Thèmes : art, histoire, peinture, sculpture, visite.
Visite des mercredi 21 et jeudi 22 novembre 1990.
Au 158 boulevard Haussmann se trouve le Musée Jacquemart-André, musée, demeure d’art, remplie de trésors inestimables.
Là, deux conférencières nous attendent pour une visite.
Le fastueux hôtel particulier datant du milieu du XIXème siècle est devenu Musée par la volonté de Madame Édouard André, née Nélie Jacquemart.
En 1912, elle léguait à l’Institut de France, outre sa maison de Paris, avec les collections que son mari et elle-même y avaient réunies avec passion, mais aussi son domaine de Fontaine-Chaalis, près de Senlis.
Édouard André (1833-1894) était fils de banquier, brillant militaire. Il avait abandonné les armes pour aménager dans l’hôtel « moderne » construit par l’architecte H. Parent (1819-1 895) ses collections : bronzes et céramiques de la Renaissance, tapisseries des Gobelins et de Beauvais, beaux meubles du XVIIIème siècle.
La sculpture du XVIème siècle italien et le XVIIème siècle français sont les périodes qu’il préfère, mais il est aussi amateur des œuvres de son temps.
Lorsqu’il épouse, en 1881, Nélie Jacquemart (1841-1912), peintre connu dans la société politique et mondaine, qui exposait, au Salon, des portraits de célébrités : Canrobert, Thiers, de Girardin, leur vie devient une quête voyageuse pour acquérir des œuvres qu’ils aiment : des portraits du XVIIIème siècle surtout.
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Nous entrons dans le vestibule où se trouve le portrait d’Édouard André, exécuté par Winterhalter, le peintre des dames de la Cour.
Il est en costume militaire, costume revêtu lors de la campagne d’Italie au côté de Napoléon III.
Son buste et celui de Nélie Jacquemart ont été modelés par Carpeaux.
Salle I – Salon d’attente
Cette salle est consacrée au XVIIIème siècle.
- Deux dessus de porte de Chardin (1731) représentent l’un, les attributs des arts, l’autre, les attributs des sciences.
- Deux tableaux de François Boucher (1703-1770), « Vénus endormie veillée par Cupidon » et « Vénus se parant bijoux de Junon ».
- Deux portraits de Roslin (1718- 1793).
- Le portrait d’une jeune femme en chapeau de paille par Hernsius (1750-1812).
- Le portrait d’un jeune garçon jouant avec un chat par Drouais.
Salle II – Salon Rotonde
Cette salle est décorée de boiseries d’époque (1730) dorées à la feuille. Incrustées dans la boiserie, des tapisseries des Gobelins en laine et soie (1730) représentent les 4 saisons. Sur le sol, un tapis de la Manufacture de la Savonnerie date de 1663.
Une vitrine renferme 4 portraits d’homme peints par Corneille dit de Lyon, peintre officiel de Henri III.
Des bustes du XVIIIème (buste de Caumartin, prévôt des marchands de Paris, du chancelier de Maupeou, de l’architecte Gabriel, du peintre Nicolas VIeugheIs) et de nombreux mobiliers sont exposés.

Salle III – Salon des tapisseries
Trois tapisseries de la Manufacture de Beauvais décorent les murs : « Les Jeux Russiens » (1770) en laine et soie (la danse, le musicien, la diseuse de bonne aventure),
Cette salle est meublée dans le style Louis XVI. Un bas-relief en terre cuite de Claudion est incrusté au-dessus de la cheminée.
Salle IV
Dans cette salle se trouvent de très beaux meubles et de prestigieux tableaux :
- Un cabinet « Fontanges », du nom de la favorite à qui Louis XIV l’offrit (1681), en placage d’ébène avec des incrustations d’étain et de bronze, de lapis-lazuli et d’ivoire par Gole, ébéniste du roi.
- Un caquetoire en noyer sculpté du milieu du XVIème siècle.
- Trois Rembrandt (l606-1669) :
- les pèlerins d’Emmaüs (1628) marqué par un éclairage clair-obscur,
- le portrait d’Amalia Von Solms (1632),
- le portrait du docteur Tholinse.
- Un paysage de Ruysdael
- Un portrait par Franz Hals (1580)
- Un portrait d’homme par J. de Bray (1627-1 697)
- Catherine de Médicis par Clouet de Janet
- Un portrait d’homme par Philippe de Champagne (1602-1674)
- Un magistrat de Van Dyck
- Le buste du Cardinal de Richelieu par Jean Warin.

Rembrandt. Amalia Von Solms.
Salle V – XVIIIème italien
A côté de la Place Saint-Marc et du Rialto de Canaletto (1696-1768) sont accrochés des tableaux de Guardi (1712-1793), de Reynolds (1753), Hubert Robert (1733-1803), …
Guardi. Vue d’un portique à Venise

Guardi. Basilique de la Salute
Salle VI
Dans cette salle sont exposées tantôt des toiles de l’école française du XVIIIème siècle, tantôt des toiles de l’école anglaise.
- 2 Fragonard (1732-1806) : les débuts du modèle, tête de vieillard (Voir annexe)
- Hubert Robert : Troupeau sous une voûte en ruine
- Nattier (1685-1756) : portrait de la marquise d’Antin
- Larguillère (1656-1746) : portrait d’homme
- La Tour (1704-1784) : portrait d’homme
Un très beau secrétaire médaillier Louis XVI décore la pièce.
Salle VII – Salon de musique
Cette salle renferme des œuvres Renaissance.
- Ucello (1397-1475) : Saint Georges tuant le dragon

