Thèmes : art, peinture.
Visite des mardi 17 et jeudi 19 décembre 1991.
Mardi 17 et jeudi 19 décembre 1991, les membres du C.D.I. ont visité le musée Marmottan.
Historique
Jules Marmottan (décédé en 1883), trésorier-payeur général de la Gironde, propriétaire des mines de Bruay-en-Artois, obtient l’autorisation de faire construire un hôtel particulier sur les franges du Bois de Boulogne. Il devient le voisin de Rossini. Il trouve le petit pavillon du duc de Kellermann et édifie la partie centrale de la demeure que son fils Paul terminera. Il conserve des œuvres du Moyen-Age : miniatures, tapisseries, primitifs flamands et italiens.
Son fils Paul (1856-1932), qu’il a élevé dans le goût de l’art, s’intéresse au Premier Empire. Contrairement aux frères Goncourt, ses voisins, il n’accepte pas les toiles impressionnistes. A sa mort, il lègue l’hôtel particulier, sa demeure de Boulogne-sur-Mer et sa collection à l’Institut de France qui en est toujours le propriétaire.
En 1966, Michel Monet lègue à l’Institut de France et donc au Musée Marmottan, la collection exceptionnelle des œuvres de son père, pour lesquelles l’architecte Jacques Carlu construira la galerie souterraine dont l’éclairage met en valeur l’inspiration de l’artiste.
C’est l’histoire du musée Marmottan et le charme d’un hôtel particulier qui guident notre visite.
Un hôtel particulier vivant
Un bouquet somptueux accueille les visiteurs, l’hôtel est magnifiquement fleuri, il reçoit – fin de mois oblige – des séminaires, des réunions familiales. Dans chaque pièce des corbeilles ravissantes donnent vie aux meubles du passé.
Collection Premier Empire :
Dès l’entrée, les tableaux de Bidauld et Vernet relatent les visites de Marie-Louise dans des résidences célèbres : Schönbrunn, Compiègne, Fontainebleau, Saint-Cloud.
Bidauld (1756-1843) est le peintre des paysages de tradition académique, pratiquant en même temps deux genres : le paysage composé, agrémenté de figures, de monuments, de palais et le paysage directement observé.
Ce sera à partir de l’école de Barbizon que l’on peindra les paysages pour eux-mêmes et qu’ainsi les voies de l’impressionnisme seront ouvertes.
Voici les bustes en marbre de la famille impériale, celui d’Ełisa par exemple.
Une suite de salons met en valeur le mobilier Empire : un salon blanc et or commandé pour le comte d’Artois ; un bureau monumental exécuté par Pierre-Antoine Bellangé, venu des Tuileries ; un très beau lustre en cristal que l’on compare à une cage d’oiseau : une horloge géographique de la manufacture de Sèvres.
N’oublions pas le portrait de Désirée Clary par Gérard qui fait face à celui de Napoléon, un surtout de table en vermeil offert par Napoléon à Lucien d’après des dessins de Canova.
En fait, dans cette collection, il y a beaucoup de pièces moyennes qui évoquent la pérennité du Premier Empire. Il s’agit de tableaux de deuxième choix, de décors lourds qui viendraient de l’hôtel où est né Napoléon III.
Un couloir où sont accrochés des tableaux représentant les résidences préférées de Marie-Louise d’Autriche (Fontainebleau, Saint-Cloud, Compiègne, Schönbrunn) nous conduit à la salle des miniatures et primitifs.
Miniatures et primitifs :
Cette collection a été réunie par Jules Marmottan : œuvres françaises et flamandes.
On peut admirer des enluminures (ars illumandi}, des miniatures qui tiennent leur nom de minium (oxyde de plomb), c’est-à-dire la couleur rouge employée dans la décoration des manuscrits.

Notre conférencière nous affirme que « miniature » ne peut pas venir du mot « petit ». Par contre, d’autres sources d’histoire de l’art n’excluent pas le mot latin « minus », plus petit.
Au XVIIème siècle, le mot s’orthographie « mignature » et Diderot, au XVIIIème siècle y reconnaissait la même racine « mignard » : délicat.
Nous admirons des lettrines ravissantes, des miniatures anglaises, Adam et Eve dans l’innocence du paradis terrestre, des tableaux primitifs : Crucifixion attribuée à Martin Schongauer, une mise au tombeau d’un anonyme florentin, des œuvres de l’École de France et de Bourgogne, de l’École italienne, d’Allemagne, des Pays-Bas et de Flandre.

Impressionnistes :
C’est la collection la plus importante du musée : 80 toiles de Monet.

