notre mémoire collective :
- Saint-Denis ; sa prédication et sa mort
- Clovis à la bataille de Tolbiac, puis son baptême qui suivit sa victoire (1500 ans déjà !)
- Sainte-Geneviève et sa longue histoire jusqu’au retour de sa chasse aux plus sombres heures de la Guerre de Cent Ans
- Saint-Louis
- Jeanne d’Arc
Les auteurs ont peu retenu notre attention ; pourtant à l’époque, c’étaient des célébrités : Purvis de Chavannes, Bonnat, J.P. Laurens.
La Coupole de Gros aurait dû nous faire davantage lever la tête, mais elle était bien loin, c’est-à-dire bien haut.
Après notre circuit, il nous reste à retrouver l’ordre chronologique et nous devons aborder la crypte. Il s’agira d’abord de ne pas nous y perdre. Ceux qui suivent bien attentivement les indications de nos conférencières ont un fil conducteur historique, mais les curieux ou les inattentifs, ceux qui veulent conserver une certaine curiosité personnelle ou cheminent au hasard entre les piliers, risquent de rencontrer quelques impasses.
Alors, en même temps que nous regardons et écoutons, constituons notre Panthéon personnel et voyons si nous méritons une bonne note, 20/20 si possible, Connus ou Inconnus puis méritants + ou – (exemple Pierre et Marie Curie : C +) :
- Ignace Jacqueminot, comte de Ham (1754-1813)
- Comte Ordener (1755-1811)
- Hyacinthe-Hugues-Timoléon (1746-1813)
- Joseph-Marie Vien (1716-1809)
- Antoine-César de Choiseul-Praslin (1756-1808)
- François-Denis Tronchet (1726-1806)
- Maréchal Lannes, duc de Montebello (1769-1809)
- Marcellin Berthelot (1827-1907)
- Louis Braille (1809-1852)
- Jean Moulin (1899-1943)
- René Cassin (1887-1876)
- Gaspard Monge (1746-1818)
- Jean Monnet (1888-1979)
- Henri Grégoire dit l’Abbé (1750-1831)
Question subsidiaire : remplacez chaque Inconnu par un nom de votre choix. Réponses lors de notre dernière sortie du 11 juin à Auvers-sur-Oise, quant à moi, je n’oublierai ni Parmentier, ni Appert et vous savez bien pourquoi.
Puis, nous avons retrouvé le car. Au retour, je pensais qu’il serait peut-être temps de réunir dans notre pensée « Toutes les Gloires » et « Les Grands Hommes ». Louis-Philippe a eu la pensée de les réunir à Versailles et au Panthéon, mais d’autres sont honorés aux Invalides, à la Basilique de Saint-Denis, à l’Arc de Triomphe. Serait-il imaginable que, pour l’an 2000 par exemple, l’on puisse consacrer un lieu, une date, ou trouver un symbole sur lesquels se fasse une certaine unanimité qui grouperait régimes et générations tout en ne se limitant pas aux gloires et aux grands hommes.
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