- Trois Mantegna
- Cima da Congegliano Giambattista (I459-1518) : La vierge et l’enfant

- Carpaccio (1455-1526) : l’ambassade d’Hippolyte à Thésée
- Francesco Salviati (1510-1563) : jeune gentilhomme jouant d’un luth
Une vitrine renferme divers objets tels que des lampes de mosquée, des faïences, une plaque de bronze de Donatello.
Au centre de la pièce, une statue représente la vierge de la nativité.
Empruntons maintenant l’escalier.
Salle VIII
En haut de l’escalier, une grande fresque représentant Frederigo Contarini (1750) qui se trouvait à l’origine à l’entrée de la villa du Mira, a été achetée par Édouard André. Elle fut transportée sur toile et marouflée. (voir annexe).
Salle IX
Le long d’un mur se trouvent des stalles d’église de Pantaleone dei marchi du premier quart du XVIème siècle avec un travail de marqueterie extraordinaire.
Le plafond est à caissons. 25 panneaux avec des thèmes encyclopédiques y sont peints.
Dans cette salle et les suivantes, c’est le triomphe de la peinture et de la sculpture italiennes avec Crivelli (Saint Bonaventure), Vilano (la Vierge et l’enfant), Vinetti, Signorelli (Sainte Famille), Bellini… et les sculpteurs de Donatello.
Salle X
Parmi toutes les œuvres on peut admirer deux prédelles (partie basse dans un retable) de Crivelli (1440-1494), une prédelle en forme de triptyque de Bastiani et un coffre de mariage en bois sculpté et doré.
Salle XI
La dernière salle était l’atelier de Madame André.
C’est un véritable musée de sculptures. On y trouve également deux coffres de mariage en bois orné de reliefs en carton-pâte doré et peint.
Un très beau musée ou l’œuvre d’art s’intègre dans le décor, créant ainsi une unité de style.
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ANNEXE
Devant un tableau, l’œil est attiré par l’harmonie et/ou l’expression de l’œuvre et notre esprit, retenu par le sujet, revit l’anecdote.
Mais cette approche : « C’est beau ; c’est cela » n’est, la plupart du temps, que superficielle et c’est la qualité de nos guides et de nos informations qui nous fait comprendre plus sûrement les moyens et les buts de l’artiste.
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Ces remarques se précisent à la suite de notre visite au Musée Jacquemart-André : pas d’œuvres exceptionnelles, mais un ensemble bien charpenté, témoin de la passion d’une vie ; pas d’élans et de révélations, mais des tableaux que nous avons eu la possibilité, – grâce à la et à la pédagogie de nos guides – de mieux connaître et apprécier.
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Je ne prendrai que deux exemples : la fresque de Tiepolo et un tableau de Fragonard, débuts du modèle ». Deux exemples sensiblement contemporains l’un de l’autre.
La fresque de Tiepolo :
Si on ne voit que l’anecdote « Henri de Valois reçu à Venise par Contarini », la technique de la fresque et l’exploit de son transport à Paris, on n’entre pas dans la vie de Venise à la fin de la Renaissance italienne.
Mais voyons pourquoi notre Henri de Valois – futur Henri III à Venise.
1574 – Le Royaume de France se débat dans les drames des guerres de Religion et de la succession des trois derniers Valois. C’est Charles qui règne (Charles IX, celui de la Saint-Barthélemy) et son cadet Henri attend. A l’autre bout de l’Europe, le Royaume de Pologne se cherche un roi et la polonaise, Magnats (les Grands) a l’habitude d’élire son roi.
Se méfiant les uns des autres, les Magnats choisissent volontiers leur roi parmi des étrangers. En cette année ils décident d’appeler Henri de Valois qui aussitôt va prendre possession de son nouveau royaume et s’installe à Cracovie, alors la Capitale. Quelques semaines plus tard, un courrier lui apprend la vacance du trône de France. Henri quitte précipitamment Cracovie et par la route la plus simple en ce temps revient en France par Venise où le doge Contarini le reçoit en Palais du Mira.
Deux cents ans plus tard les descendants de la famille veulent rappeler ce glorieux évènement et demandent à un peintre connu de toute s grandes maisons d’Europe, Tiepolo de le matérialiser.
Voilà comment une meilleure connaissance historique permet de mieux comprendre et apprécier la Fresque de Tiepolo.
Le tableau de Fragonard :
Après l’histoire, la psychologie avec le tableau de Fragonard « Les débuts du modèle ».
Plongeons-nous encore dans le XVIIIème siècle, mais dans son aspect léger, voluptueux et un tantinet libertin. D’autres noms que Fragonard nous viennent à l’esprit, des peintres, des littérateurs aussi, mais revenons à notre jeune et pudique – trop pudique – modèle.
La pourvoyeuse a conduit la jeune fille chez le peintre, elle l’a préparée, l’a présentée, l’a installée. Il faut maintenant dénuder la poitrine ; les épaules, les seins apparaissent dans leur splendeur encore timide. Le jeune modèle est gêné, il rougit, lève le bras pour retenir la main indiscrète de l’habilleuse qui décidément va trop loin. Cependant le peintre lui-même, mène un autre assaut, d’une fine baguette d’osier, il soulève les jupons afin de dégager au moins un genou de son modèle, et voilà l’autre main de la jeune fille qui maintenant essaie de retenir à la fois la baguette indiscrète et les jupons.
Quelle œuvre naîtra la toile encore du peintre, nul ne le saura, mars avouez que cette charmante scène est pleine d’enseignement, pleine à la fois aussi d’audace et de pudeur.
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