Monet (1840-1926) passe son enfance au Havre, au bord de la mer, près d’un père épicier. A 17 ans, il vient suivre des cours de peinture à Paris où il se lie avec Picasso et Sisley.
Son service militaire en Afrique du Nord lui fait découvrir le soleil. Pendant la guerre de 1870, qui ne le concerne pas, dit-il, il part pour Londres ou il découvre Turner.
A partir de ses inspirations diverses, nous ne retiendrons que quelques tableaux – nos coups de cœurs – ne serait-ce que pour vous inciter à aller revoir les autres.
Borgigheгa : son foisonnement de couleurs sous les palmiers.
La locomotive : train de la neige (souvenir de Turner, peut-être), le contour n’est pas dessiné, la forme est donnée par la manière de poser la peinture.
Impression au soleil levant : Les critiques de l’époque, par dérision, parleront d’impressionnisme : c’est le goût du plein air, de la lumière, la transposition des couleurs est telle qu’à l’intérieur, elles donnent la même impression que celle qu’elles donnent à l’extérieur.
Champs d’iris jeunes à Giverny : de quelques touches de couleurs naissent le relief, la distance, l’horizon.
Nymphéas 1923 : Les herbes ondulent sous l’eau et ce sont toujours les touches de couleurs qui font naître l’impression.

Presque aveugle, Claude Monet est un visionnaire.
Nous retiendrons qu’à Paris, le musée Marmottan est un des hauts lieux de l’impressionnisme.

FICHE DE VISITE
DE LA CHAUSSÉE DE LA MUETTE AU MUSÉE MARMOTTAN
PAR LES JARDINS DU RANELAGH
Le château de la Muette, ancien rendez-vous de chasse (la Muette ou la Meute doit son nom au chenil ou aux « mues” des cerfs que l’on conservait), rendez-vous galant de la duchesse du Berry, fille du Régent, Louis XV le rebâtit après la mort de la Pompadour. Louis XVI y accueillit Marie-Antoinette à son arrivée en France. Dans ses jardins, le 14 juillet 1790, un banquet monstre fut offert par la Ville de Paris à plus de 25000 fédérés pour la Fête de la Fédération.
Ces souvenirs, pas plus que l’architecture ne trouvèrent grâce auprès de nos contemporains qui, après avoir laissé lotir son parc, consentirent à sa démolition : Ils en firent ce quartier de grand luxe où subsistent de beaux jardins.
En 1774, dans les jardins de Ranelagh, se tenait le bal payant, en plein air : c’est l’anglomanie de l’époque qui lui a fait donner Je nom de « Petit Ranelagh » à l’instar de celui de Lord Ranelagh à Londres. La Reine Marie-Antoinette ne dédaignait pas d’y venir danser.
Au début du Second Empire, le baron Haussmann a tracé l’actuel jardin, un des jardins des plus fréquentés par les enfants : des terrains de jeux et de petits ânes y font leur joie.
Le musée Marmottan – de la Renaissance aux Impressionnistes
Le long des jardins de Ranelagh, des hôtels particuliers bordent l’avenue Raphaël. Et voici, dans la rue Bailly, l’hôtel particulier que l’historien d’art Marmottan a légué en 1932 à l’Institut de France.
Dans son testament, en date du 14 juin 1920, il écrirait : « Puisqu‘on a bien voulu me dire que l’ensemble de mes collections mérite d’être conservé à perpétuité pour l’instruction de tous, je les donne et lègue ainsi que mon hôtel à l’Institut de France pour l’Académie des Beaux-Arts ».
Visitons le musée Marmottan comme l’hôtel particulier qu’il était. Passons d’une pièce à l’autre, comme si rien n’avait été changé :
- des collections de la Renaissance {tapisseries, sculptures) à celles du Consulat et du Premier Empire, bibelots rares et objets précieux.
- l’hommage à Napoléon 1er : son buste, les portraits de Joséphine et … de Désirée Clary, le lit de l’Empereur.
- mais surtout la collection exceptionnelle de toiles impressionnistes : le legs de Michel Monet, les 65 toiles de son père exécutées pour la plupart dans sa propriété normande de Giverny : éblouissante série de Nymphéas, Glycines, Iris, scènes de jardin, sans compter les tableaux de Renoir, Sisley, Pissarro, les aquarelles des Boudin et Signal.
- la donation Duhem : toiles, dessins et aquarelles dont un magnifique « Bouquet de fleurs » de Gauguin, peint à Tahiti et un important pastel de Renoir « Jeune fille assise au chapeau blanc ».
La féerie des tableaux, l’eau, la lumière, les fleurs : c’est le jardin de Giverny sous les pinceaux du maître presque aveugle : l’impressionnisme, la peinture du bonheur.
M.B
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